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Maria Lionza, d?esse du Venezuela

Mar?a Lionza est ? proprement parler la d?esse des V?n?zu?liens. Elle fait l’objet d’un culte original, qui a donn? lieu ? la seule religion n?e dans le pays.

Comme toujours, ? la base du mouvement religieux se trouve une l?gende. Il en existe plusieurs versions, qui se r?sument ? peu pr?s ? ceci : fille d’un conquistador selon les uns, princesse d’une tribu autochtone selon les autres, la belle jeune fille aux yeux verts aurait ?t? aval?e dans un lac par un serpent anaconda. Mais au fond du lac, l’animal aurait ?clat?, lib?rant sa proie. Mar?a Lionza se transforma alors en reine des eaux et princesse de la nature, vivant d?sormais dans la for?t, entour?e d’une multitude d’animaux et de plantes.

Reine et princesse, elle l’est : on la repr?sente souvent avec une couronne, entour?e du cacique Guaicaipuro et du negro Felipe. ? eux trois, ils forment Las tres potencias [les trois puissances], repr?sentation imag?e parfaite du m?tissage v?n?zu?lien : la Blanche, l’Am?rindien, le Noir.

Femme originelle

Mais on la conna?t aussi sous la forme d’une femme nue, aux formes provocantes, chevauchant un tapir. Elle est alors la v?nus v?n?zu?lienne : la femme originelle, concentration de tous les d?sirs, mais aussi de tous les respects.

Protectrice des animaux et de la nature, dont la beaut? est exub?rante comme une for?t tropicale, elle s’affirme –du haut de son tapir– comme une « d?esse ?cologique, amante de la biodiversit? bien avant la vague contemporaine de l’?cologie », ainsi que l’?crit Roberto Hern?ndez Montoya.

Son culte, divers et complexe, refl?te cet aspect ?cologique. Il se d?roule essentiellement dans son royaume, la montagne bois?e de Sorte, dans l’?tat de Yaracuy. C’est l? que se r?unissent ses fid?les pour s’y adonner ? des rituels dont les racines africaines et am?rindiennes sautent aux yeux : purification par le tabac, par l’eau ou par le feu, offrandes, libations, danse sur les braises, chants incantatoires… La santer?a cubaine et le vaudou ne sont jamais loin, notamment lors de s?ances rituelles ou de spiritisme qui m?nent directement ? la la transe. Mais, curieusement, la religion chr?tienne non plus n’est pas loin : le Notre p?re, le Je vous salue Marie et le Credo font partie des pri?res souvent entonn?es en chœur.

Fatras de personnalit?s

Syncr?tisme donc, comme en t?moigne l’h?t?rog?n?it? des « cours » qui entourent Mar?a Lionza : la cour indienne, compos?e de caciques et de reines ; la cour noire, pr?sid?e par le Negro Felipe ; la cour v?n?zu?lienne o? l’on trouve des personnages ayant marqu? l’histoire du pays, Sim?n Bol?var en t?te ; la cour africaine, avec les dieux de la religion yoruba ; la cour des don juans, avec des personnages issus du folklore populaire ; la cour m?dicale, dans laquelle se trouve notamment le docteur Jos? Gregorio Hern?ndez, tr?s v?n?r? au Venezuela ; la cour viking, avec ?ric le Rouge et ses filles ; la cour c?leste form?e par J?sus-Christ, la vierge Marie et plusieurs saints catholiques ; la cour des anges ; la cour des malfrats, etc. Bref un fatras de personnalit?s o? chacun peut trouver son compte, selon ses affinit?s.

Il est remarquable que la trilogie Mar?a Lionza/Guaicaipuro/Negro Felipe, qui domine la hi?rarchie du culte, se situe elle-m?me sous la Sainte Trinit? et la vierge Marie. Le culte s’ins?re donc parfaitement au sein de l’h?ritage catholique, ? tel point que beaucoup de fid?les de la d?esse sont aussi des catholiques qui trouvent chez Mar?a Lionza des rites et croyances compl?mentaires, sans aucun doute mieux adapt?s ? l’idiosyncrasie v?n?zu?lienne.

Dans le panth?on

M?me s’il a des racines lointaines, le culte ? Mar?a Lionza s’est surtout affirm? ? partir des ann?es 1920, lors de l’entr?e du Venezuela –p?trole aidant– dans la modernit?. Longtemps occulte, le mouvement religieux est apparu au grand jour avec l’urbanisation du pays. Et bien qu’il touche indiff?remment toutes les classes sociales, le ph?nom?ne est sans aucun doute plus urbain que rural.

En 1950, le mouvement religieux recevait sa cons?cration, avec l’?rection en plein Caracas, ? deux pas de l’Universit? Centrale, d’une imposante statue de la d?esse nue chevauchant son tapir.

D?sormais accept?e par l’establishment lui-m?me, Maria Lionza faisait son entr?e dans le panth?on v?n?zu?lien. Elle pouvait ouvertement concurrencer sa rivale, et n?anmoins amie, la vierge de Coromoto.

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