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Mali : l’h?ritage empoisonn? du colonialisme

Union Communiste Internationaliste

???R?tablir l’unit? et l’int?grit? territoriale??? du pays. Tel est l’objectif fix? par Fran?ois Hollande aux troupes fran?aises envoy?es au Mali. Mais en r?alit?, le Mali actuel ?tant une cr?ation artificielle du colonisateur, ? l’instar de tant d’autres anciennes possessions fran?aises, comment une intervention militaire pourrait-elle r?tablir ce qui n’a exist? qu’une cinquantaine d’ann?es???

Forte de sa mission civilisatrice, la France de Hollande/Fabius/Bollor?/Areva envoie ses Rambos et ses drones tuer les « sauvages » dans les ex-colonies – Photo?: AP

Le Mali est n? dans le cadre des fronti?res trac?es par les grandes puissances europ?ennes au 19e si?cle, et des d?coupages administratifs invent?s ? l’int?rieur de chacune de leurs zones d’influence. Ces trac?s arbitraires sur la carte du continent africain ont servi de limites aux nouveaux ?tats lors des ind?pendances. Le colonialisme a ainsi l?gu? aux jeunes nations africaines des territoires o? ?taient regroup?s des peuples diff?rents, ce qui ne l’emp?chait pas d’?carteler ces peuples entre plusieurs pays.

Il faut remonter au Moyen ?ge pour entendre auparavant parler du Mali. L’empire portant ce nom avait connu un essor prodigieux aux 13e et 14e si?cles. D’immenses caravanes apportaient alors le sel vers les r?gions des fleuves Niger et S?n?gal, et en rapportaient de l’or, vendu ensuite dans les royaumes arabes d’Afrique du Nord. Ce commerce avait fait la fortune de Tombouctou et de Gao, et le souverain musulman de cet empire, qui s’?tendait jusqu’aux c?tes de l’oc?an Atlantique, pouvait alors ?blouir les sultans arabes lors de son voyage ? La Mecque. Les dirigeants maliens actuels invoquent souvent cette grandeur pass?e, disparue bien avant l’arriv?e des premiers colonisateurs.

? l’ind?pendance, le Mali a pris la place de l’ancienne colonie fran?aise ? laquelle les autorit?s avaient donn? le nom de Soudan, mais qui n’a rien ? voir avec l’actuel Soudan, ni avec la R?publique du Soudan du Sud. Le nouvel ?tat a d? assumer les oppositions entre deux r?gions totalement diff?rentes. Au sud, entre les fleuves Niger et S?n?gal, le pays ?tait peupl? d’agriculteurs bambaras, malink?s, sarakol?s et de bergers peuls, que l’on retrouve aussi dans les pays voisins. Au nord, des tribus nomades touareg, sans traditions ?tatiques, faisaient transhumer leurs troupeaux sur d’immenses ?tendues semi-d?sertiques. Sur le fleuve Niger lui-m?me, les populations ?taient et sont toujours tr?s m?lang?es. Les Touareg, qui se trouvent aussi au Niger, en Alg?rie ou en Libye, sont des peuples berb?res dont la langue est de la m?me famille que le kabyle. Ils regroupent aujourd’hui, avec les Maures, 10?% de la population malienne et font partie d’un ensemble beaucoup plus vaste de populations vivant aux confins du d?sert, comme les Toubous au Tchad ou les Maures en Mauritanie et au Mali m?me.

En fait d’unit? nationale, le Mali contemporain n’a ? pr?senter qu’une fracture qui n’a cess? de s’approfondir entre le sud et le nord du pays.

Lorsque les repr?sentants des grandes puissances se r?unirent en 1885 ? Berlin pour se partager l’Afrique, dont la plus grande partie restait encore ? conqu?rir, il fut ?tabli que tout ?tat europ?en occupant une partie de la c?te africaine se verrait reconna?tre des droits sur l’int?rieur des terres, ? condition qu’il occupe effectivement le terrain. La grande course ?tait donc lanc?e entre puissances imp?rialistes. Pour les territoires composant le nord du Mali actuel, elle se doubla d’une course entre administrations fran?aises rivales. Des troupes s’?lanc?rent ? la fois du S?n?gal et d’Alg?rie, ?crasant les peuples qui r?sistaient. Elles finirent par se rejoindre dans les villages touareg, o? elles rest?rent ? se regarder en chiens de fa?ence. L’affaire se trancha ? Paris. Les jeux d’influence dans les minist?res finirent par d?cider du rattachement de cette r?gion semi-d?sertique ? l’Afrique occidentale fran?aise (AOF), mais cela aurait tout aussi bien pu ?tre ? l’Alg?rie.

Encore fallait-il soumettre effectivement les Touareg, ce qui ?tait une tout autre histoire. Ils oppos?rent une r?sistance farouche, dans des combats de gu?rilla o? des r?giments fran?ais entiers se firent massacrer. La totalit? de la zone ne fut finalement occup?e qu’en 1909, jusqu’? ce qu’une r?volte ?clate en 1916 et 1917. Mais par la suite, et jusqu’? l’ind?pendance, les Touareg rest?rent plut?t en marge du syst?me colonial, dans l’immense r?gion qui s’?tend au nord du fleuve Niger et qui recouvre la moiti? du Mali actuel. Cette zone n’avait alors pour le colonisateur aucun int?r?t ?conomique. Il s’agissait simplement de l’occuper pour assurer la continuit? entre les possessions de la France au Maghreb et ses colonies d’Afrique subsaharienne. L’occupation s’y fit peu voyante, la doctrine officielle ?tant qu’il ne fallait surtout pas toucher aux nomades tant qu’ils restaient tranquilles. Des Touareg durent simplement former des unit?s charg?es de repousser les razzias des tribus du d?sert, ce qu’ils faisaient depuis toujours.

La pr?sence fran?aise se traduisit surtout par l’installation de rares cadres coloniaux charg?s de surveiller ces territoires immenses. Les Touareg ?chapp?rent ainsi aux calamit?s que la colonisation faisait pleuvoir sur les populations vivant plus au sud. Ils ne furent pas soumis au travail forc?, on ne les envoya pas servir de chair ? canon sur les champs de bataille europ?ens et on ne tenta surtout pas de les s?dentariser de force. Il n’y eut m?me aucun z?le intempestif dans la perception des imp?ts. Mais ils ne purent pas non plus b?n?ficier des rares ?volutions favorables, en particulier en mati?re d’?ducation. Lorsque les colonisateurs commenc?rent ? se pr?occuper d’instruire une toute petite ?lite locale pour qu’elle les aide dans leurs t?ches, l’administration ouvrit quelques ?coles dans le sud. Ce furent d’abord des ????coles de fils de chefs???, ce qui indiquait bien leur objectif. Le nord du pays fut laiss? ? l’?cart de ce mouvement et quand, bien plus tard, les premi?res ?coles y furent construites, les nomades se montr?rent de toute fa?on tr?s r?ticents ? y envoyer leurs enfants. Il en r?sulta que, lorsqu’apr?s 1946 apparurent au grand jour ceux qui allaient ?tre les leaders de l’ind?pendance, il n’y avait parmi eux aucun Touareg.

Vivant en dehors des grands courants, les Touareg ne crurent pas jusqu’au dernier moment au d?part des Fran?ais. Lorsque finalement cette ?volution leur apparut, ils firent tout pour ne pas tomber sous la coupe des populations noires du sud. Dans ce domaine, les officiers coloniaux fran?ais s’employ?rent ? mettre de l’huile sur le feu, comme ils le firent dans bien d’autres pays. Dans les ann?es 1950 s’?tait d?velopp?e en France une campagne de presse visant ? unifier les r?gions sahariennes partag?es entre l’AOF (Afrique occidentale fran?aise), l’AEF (Afrique ?quatoriale fran?aise) et l’Alg?rie. En d?cembre 1956, l’Assembl?e nationale cr?a une nouvelle structure administrative, l’Organisation commune des r?gions sahariennes (OCRS). En janvier 1961, Alain Peyrefitte, d?put? UNR (le parti gaulliste d’alors) charg? par le g?n?ral de Gaulle de suivre le dossier alg?rien, publia un livre sous le titre??: Faut-il partager l’Alg?rie??? Il r?pondait ? cette question par l’affirmative et r?clamait le droit ? l’autod?termination pour les peuples du Sahara. La richesse du sous-sol, alors que l’on commen?ait ? exploiter le p?trole du d?sert, ?tait au c?ur de cette op?ration.

L’OCRS aurait pu devenir un nouvel ?tat ou rester dans le giron de la France. La tentative avorta, aucun des pays qui allaient devenir ind?pendants n’entendant se priver de ces richesses et, moins que tout autre, l’Alg?rie qui arrachait son ind?pendance les armes ? la main. Cela n’emp?cha pas les officiers fran?ais de faire miroiter l’id?e d’un ?tat saharien aux yeux des Touareg, les dressant par avance contre les autorit?s des ?tats o? ils allaient devoir vivre. Ils suscit?rent ainsi une p?tition des chefs de la r?gion, adress?e au g?n?ral de Gaulle, o? l’on pouvait lire??: ???Puisque vous quittez le pays touareg, rendez-nous notre pays tel que vous nous l’avez arrach?… Nous ne voulons pas que les Noirs ou les Arabes nous dirigent. Nous voulons nous diriger nous-m?mes. Nous voulons que notre pays soit un seul pays.??? C’est ce m?lange explosif que la France laissa en h?ritage au jeune ?tat malien cr?? en 1960, et celui-ci allait encore en augmenter la charge en se coulant dans le moule de l’ancien colonisateur vis-?-vis des Touareg.

L’?tat malien, nouvel oppresseur des Touareg

Dans le nord du nouvel ?tat, les fonctionnaires noirs venus du sud remplac?rent simplement les colonisateurs fran?ais et furent d’embl?e en butte ? la m?fiance de la population touareg. Cette m?fiance tourna rapidement ? l’hostilit? quand les nouveaux venus tent?rent de percevoir r?ellement les imp?ts, bas?s sur le capital que repr?sentaient les t?tes de b?tail. Le Mali avait d?sesp?r?ment besoin de ressources financi?res. La r?action brutale de l’arm?e malienne creusa un foss? de haine entre les autorit?s de Bamako et les Touareg.

La premi?re r?volte ?clata en 1962 et n’entra?na que les Touareg de l’Adrar des Ifoghas, pr?s de la ville de Kidal. Partie d’un ?v?nement insignifiant, le vol par un chef touareg des armes de deux soldats, elle embrasa rapidement toute cette zone. Plusieurs centaines de Touareg se lanc?rent dans la gu?rilla, pratiquant leur tactique habituelle??: retraite devant des forces plus nombreuses et embuscades. La r?pression fut terrible. L’arm?e malienne envoy?e contre eux ?tait compos?e des anciennes troupes coloniales qui avaient combattu en Indochine et en Alg?rie. Elles appliqu?rent les m?thodes apprises dans l’arm?e fran?aise. La vaste ?tendue situ?e entre Kidal et la fronti?re alg?rienne fut d?clar?e zone interdite. Les puits furent empoisonn?s. Toute personne rencontr?e dans cette zone pouvait ?tre abattue, et ce fut le cas de bien des bergers qui y faisaient simplement transhumer leur b?tail. Les troupes maliennes poursuivirent m?me les rebelles en Alg?rie. Cette premi?re r?volte fut ?cras?e dans l’indiff?rence g?n?rale et resta presque inconnue en Occident. Mais pour les Touareg, ce que le reste du pays appelait la ???d?colonisation??? devint dans les faits une occupation de leur pays par des envahisseurs aussi ?trangers que l’ancien colonisateur. Apr?s cela, plus rien ne bougea pendant des ann?es. Il y eut cependant un fait positif. Le nouvel ?tat malien d?veloppa massivement la scolarisation qu’avaient d?laiss?e les Fran?ais, ce qui fut profitable ? tous les jeunes qui purent y acc?der. C’est de ces ?coles que sortirent les futurs chefs des rebelles touareg.

Les Touareg se remettaient ? peine de cette r?pression et leur cheptel se reconstituait, quand se produisirent les grandes s?cheresses des ann?es 1972, puis 1984. Ils prirent alors le chemin des camps de r?fugi?s du Niger, d’Alg?rie ou du Mali, avec pour seule ressource une aide internationale qui fut d’ailleurs en grande partie d?tourn?e par le pouvoir de Bamako. Cela accentua encore le sentiment que les autorit?s maliennes les abandonnaient compl?tement, et m?me souhaitaient les voir dispara?tre. Lorsque le climat redevint plus cl?ment, les familles retourn?rent sur leur territoire d’origine, mais bien des jeunes partirent chercher du travail ailleurs, rompant avec leur mode de vie et leur isolement traditionnels pour devenir salari?s en Alg?rie, en Libye, dans les grandes villes de l’Afrique subsaharienne ou en Europe. C’est parmi ces jeunes que se pr?par?rent les r?voltes suivantes.
La seconde r?volte touareg eut lieu en juin 1990. ? la diff?rence de la pr?c?dente, elle n’eut rien de spontan? et entra?na tous les Touareg du Nord-Mali comme ceux du Niger. Une partie des jeunes qui avaient quitt? le pays apr?s les grandes famines s’?taient engag?s en Libye dans l’arm?e de Kadhafi.

Celui-ci les envoya combattre dans les op?rations qu’il lan?a au Tchad de 1980 ? 1987. C’est l? qu’ils se form?rent militairement et apprirent ? manier des armes modernes. Ils constitu?rent un mouvement politique pour l’ind?pendance de l’Azawad, un mot signifiant ???zone de p?turage??? par lequel les Touareg d?signent leur territoire, et attaqu?rent le 29 juin 1990 le poste de M?naka, tuant 36 militaires, puis d’autres villes. Ce fut ? nouveau la m?me r?pression men?e par l’arm?e malienne??: r?gion interdite, exactions, tortures sur les civils pour obtenir des renseignements. Cette terreur eut pour effet de souder la population autour des rebelles, mais cette fois elle fut largement comment?e au Mali comme ? l’ext?rieur et souleva l’indignation. Il faut dire que le r?gime du dictateur Moussa Traor? vivait ses derni?res heures et que l’agitation gagnait tout le pays. La r?bellion se termina cette fois par un accord pr?voyant une certaine autonomie du Nord et des promesses de d?veloppement. Mais ce ???Pacte national??? ne fut jamais appliqu?. L’arm?e ne se hasarda alors plus gu?re dans les zones d?sertiques du nord du pays, qui furent plus que jamais laiss?es ? la pauvret? et ? la sous-administration.

En 2006, nouvelle r?volte. Les rebelles s’empar?rent de M?naka et de Kidal pour d?noncer la non-application du Pacte, l’absence des investissements pr?vus, le refus par l’?tat malien d’int?grer des Touareg dans l’arm?e et la police. Des accords furent sign?s sous l’?gide de l’Alg?rie, mais dans les faits rien ne changea, si ce n’est que les sommes allou?es au d?veloppement de la r?gion disparurent dans la corruption et que les Touareg purent entrer dans l’arm?e. L’abandon de la r?gion fut plus total encore, des groupes arm?s se livrant ? des attaques sporadiques et les troupes maliennes se gardant bien de les poursuivre. Venus d’Alg?rie, les commandos int?gristes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) commenc?rent alors ? s’installer dans ce Nord totalement abandonn?. Ils y re?urent l’appui d’anciens membres des r?bellions pr?c?dentes et purent se financer gr?ce aux enl?vements d’otages. On vit aussi se d?velopper le trafic de drogue, dans lequel tout ce monde trempe, des int?gristes aux g?n?raux maliens.

C’est cet assemblage artificiel, aboutissant au bout du compte ? l’instauration d’une zone d?laiss?e de tous, mais lourde de menaces, que Hollande appelle ???l’unit? et l’int?grit? territoriale du Mali???.

Un ?tat malien en d?composition

Pendant que le nord du pays ?tait ainsi abandonn?, en proie ? des r?voltes r?p?t?es et ? l’ins?curit?, le sud vivait de son c?t? une longue d?sagr?gation. Aux espoirs n?s de l’ind?pendance a succ?d? aujourd’hui la r?alit? d’un ?tat corrompu, dont tous les corps vivent en parasites sur la population??; un ?tat qui n’en est pratiquement plus un, mais est un assemblage de clans pratiquant chacun son trafic, et auquel il vaut mieux ?viter d’avoir affaire, sauf n?cessit? absolue. Et cet ?tat, si pourri soit-il, a b?n?fici? de la protection inconditionnelle de tous les gouvernements fran?ais.

Cette corruption va de pair avec la pauvret? end?mique du pays. Le Mali figure aujourd’hui au 175e rang sur les 187 pays que recense le PNUD (Programme des Nations unies pour le d?veloppement humain), un indice qui tient compte du revenu par habitant, mais aussi de l’esp?rance de vie, du degr? de scolarisation ou de l’?tat sanitaire du pays. Le pays doit avant tout cette situation ? l’emprise des grandes puissances. Pendant la p?riode coloniale, l’?conomie avait ?t? organis?e comme une annexe de celle de la m?tropole, les infrastructures cr??es uniquement pour vider le pays de ses richesses sans qu’il y e?t le moindre investissement industriel d’envergure. Le jeune ?tat malien essaya bien de secouer ce joug ? sa naissance. L’ind?pendance se fit d’abord dans le cadre d’une f?d?ration S?n?gal-Mali. Cela aurait au moins permis une certaine r?partition des revenus entre un Mali pauvre, uniquement agricole, et un S?n?gal que la France avait un peu plus d?velopp?, le port de Dakar constituant le d?bouch? des produits r?gionaux vers la m?tropole. Mais la f?d?ration ne dura pas deux ans. Les dirigeants africains, qui avaient agit? les id?es du panafricanisme avant l’ind?pendance, les abandonn?rent une fois celle-ci venue pour se replier sur leur territoire. Le premier pr?sident du Mali (1960-1968), Modibo Ke?ta, choisit de prendre ses distances avec la France. Il fit ?vacuer les bases militaires fran?aises, cr?a un franc malien diff?rent du franc CFA et d?veloppa les ?changes commerciaux avec les pays d’Europe de l’Est, le tout envelopp? d’une phras?ologie marxisante.

Mais s’il est impossible de d?velopper une ?conomie moderne dans un seul pays, c’?tait encore plus vrai dans le Mali enti?rement agricole, sans ressources mini?res ou p?troli?res et totalement enclav? ? l’int?rieur des terres. La situation se d?grada rapidement et Modibo Ke?ta fut oblig? de r?int?grer la zone franc en 1967 et de rejoindre l’orbite de l’ancienne puissance coloniale. Il fut renvers? par un coup d’?tat. Sous ses successeurs, Moussa Traor?, puis Alpha Oumar Konar? et Amadou Toumani Tour?, le n?ud coulant de la dette ext?rieure, les plans d’ajustement impos?s par le FMI (Fonds mon?taire international) et la sp?culation sur les mati?res premi?res, en particulier les produits agricoles import?s, ne firent que d?grader de plus en plus la situation.

Mais cette situation d?sastreuse impos?e par l’imp?rialisme, et en premier lieu l’imp?rialisme fran?ais, a rapidement ?t? aggrav?e par la pr?dation d’un appareil d’?tat uniquement pr?occup? de d?tourner les maigres ressources du pays.

La corruption y a certes toujours exist?, comme dans tous les pays pauvres. Les fonctionnaires mal pay?s compl?tent leur salaire avec les trafics que leur permet leur fonction. L’adage ???la douane est pauvre mais les douaniers sont riches???, parmi bien d’autres, r?sume bien cet ?tat de fait.

Mais ce vol organis? a atteint des sommets ces dix derni?res ann?es sous la pr?sidence d’Amadou Toumani Tour? et a fini par d?sorganiser totalement le fonctionnement de l’appareil d’?tat. Des plus hautes sph?res du pouvoir jusqu’au petit fonctionnaire, tout est devenu un moyen de s’enrichir au d?triment du pays et de la population. Certaines affaires ont d?fray? la chronique. Le ministre de la Sant? s’?tait mis dans la poche les fonds internationaux pour lutter contre le sida, le paludisme et la tuberculose, entra?nant la suspension de ces aides. Il y eut le scandale d’???Air coca?ne??? en 2009??: un Boeing bourr? de drogue avait pu atterrir dans la r?gion de Gao avec la complicit? des autorit?s. Dans les diff?rents minist?res, les officiels qui en ont la possibilit? organisent leurs propres circuits commerciaux avec tout un r?seau d’hommes de main et de pr?te-noms, organisant la vie ch?re. Dans l’?ducation, la vente des notes, des dipl?mes et m?me des simples certificats de scolarit? est devenue un trafic rentable. Il n’y a plus d’appareil d’?tat, mais des mafias qui coexistent, avec leurs parrains respectifs, le pr?sident et son clan ?tant au sommet de tout cet ?difice.

Dans l’arm?e, cette situation s’est r?v?l?e lourde de cons?quences. Les hommes de troupe, vivant avec femmes et enfants dans leurs casernes, am?liorent leur solde en rackettant la population. Porter l’uniforme permet aux hommes du rang de vivre et aux officiers sup?rieurs de s’enrichir. Il faut d’abord payer une somme importante aux officiers en place pour int?grer leur unit?, ? charge ensuite ? chacun de se rembourser sur la population pauvre. Aucun militaire n’avait la moindre envie d’abandonner ses lucratives op?rations pour risquer sa vie face ? des rebelles bien arm?s et d?termin?s.
Cet ?tat malien d?liquescent ?tait une proie toute d?sign?e aux groupes arm?s int?gristes.

L’offensive des groupes arm?s int?gristes

Le groupe arm? islamiste AQMI est pr?sent depuis 2006 dans la zone de non-droit que constitue le d?sert du Nord-Mali. Une partie de ce groupe a scissionn? en 2011 pour former le MUJAO. D’anciens chefs de la r?bellion de 1990, comme lyad ag Ghali, form?rent de leur c?t? l’organisation int?griste Ansar Dine. Quant aux ind?pendantistes touareg, ils avaient constitu? de leur c?t? le Mouvement national pour la lib?ration de l’Azawad (MNLA). Tous ces groupes furent rejoints, apr?s l’effondrement du r?gime de Khadafi en octobre 2011, par un millier de soldats de l’arm?e libyenne, la plupart du temps d’origine touareg, qui ont quitt? le pays avec leur armement lourd. Le 17 janvier 2012, le MNLA lan?a son offensive et s’empara en deux mois des villes les plus au nord??: Tessalit, M?naka et Kidal, avant d’?tre rapidement rejoint et d?bord? par les groupes int?gristes. En face d’eux l’arm?e malienne, qui comptait officiellement 22?000?hommes, n’avait aucune envie de se battre. Ses cinquante g?n?raux, sans doute occup?s ? des t?ches plus lucratives, ?taient aux abonn?s absents. Soldats et officiers s’enfuirent pr?cipitamment, abandonnant armes et bagages aux int?gristes.

? Bamako, le r?gime ne r?sista pas ? ce d?sastre. Le 22 mars 2012, un groupe d’officiers men?s par le capitaine Sanogo renversa le pr?sident Amadou Toumani Tour?, l’accusant d’avoir d?tourn? depuis des ann?es les fonds destin?s au budget de la D?fense et d’?tre ainsi responsable du sous-?quipement de l’arm?e. Sous la pression des chefs d’?tat des autres pays d’Afrique et de la France, les militaires durent rentrer dans leurs casernes, ce qui ne les emp?cha pas de rester une force d?terminante, le seul v?ritable pouvoir en fait. L’ancien pr?sident de l’Assembl?e nationale, Dioncounda Traor?, fut nomm? pr?sident de la R?publique par int?rim, en attendant les futures ?lections.

Ce coup d’?tat accentua encore la d?sorganisation de l’arm?e malienne??; les groupes int?gristes purent alors continuer leur avanc?e et s’emparer des villes qui bordent le fleuve Niger, Tombouctou et Gao. Dans ces villes o? les peuples noirs, comme les Songha?s, les Bambaras, les Peuls ou les Bozos, cohabitent avec les Touareg et les Maures, ces int?gristes instaur?rent un r?gime de terreur moyen?geuse, imposant ? la population les formes les plus arri?r?es de la loi islamique??: flagellations, mains coup?es, lapidations. Ils interdirent aux femmes d’aller au march?, m?me voil?es. Ce furent de longs mois abominables pour les habitants.

De son c?t? l’?tat fran?ais ne pouvait assister sans r?agir ? cette d?route qui, en deux mois, avait fait basculer dans l’inconnu la moiti? du Mali. L’offensive int?griste risquait de d?stabiliser toute la r?gion. Au-del? du Mali, c’?tait le Niger, le Tchad, le S?n?gal, la C?te d’Ivoire qui ?taient menac?s. Ces anciennes colonies rec?lent encore trop d’int?r?t ?conomique pour l’imp?rialisme fran?ais pour que celui-ci laisse faire. Ils ont nom Areva, Bollor?, Bouygues, Total… Le pacte conclu lors des ind?pendances avec les chefs des ?tats africains tient toujours??: la protection militaire fran?aise en ?change d’un droit de priorit? pour piller les richesses de ces pays.

Pour les autorit?s fran?aises, la question n’?tait donc pas de savoir s’il fallait intervenir, mais plut?t comment. Fran?ois Hollande aurait pr?f?r? ne pas s’engager seul dans cette aventure risqu?e. Les autres puissances imp?rialistes lui firent rapidement comprendre que, cette zone ?tant la chasse gard?e de la France, elle n’avait qu’? la garder elle-m?me. Il entreprit alors de mobiliser les ?tats africains voisins. La ???Fran?afrique??? ?tait finie, il l’avait d?clar?, c’?tait donc ? leurs soldats d’aller se faire trouer la peau pour les int?r?ts de l’imp?rialisme fran?ais. Seul probl?me??: la plupart de ces troupes africaines se trouvaient ? peu pr?s dans le m?me ?tat que l’arm?e malienne, pour les m?mes raisons. Leur formation allait ?tre prise en main par des conseillers fran?ais et europ?ens, voire nord-am?ricains, quand les groupes arm?s int?gristes se lanc?rent sur Bamako et amen?rent la France ? intervenir militairement.

???L’unit? et l’int?grit? du Mali???, qui servent d’alibi ? Hollande pour y envoyer ses troupes, ne sont donc qu’un mythe. R?pression contre les Touareg au nord du pays, pauvret? pour tous, ?tat su?ant le sang de toute la population, voil? la r?alit?. Tel est le r?sultat de la pr?sence fran?aise au Mali depuis plus d’un si?cle. Elle a impos? un d?coupage des fronti?res ind?pendamment des peuples, et a fait des gouvernements locaux de v?ritables sous-traitants de l’imp?rialisme. Si jusqu’? aujourd’hui le Mali a ?t? ?pargn? par les conflits ethniques qui ont ensanglant? tant d’autres pays d’Afrique, la guerre actuelle pourrait tout remettre en cause. Les exactions de l’arm?e malienne ? l’encontre des civils touareg, les pillages dont ils ont ?t? victimes dans les villes reconquises et le climat d’ins?curit? poussent d?j? une partie d’entre eux ? s’enfuir, parfois vers d’autres pays. Cela montre comment pourrait se d?velopper un climat de vengeance et de violence de type interethnique dont la population malienne, tous peuples confondus, serait la victime.

Les dirigeants fran?ais, eux, ne se pr?occuperont pas plus de l’int?r?t des populations qu’ils ne l’ont fait jusqu’? aujourd’hui, au nord comme au sud du pays. Ils continueront ? faire pr?valoir leurs int?r?ts de grande puissance imp?rialiste, quitte ? plonger le Mali dans le chaos.

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