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Mais où sont les entreprises d’antan ?

Les bourses jouent-elles encore leur rôle traditionnel dans l’économie ? Question subsidiaire : les entreprises mettent-elles à profit les marchés boursiers dans le but de financer et d’investir afin d’améliorer leur productivité ? La réponse à ces deux questions doit se faire par la négative car les actionnaires d’hier sont aujourd’hui devenus de simples spéculateurs! Tandis que la sagesse populaire voulait que les sommes investies dans les entreprises à travers le medium des bourses profitent à l’outil de production et à ses manœuvriers, les parieurs contemporains ne cherchent qu’à extraire des bénéfices de leurs acquisitions d’actions en bourse et ne sont en rien concernés, ni préoccupés, par la création de valeur ajoutée. Cette volte-face et cette obsession du court-terme sapent donc les capacités des entreprises à innover, génère une instabilité nauséabonde au sein du marché de l’emploi et accentue les inégalités de revenus. Les entreprises adoptent donc toute une gamme de comportement moralement répréhensibles – parfois même délictueux – afin de satisfaire la cupidité de l’investisseur d’aujourd’hui.

Distribution à leurs actionnaires de très généreux dividendes, gonflement artificiel voire manipulé du cours de leur action – et donc du profit sous-jacent de leurs actionnaires – par l’entremise du rachat en bourse de leurs propres actions, gratifications offertes à leur direction générale sous forme de dons en actions qui induit à son tour une fixation des bénéficiaires sur l’évolution du cours en bourse de cette même action…Cette générosité irraisonné des entreprises qui se pratique aux dépens de la formation et de l’outil de production explique désormais l’hyper concentration des richesses, voire la lente disparition de la classe moyenne dans les régions industrialisées. Logique implacable qui exige de sacrifier les salariés et travailleurs chers et expérimentés, pourtant créateurs de valeurs et initiateurs d’innovation. Ces rachats d’action foulent en effet aux pieds les carrières tout en bouleversant la fonction régulatrice des bourses.

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Cette accaparation par le spéculateurs de la raison d’être de l’entreprise – avec la complicité de sa direction générale motivée par l’escalade de son cours en bourse valorisant sa propre fortune personnelle – déteint de fait gravement sur les décisions en termes d’organisation, d’investissements et de progrès technologiques prises dans le cadre de la gestion de cette même entreprise. Dès lors, le cours en bourse n’est strictement plus le reflet de la bonne – ou de la mauvaise – marche des affaires, mais est bêtement le résultat des centaines de millions – parfois de milliards – réinjectés par l’entreprise sur les bourses afin de gonfler le prix de sa propre action. Dans la plus grande passivité, nous avons donc assisté – complices et parfois même activement contribué- à cette inversion des valeurs car les bourses ne sont, aujourd’hui, plus intéressées à jouer leur fonction cruciale qui consistait naguère – à la faveur de la courroie de transmission du prix – à assurer la précieuse mission de contrôle de la santé des entreprises. Cette attitude prédatrice qui se pratique avec la complaisance des pouvoirs publics transforme donc les entreprises en tiroirs-caisses et détruisent de manière irréversible les capacités innovatrices de l’entreprise.

Bref, depuis une vingtaine d’années, ce sont les entreprises qui financent les bourses et non l’inverse!

 

Michel Santi

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