Accueil / A C T U A L I T É / Main Basse sur la ? campagne ?: ?La course aux terres agricoles se poursuit?

Main Basse sur la ? campagne ?: ?La course aux terres agricoles se poursuit?

C?est la ru?e en Afrique, mais aussi dans les autres continents. Des pays, dont la Chine et l?Inde, veulent assurer la s?curit? alimentaire. Des exploitations sont consacr?es aux biocarburants. Trois entreprises suisses exploitent 242?000 hectares ? l??tranger ? cet effet. Madiodio Niasse, de l?International Land Coalition, d?cortique le ph?nom?ne et ses enjeux multiples

Accaparement. Mainmise. Hold-up. Recolonisation. De nombreuses expressions ont ?t? utilis?es ces derni?res ann?es pour d?crire un ph?nom?ne nouveau et consid?r? comme alarmant. Il s?agit de l?achat ou de la location de grandes surfaces des terres, principalement en Afrique, en Asie et en Am?rique du Sud, en vue d?un d?veloppement agricole.

Ce n?est pas la premi?re fois que des pays ou des entreprises ?trang?res investissent dans l?exploitation agricole ou mini?re dans les pays du Sud. Mais c?est l?arriv?e de nouveaux acteurs, notamment des Chinois, des Indiens ou encore des Br?siliens, ainsi que le nombre ?lev? de transactions fonci?res qui frappent les esprits. Selon l?organisation Oxfam, 67?millions d?hectares ont chang? de mains rien qu?en Afrique, ce qui repr?sente 17 fois la superficie de la Suisse. Le cri d?alarme s?est amplifi? du fait que presque la moiti? des terres concern?es n?est pas affect?e ? la production alimentaire, mais aux biocarburants. En Sierra Leone, en Afrique de l?Ouest, l?entreprise genevoise Addax Energy a n?goci? la location de 57?000 hectares ? cet effet pour une dur?e de cinquante?ans. Au total, trois entreprises suisses cultivent la canne ? sucre ou le jatropha sur 242?000 hectares dans le continent noir. Le S?n?galais Madiodio Niasse dirige l?International Land Coalition, une sorte d?observatoire qui traque les transactions fonci?res, sise ? Rome.

Infographie. Achat,vente et location des terres agricoles: les grands enjeux

Le Temps: Comment se poursuivent les achats ou locations de terres agricoles dans le monde? Est-ce que le ph?nom?ne s?estompe?

Madiodio Niasse:?On peut parler de vague en 2007-2008, dans le sillage de l?envol?e des prix des produits alimentaires et du p?trole ainsi que de la crise financi?re. Le sommet en termes de volume de transactions fonci?res a ?t? atteint en 2009. Nous avons remarqu? un r?pit en 2010-2011. En revanche, on peut affirmer que le ph?nom?ne est l? pour durer, parce que les causes sous-jacentes sont toujours valables. C?est un fait que la demande en produits alimentaires continue ? augmenter alors que la production ne suit pas.

? Serait-ce parce qu?une partie des terres est consacr?e ? la production de biocarburants?

? Les statistiques divergent sur l?affectation des terres. Certains chiffres sugg?rent que 50 ? 60% des cultures sont consacr?s ? la production de vivres. Une partie de plus en plus importante des terres est allou?e ? la production de biocarburants.?L?impulsion a ?t? donn?e par la directive europ?enne qui impose 10% de biocarburants dans les r?servoirs des v?hicules. Ce facteur influence largement les investissements sur l?affectation des terres. On peut par ailleurs noter une tendance suivant laquelle les pays ?mergents (Inde, Chine et pays du Golfe) investissent dans le but de s?curiser leur approvisionnement alimentaire. Par contre, les investisseurs occidentaux exploitent l?opportunit? que repr?sente la politique ?nerg?tique europ?enne.

PLUS/MOINS DE TERRES EN SUIVANT :

? Ce ph?nom?ne d?achat ou de location de terres a donn? lieu ? beaucoup de controverses. Quels sont les diff?rents camps?

??Le premier ?voque le retour des puissances ?conomiques ?trang?res en Afrique comme dans d?autres continents, alors que le second parle d?opportunit?s d?investissement dans l?agriculture, un domaine longuement d?laiss? mais qui devient tout ? coup prometteur. Le premier camp d?fend les droits des paysans ? la terre, l?acc?s ? l?eau ainsi qu?une agriculture durable. Il pr?ne l?arr?t ou un moratoire sur toutes les transactions. A l?inverse, l?autre voit un avantage et estime qu?il faut encourager ce ph?nom?ne, mais l?encadrer par un code de bonne conduite. Les deux camps ont entam? une discussion formelle sur les principes d?un investissement agricole durable, mais elle n?a pas abouti. Les positions sont encore trop tranch?es. Elles pourraient par exemple d?boucher, d?une part, sur une interdiction de grandes transactions et, d?autre part, sur un code de conduite qui serait applicable.

? Qui sont les protagonistes de cette bagarre?

? Dans le camp des opposants, on retrouve les organisations de d?fense de droits de l?homme et de l?environnement. Dans les pays du Sud, les organisations paysannes ne veulent pas sacrifier leurs droits ? la terre et ? l?eau. Dans l?autre camp, il y a les pays investisseurs, les agences de d?veloppement (Banque mondiale, FAO, banques r?gionales de d?veloppement), qui y voient une opportunit? d?investissement dans l?agriculture, tout en d?fendant les principes d?un code de conduite, et enfin le secteur priv? national et international.

? Quel r?le jouent les Etats qui disposent des terres?

? Il y a trois cas de figures. En premier, il y a ceux qui ont une position claire et une strat?gie d?attraction d?investisseurs locaux et ?trangers dans l?agriculture. Il s?agit des pays qui estiment avoir un grand potentiel agricole, mais qui n?ont pas de moyens pour l?exploiter. En Afrique, l?Ethiopie est un bon exemple. Ce pays a sign? un grand nombre de contrats avec des investisseurs ?trangers. Ensuite, il y a des pays qui n?ont pas saisi les enjeux et traitent les demandes au cas par cas, sans suivre une strat?gie coh?rente. Enfin, il y a les Etats d?faillants, o? les transactions d?achat ou de location de terres sont entach?es par des magouilles et se d?roulent dans une totale opacit?. En Afrique notamment o?, d?s les ind?pendances, les Etats se sont d?clar?s gestionnaires uniques des terres. De nombreux abus ont ?t? not?s ces derni?res ann?es.
Dans ces pays, des milliers de petits paysans pratiquent une agriculture de subsistance. L?absence de titres de propri?t? fonci?re les maintient dans la d?pendance. En cas de vente ou de location de terres, les impacts, notamment en termes de d?placement de populations, sont imm?diatement visibles. C?est diff?rent en Afrique du Sud, o? la tradition de grandes concessions agricoles est courante: les transactions fonci?res peuvent passer inaper?ues.

Dans certains pays d?Afrique, mais aussi en Am?rique du Sud, nous constatons un mouvement qui d?fend la souverainet? sur la propri?t? fonci?re. Le Br?sil et le P?rou, par exemple, ont fix? des plafonds en termes d?investissements ?trangers.

? Le ph?nom?ne d?achat ou la location de grandes surfaces agricoles a commenc? il y a plusieurs ann?es. Peut-on faire un bilan aujourd?hui. Est-ce que la production agricole augmente?

? Les transactions fonci?res ont d?but? dans les ann?es 2007-2008. Elles portent sur des centaines de milliers d?hectares. Elles prendront des ann?es pour ?tre cultiv?es. Non, il est pr?matur? de faire un bilan ? ce stade. Toutefois quelques observations s?imposent.

1. Une grande partie des terres est consacr?e ? la production de biocarburants.

2. Seulement une faible partie des terres n?goci?es est en ?tat de d?veloppement. On peut dire que sur 100?000 hectares n?goci?s, quelque 2000 hectares seulement sont exploit?s. R?sultat: il y a une paralysie d?investissement sur des larges surfaces de terres.

3. La signature d?un contrat n?est que le premier pas. Par la suite, la planification et sa mise en ?uvre prennent du temps, souvent plus que pr?vu.

4. Les impacts sur les populations locales, l?environnement et la biodiversit? sont souvent n?gatifs.

5. Les investisseurs font beaucoup de promesses, mais ne les respectent pas, ce qui engendre de la frustration.

6. L? o? la production a effectivement d?but?, elle est le plus souvent export?e. De fait, la question de la s?curit? alimentaire dans les pays d?accueil continuera ? se poser. Les tendances actuelles laissent m?me pr?sager une aggravation.

7. Le manque de cr?ation d?emplois et le d?tournement des cours d?eau au profit des grandes exploitations mettent les populations locales en col?re.

? A quoi servent les codes de conduite formul?s par diverses organisations pour r?gir les transactions fonci?res?

? Ce n?est pas ? l?investisseur de contr?ler son placement. Il appartient aux Etats d??valuer les enjeux, le potentiel en termes de terres et la n?cessit? de prot?ger les ressources naturelles (eau, biodiversit?).?Les grands pays comme l?Inde et la Chine, qui ont connu une r?volution verte dans les ann?es 80, n?arrivent plus ? satisfaire leurs besoins en vivres. Leur objectif est de s?curiser l?approvisionnement alimentaire pour leur population qui consomme de plus en plus, alors que leur capacit? interne de produire des vivres est limit?e.?Pour ces pays, qui ont connu des famines, l?enjeu est important. D?autant qu?ils savent qu?ils ne peuvent pas compter sur le march?. L?argent ne suffit pas ? satisfaire la demande. Dans le pass?, des pays riches comme le Qatar en ont fait l?exp?rience et cherchent ? tout prix aujourd?hui ? assurer l?approvisionnement alimentaire. Dans ce contexte, ce sont les pays d?accueil qui sont en position de force, et eux qui doivent veiller ? l?application des codes de conduite qui ne sont toutefois pas contraignants.

? Quel est le r?le des sp?culateurs dans les transactions fonci?res?

? Les terres sont devenues un cr?neau d?investissement alternatif depuis la crise bancaire. C?est la raison pour laquelle des fonds sp?culatifs et des caisses de pension y sont pr?sents avec de grands moyens. Les multinationales de l?agroalimentaire misent aussi sur des terres pour assurer l?approvisionnement des mati?res premi?res agricoles.

? Quelle place occupe l?Interna tional Land Coalition dans ce ph?nom?ne?

? Nous sommes une organisation intergouvernementale et de la soci?t? civile. Nous sensibilisons les Etats sur les enjeux. Nous essayons de promouvoir la transparence dans les transactions. Nous sommes une source unique d?informations. Notre programme ?Land Matrix? sur Internet est libre d?acc?s et offre des informations d?taill?es sur les transactions. Il a aussi une fonction d?alerte pour les n?gociations en cours.

?Propos recueillis par?Ram Etwareea/Le Temps D?c12

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4fee7710-5119-11e2-8673-87da6709989d/La_course_aux_terres_se_poursuit

Source:?Le blogalupus

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

ALPA se réjouit de l’investissement en francisation du MIDI

ALPA —Accueil Liaison Pour Arrivants se réjouit de voir le gouvernement du Québec investir des ...