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Macron, le roi sans couronne

Empêtré dans une campagne de « com » qu’il a lancée pour tenter d’enrayer la révolte d’un peuple jaune de colère, il se trouve maintenant mis en demeure de répondre aux doléances des Français… et ceux-ci attendent logiquement autre chose que des vagues promesses.

Le 8 avril, le premier ministre tentait une restitution des débats, et déjà, on a bien compris à quel point les dés étaient pipés, puisque les revendications des Français portaient en majorité sur le partage des richesses, plus de démocratie, plus de service public, la lutte contre le changement climatique, alors que le gouvernement privilégiait d’autres thèmes…

Mais qui pourrait en être surpris ?

Le gâteau de la richesse n’étant pas extensible à l’infini, ne suffirait-il pas de revenir à une équité plus raisonnable, fixant un « salaire maximum », puisqu’il existe déjà un salaire minimum ?

On le sait, le « Prez » a accepté de faire financer sa campagne par les puissants, ceux qui, dans ce pays, et au-delà, détiennent le pouvoir, et ils ont dû poser de logiques conditions, à commencer par la suppression de l’ISF. (Impôt sur la fortune)

Selon le JDD du 2 décembre14 millions sont tombés dans la caisse de LREM, venus pour la plupart de mécènes fortunés, qui en échange, ont probablement demandé la suppression de l’ISF. lien

Or, ce qui arrive en tête des « doléances » chiffres à l’appui, c’est justement à 77 % le rétablissement de cet impôt. lien

Et pourtant, le premier ministre ne semble pas avoir remarqué cette doléance… ou il a bien compris qu’il serait impossible de rétablir cet impôt, car il trahirait ceux qui ont mis Macron au pouvoir.

C’est donc très logiquement qu’il a assuré que le rétablissement de l’ISF était une demande marginale, tout comme l’instauration d’un RIC (référendum d’initiative citoyenne) qu’il juge comme tout à fait secondaire. lien

Par contre, Édouard Philippe assure que les Français se contenteraient d’une diminution d’impôts sur le revenu, semblant ignorer que l’impôt le plus pénalisant est la TVA, puisqu’elle plombe surtout les finances des Français les plus fragiles.

C’est bien ce qu’écrit Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités, rappelant que «  si la TVA est souvent jugée injuste, c’est qu’il s’agit d’un impôt qui est inversement proportionnel au revenu : c’est en effet une taxe sur la consommation, on la paie, sans s’en rendre compte, à chaque fois que l’on passe à la caisse, quand on fait ses courses  ». lien

En effet, la TVA a rapporté en 2017 près de 150 milliards d’euros, alors que l’impôt sur le revenu n’en rapporte que 73lien

Pour rentrer dans le détail, l’une des taxes qui rapporte le plus à l’état est celle appliquée au carburant.

Elle s’élève à 60% du prix du carburant, et selon la CLCV (association nationale de défense des consommateurs et usagers), les taxes sur les carburants représentent à elles seules un montant de 1500 € annuels pour un parcours d’environ 25 000 kmlien

Or on sait que le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, a d’ores et déjà fait savoir qu’il était hors de question de toucher ni à la TVA ou à la CSG.

Rappelons que les impôts divers et variés font tomber dans les caisses de l’état près de 300 milliards chaque année…

Quant à l’ISF, même s’il a rapporté moins de 5 milliards, sa suppression a eu des effets induits assez catastrophiques, car non seulement, il n’a pas fait revenir les entreprises qui s’étaient expatriées, mais il a privé de financement les caisses des associations caritatives.

La Fondation de l’Abbé Pierre, les restos du cœur, et beaucoup d’autres, en ont fait le cruel constat, car la suppression de l’ISF, la hausse de la CSG, et le prélèvement à la source ont asséché la générosité des français.

Le syndicat France Générosité, qui regroupe 97 associations caritatives, assure que ces 3 mesures ont fait fondre les ressources de ces associations, faisant de 2018 une année noire… 2019 connaitra probablement le même sort. lien

Mais revenons aux conclusions du « grand débat »…

Au-delà des belles paroles du premier ministre qui assure que « rien ne sera plus comme avant  »…mais qui en a profité pour jeter de l’huile sur le feu, s’en prenant de front aux Gilets Jaunes « saluant un grand débat très loin des exemples de violences que d’autres se complaisent à donner chaque samedi ». lien

A ce stade de la réflexion, il n’est pas inutile de réécouter l’intervention du créateur de MédiapartEdwy Plenel, en l’occurrence, s’exprimant sur l’antenne de France Inter, le 8 avril 2019, dans l’émission « L’heure bleue » de Laure Adler, laquelle l’avait invité pour la sortie de son livre : « la victoire des vaincus  ».

Citant Orwell, « la liberté n’a de sens que si c’est celle de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre » (…) ou Aimé Césaire « il n’est pas question de laisser le monde aux assassins d’aube  », Plenel a jeté un autre regard sur la révolte des Gilets Jaunes.

Extraits : « je démens la caricature que l’on a voulu faire des gilets jaunes, qui seraient forcément racistes, forcément xénophobes, forcément antisémites (…) jeanne d’arc aurait été Gilet Jaune, parce qu’elle transgresse, il faut ouvrir l’espérance (…) les gilets jaunes, leur dynamique est sociale et démocratique, ils revendiquent des choses très claires en termes sociaux, en termes démocratiques, très claires en refus du racisme (…) dans leur texte (ndlr : celui de la deuxième assemblée, tenue à Commercy) ils précisent : « les droits sociaux doivent valoir pour toutes les personnes vivant en France, quel que soit sa nationalité »…ils vont plus loin que n’importe quelle force politique française !…c’est ça l’élaboration collective des Gilets Jaunes…  ». lien

Dans la pensée macroniste, on découvre que le chômeur serait un fraudeur, le cheminot, un privilégié, et le retraité un nanti…

Mais n’est-il pas encore plus pertinent de se pencher sur les résultats du « vrai débat  », celui qui a été mis en place par des gilets jaunes, sur le même modèle que celui mis en place par l’état, sauf que les thèmes étaient ouverts, non limités, et sans questions fermées, sans choix binaires, comme dans le « grand débat » proposés par Macron.

France-Inter a questionné à ce sujet Jean-Claude Zancarini, un professeur émérite d’histoire de la pensée à l’ENS de Lyon, et du laboratoire UMR CNRS, lequel en a tiré une synthèse, tout en se posant la question sur la lecture, peut-être tronquée, qu’aurait fait le gouvernement du grand débat.

Il a dénombré 4 préoccupations majeures.

D’abord transformation en profondeur du système politique français, avec le RIC, la prise en compte du vote blanc, et la fin des privilèges pour les élus, élus qui doivent être irréprochables.

Le deuxième point est la demande de renforcement du service public, de proximité, égalité d’accès… avec une demande très claire de nationalisation.

Le troisième point concerne la justice fiscale : « les gros doivent payer gros, les petits doivent payer petit »… accompagné de sanctions envers les fraudeurs, avec bien sur le retour de l’ISF.

Le dernier point concerne la préservation de l’environnement, et la lutte contre le changement climatique… le professeur s’étonnant que le 1er ministre n’ait pas eu un mot de remerciement envers les Gilets Jaunes, car sans eux, ce grand débat n’aurait jamais eu lieu. lien

Comme on le voit, les conclusions de l’expert de l’ENS sont très éloignées de celles présentées par Édouard Philippe, sans même anticiper l’analyse présidentielle, et les conclusions qu’il en tirera.

La montagne accoucherait donc d’une souris, mais qui s’en étonnerait ?

D’ici le 15 avrilMacron fixera les « grandes décisions », mais qu’en attendre ?

C’est bien là le problème, car, comme l’ont bien compris les conseillers présidentiels, la déception sera à la hauteur des attentes, et une réponse ambiguë relancera d’autant le mouvement des gilets jaunes… comme dans cette chanson, celle de Kopp Johnson.

Comme dit mon vieil ami africain : « marche sur une fourmi, et mille autres t’attaqueront  ».

Le dessin illustrant l’article est de Lacombe

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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