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Macron, la ministrose

 

Rien ne va plus, dans l’étrange monde de la macronie… les ministres s’offusquent du peu d’intérêt que leur porte leur président.

Certains sont sur le départ, d’autres cherchent des solutions de sortie, mais dans l’ensemble, c’est la ministrose qui s’est invitée au sein du conseil des ministres, et dans la macronie dans son ensemble.

Il semble bien que le 1er personnage de l’état soit particulièrement doué pour faire le vide autour de lui, certains ministres se sentent incompris, d’autres ignorés, voire méprisés.

Au-delà de ceux qui ont déjà fait leur valise, et de ceux qui la préparent, ceux qui sont encore là, s’inquiètent.

Jean-Yves Le Drian a tiré le 1er, c’était en décembre 2018, lui reprochant ouvertement de réformer par le haut. lien

Il faut reconnaitre que Jupiter gère le conseil des ministres de façon cavalière : lorsqu’il est agacé par une intervention, il fait circuler des petits papiers, et s’il faut croire Géraldine Wœssner et Hugo Domenach qui s’expriment à ce sujet dans les colonnes du « Point  », « mais il faut ensuite que l’intéressé réclame un « tête à tête » avec le chef de l’état, pour être fixé sur la ligne politique qu’il convient d’adopter ». lien

Un ministre se lâche : « il commence à avoir tous les symptômes de Sarko, il méprise les gens, il les toise de son intelligence ».

Il ne se gêne plus pour affubler les uns et les autres de surnoms désobligeants, et les noms d’oiseaux volent plus souvent qu’à leur tour à l’Elysée.

Comme l’écrivent les 2 journalistes : « … l’acte II du quinquennat serait-il donc aussi celui de l’abandon de la bienveillance présidentielle à l’égard de ceux qu’il a lui-même choisis pour gouverner  ».

Le collaborateur d’un ministre s’amuse à l’imiter : « c’est moi le Roi, et ce sont mes députés, mes gens ».

Un ancien poids lourds de la macronie affirme : « les ministres disent de lui qu’il se caresse devant les miroirs ».

Pas de doutes, le malaise s’est invité au gouvernement, et il est bien réel.

L’un des proches de l’ÉlyséeJean-Marc Borello en l’occurrence porte un jugement cruel sur Matignon et ses ministres : «  à Matignon, ils ne savent pas manager. Si vous prenez des gens brillants et que vous les faites travailler sans coordination, il y a forcément des couacs. Et on les a épuisés : tous travaillent comme des fous. Il faut prendre du temps pour travailler ensemble, réfléchir, prendre un verre…se parler  ».

Bref, c’est la déprime générale dans les ministères, et les ministres ne savent plus que faire pour se rendre utile.

Et puis certains n’ont peut-être pas oublié de quelle façon humiliante certains ministres avaient été auparavant sèchement remerciés.

Ils avaient pour nom Jacques MézardFrançoise NyssenStéphane TravertDelphine Gény-Stephann

Nyssen payait probablement son manque de charisme, et surtout les travaux litigieux dans les locaux parisiens de sa maison d’édition « Acte Sud »…Travert paya son affrontement ouvert avec Hulot, lors du débat sur les pesticides… et on sait combien Macron tentait de se mettre les écolos dans la poche… en vain manifestement. lien

Un macroniste influent n’a-t-il pas déclaré : « ils se disent (les ministres ndlr) qu’est-ce que j’ai à proposer au président ? Est-ce qu’il est de droite, de gauche ? Ils ont du mal à le percer, ils n’ont pas de boussole ».

Le cas d’Agnès Buzyn est révélateur.

Elle qui ne voulait pas se présenter à Paris, convaincue que sa place était de rester « à la santé », a fini par renoncer, et accepter sa mission parisienne pour ne pas fâcher Jupiter, même si pour donner le change, elle a affirmé, « j’y vais, j’en ai envie ». lien

Mais qui est dupe ?

Bruno Le Maire s’est énervé : « qu’on s’occupe plus des Français, et moins de politique, c’est tout ce que j’ai à dire. Evitons les commentaires intempestifs. La meilleure réaction s’est de se taire  ».

Fermez le ban.

Un conseiller de ministre enfonce le clou : « personne ne se sent aidé, soutenu, porté… on pensait que Macron aurait une autre façon de gouverner : là, c’est vraiment technocratique ».

Tout ça provoque un immense gâchis : de nombreuses réformes sont gelées. Et le président a si peu confiance en son gouvernement qu’un rien peut remettre en question une réforme pourtant préparée de longue date.

Et les critiques pleuvent à l’encontre de Macron : les 2 journalistes du Point relèvent : « inviter Villani à l’Élysée et le laisser envoyer paître tout le monde à la sortie, un dimanche soir, alors qu’il n’y a rien d’autre dans l’actu, rien à la télé, c’est inconscient » a déclaré le membre d’un cabinet ministériel.

Les marcheurs de sensibilité de gauche, ceux qui avaient rejoint En Marche dès la 1ère heure se sentent ignorés, mis sur la touche, et constatent que ceux qui venaient de LR sont bien mieux traités.

La division serait donc En Marche ?

Il faut tout de même se rappeler qu’avant son élections, nombreux de ses futur ministres s’étaient durement lâchés sur Macron : de Lemaire, à Darmanin, en passant par Philippe, et Bayrou, ils n’étaient pas tendres à l’époque. lien

Pour Clara Carlesimo, s’exprimant dans les colonnes de « Gala Politique » « Emmanuel macron est cassant, méprisant, ses ministres n’en peuvent plus, après lui avoir longtemps voué une admiration sans borne (…) la réforme des retraites, c’est justement le sujet qui a cristallisé les mauvaises relations entre Emmanuel Macron et ses ministres ». lien

Pas étonnant dès lors que certains candidatent dans telle ou telle mairie, tel le 1er ministre, qui postule au Havre…au cas où…

Certains, plus visionnaires, ont claqué la poste du ministère, tel Gérard Collomb, qui, lorsqu’il a quitté son poste, a déclaré, sans langue de bois : « c’est la loi du plus fort qui s’impose, celle des narcotrafiquants et des islamistes radicaux, qui a pris la place de la République (…) il faut une vision d’ensemble car on vit côte à côte, moi je crains que demain on ne vive face à face ». lien

La situation se complique encore un peu plus, depuis que Macron a montré du doigt ses propres députés, les qualifiant d’inhumanité, alors que ceux-ci n’avaient fait que suivre la consigne donnée par le gouvernement.

Depuis, un député n’a pas hésité à évoquer une vraie fracture entre certains élus et le chef de l’état.

Certains ont dit leur « colère d’avoir été envoyé au front, et lâchés », un député allant jusqu’à affirmer que « l’emballement médiatique a été créé par Emmanuel Macron lui-même ».

Un autre s’est ému : « ça me touche dans mon honneur »…et Marie Lebec, vice-présidente du groupe LREM a conclu : «  il s’agit d’une erreur de management du gouvernement et du groupe  ».

D’autres n’hésitent pas à s’en prendre à Muriel Pénicaud « trop techno (…) elle fait chier tout le monde  », l’intéressée reconnaissant « nous sommes nombreux à prendre cher »… lien

Serait-elle sur un trône éjectable sous peu ?

En tout cas, Macron la juge fautive. lien

Mais si ce malaise est si perceptible dans le monde de la macronie, n’est-ce pas d’abord la raison de la chute dans les sondages que le locataire de l’Élysée subit depuis la mi-2019 ?

Après 2 ans de mandat, sa côte était tombée à 32%, battant (sauf dans le cas Hollande) tous ses prédécesseurs.

L’affaire Benalla est passée par là, ainsi que la crise des gilets jaunes, qui perdure, mais c’est probablement la réforme sur les retraites qui le plonge encore plus dans le rouge.

Ce qui apparait aujourd’hui, à l’image de la rupture au conseil des ministres, entre ceux de droite, et ceux de gauche, c’est la perte de soutien de l’électorat socialiste, passant de 88% en 2017 à 31% en avril 2018.

Ce n’est donc pas une surprise si le sondage BVA lui attribuait en avril 2019 la note de 7,1 sur 20lien

Et la chute s’aggrave, puisque sa côte continue de s’effondrer aujourd’hui : le sondage du 20 janvier dernier le donne à seulement 30% d’opinions favorables…et ce sont surtout les jeunes électeurs qu’il a perdu ces derniers temps (–11 points). lien

Comme dit mon vieil ami africain : « le putois ne sent pas l’odeur de ses aisselles  ».

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

L’image illustrant l’article vient de régicom.fr

Olivier Cabanel

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