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Macron-Bayrou : vers un couplé gagnant ?

Si l’on en croit certains éditorialistes, il se murmure ici et là dans le microcosme médiatico-politique que François Bayrou, coincé entre François Fillon et Emmanuel Macron, pourrait soutenir ce dernier dans la conquête de la présidence. Une hypothèse à laquelle le récent sondage Elabe donne incontestablement du crédit…

En décembre dernier, je faisais le constat que, dans un centre « orphelin de candidat », l’OPA opérée sur cet espace politique par Emmanuel Macron dès l’annonce de sa candidature à la présidence de la République le 16 novembre avait de bonnes chances de réussir. À condition toutefois que François Bayrou ne s’aligne pas pour une 4e fois consécutive* dans la compétition électorale.

Il est en effet évident que, présents tous les deux sur la ligne de départ, Macron et Bayrou se neutraliseraient. Avec pour conséquence un plafonnement des voix de l’un comme de l’autre, et tout particulièrement du second nommé. À la clé, la certitude qu’aucun candidat « ni de gauche, ni de droite », comme se plaît à se positionner lui-même l’ex-collaborateur de la banque Rothschild, ne soit en mesure de disputer l’accession au 2e tour de la présidentielle aux deux favoris actuels Fillon et Le Pen.

Or, faisais-je remarquer, si ces deux-là étaient un peu moins égotiques – mais quel responsable politique de premier plan ne l’est pas ? –, le bon sens leur commanderait d’unir leurs forces. Soit en proposant un « ticket commun  », Macron postulant à la présidence, Bayrou à un poste de Premier ministre ou au maroquin d’un grand ministère d’État ; soit, plus probablement, en scellant une alliance objective de nature à faire gagner le centre en brisant le bipartisme gouvernemental qui prévaut depuis des décennies.

Une telle alliance pourrait permettre au candidat Macron de rafler la mise en mobilisant un électorat allant des sympathisants sociaux-démocrates du PS – majoritairement hollandais – jusqu’à l’aile modérée – principalement juppéiste – de LR en passant par les différentes sensibilités du centre qui rejettent le ralliement à Fillon. À cet égard, les difficultés rencontrées par Valls sont du pain béni pour Macron qui, n’en doutons pas, doit croiser les doigts pour que le « TSV » (Tout sauf Valls) qui semble se dessiner débouche sur une victoire de Hamon ou Montebourg au 2e tour de la primaire de cette « Belle alliance » si mal baptisée**.

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Le combat de trop

Valls absent, une large part de l’électorat du PS devrait effectivement se reporter très logiquement sur Macron. C’est d’ailleurs ce que confirme le sondage Elabe publié le jeudi 5 janvier par le quotidien économique Les Échos. Sans Valls mais avec Bayrou sur la ligne de départ, l’institut de sondage crédite Macron de… 20 à 22 % selon l’identité du candidat socialiste. Sans Valls et sans Bayrou, Elabe crédite Macron de 23 à 24 %, tout près de Fillon et grosso modo à égalité avec Le Pen (1 point derrière ou 1 point devant selon l’adversaire socialiste).

Certes, il s’agit là de données éphémères, mesurées avec toute la réserve que l’on doit accorder à un sondage réalisé si loin du scrutin. Elles n’en confortent pas moins la confiance de Macron et contribuent sans aucun doute à faire réfléchir le maire de Pau. Et cela d’autant plus que Fillon, qui lui avait récemment fait des propositions, vient de fermer la porte à un rapprochement présumé plus nuisible que bénéfique avec le Béarnais. Reste Macron qui, dès le 27 novembre, lui tendait la perche en ces termes : « J’appelle François Bayrou, s’il n’est pas à l’aise avec le programme de François Fillon, à nous rejoindre, car il y a beaucoup de convergences. »

Un appel de Macron auquel Bayrou aurait, si l’on en croit Le Parisien, répliqué trois jours plus tard devant ses amis : « Jamais je ne laisserai le centre à Macron  !  » La porte est-elle fermée pour autant ? Peut-être, car le Béarnais est accro à la présidentielle et n’a pas encore renoncé à une 4e candidature. Mais si la dynamique qui porte actuellement Macron venait à être confirmée dans les prochaines semaines, alors cette candidature risquerait de se transformer pour Bayrou en pathétique combat de trop.

Nul ne peut dire, à l’heure actuelle, ce que fera Bayrou. Apparemment, il n’est plus question qu’il se vende pour une poignée de lentilles estampillées Modem à ce Fillon par trop réactionnaire dont il condamne le positionnement thatchérien et dont il critique vertement un affichage chrétien inapproprié dans une république laïque. Mais tentera-t-il une 4e aventure présidentielle potentiellement porteuse d’un échec cuisant, eu égard à la préemption du centre par un Macron plus jeune et plus séduisant aux yeux des électeurs ? Ou bien fera-t-il le choix de cette alliance de l’Ancien et du Moderne capable, hors du traditionnel schéma bipartisan, de faire triompher le centre en ringardisant tout à la fois le PS et LR ?

Une bulle qui tarde à éclater

La décision appartient au maire de Pau. Mais quoi qu’il en soit, il est évident que, avec ou sans Bayrou, Macron va continuer d’aller de l’avant. « En marche », l’espère-t-il, vers un destin élyséen. Et force est de constater que l’ex-ministre de l’Économie suscite un réel intérêt de la part des électeurs en rejet du PS et de LR comme l’a montré l’énorme affluence à son grand meeting de la Porte de Versailles le 10 décembre : plus de 10 000 participants sans le soutien logistique d’un parti ni le relais de militants chevronnés !

Et ce ne sont pas ses derniers meetings qui ont démenti l’incontestable engouement que suscite Macron dans la population. À Nevers, le vendredi 6 janvier, c’est dans une salle bondée de 1000 places que s’est produit le candidat ; à tel point que Denis Thuriot, le maire « sans étiquette », a affirmé n’avoir pas vu une telle affluence pour un meeting politique dans sa ville depuis… Mitterrand ! Quant à la Grande Halle de Clermont-Ferrand, elle a été insuffisante à recevoir les 3000 personnes venues écouter Macron le samedi 7 janvier.

Beaucoup de public, certes, mais pas de troupes structurées et peu de soutiens de premier plan, tempèrent les sceptiques. Un argument que balaie Macron : il sait qu’en politique, nombreux sont ceux qui volent au secours de la victoire en amenant avec eux militants et logistique. Dès lors, il mise sur la dynamique dont il bénéficie pour susciter des allégeances tant de la gauche socialiste que du centre et de la droite juppéiste. Présomption ou réalisme ?

La question se pose en effet. Et ce n’est pas un hasard si, depuis l’entrée en campagne de Macron, nombre d’éditorialistes et de commentateurs ont parlé, les uns de « bulle » appelée à éclater, les autres de « soufflé » destiné à retomber. Or, à l’instar de Trump aux États-Unis, rien de tel ne s’est passé jusque-là. Au contraire, Macron ne cesse de progresser. Au point que l’on commence à s’inquiéter très sérieusement dans les états-majors de LR et du FN d’un possible match à trois pour la qualification au 2e tour de la présidentielle. Un scénario catastrophe pour ces deux partis car il pourrait laisser sur le tapis Fillon ou Le Pen.

Un scénario qui, à n’en pas douter, ne manque pas de susciter une « tempête sous un crâne », selon la formule de Victor Hugo. En l’occurrence, celui de Bayrou qui, en 2017, peut trouver une occasion de relancer sa carrière en soutenant Macron, ou a contrario courir le risque d’être définitivement affublé d’une étiquette de « Has been » s’il concourt pour un score étique. En spécialiste hippique, Bayrou devra opter, soit pour une course en solo, au risque de se noyer dans la rivière des tribunes, soit pour un couplé qui pourrait se révéler gagnant au PMU électoral !

Le Béarnais avait été candidat en 2002 (4e du 1er tour avec 6,84 %), en 2007 (3e du 1er tour avec 18,57 %) et en 2012 (5e du 1er tour avec 9,13 %)

* Cette bien curieuse appellation rappelle en effet le nom d’un lieudit emblématique de la bataille de… Waterloo. Faut-il y voir un présage ?

Note : Que l’on ne s’y trompe pas, cet article – rédigé comme observateur et non comme militant – n’a, en aucune manière, pour objet de soutenir la candidature de Macron. Celui-ci n’est en effet à mes yeux qu’un libéral parmi d’autres, porteur d’une politique antisociale entièrement ancrée dans le système qu’il prétend dénoncer. Électeur de Mélenchon en 2012, je le serai encore en 2017, en espérant qu’il pourra cristalliser sur son nom le vote des électeurs de gauche.

 

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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10 Commentaire

  1. avatar

    Deux losers ne font pas un seul candidat, Fergus, désolé…

    Bayrou est un parpaing qui a déjà été entraîné plusieurs fois au fond : vous voudriez couler Macron que vous l’associeriez en effet avec lui.

    Macron est une sorte de Rachida Dati de gauche : venu d’ailleurs, sans conviction aucune, autre que celle de sa pomme… un météore, quoi.

    laisser croire qu’il peut exister autre chose que droite et gauche, avec cet espèce de centre mou, ça a déjà foiré moult fois. Sans trop de succès :

    Macron n’a pas de pipe en plus, il ne pourra jamais faire un Edgar Faure (admiré par… Montebourg !).

    http://www.lecercledesliberaux.com/wp-content/uploads/2015/10/edgar.jpg

    A oui aussi, pour le comparer à Edgar :

    « Il laisse également l’image d’un grand séducteur, ayant notamment fait aménager une porte dérobée dans l’une des salles de l’hôtel de Lassay, la résidence du président de l’Assemblée nationale, pour ses rendez-vous d’alcôve lorsqu’il présidait les travaux de la Ve législature » c’est pas pour Macron, ça… le séducteur de prof.

    étonnant, non ?

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      Bonjour, Morice

      Je n’affirme évidemment rien, je constate simplement. Et en l’état actuel des choses, je ne suis pas non plus persuadé que Macron puisse aller au bout de l’aventure.

      Il n’en est pas moins vrai qu’il continue de progresser, et même de fasciner un grand nombre de Français. Qui plus est, il commence à bénéficier de ralliements significatifs. Dernier en date : Pisani-Ferry, l’ancien conseiller personnel de DSK, qui viendrait mettre en forme le projet présidentiel. Sans compter des élus du Modem.

      Pour ce qui est de Bayrou, ce n’est pas son soutien que recherche Macron, mais sa non-candidature, synonyme de plusieurs points supplémentaires au 1er tour.

      Je note que Le Canard enchaîné du jour, en faisant les mêmes constats que moi, fait état de la « panique » qui gagne les états-majors du PS et de LR. Auraient-ils peur que la « bulle » n’éclate finalement pas ?

      En réalité, je pense que tout se jouera après la primaire PS-PRG. Si Macron continue de surfer sur des scores proches des 20 %, alors tout sera ouvert pour lui. Y compris le retrait d’une candidature socialiste vouée à un échec cuisant. A suivre…

      Cordialement

  2. avatar

    « En réalité, je pense que tout se jouera après la primaire PS-PRG. Si Macron continue de surfer sur des scores proches des 20 %, alors tout sera ouvert pour lui. Y compris le retrait d’une candidature socialiste vouée à un échec cuisant. »

    Effectivement, mais ce ne sera pas pour autant le messie. Les français ont déjà eu Giscard qui jouait au même jeu du premier de la classe se prétendant doué et jeune. Venu lui aussi de Bercy. Ils ont été vaccinés, il me semble : il a dû quitter petitement l’Elysée, en se faisant injurier sur son passage. Et depuis, il maugrée, ce qui fait un sacré temps qu’il le fait !

    Valls est bien trop prétentieux pour songer à se retirer. Chez lui, ce sont les chevilles qui lui servent de cerveau. C’est le roi des masos, en tout cas, avec ce qui l’attend !

    Le plus inquiétant, au final, c’est la baisse énorme en opinion de Fillon. Ce n’est ni le PS ni la droite qui en profite : vous voyez très bien qui, et ça ça n’arrange pas la France. Ça n’arrangerait que Trump, tiens, au final.

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      Bonsoir, Morice

      « Valls est bien trop prétentieux pour songer à se retirer »

      Sans doute. Mais s’il ne réussit pas mieux les débats que son entrée en campagne, il aura des difficultés à gagner la primaire face à la coalition objective Montebourg-Hamon. Ce serait le scénario idéal pour Macron. Et même si Valls réussit quand même à l’emporter, mais de manière étriquée, il ne bénéficiera pas de l’élan nécessaire pour contrer les ambitions de Macron.

      Cela dit, Macron aurait bien tort de se réjouir dès maintenant car la route est encore longue et semée d’embûches.

      Pour ce qui est de Fillon, il a senti le danger et tenu aujourd’hui un discours très volontariste contre les immigrants. Au point de prétendre vouloir mettre en place des quotas comme l’avait proposé Sarkozy avant lui. Tout cela est irréaliste à bien des égards, et contraire aux règles de l’UE. Mais Fillon se fiche de la faisabilité pourvu que les électeurs du FN se laissent prendre à ce discours.

  3. avatar

    Jamais vue pareille élection !!! chacun pour sa pomme, en résumé !

    • avatar

      Bonjour, Morice

      Cette élection risque en effet d’être la plus atypique de la 5e République. Et pas sûr que le peuple français ait à y gagner au final.

  4. avatar

    Je vais me lancer sur cette élection même si je vis en Belgique car j’aime la France et son bon vin ,je vais vous donner mon opinion et vous en jugerai à votre aise .
    Si vous regardez dans le monde en général, ce que nous préparent les élites ,ils sont en train de nous donner la main aux quatres coins du monde avec nos choix, aux states ,nous avons choisi Trump ,le changement du peuple. Nous avons eu le Brésil avec l’avis du peuple.En Allemagne ,on nous prépare le départ de Merkel. En Espagne, nous avons encore une remontée du peuple. En Italie, nous avons encore un cinq étoile qui ne demande qu’a grandir. En Hollande, nous voulons aussi changer le jeu avec un référendum possible au bout du tunnel.En Belgique aussi les gros partis sont en train de s’auto détruire avec une remontée fulgurante de partis populistes et en France vous avez aussi cette souveraineté qui est en train de remonter et je pense que nos élites ont compris et ils vont nos soulager et nous responsabiliser sur une catastrophe à venir et ainsi détruire tous les populistes du monde entier ,ils auront les mains libres pour nous imposer ce qu’ils recherchent depuis un millénaire, une monnaie et un ordre bien défini de leur monde qui les tient à coeur depuis des décennies.
    Donc je termine avec mon choix mais je crois que vous savez de qui je parle malheureusement.

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      Bonjour, Giuseppe

      Bien que j’aimerais croire à un retour du peuple dans la politique, je ne partage pas votre vision.

      Trump est tout sauf le candidat du peuple : qui voit-on dans son équipe de gouvernement ? des affairistes et des banquiers dont la majorité sont des milliardaires.

      Au Brésil, la situation est d’autant plus confuse que Roussef a été écartée pour des motifs de corruption par des élus encore plus corrompus qu’elle !

      En Espagne, Podemos est incontestablement en perte de vitesse.

      En Italie, les élus 5 étoiles font preuve d’une rare incompétence, à l’image de Virginia Raggi, de surcroît engluée dans des affaires de favoritisme et de népotisme. Rséultat : la capitale italienne n’est plus gérée !

      En France, ne vous faites pas d’illusions : Marine Le Pen n’a pas l’ombre d’une chance de gagner contre Fillon ni contre Macron. Et le seul véritable candidat au service du peuple – et non d’une PME familiale -, Jean-Luc Mélenchon n’a quasiment aucune chance de se qualifier pour le 2e tour de la présidentielle.

      Pour ce qui est de la Belgique, j’ai un peu de mal à suivre dans ce pays miné par les rivalités entre les Wallons et des Flamands revanchards.

      En fait, je ne crois ni à l’arrivée au pouvoir des populistes – excepté dans quelques rares pays -, ni à une volonté de « détruire tous les populistes » dans la mesure où ces derniers font cela très bien lorsqu’ils sont aux manettes.

      Cela dit, il ne s’agit là que d’une opinion personnelle…

  5. avatar

    Le brexit et non le Brésil

    • avatar

      Férgus ,vous avez peut être raison ,de toute manière nous ne pourrons changer quoi que soit dans un monde où règne le mensonge et la corruption ainsi que la dominance à outrance sur les citoyens, je souhaiterais bien un réveil des peuples et surtout de l’oligarchie qui tiendrait une très grande responsabilité pour le changement mais je doute que l’oligarchie pensent à notre bien.
      Au plaisir de vous lire ,férgus et nous verrons bien .