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Macron: austérité, tout sécuritaire et militarisme

Macron préconise l’austérité, le tout sécuritaire et le militarisme aux élections françaises
Par Kumaran Ira
9 février 2017

 Samedi dernier à Lyon, le candidat à la présidence française Emmanuel Macron du mouvement « En marche ! » a exposé les grandes lignes de son programme, qu’il dévoilera à la fin février. Il propose une austérité rigoureuse, le démantèlement du système de sécurité sociale, des mesures draconiennes relevant d’un État policier et une collaboration étroite avec l’Allemagne sur les mesures visant à militariser davantage l’Union européenne.

Se présentant comme « ni de gauche ni de droite » et prétendant que la politique n’est désormais qu’une bataille entre progressistes et conservateurs, il a demandé : « Je ne dis pas que la droite et la gauche ça n’existe plus. Mais dans les moments historiques, ces clivages sont-ils indépassables ? »

En essayant de convaincre les électeurs à la fois de droite et du Parti socialiste (PS), Macron a fait l’éloge des anciens présidents français de toutes les couleurs politiques : « Pour s’émouvoir au discours sur l’Europe de François Mitterrand quelques semaines avant sa mort, fallait-il être de gauche ? Pour éprouver de la fierté lors du discours de Jacques Chirac au Vel d’Hiv, fallait-il être de droite ? Non ! Il fallait être Français » Il a également cité Philippe Séguin, le mentor du candidat de droite des Républicains (LR) à la présidentielle, François Fillon.

Après avoir occupé des postes clés, y compris celui du conseiller principal du président PS, François Hollande, puis été ministre de l’Économie, où il a aidé à concevoir la dérégulation de l’économie au travers le Pacte de Responsabilité, Macron a quitté le gouvernement l’été dernier. Il a formé « En marche ! », son mouvement électoral, en novembre. Tout en faisant des appels nationalistes qui s’adressent au mécontentement chez les jeunes, les travailleurs et les gens de la classe moyenne désabusés par les partis au pouvoir traditionnels, PS et LR, il parle sans détour au nom des grandes entreprises. S’il devait gagner l’élection, il assurerait la continuité des politiques des gouvernements du PS et LR.

La campagne présidentielle française est dominée par l’escalade des conflits entre les grandes puissances et la crise profonde du capitalisme européen et mondial. Après le vote du Brexit et l’élection de Trump, les tensions explosent au sein de l’alliance transatlantique, alors que Trump attaque l’UE et soutient le Front national (FN) en France et des forces néo-fascistes similaires à travers l’Europe. Le nationalisme économique de Trump, son hostilité manifeste à la puissance économique allemande et ses menaces de guerre contre la Chine et le Moyen-Orient poussent tous les dirigeants européens à reconsidérer leurs alliances.

Alors que le conflit États-Unis-UE s’intensifie, Macron a proposé à Lyon de renforcer les liens avec l’Allemagne. Critiquant les politiques anti-immigrants de Trump, il a dit : « Il n’y aura pas de murs dans mon programme. »

À Lyon, Macron a appelé à une augmentation des dépenses de défense de 1,6 à 2 % du produit intérieur brut (PIB) de la France, soit une augmentation de 9 milliards d’euros par an. « Je veux une Défense plus européenne, et des partenariats entre la France et l’Allemagne. » a-t-il dit.

Il a ajouté : « Si les temps sont graves, c’est parce que le contexte international l’est lui-même. » Il a mis dans la catégorie des puissances nouvelles et autoritaires la Russie, l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite, déclarant : « Il nous faut dans ce contexte tenir notre rang, savoir quelle est notre histoire et le fil de celle-ci. »

Macron vise à placer le fardeau de l’augmentation des dépenses militaires et de la préparation de la guerre entièrement sur le dos de la classe ouvrière. Il propose de réduire les coûts de la main-d’œuvre, les dépenses sociales et les réglementations des activités commerciales, prétendant que cela simplifiera la création d’entreprises et stimulera l’économie française.

Macron veut une loi travail encore plus sévère que celle que Hollande a fait passer en force à l’Assemblée nationale l’année dernière, face aux manifestations de masse et une opposition populaire écrasante. Il a l’intention d’imposer des réductions drastiques dans les contributions aux charges sociales que paient les employeurs afin de créer une situation en France où les travailleurs n’auront aucune protection sociale ou de santé.

Il a dit : « Je veux un travail moins cher, avec un allègement des charges patronales jusqu’à 2,5 SMIC et un allègement de charges de 10 points au niveau du SMIC. »

Macron essaie de justifier cette politique en affirmant que cela renforcera le pouvoir d’achat des travailleurs. Ses mesures ne feront qu’obliger les travailleurs à souscrire à une mutuelle d’assurance-maladie privée, cependant, et laisser les travailleurs licenciés avec des allocations de chômage encore plus diminuées. « Pour libérer le travail, je veux qu’il paie mieux. Nous devrons financer différemment la maladie et le chômage et alléger les cotisations payées par les salariés. Et tout le monde gagnera en pouvoir d’achat. »

Macron propose également quelques mesures symboliques pour couvrir son programme de droite, se faisant passer pour un ami de l’éducation. Il a affirmé vouloir augmenter les salaires des enseignants, en particulier ceux qui travaillent dans des zones « prioritaires » défavorisées. « Je veux que dans nos écoles, nous puissions diviser par deux le nombre d’élèves par classe. En CP et en CE1, dans toutes les zones d’éducation prioritaire, je paierai beaucoup mieux les enseignants qui iront y travailler. Ils auront plus d’autonomie pour conduire leurs projets. »

Il s’est engagé à donner à chaque jeune 500 euros quand il atteindra la majorité légale, comme un « passe de jeune » à dépenser sur des activités culturelles.

Dans la mesure où tout le programme de Macron vise à sabrer dans les dépenses sociales et les droits des travailleurs, ses propositions de distribuer quelques aumônes et des augmentations de salaires réservées à quelques catégories choisies de travailleurs, ainsi que sa pose de préoccupation pour l’éducation et le développement de la jeunesse sont une farce réactionnaire.

Conscient que son programme n’est pas différent et pas plus populaire que les politiques qu’il a aidé à formuler sous Hollande, qui est devenu le président le plus impopulaire dans l’histoire de la France, Macron propose également des mesures du tout sécuritaire accordant des pouvoirs extraordinaires à la police et les services de renseignement. Il a promis de recruter 10 000 policiers au cours des cinq prochaines années, ajoutant : « Nous réorganiserons nos forces de renseignement, pour un renseignement territorial plus efficace et présent. Nous recréerons une police de sécurité quotidienne. »

La candidature de Macron occupe le devant de la scène en particulier depuis que Fillon, le candidat des LR, a été mis en difficulté par les accusations selon lesquelles il a fourni des emplois fictifs rémunérés pour près d’un million d’euros d’argent public à sa femme Pénélope. Selon les derniers sondages, Macron éliminerait Fillon au premier tour du vote le 23 avril, et se trouverait en face de la dirigeante du Front national fasciste, Marine Le Pen, au second tour le 7 mai. Il est donc actuellement le favori pour devenir le prochain président de la France.

Macron a exprimé son inquiétude à propos de ce scandale, craignant qu’il aliène davantage des masses d’électeurs de LR et du PS et qu’il stimule le soutien au FN d’extrême-droite qui se prétends « anti-système ».

Il a averti que dans « Un moment où les scandales, chaque jour, dévoilent les pratiques d’un autre âge. Soyez graves dans ces moments, parce que ce qui se passe dans notre vie politique et médiatique n’est bon pour personne. Parce que notre combat c’est de toute faire pour que ce qui se passe ne bénéficie pas au parti du Front National. […] Parce que, aujourd’hui, ce qui s’installe dans notre pays, c’est une lèpre démocratique, c’est la défiance. »

La posture de Macron en meilleur adversaire de la montée du FN est une fraude politique. Sa campagne elle-même intensifie les sentiments dont le FN se nourrit, dans la mesure où Macron a publiquement rencontré et félicité des personnalités nationalistes d’extrême droite telles que Philippe de Villiers.

(Article paru en anglais le 8 février 2017)

 

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      Rien à voir, ces sites que vous citez n’ont fait que copier des articles, ils sont affichés au départ sur wsws.org, site trotskyste qu’on peut apprécier ou pas mais qui n’a rien à voir avec ceux que vous citez.

  1. avatar

    WSWS = David North, Trotskyste américain

    il est amusant de noter ceci à son propos

    Actually, there were quite a few other culprits on the left who hailed the Islamic “revolution,” including the Workers League (WL) led by North. One is prompted to ask, “Where were you, David North?” (When Nikita Khrushchev denounced Stalin’s crimes at the 20th Congress of the Communist Party of the Soviet Union in 1956, a delegate in the hall reputedly called out, “And where were you, comrade Khrushchev?” – alluding to the fact that he was a loyal henchman of Stalin for decades.)

    The answer is that that North was among the loudest cheerleaders for the Islamic “revolution” and vile slanderers of any leftists targeted by the mullahs. In a front-page statement by the WL leadership, “Long Live the Iranian Revolution!” (Bulletin, 16 February 1979), North hailed Khomeini’s takeover as “a decisive turning point in the world revolution” and an “irreparable blow to U.S. and world imperialism.” A statement by the International Committee of the Fourth International led by North’s mentor Gerry Healy declared, “We pay tribute to the Ayatollah Khomeini who became the symbol of the anti-Shah revolution” (Bulletin, 27 February 1979). A few weeks later, the WL declared that “the Khomeini movement…represents a progressive alliance of the anti-imperialist nationalist forces” (Bulletin, 30 March 1979). When Khomeini’s thugs viciously attacked demonstrations on International Women’s Day (March 8) and later that were protesting the imam’s imposition of Islamic dress codes, in particular the head-to-toe veil (chador), North called the demonstrations for women’s rights “A Provocation Against the Iranian Revolution” (Bulletin, 13 March 1979).

    son anti impérialisme est bien une pensée rouge-brune… c’est un CHARLATAN. Comme ceux de la liste citée ci-dessus…

    • avatar

      C’est une confusion très entretenue mais fausse :

      la tendance internationale représentée par David North (l’ICFI) a effectivement traversé une crise à la fin des 70s/début 80s avec une dégénération de son parti anglais dirigé par Healy qui a fortement soutenu les dictateurs laïques arabes, il y a eu un split en 86, suite justement aux critiques fondamentales émises par North (du parti américain) contre Healy (et à divers scandales plus lamentables, mais dans lesquels North et la branche américaine à laquelle il appartient n’avaient rien à voir).

  2. avatar

    voici ce qu’il écrivit par exemple à propos de la Libye en s’en prenant à l’extrême gauche, ce bon trosko..

    https://www.wsws.org/fr/articles/2016/nov2016/npag-n12.shtml

    Les événements ont justifié l’opposition marxiste du WSWS à la guerre libyenne et au rôle réactionnaire des partis pseudo-gauchistes comme le NPA. Critiquant des déclarations proguerre du NPA à l’époque, le WSWS a écrit que le NPA « déclare son hostilité ouverte au marxisme, qui insiste sur le fait que l’attitude d’un parti ouvrier envers une guerre doit être fondée sur le caractère social et de classe des régimes qui la mènent. En particulier, les marxistes s’opposent à une guerre dirigée par des puissances impérialistes comme les États-Unis, le Royaume-Uni et la France contre un pays opprimé et ex-colonial comme la Libye par principe ».
    Le soutien du NPA à cette guerre réactionnaire l’a profondément enfoncé dans les mensonges et la criminalité politique.

    on aura noté le vocabulaire stalinien, comme « partis pseudo-gauchistes  » et le contenu sur la Libye comme guerre « coloniale »….

    pour Ira, Kadhafi n’avait rien d’un dictateur :

    Alors que les frappes aériennes de l’OTAN tuaient des dizaines de milliers de civils et menaient finalement à la torture et au meurtre extrajudiciaire de Kadhafi, le NPA a salué le résultat comme une « bonne nouvelle », affirmant qu’une révolution avait été menée à bien. Il a déclaré : « La chute du dictateur Kadhafi est une bonne nouvelle. Le NPA est entièrement solidaire du processus révolutionnaire qui continue dans la région arabe ».

    sa conclusion :

    Le NPA et les groupes semblables de pseudo-gauche qui se sont alignés derrière les prétextes cyniques des droits de l’homme pour des interventions impérialistes agressives portent la responsabilité politique et, peut-on ajouter, morale pour les catastrophes que ces guerres ont causées pays après pays.

    en somme aussi, pas possible de lui parler droits de l’homme, encore une notion bourgeoise impérialiste, je suppose : y’en a encore de vivants, de pareils dinosaures ??? on dirait du Collon tout craché….

    bingo !
    http://www.investigaction.net/author/kumaran-ira/?act=sp

    • avatar

      Merci pour ces précisions.

      Chez certains, malheureusement trop nombreux, il s’agit d’un trait commun assez déroutant que cette adulation des dictateurs. Sûrement tous des incompris d’ailleurs…

      Les rouges-bruns se faufilent partout. Une véritable invasion. La propagande a atteint des degrés incroyables. Plusieurs sites dont la devise est la ré-information, surfent sur ce mot devenu viral pour balancer leur menu propagande. Sur le fond, on ne sort jamais des mêmes idées fixes. Répéter, répéter et à force ça aura l’air vrai.

    • avatar

      Encore faux, le wsws a toujours qualifié Kadhafi de dictateur, et accorde une place de première importance à la défense des droits de l’Homme.

      En revanche, il considère, comme Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg durant la première guerre mondiale, que ce n’est pas à un état impérialiste (France, UK, USA, Allemagne…) que les peuples peuvent confier le soin de se débarasser de dictateurs (qu’ils ont souvent aidé à installer auparavant).

      Par exemple, article sans complaisance sur Kahdafi : http://www.wsws.org/en/articles/2011/02/pers-f23.html

      et là, publication de courrier de lecteur sur la répression menée par Kahdafi : http://www.wsws.org/en/articles/2011/02/lett-f22.html

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