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« Lulu dans ma rue » : ça marche !

En 2015 était annoncée la création de kiosques « Lulu dans ma rue » dans la capitale française. Depuis cette date, cet astucieux concept de « conciergerie » de proximité au service des Parisiens est devenu une réalité et connait un indéniable succès. Dans l’avenir, il pourrait essaimer en banlieue, dans les métropoles de province, et même à l’étranger d’où parviennent d’ores et déjà des demandes. Zoom sur une SAS (société par actions simplifiée) en plein développement…

Lulu dans ma rue : de quoi s’agit-il ? De kiosques de « conciergerie » dont la présence répond à un double objectif : D’une part, rendre dans un ambiance conviviale basée sur la confiance réciproque des services de proximité aux Parisiens qui le souhaitent dans des domaines aussi variés que l’entretien des plantes d’appartement, la garde d’animaux de compagnie, le baby-sitting, le bricolage, les courses, ou bien encore le petit dépannage informatique. D’autre part, donner, sous un statut d’autoentrepreneur accompagné dans ses démarches, du travail à des personnes en recherche d’emploi, à des étudiants, à des retraités dont les compétences peuvent être utiles dans le cadre de courtes interventions dans le voisinage de leur domicile.

L’initiative de Lulu dans ma rue revient à Charles-Edouard Vincent, diplômé de Polytechnique, des Ponts et Chaussées, et titulaire d’un Master de Sciences de l’Université de Stanford. Depuis toujours sensibilisé aux problèmes liés à l’exclusion sociale, ce surdoué décide d’abandonner les technologies de pointe et un poste de haut niveau chez le créateur de progiciels SAP pour réorienter sa vie professionnelle au terme d’une année sabbatique principalement dédiée comme bénévole au Samu Social et aux Restos du Cœur. Après avoir rencontré en 2004 Martin Hirsch, alors président d’Emmaüs France, Charles-Edouard Vincent fonde en 2007 Emmaüs Défi dont il fait un « laboratoire d’innovations sociales » qui s’appuie sur des chantiers d’insertion au service des grands exclus de la société française. Emmaüs Défi emploie désormais 200 salariés dont les trois-quarts sont d’anciens SDF !

Lulu dans ma rue est une étape de plus dans la démarche de lutte contre la précarité et l’exclusion à laquelle se consacre Charles-Edouard Vincent. Mais elle n’entre pas dans le cadre d’un modèle entrepreneurial du passé qui, au fil du temps, devient de plus en plus obsolète du fait de son incapacité à répondre en temps réel aux besoins ponctuels et fractionnés de nos contemporains. Des experts en sociologie et en urbanisme ont théorisé le concept de la « ville intelligente », autrement dit de l’entité urbaine adaptée aux nouvelles technologies dans le cadre de synergies d’initiatives innovantes ayant pour objectif de faciliter la vie des citadins. Des initiatives innovantes qui, dans certains cas, peuvent prendre la forme de structures d’intermédiation visant à mettre en contact des personnes en quête de services et des intervenants en capacité de rendre les services attendus.

C’est très exactement l’objet de Lulu dans ma rue dont l’action s’inscrit, non dans le cadre d’une plateforme numérique « ubérisée » impersonnelle, mais dans une insertion physique au cœur des quartiers de la ville sous la forme de kiosques facilement identifiables. Aujourd’hui, l’on compte à Paris près de 500 prestataires surnommés « Lulus » dont un tiers viennent du RSA et de l’insertion. Tout comme les clients, les Lulus doivent être domiciliés dans le quartier. En double lors des premières interventions, ils peuvent en outre bénéficier en cas de besoin d’une formation. Tous peuvent cumuler leurs heures de Lulus avec un ou plusieurs autres jobs avant de retrouver un emploi pérenne. À cet égard, l’entreprise a pour ambition d’être un auxiliaire temporaire précieux, voire un tremplin professionnel pour les Lulus.

Recréer du lien social

C’est dans le 4e arrondissement de la capitale, au métro Saint-Paul, qu’a été inauguré – le 8 avril 2015 – le premier kiosque Lulu dans ma rue. À ce jour, quatre autres ont été mis en service sur la voirie parisienne, successivement dans le 17e (avenue de Villiers), le 15e (rue du Commerce), le 20e (place Gambetta), le 18e (rue du Poteau), sans oublier les deux kiosques ouverts dans les espaces commerciaux du Carrefour d’Auteuil (16e arrondissement) et du Carrefour Market Vaugirard (15e arrondissement). Lulu dans ma rue est en outre présent sur quatre marchés hebdomadaires de la capitale en complément des kiosques permanents.

Et ce n’est sans doute pas terminé : des demandes émanent de nombreuses communes d’Île-de-France et de province. Dans l’avenir, des kiosques pourraient être implantés à Bordeaux, La Rochelle, Lyon, Marseille, Nantes, Rennes et Toulouse, pour ne citer que les villes les plus importantes à avoir été séduites par le concept Lulu dans ma rue. Idem hors de nos frontières où, entre autres, la Belgique, le Canada, l’Italie et la Suisse sont intéressés. Pas question pour autant de s’emballer, estime Charles-Edouard Vincent qui entend tout d’abord resté concentré sur Paris afin que tous les quartiers de la capitale aient accès aux prestations des Lulus.

Bref, ça marche ! Et pour cause : dans la plupart des villes, les concierges – habitués naguère à rendre des petits services aux locataires ou copropriétaires des immeubles dont ils assuraient le gardiennage – ont très largement disparu. Quant aux artisans, ils se raréfient de plus en plus, et très peu nombreux sont ceux qui se déplacent pour de menues prestations dont le coût est, en outre, trop élevé pour les clients en regard de la technicité demandée et du temps passé. Lulu dans ma rue répond donc à de vrais besoins que Charles-Edouard Vincent a eu l’intuition d’identifier. D’où le succès croissant de ces Lulus dont les services sont de plus en plus demandés.

Le coût des prestations varie de 5 euros à 20 euros la demi-heure selon leur nature (la moyenne est de 15 euros). Une somme qui, compte tenu de l’utilité publique du projet, est diminuée de moitié par un crédit d‘impôt de 50 % qui contribue très largement au succès de Lulu dans ma rue. Ces prestations peuvent, bien sûr, être commandées par les clients via le téléphone ou internet dès lors qu’ils sont inscrits, mais dans la moitié des cas, les clients préfèrent se déplacer au kiosque pour bénéficier d’un contact direct avec les « concierges ». Outre la commande, c’est l’occasion, pour les personnes isolées, de parler de la pluie et du beau temps, ou de tout autre sujet qui leur tient à cœur en toute convivialité. En cela, Charles-Edouard Vincent – plus connu des Lulus sous son diminutif Charlie – a incontestablement réussi à atteindre l’un de ses objectifs complémentaires : contribuer à recréer, non seulement de l’activité économique dans la ville, mais également du « lien social » intergénérationnel.

Lulu dans ma rue, une expérience à suivre avec beaucoup d’intérêt !

Lien sur le site officiel : Lulu dans ma rue

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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