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Centpapiers

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    • Journalisme pendant une dizaine d'années dans un quotidien régional en France, Olivier Pierson est arrivé au Québec en juin 2007 pour ne plus repartir. Depuis, il est journaliste pigiste, en collaborant notamment pour des sites internet consacrés à l'emploi et au monde de l'entreprise. Il est aussi l'auteur d'un recueil de chroniques intitulé Dans mon Québec au Canada.

    Luchini : chapeau l’«artruiste»!

    28 septembre 2009 | 1 commentaire(s) | vu 1 189 fois
    Photo : ekult.fr

    Photo : ekult.fr

    Le phénomène Luchini ne laisse pas indifférent, surtout quand cet artiste débridé donne la réplique à sa doublure intime.

    Il en pince pour Nietzsche, autopsie le style de La Fontaine avec une précision presque névrosée, et prescrit de la bonne humeur sur des ordonnances où les mots guérissent les maux. Fabrice Luchini est un médecin malgré lui. Je l’ai constaté dans une salle de spectacle montréalaise, transformée en plateau de télévision pour les besoins d’une émission toute en confidences… Je n’avais jamais vu le trublion en vrai. Je n’ai pas été déçu. Deux heures durant, l’interprète de Beaumarchais l’insolent est passé par tous les stades, accoudé à sa verve habituelle et distribuant du bonheur à un public conquis d’avance. Exalté comme à son habitude, Luchini peut aussi se faire tendre et émouvant en évoquant sa mère disparue, laquelle, selon ses propres mots, « vit en lui ». Mais quand l’émotion menace de faire couler le maquillage, l’acteur vient sauver sa doublure au prix d’une pirouette à la fois drôle et touchante.

    Sur les planches du Monument national, à deux pas du quartier chinois, Luchini a passé en revue quelques séquences de son ADN : son enfance à Montmartre, ses parents, ses débuts au cinéma, sa passion pour le théâtre, et même son apprentissage sexuel… Et que dire de l’évocation de son passage dans un salon de coiffure, qui fut son premier métier, où il voyait défiler des femmes venant se faire épiler le maillot à l’ancienne, à grands coups de cire, dont l’actrice Marlène Jobert. Cette parenthèse libidoneuse fut un pur moment de bonheur. Imaginez : un ado de 57 balais imitant la scène dans l’hilarité générale.

    Dans le monde de Luchini, les grands auteurs rôdent comme des sensations douces. Le comédien les ressuscite en usant de citations qui semblent enfouis en lui. La Fontaine, qu’il vénère (« un génie de la langue française »), Céline, Rimbaud, Baudelaire et Beaumarchais… se succèdent dans une élocution débridée. Côté cinéma, Michel Bousquet, Bernard Blier ou encore les cinéaste et metteur en scène Eric Rohmer et Louis Jouvet ont aussi droit à une place au chaud dans sa syntaxe. Sur scène, trois décors font un clin d’œil à la vie luchinienne, lequel chavire devant la « fraîcheur québécoise ». Et pour cause, puisque l’émission débute sur des chevaux de carrousel dans une ambiance médiévale faisant écho à son rôle dans Perceval le Gallois. Puis, plus tard, ce sont deux fauteuils d’un salon de coiffure, Luchini confessant au passage garder quelques beaux restes en matière de brushing ou de mises en pli. Quant au décor central, il baigne dans des livres empilés.

    Déconneur, passionné, terriblement consistant, Luchini égratigne aussi un peu la France, trop coincée à son goût, mais vante les mérites du Québec, plus ouvert et plus respectueux selon lui de l’initiative personnelle. La question – sensible – de la langue donne aussi droit à une envolée voguant entre l’amour et le lyrisme. Il louange ce peuple qui lutte contre l’invasion angliciste, mais refuse l’analogie du village québécois, qu’il n’aime pas. « Si j’étais québécois, je serais pour la défense de la langue française », lance-t-il, en se doutant bien que cette banderille plantée sur le territoire canadien produira son effet. Il répète aussi quelques expressions locales qui ont ses faveurs, comme « ça fait mon affaire », ou l’incontournable « c’est correct ». Il fredonne même Le petit bonheur de Félix Leclerc, avant de laisser le public, touché par cette invitation spontanée, entonner les paroles de cet illustre chanteur du cru.

    L’unité est alors totale, et il ne manque plus qu’une chorégraphie endiablée sur un tube de James Brown pour contaminer tous les sièges rouges de son terrain de jeu. Au final, l’effet Luchini est une toux joyeuse qui décape le for intérieur et vous libère les tronches. Reste une incertitude, et de taille : qui de l’acteur ou de l’homme campe le plus beau rôle ?
    De toute évidence, Docteur Fabrice et Mister Luchini n’ont pas fini de se donner la réplique. Et c’est cette dualité qui fait l’artruiste, quand l’artiste et l’altruiste enfilent le même costume…

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  • Un commentaire

    • Garamond123

    Bravo à monsieur Luchini !
    Très bon texte !

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