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L’oligarchie a fait un r?ve : le mythe de la d?mocratie occidentale

(Source 😕L?idiot du village)

Un biais n?cessaire

La d?mocratie occidentale est-elle le r?sultat heureux du long malheur des peuples?? Ces peuples ont-ils lutt? pour obtenir des droits et jouir de leurs fruits apr?s les avoir courageusement arrach?s des mains de leurs ma?tres avares de bons sentiments???Autrement dit, ces peuples ont-ils r?ussi ? faire plier les oligarchies devant la puissance de leurs aspirations d?mocratiques et les oligarchies ont-elles rendu l??me en vomissant sur la place publique la libert?, l??galit? et la fraternit? universelle?comme autant de tribus de leur soumission aux nouveaux ma?tres de la terre ? les peuples souverains ? dont nous serions les h?ritiers ?

Plut?t que de flatter notre ego citoyen et de nous conf?rer une puissance que nous nous supposons en attribuant aux peuples ? auxquels nous nous identifions ? le r?le principal dans le torrent d?mocratique qui a submerg? l?Occident aux cours des deux derniers si?cles, exer?ons notre mauvais esprit ? critique, il va sans dire ? sur nous-m?mes et?prenons ? partie le mythe de nos origines.

Au lieu de voir la d?mocratie comme le r?sultat d?une succession de conqu?tes glorieuses remport?es par le peuple, conscient de sa force, sur l?inertie d?une oligarchie arc-bout?e sur ses privil?ges,?voyons le processus de d?mocratisation occidentale comme la suite d?adaptations entreprises par l?oligarchie pour consolider sa domination?et se pr?server des ?ruptions populaires trop d?bordantes d?empathie r?volutionnaire.

Parions qu?en partant de ce point de vue ? m?thodologique ? nous constaterons, avec trouble et peut-?tre une certaine amertume, que?l?oligarchie n?as pas c?d? une once de son pouvoir au peuple?en lui offrant g?n?reusement des droits, des institutions, des repr?sentations d?mocratiques au sein du carcan capitaliste lib?ral qui a pris forme tout au long de l??volution moderne des soci?t?s occidentales.

En adoptant cette perspective, nous ne cherchons pas ? d?senchanter les luttes politiques et sociales qui n?auraient ?t?, jusqu?? pr?sent, que des instruments aux mains de l?oligarchie occidentale lui permettant de se maintenir au pouvoir. Nous souhaitons simplement souligner que ces luttes, si elles n?ont pas ?t? inutiles pour certains peuples ou certaines portions du peuple, si elles n?ont pas ?t? d?pourvues de moments collectifs fraternels et h?ro?ques, si elles ont pu remporter des victoires importantes ici ou l?,?elles n?ont jamais atteint le c?ur m?me du probl?me des soci?t?s occidentales?qui se parent de toutes les vertus d?mocratiques?: la domination d?une oligarchie qui r?gne sans partage ? ?quitable ? sur l?ensemble des pouvoirs politiques, ?conomiques et culturels et qui n?octroie ? ses ouailles que ce qu?elle croit bon devoir lui conc?der, ? savoir, les miettes de l?orgie capitaliste.

 

? l?origine de la d?mocratie? l?oligarchie

La d?mocratie occidentale ne s?est pas construite contre l?oligarchie, mais avec sa complicit?. Pire encore,?l?oligarchie est ? l?origine m?me de la d?mocratie moderne. Elle a, par cons?quent, fa?onn? la d?mocratie ? son image afin qu?elle serve ses int?r?ts particuliers. La d?mocratie occidentale en porte la marque?(le syst?me repr?sentatif) ; nos institutions en ont les stigmates (un multipartisme de fa?ade?; des droits et des libert?s impuissants contre les fondamentaux lib?raux de l?oligarchie?; l?argent comme carburant de la vie politique ; une r?partition tr?s in?galitaire des richesses produites, etc.).

L?oligarchie a su faire siennes toutes les revendications populaires pour les orienter en sa faveur ou pour les vider d?une partie de leur substance corrosive?; elle a pu insuffler les changements d?mocratiques de mani?re ? ce qu?ils ne remettent en cause ses fondamentaux qu?? la marge. L?oligarchie a r?ussi ? se fondre dans le moule d?mocratique et?? s?en faire un bouclier qui la prot?ge des col?res populaires.

Ce point de vue devrait nous permettre de comprendre pourquoi les d?mocraties occidentales commettent de mani?re r?guli?re des crimes de masse au nom de leurs peuples et des valeurs d?mocratiques?sans que les opinions publiques ne s?en ?meuvent outre mesure ; pourquoi elles peuvent utiliser sans vergogne le chaos et la guerre dans les relations internationales pour maintenir leur pr??minence sur les affaires du monde?; pourquoi les ?tats-Unis peuvent massacrer des centaines de milliers de civils innocents sans honte bue?en Irak, en Afghanistan ou ailleurs ; pourquoi la France peut se rendre coupable de complicit? de g?nocide au Rwanda sans qu?aucun de ses dirigeants ne soient poursuivis?en justice ; pourquoi Isra?l peut proc?der ? un lent g?nocide contre le peuple palestinien avec bonne conscience et la complicit? des milieux m?diatiques?qui ne pipent mot ; pourquoi les Occidentaux s?allient avec l?islamisme radical pour d?truire des pays comme la Libye et la Syrie tout en se pr?tendant les anges gardiens de l?innocence et du bien, etc.

Toutes ces contradictions apparentes entre les principes des?Lumi?res?affich?s par les soci?t?s occidentales et leurs actions politiques et g?opolitiques concr?tes s?expliquent, notamment, parce que l?oligarchie est au c?ur m?me des d?mocraties occidentales, qu?elle en est l?architecte et le metteur en sc?ne qui ?crit le sc?nario de son ?volution.?La d?mocratie repr?sentative occidentale n?entrave ni la puissance de l?oligarchie ni l?expression de ses vices et de ses d?rives.?Elle en est, au contraire, l?instrument privil?gi?.

Car, nous le verrons, la d?mocratie occidentale, ? la fois?instrument de protection et de domination de l?oligarchie lib?rale,?donne une force l?gale et morale aux pr?dations de nos ?lites.?Par le syst?me de la repr?sentation, les peuples offrent leur caution morale aux choix de leurs mandataires qui pr?tendent agir en leur nom, ce qui n?est d?ailleurs gu?re contestable d?un point de vue l?gal. De la sorte,?les crimes de l?oligarchie sont aussi les n?tres, puisqu?ils sont l??uvre de nos repr?sentants et que nos protestations face ? leurs actions criminelles se traduisent g?n?ralement par leur r??lection?! Quelques fois, cependant, il arrive qu?un des mauvais g?nies de l?oligarchie soit sacrifi? par ses pairs et soit mis ? l??cart. Mais, dans ce dernier cas, il est g?n?ralement prestement remplac? par un autre?d?mocrate aux mains sales?qui poursuit all?grement l??uvre de son pr?d?cesseur.

Enfin, ce point de vue nous aidera peut-?tre ? comprendre l?ampleur de l?effort qu?il reste ? accomplir pour tenter l?aventure d?mocratique contre le principal obstacle ? l?abolition des contradictions et des ambigu?t?s des soci?t?s occidentales?: le pouvoir in?branlable de l?oligarchie. Cela nous permettra de percevoir l?impasse qu?il y a ? jeter toute son ?nergie combative dans des luttes p?riph?riques soci?tales (pour ou contre la peine de mort, l?interdiction du port du voile ? l??cole, le mariage gay, etc.)?qui n?atteignent pas, ni ne cherchent ? atteindre, le c?ur de ce pouvoir.

 

Un march? de dupes

Remontons, un instant, ? aux r?volutions fran?aise et am?ricaine pour illustrer notre propos.

Au pays des droits de l?homme? on tire sur le peuple?

Dans la France du 18i?me?si?cle finissant, nous voyons une ancienne oligarchie aristocratique, fatigu?e, divis?e et moribonde qui c?de la place ? une oligarchie bourgeoise conqu?rante et s?re d?elle-m?me. Cette derni?re n?a, depuis lors, pas quitt? les r?nes du pouvoir. Apr?s avoir fait fortune dans le commerce triangulaire, avoir amass? des montagnes d?or en commettant des crimes de masse aux quatre coins du monde (du continent am?ricain ? l?oc?an Pacifique), il fallait que l?oligarchie bourgeoise enrobe ses succ?s du sceau de valeurs universelles. ? l?onction divine de l?ancienne oligarchie, la nouvelle classe dirigeante voulait lui substituer l?onction populaire.

La classe bourgeoise a su habilement jeter le peuple dans la rue pour lui faire accomplir la sale besogne qu?elle n?aurait jamais pu mener ? bien elle-m?me sans t?cher ses nouveaux habits de ma?tre?: saigner les corps en d?composition de l?Ancien R?gime et an?antir les symboles d?un pouvoir qui avait d?j? chang? de mains, tout en faisant la d?monstration que la d?mocratie directe est synonyme de terreur, de chaos et de sang. D?une certaine mani?re, il s?agissait d?avilir le peuple et ses aspirations l?gitimes, d?entacher ses r?ves de d?mocratie avec le sang de ceux que la nouvelle oligarchie voulait chasser du pouvoir. Il s?agissait, ainsi, d?enterrer toute id?e de d?mocratie directe sous les d?pouilles fumantes des anciens ordres faillis.?Subtile man?uvre de l?oligarchie bourgeoise qui a feint de donner le pouvoir au peuple pour le lui retirer?; d?monstration aussi de son jeu pervers et violent pour asseoir sa l?gitimit?. La t?te du Roi ne lui suffisait pas?; il lui fallait celles des r?volutionnaires, gueux ou bourgeois, qui avaient ?pous? trop ?troitement la cause du peuple et des mis?rables.

? partir de la R?volution fran?aise, et gr?ce au syst?me de la d?mocratie repr?sentative,l?oligarchie pourra?r?primer dans le sang toute r?volte populaire au nom de la souverainet? du peuple?: en juin 1848 c?est au nom du peuple que le r?publicain Cavaignac ira gaiement massacrer?les masses populaires en plein Paris ; en mai 1871, ce sont les hommes de la future Troisi?me R?publique qui organiseront les battues contre les Communards et s?acharneront sur leurs corps et leur m?moire. Aujourd?hui, en digne h?riti?re de l?ire oligarchique, c?est au nom du droit des peuples ? disposer d?eux-m?mes que la France envoie ? la mort Libyens et Syriens et proc?de au d?pe?age de leurs pays respectifs avec l?aide de milices terroristes wahhabites.

Le g?nie de l?oligarchie a ?t? d?octroyer des droits aux peuples qu?mandeurs.?Le droit n?est jamais qu?une promesse que personne n?est tenu d?accomplir.?C?est un espoir qui ne co?te pas grand-chose ? la nouvelle religion la?que?qu?est la d?mocratie repr?sentative et qui ne menace pas l?ordre oligarchique. Une d?mocratie juridique, mais pas r?elle,?voil? le chef d??uvre de l?oligarchie capitaliste naissante. Le peuple aura des droits, mais pas toute la r?alit? de la chose. Les droits sont impuissants ? rattraper le r?el, et tant pis si le peuple continue ? lui courir apr?s.

Dans la patrie des braves? il y a des ma?tres et des esclaves?

De l?autre c?t? de l?Atlantique, au commencement de la jeune r?publique am?ricaine, les ?lites ont pass? un march? ? ? la bourse des valeurs humaines ? avec leur peuple, dont la philosophie pourrait se r?sumer en ces mots 😕??vous nous laissez massacrer les Indiens pour ?tendre notre horizon, vous nous permettez d?utiliser le travail gratuit de millions d?esclaves pour cultiver ces vastes territoires et en ?change nous vous octroyons des droits politiques et ?conomiques??.

Pour prendre la place de l?oligarchie anglaise sur le territoire nord am?ricain, il fallait que l??lite am?ricaine parvienne ? faire passer ce marchandage pour une ?mancipation du peuple. Il ne s?agissait, cependant, que d?officialiser la substitution d?une oligarchie lointaine par une oligarchie locale (i) qui souhaitait acqu?rir davantage de terres (notamment au d?triment des Indiens qui avaient obtenu de l?Angleterre, en 1763, la?fin de l?expansion territoriale des colonies), (ii) qui cherchait ? s?acquitter de moins d?imp?ts et de taxes et (iii) qui voulait se r?server les richesses tir?es de l?esclavage. Pour ne pas mettre en avant les revendications mat?rielles de l?oligarchie am?ricaine, ce qui eut paru ?go?ste et aurait r?duit l?opposition entre l?Angleterre et ses colonies ? une querelle de rentiers, il fallait?mettre en sc?ne le peuple?et pr?tendre d?fendre des valeurs universelles et une cause morale allant au-del? de l?esprit de conqu?te et de rapine d?un petit groupe de privil?gi?s, grands poss?dants et propri?taires d?esclaves comme George Washington et Thomas Jefferson. Pour r?ussir, il fallait ? la fois que le peuple se croit opprim? par ses lointains ma?tres, qu?il joue le r?le qu?on voulait qu?il tienne, qu?il se contente de droits politiques et ?conomiques qu?il poss?dait d?j? et qu?il consacre la domination de son oligarchie locale. En soulevant le peuple contre les ma?tres anglais on lui donnait le sentiment que ses donneurs d?ordre am?ricains partageaient les m?mes int?r?ts et qu?une fois lib?r? des cha?nes du Roi George (troisi?me du nom) le peuple serait ma?tre de son propre destin sous la figure tut?laire du Pr?sident George Washington.

En?1980, l?historien et essayiste am?ricain Howard Zinn publiait ??Une Histoire Populaire des ?tats-Unis??[1], livre fondateur qui devait marquer un tournant dans l?historiographie consacr?e au Pays ? la Banni?re ?toil?e, terre autoproclam?e de la libert? et patrie des braves[2]. Jusque-l?, l?histoire des ?tats-Unis avait ?t? principalement ?crite du point de vue de ceux qui avaient largement b?n?fici? des retomb?es de son capitalisme conqu?rant. ? lire la plupart des historiens am?ricains avant Howard Zinn, il semblait que les ?tats-Unis ?taient une nation pleine de h?ros surhumains ayant achev? d?accomplir la perfection humaine, ?uvre laiss?e en jach?re par un Dieu imparfait.

Howard Zinn op?re un renversement de perspective et d?crit l?Histoire de l?Am?rique, puis des ?tats-Unis, du point de vue de ses victimes, depuis l?arriv?e des occupants europ?ens jusqu?? nos jours. L?histoire ainsi d?crite ressemble?moins ? une ?pop?e grandiose o? les h?ros succ?dent aux h?ros[3]?qu?? une longue s?rie de crimes et de malheurs dont sont victimes les plus nombreux. Ainsi, sont ?voqu?s?les massacres des Indiens, leur d?portation et la confiscation syst?matique de leurs terres, le commerce transatlantique avec ses cargaisons d?humanit? bafou?e, l?esclavage avec le labeur forc? et gratuit de millions d??tres humains[4], puis les r?pressions sanglantes des travailleurs des classes laborieuses tout au long des 19i?me?et 20i?me?si?cles et, enfin, la mis?re d?gradante dans laquelle vivaient ? et vivent encore ? des dizaines de millions de citoyens am?ricains ou d?immigr?s victimes de la r?ussite des autres, forc?s de travailler d?s le plus jeune ?ge et de se tuer ? la t?che pour que le puissant accumule richesses et honneurs.?Howard Zinn nous fait bien comprendre, que c?est sur ces crimes et malheurs que la puissance du pays s?est b?tie au profit d?une minorit? prosp?re et ?go?ste.

Les droits n?ont ?t? octroy?s que pour moraliser et justifier l?exploitation des plus faibles?et donner ? cette exploitation le sceau d?mocratique qui permettra de pr?tendre qu?elle est le r?sultat de l?expression de la souverainet? populaire.?Ce n?est plus Dieu et son repr?sentant sur terre qui exigent une soci?t? de ma?tres et d?esclaves, de dominants et de domin?s, de bienheureux et de damn?s, c?est?le peuple lui-m?me pris au pi?ge de sa propre souverainet??dans un syst?me de d?mocratie repr?sentative?qui offre ? ses repr?sentants les clefs de sa propre servitude.

Des droits sur mesure pour le march?

Des deux c?t?s de l?Atlantique, l??ventail des droits sera, cependant, ?largi progressivement au cours des deux si?cles qui se sont ?coul?s depuis les r?volutions am?ricaine et fran?aise. Une plus grande portion du peuple pourra go?ter ? l?expression concr?te de ses droits dans sa vie quotidienne. Mais il ne s?agira jamais que d?une?reconnaissance, par l?oligarchie, des ?volutions des besoins du capitalisme occidental, qui repose toujours davantage sur la solvabilit? r?elle ou artificielle ??par l?endettement?? d?une base toujours plus large de consommateurs. Au fur et ? mesure de l?extension des moyens de production elle ?tendra son march? en octroyant des droits ? des composantes du peuple qui en ?taient priv?es jusque-l?? ? comme les noirs ou les femmes ? non pas en raison d?un amour immod?r? pour ces cat?gories sociales et humaines opprim?es, mais pour ?largir l?aire de jeu du capitalisme marchand.

Si les peuples occidentaux ont ?t? tant choy?s pendant les Trente Glorieuses ce n?est pas parce que les valeurs d?mocratiques envahissaient l?oligarchie ou que celle-ci avait perdu du terrain, mais (i) parce qu?il fallait reconstruire un monde en ruine, la ruine n??tant pour l?oligarchie dominante qu?une source d?opportunit?s suppl?mentaires?; (ii) que le?capitalisme de la s?duction?? dont les m?canismes ont ?t? finement d?cortiqu?s par le sociologue Michel Clouscard ? avait besoin de lib?rer l?individu occidental d?un certain nombre de contraintes?culturelles (notamment sexuelles) pour ?tendre l?emprise du march? (et transformer le citoyen?bon p?re de famille?en un?consommateur pulsionnel) ; et (iii) que l?Occident devait maintenir un avantage comparatif par rapport ? l?Union Sovi?tique et au monde des non-align?s pour promouvoir son mod?le de d?veloppement.

Apr?s s??tre hiss?e ? la t?te de l?oligarchie occidentale en 1945, l??lite am?ricaine pouvait bien conc?der quelques droits.?Apr?s avoir financ? tous les bellig?rants, y compris Hitler et l?industrie de guerre allemande, l?oligarchie am?ricaine pouvait r?cup?rer le sceptre de l??lite mondiale et s?imposer ?conomiquement, culturellement, militairement ? ses ??semblables?? subalternes?(autrement dit, aux sous-oligarchies de l?oligarchie dominante).

La livr?e de chair du capitalisme

L?oligarchie occidentale fera payer cher aux peuples leurs d?bordements, leurs revendications, leurs suppliques et leurs quelques succ?s ?ph?m?res. Avant de leur conc?der davantage de droits, elle saignera les peuples (notamment, au travers de deux Guerres mondiales), les ?puisera dans des luttes mortelles (les mille et une r?pressions sanglantes des gr?ves ouvri?res aux ?tats-Unis, les massacres de juin 1848 et ceux de mai 1871 en France, etc.), les rendra d?pendants de sa mis?ricorde mat?rialiste?en les endettant outre mesure et leur fera approuver des crimes de masse contre d?autres peuples?(d?Hiroshima ? Guantanamo, du?Guatemala?au Nicaragua, de?Thiaroye?aux charniers rwandais, del?Indon?sie?? l?Irak, de la?Libye?? la?Syrie, etc.) pour leur offrir les d?bris de ses exploits sanglants.

Chaque droit acquis ? aussi illusoire que ce droit puisse ?tre ? sera pay? par une livr?e de chair, de souffrances, de larmes et de sang. Et ? l?occasion d?une crise politique ou ?conomique, l?oligarchie remettra en cause les acquis mal acquis pour que les peuples paient ? nouveau le droit de les reprendre et de les r?cup?rer, morceau par morceau, ? la sueur de nouvelles souffrances[5].

? aucun moment l?oligarchie ne perdra sa pr??minence, ses pr?rogatives, sa morgue, sa volont? de puissance?; ? aucun moment elle ne consentira ? r?partir ?quitablement entre le travail et le capital les richesses produites par tous, m?me pendant les p?riodes de croissance continue. ? aucun moment elle ne c?dera sur ses fondamentaux lib?raux.

Les Trente Glorieuses font illusion, et semblent contredire un constat nourri par une profusion d?exemples. Mais, 30 ans apr?s la fin de la Seconde Guerre mondiale, l?illusion se dissipe dans la dure r?alit? de la crise?:?l??lite trouve les moyens de reprendre une partie des droits octroy?s dans un moment d??garement g?n?reux n? des fosses communes de la Seconde Guerre mondiale.?Ainsi, le virage n?olib?ral et la financiarisation de l??conomie du d?but des ann?es 1980, la globalisation marchande, l?ouverture de l?Occident ? la concurrence externe, auront raison des droits ?conomiques conc?d?s temporairement par l?oligarchie quelques d?cennies plus t?t.

Les Trente Piteuses succ?deront aux Trente Glorieuses, alors m?me que les richesses produites n?auront et ne cesseront de cro?tre. Au sein des soci?t?s occidentales, les ?lites continueront ? s?enrichir ? outrance et l?on verra appara?tre les ??hyper-riches??, le nouveau visage des bienheureux et des bien-n?s. L??cart entre les plus opulents et les plus pauvres conna?tra des proportions dignes de l??poque o? Gavroche arpentait les rues mis?rables du Paris crasseux et on nous dira qu?il faut n?cessairement se serrer la ceinture et recevoir les coups de cravache de la rigueur pour sauver la d?mocratie et la croissance.

On le voit bien, il s?agit d?un march? de dupes?renouvel? de d?cade en d?cade : le peuple vend son ?me contre des droits?; il accepte les crimes commis en son nom contre des fantasmes et des espoirs?; il recueille les miettes des d?ners bourgeois et continue de courber l??chine pour gagner le salaire de sa peur?;?il obtient un droit de gr?ve ici contre un massacre plus loin, un droit de vote contre une colonie et une guerre de conqu?te en plus, la libert? d?opinion contre un salaire mis?rable, quelques services publics contre le droit d?aller se faire tuer dans les tranch?es de Verdun, etc.etc.etc.?In finitum ad nauseam.

 

Un instrument de protection

L?oligarchie occidentale se sent plus en s?curit? dans un syst?me politique de d?mocratie repr?sentative?qui donne une l?gitimit? ? sa position pr??minente?plut?t que dans une monarchie absolue. Cela est plus coh?rent avec les valeurs qu?elle a mises en avant pour prendre le pouvoir aux ?tats-Unis ? partir de 1776 et en France ? partir de 1789 et lui offre une protection contre?le?prince sans pouvoir?qu?est le peuple souverain.

D?responsabiliser

Dans un syst?me de d?mocratie repr?sentative il est difficile d?identifier le responsable?; il s?op?re une sorte de?dilution des responsabilit?s dans le marais oligarchique. L?oligarchie peut ais?ment se distancier du prince ?lu et offrir au peuple une t?te temporairement couronn?e sans perdre son pouvoir ni ses privil?ges. La col?re du peuple trouve ainsi un exutoire non violent?;?on passe d?un repr?sentant de?l?oligarchie ? un autre sans r?volution et sans violence populaire.?Le pouvoir absolu est toujours entre les m?mes mains, mais le visage de son repr?sentant change, pour que rien ne change.

Il n?est pas ais?, par exemple, d?identifier un coupable ? sa mis?re lorsque l?on est un citoyen am?ricain pauvre vivant aujourd?hui aux ?tats-Unis, le pays le plus riche et le plus puissant de la plan?te. Il ne peut accuser personne?; juste un syst?me qui produit sa mis?re,mais dont personne ne semble responsable.?Un Pr?sident am?ricain, m?me s?il accomplit deux mandats, est difficilement rendu coupable de la situation de d?labrement social produite par plus de deux cents ans de d?mocratie repr?sentative ancr?e dans ses fondamentaux lib?raux. Il n?y a pas un tyran ou un personnage pr?tendu tel ? qui pr?ter tous les malheurs du monde.

D?sarmer

La d?mocratie repr?sentative est d?sarmante?car la volont? g?n?rale est sens?e transpirer de toutes ses institutions. La r?volte du peuple, quand elle a lieu, perd de sa force morale et peut ?tre pr?sent?e comme une r?volte contre la volont? populaire incarn?e par l?oligarchie ?lue. L?oligarchie ? qui on offre l?onction populaire se croit autoris?e moralement et l?galement, ? tuer, conqu?rir, assassiner au nom de la d?mocratie et de ses pr?tendues valeurs.?Le peuple a le droit de vote?; l?oligarchie a le droit de tirer dans la foule.

Toute l?intelligence de l??lite oligarchique a ?t? de vendre au peuple la d?mocratie repr?sentative comme le mod?le ind?passable de l?organisation politique moderne, le seul ? m?me de r?pondre aux besoins des peuples occidentaux.?Quel ?nergum?ne oserait, d?s lors, remettre en cause un syst?me qui semble briller face aux soleils noirs des totalitarismes d?hier et d?aujourd?hui.

Il semble, pour reprendre des propos que nous avons tenus ailleurs, que ??les crimes ou les d?fauts [des d?mocraties] s?estompent dans la contemplation b?ate des bienfaits des r?gimes d?mocratiques ? laquelle nous nous abandonnons mollement.?Nous sommes habitu?s aux dichotomies simples, voire simplistes?: soit noir, soit blanc?; soit d?mocratie, soit dictature?; soit le paradis, soit l?enfer. Or, il est ?vident que la d?mocratie peut ?tre un paradis pour beaucoup et un enfer pour d?autres, qu?elle peut avoir un visage souriant et lumineux et une face sombre?: en 1789, la jeune d?mocratie am?ricaine qui venait d??lire son premier Pr?sident ?tait sans doute un paradis pour des notables blancs comme George Washington et Thomas Jefferson, mais peut-?tre un peu moins pour les millions d?esclaves noirs exploit?s dans des conditions d?gradantes et inhumaines??.[6]

La d?mocratie repr?sentative d?sarme notre lucidit? sur nous-m?mes?; nous ne sommes plus capables de voir le mal en nous, m?me lorsque nous jetons nos cargaisons de bombes au phosphore sur des irakiens innocents.

D?culpabiliser

En octroyant la d?mocratie ? ses peuples, l?oligarchie occidentale s?est lib?r?e de la contrainte de justifier ses actions.?Les r?gimes occidentaux baignent dans?le dogme de l?infaillibilit? d?mocratique,?dogme qui transforme leurs actions criminelles en aventures humanitaires, leurs pr?dations commises pour des int?r?ts priv?s en combats moraux et fraternels.?Avec ce dogme, l?Occident s?offre une sorte d?innocence perp?tuelle et se pare de toutes les vertus.?D?une certaine mani?re, l?al?a moral a disparu au sein des d?mocraties occidentales?:?elles ne peuvent mal agir, puisque ce sont des d?mocraties.?L?Occident peut d?s lors d?shumaniser les ??autres??,?ses ennemis qui ne portent pas les habits de la d?mocratie ;?il peut d?s lors les massacrer au nom des droits de l?homme?et racheter leurs ?mes damn?es en les envoyant en enfer. Sur la base de ce principe, les soci?t?s occidentales assurent l?impunit? des crimes perp?tr?s par leurs?d?mocrates aux mains sales.

L?oligarchie r?ussit, en outre, ce tour de force qui consiste?? faire consentir ses citoyens aux violences qu?elle exerce.?Gr?ce ? la d?mocratie repr?sentative nous partageons les crimes de nos commis.?Devenus complices des actions de nos ?lites ? travers le vote, nous n?osons pas les d?noncer avec la force n?cessaire ? les condamner ou ? les d?tourner de leurs cons?quences funestes, de crainte de reconna?tre ainsi notre propre complicit?.?Partageant le crime, nous en partageons le d?ni et les m?canismes d?-culpabilisateurs qui le perp?tuent.

 

Un instrument de domination

Le pouvoir symbolique sans le pouvoir r?el

Qu?importe qui a le pouvoir abstrait ou symbolique, ce qui compte est d?exercer le pouvoir r?el, m?me si c?est au nom d?une abstraction lyrique comme le ??peuple souverain?? que ce pouvoir est mis en ?uvre. Le souverain ? le peuple ? n?exerce pas le pouvoir, il se contente de s?en dessaisir au profit d?une poign?e d??lus qui aura carte blanche pour agir ? sa guise.Le peuple est un souverain d?chu et qui d?choit un peu plus apr?s chaque vote.Le peuple, sorte de Sisyphe qui porte le vote comme son fardeau, consent volontiers ? ce dessaisissement, par paresse, crainte, r?signation, lassitude ou l?chet?. Car il faut une certaine l?chet? ou immoralit? pour offrir son vote ? des individus qui commettront immanquablement ??l?exp?rience le prouve?? un certain nombre de crimes au cours de leur mandat. Ces crimes, par le jeu de la repr?sentation, sont commis en notre nom, par une oligarchie aux valeurs in?branlables et ?ternelles.

Le vote est ainsi une sorte d?offrande faite ? un Dieu tout puissant qui ne rend compte de ses actes qu?? lui-m?me. ? ?ch?ances r?guli?res, le peuple vient sacrifier sa souverainet? sur l?autel de la d?mocratie repr?sentative.

La Souverainet? ne peut ?tre repr?sent?e, par la m?me raison qu?elle ne peut ?tre ali?n?e?; elle consiste essentiellement dans la volont? g?n?rale, et la volont? ne se repr?sente point?: elle est la m?me, ou elle est autre?; il n?y a point de milieu. Les d?put?s du peuple ne sont donc ni ne peuvent ?tre ses repr?sentants, ils ne sont que ses commissaires?; ils ne peuvent rien conclure d?finitivement. Toute loi que le Peuple en personne n?a pas ratifi?e est nulle?; ce n?est point une loi. Le peuple Anglais pense ?tre libre?; il se trompe fort, il ne l?est que durant l??lection des membres du Parlement?;?sit?t qu?ils sont ?lus, il est esclave, il n?est rien. Dans les courts moments de sa libert?, l?usage qu?il en fait m?rite bien qu?il la perde.

– Jean-Jacques Rousseau, ??Du Contrat Social??, III, 15.

Des droits impuissants

Le m?canisme de la d?mocratie repr?sentative permet?? l?oligarchie d?exercer l?ensemble des fonctions r?galiennes, qui fondent la puissance et la gloire des ?tats,?en dehors m?me des m?canismes ?tatiques. Les ?tats membres de l?Union europ?enne, par exemple, ont peu ? peu ?t? d?pouill?s (i) de leur?souverainet? mon?taire?au profit des banquiers priv?s et d?institutions non-d?mocratiques (comme la BCE), (ii) de leur?souverainet? ?conomique?au profit de multinationales qui d?localisent leurs profits et leur production et (iii) de leur?souverainet? militaire?au profit de l?Organisation du Trait? de l?Atlantique Nord, autrement dit, des ?tats-Unis.

Le droit de vote et la libert? d?expression ne sont octroy?s au peuple que dans la mesure o? leur usage ne peut ni ne doit remettre en cause les fondamentaux de l?oligarchie.?Ce sont?des droits impuissants.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ces fondamentaux sont ceux de l?oligarchie dominante qui exerce le pouvoir aux ?tats-Unis, apr?s avoir, gr?ce au plus sanglant et plus grand conflit de l?histoire, pris la place de l?oligarchie anglaise ? la t?te de l?Occident. On peut sch?matiquement en faire la liste suivante?: (1) le lib?ralisme ?conomique et la puissance des banques, (2) la domination du dollar dans les ?changes internationaux, (3) les guerres de conqu?te du complexe militaro-industriel ? pour, notamment, l?accaparement des ressources naturelles des pays p?riph?rique ? ses valeurs -?; (4) l?h?g?monisme total des ?tats-Unis?dans les domaines militaire, ?conomique et culturel ; (5) l?alliance ind?fectible avec l?Arabie saoudite (principal ?tat terroriste islamique au monde)?; (6) le soutien sans faille au sionisme.

Les peuples ont des droits, mais il ne leur est pas donn? de remettre en cause les fondamentaux que nous venons d??noncer.

Prenons un exemple parmi tant d?autres possibles. Qui peut pr?tendre que les 50 millions d?Am?ricains vivant aujourd?hui sous le seuil de pauvret? vivent en d?mocratie???Comment peut-on justifier que dans un pays aussi puissant et riche et qui a connu une croissance quasi-ininterrompue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale il y ait une telle proportion de personnes vivant dans la mis?re???Cette mis?re n?est-elle pas le produit du syst?me oligarchique ? N?est-elle pas le r?sultat d?une philosophie lib?rale contre laquelle le peuple ne peut rien???Que signifie jouir du droit de vote et de la libert? d?expression lorsque l?exercice de ces droits ne permet pas de survivre d?cemment, ni de remettre en cause l?un des fondamentaux lib?raux de l?oligarchie???Une personne vivant sous un pont d?une grande ville am?ricaine peut critiquer ? loisir les dirigeants politiques de son pays et jouit du droit de vote, mais ? quoi cela lui sert-il, s?il ne peut s?arracher ? sa mis?re par ces deux moyens?? Pour lui, le droit de vote et la libert? d?expression sont des jouissances impuissantes.

 

Trois exemples tir?s de l?histoire

Appliquons notre ??biais n?cessaire?? ? trois ?v?nements contemporains qui illustrent, d?apr?s l?esprit dominant de notre belle ?poque, la victoire des principes sur le cynisme de l?oligarchie.

Aux esclaves la patrie reconnaissante

La guerre civile am?ricaine est pr?sent?e par l?historiographie dominante comme une lutte entre esclavagistes et abolitionnistes. Sous cet angle, le Pr?sident Abraham Lincoln passe pour un lib?rateur dont les motivations auraient ?t? principalement humanitaires. Raisonner de la sorte, c?est s?aveugler sur les r?els moteurs de l?histoire.

Une vision na?ve de l?histoire met au centre de sa matrice le combat des hommes pour leur affranchissement, la lutte pour les droits de l?homme et le progr?s de la conscience humaine. La r?alit? est g?n?ralement plus prosa?que et moins glorieuse pour les peuples et pour ses h?ros.

? travers la guerre civile am?ricaine, il s?agissait pour une partie de l?oligarchie, la plus puissante, de mettre fin, non pas ? un syst?me d?exploitation, mais ? une ?conomie archa?que et peu rentable, pour la remplacer par une ?conomie o? l?esclave s?efface devant l?ouvrier mal pay? et o? une partie de la masse des man?uvres est abandonn?e au profit des machines.?L?abolition de l?esclavage ?tait une n?cessit? ?conomique pour maintenir la supr?matie d?une ?lite qui r?clamait des retours sur investissements plus rapides et plus ?lev?s.?L?esclavage c??tait l?ancien r?gime ?conomique inadapt? ? l??re du capitalisme industriel et du progr?s technique triomphant. Au moment pr?cis o? Lincoln d?cida de mettre fin ? l?esclavage (pour lui substituer la s?gr?gation) il s?agissait, ?galement, d?un choix tactique pour d?stabiliser les ?tats du Sud dans leur lutte contre les ?tats du Nord.

Mon objectif premier dans cette lutte est de sauver l?Union,?ce n?est pas de sauver ou de d?truire l?esclavage. Si je pouvais sauver l?Union sans lib?rer aucun esclave, je le ferais et si je pouvais la sauver en les lib?rant tous, je le ferais?; et si je pouvais la sauver en en lib?rant une partie et en laissant les autres ? leur sort, je le ferais ?galement.

?-?Lettre d?Abraham Lincoln, du 22 ao?t 1862, cit?e dans??Dred Scott?s revenge? d?Andrew Napolitano, 2009, page 79 ? ?ditions Thomas Nelson.

??I will say then that I am not, nor ever have been in favor of bringing about in any way the social and political equality of the white and black races, that I am not nor ever have been in favor of making voters or jurors of negroes, nor of qualifying them to hold office, nor to intermarry with white people; and I will say in addition to this that there is a physical difference between the white and black races which I believe will forever forbid the two races living together on terms of social and political equality. And inasmuch as they cannot so live, while they do remain together there must be the position of superior and inferior, and I as much as any other man am in favor of having the superior position assigned to the white race??.

– Abraham Lincoln, 18 septembre 1858, discours public, Illinois.?The Collected Works of Abraham Lincoln, ed.?Roy P. Basler, vol. 3, p. 14546

Une r?publique versaillaise

La troisi?me R?publique est n?e sur les d?combres de la Commune comme une mauvaise herbe qui s?est nourrie du sang de ses victimes. Comme le d?montre admirablement Henri Guillemin dans les?Dossiers de l?Histoire, l?oligarchie a h?sit? entre monarchie et r?publique au lendemain de la d?faite de la France face ? la Prusse et a finalement choisi cette derni?re forme de domination politique?parce qu?elle correspondait mieux aux nouvelles exigences capitalistes permettant de continuer les pr?dations oligarchiques tout en contenant les forces populaires.

La r?publique ? troisi?me du nom ? fut octroy?e et non arrach?e de haute lutte par des d?mocrates d?tach?s de tout lien oligarchique. Jules Ferry est l?embl?me bien transparent?de la mainmise de l?oligarchie sur les destin?es d?mocratiques du peuple : il r?ussit ??faire des droits de l?homme l?instrument de vastes conqu?tes territoriales au profit d?un petit groupe de banquiers et d?industriels?et ? apaiser les col?res du peuple en lui faisant ??bouffer du cur?. Le peuple avait un os ? ronger, tandis que l?oligarchie pouvait se gaver de conqu?tes nouvelles et de sang frais.

Mythologie indienne

L?ind?pendance de l?Inde en 1947 est pr?sent?e comme le r?sultat du combat de la non-violence contre le colonialisme britannique. On voudrait nous faire croire que la non-violence a permis de renverser le joug du principal empire colonial de l?histoire. Et si le grand personnage Gandhi n??tait que l?instrument d?une partie de l?oligarchie anglaise qui avait compris que les co?ts associ?s au maintien d?une pr?sence coloniale ?taient incompatibles avec les ?volutions du capitalisme??

Gandhi renversant, par son pouvoir spirituel et sa grandeur d??me, l?empire militaire britannique, est une fable bien risible. Il fut l?instrument de la partie de l?oligarchie britannique, avec l?appui des ?tats-Unis[7], contre la vieille garde de cette m?me oligarchie, afin de passer ? un autre stade du capitalisme de domination?: le n?o-colonialisme, ou la domination par les groupes industriels et les empires financiers.

L?illusion que la non-violence peut renverser l?ordre des choses est tenace. Les r?ves adolescents de la d?sob?issance civile et de la non-violence se brisent n?anmoins un peu plus lorsque les faits bruts et cruels font tomber de son pi?destal l?idole plac?e en haut de la hi?rarchie des intouchables. Le Mahatma Gandhi, ce pr?cheur de vertu aux comportements sexuels plus qu?ambigus, ce personnage col?rique et raciste[8], si d?tach? de lui-m?me qu?il entreprit d??crire son autobiographie pour raconter sa prodigieuse ?pop?e, ?tait l?instrument id?al d?une partie de l?oligarchie anglaise qui avait compris que le n?o-colonialisme devait remplacer les vieilles r?gles du jeu colonial d?antan?; que la domination ?conomique pouvait se passer de conqu?tes territoriales co?teuses et dangereuses. Une fois son r?le accompli, il pouvait ?tre assassin?.

??Nous croyons en la puret? raciale. Nous croyons aussi qu?en tant que Blancs, la race Blanche d?Afrique du Sud doit ?tre la race pr?dominante??. ??Notre combat est une lutte pour la pr?servation de notre race, que les Europ?ens veulent m?ler aux Kaffirs rudes et incivilis?s.??

– Gandhi. Collected Works, Indian Opinion Archives.

 

Pour ne pas conclure

Nous avons d?fendu l?id?e que les ?lites occidentales ont octroy? la d?mocratie repr?sentative ? leurs administr?s pour pouvoir se maintenir au pouvoir. En ?change de quoi les peuples occidentaux ont accept?, ou ont ?t? forc?s d?accepter, de ne participer que symboliquement au jeu d?mocratique et de fermer les yeux sur un certain nombre de crimes humains, politiques, ?conomiques de grande ampleur perp?tr?s par leurs ?lites (contre eux-m?mes ou contre d?autres peuples).

L?oligarchie a instrumentalis? la d?mocratie pour accomplir un r?ve qu?elle aurait pu formuler de la mani?re suivante?: ??Qu?ils se battent pour des droits impuissants, qu?ils se combattent, se d?chirent entre eux sur des questions soci?tales? On d?sarme ainsi la lutte des classes et on lui substitue la lutte au sein des classes. Au sein des classes laborieuses on se bat pour survivre?; au sein de l?oligarchie on se bat pour la premi?re place, les dorures et les honneurs. Que la f?te commence? et continue??.

Ce r?ve peut-il ?tre aboli??[9]

 

Guillaume de Rouville

Ce texte a ?t? publi? pr?c?demment sur?Le Grand Soir,?Agoravox?et?Mondialisation.ca


 


[1]???A People?s History of the United States??, Howard Zinn, chez Harper & Row, 1980.

[2]???La Banni?re ?toil?e?? est le titre de l?hymne am?ricain (The Star-Spangled Banner). L?hymne mentionne les ?tats-Unis comme ??la terre de la libert? et la patrie des braves?? (The land of the free and the home of the brave).

[3]?La figure du h?ros et les valeurs de l?h?ro?sme tiennent une place particuli?rement importante dans l?imaginaire am?ricain.

[4]?Comme ces centaines d?esclaves employ?s par Georges Washington et Thomas Jefferson leur vie durant dans des conditions d?gradantes et inhumaines. Soit la libert? et le bonheur pour les riches propri?taires, la mis?re et la vie dure pour leurs serviteurs?!

[5]?Voir?La Strat?gie du Choc?de Naomi Klein, Lem?ac Editeur, 2008 et ??A People?s History of the United States??, Howard Zinn, chez Harper & Row, 1980.

[6]?La D?mocratie ambigu?, Guillaume de Rouville, ?ditions Cheap, deuxi?me ?dition, d?cembre 2012, pages 116-117.

[7]?Sous la pression de l?oligarchie am?ricaine dont le nouveau mod?le de domination devait s?imposer.

[8]?Gandhi?: Behind the mask of divinity, de G.B. Singh, 2004, Prometheus.

[9]?A suivre.

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  1. avatar

    à eux aussi, on leur fera leur fête !… ( Mais éradiquer une classe dominante un fois tous les 200 ans, c’est un peu précipité pour les peuples !…