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L’Odyss?e des No Tav ? Lyon

Le lundi 3 d?cembre, la coordination fran?aise des opposants au projet pharaonique Lyon Turin avait organis? un rassemblement, autoris? par la Pr?fecture, sur la place des Brotteaux, ? Lyon?force est de constater qu?il n??tait pas le bienvenu, puisque cette m?me pr?fecture a envoy? plus de 1000 ??robocops?? pour ??casser du manifestant??, venus pourtant paisiblement rencontrer les lyonnais pour les informer.

Pour mieux exercer cette ill?gitime violence, ces forces de polices avaient, une fois tous les manifestants install?s sur la place, ferm? tous les acc?s par de lourdes structures de b?ton et d?acier, et install? une v?ritable sourici?re.

La coordination des opposants avait invit? les NOTAV italien, puisque leur lutte est identique, et ceux-ci ont v?cu une v?ritable et violente ?pop?e, qui a ?t? racont? par l?un deux.

Voici son t?moignage.

??Si quelqu?un m?avait dit ce qui allait arriver en passant la fronti?re fran?aise du Fr?jus, le 3 d?cembre dernier, je l?aurais pris pour un fou. Ce qui ne serait plus le cas aujourd?hui.

Le Bus ??Bussoleno3?? a ?t? arr?t? par les CRS fran?ais ? la fronti?re pour un contr?le des documents d?identit? des passagers. ??pas de probl?me?? avons-nous r?pondu, puisque Schengen n?est plus en vigueur, ils vont nous contr?ler comme ils ont l?habitude de le faire, ils vont contr?ler tous les passeports et carte d?identit? et puis?mais non. Une jeune polici?re blonde, plut?t menue, avec des feuillets ? la main, monte dans le bus, regarde les papiers d?identit? des passagers, note quelques noms et descend du bus pour y remonter imm?diatement apr?s s??tre fait r?primand?e par certains de ses coll?gues. De nouveau dans le bus, elle note cette fois-ci tous les noms des passagers, y compris celui d?une petite fille de 6 ans.

Nous nous disons alors?: ??nous allons bient?t partir??, mais non, nous sommes bloqu?s par plusieurs policiers qui encerclent le bus. Vu qu?il y a plusieurs personnes ?g?es dans le bus, nous demandons alors qu?elles descendent du bus pour se d?gourdir les jambes et aller aux toilettes. La r?ponse est ??un moment, encore un moment???entre un moment et l?autre, nous sommes rest?s bloqu?s ? la fronti?re 2 heures et demie. Ext?nu?s, nous d?cidons d?ouvrir la porte arri?re du bus. Nous descendons rapidement par petits groupe pour aller aux toilettes. Les policiers, surpris, nous intiment de nous arr?ter puis finissent par nous courir derri?re. Nous continuons ? nous diriger vers les toilettes o? nous retrouvons un journaliste italien ? qui nous exprimons toute notre ??gratitude?? et qui nous apostrophe avec un ??vous ?tes m?chants?? et aussi un policier plut?t mal ? l?aise.

Nous faisons ce que nous devons faire, c’est-?-dire que nous allons ? tour de r?le aux toilettes, puis nous revenons vers le bus o? les policiers nous accueillent de tr?s mauvaise humeur, certains agents se mettent ? bousculer des personnes, ceux qui ?taient remont?s dans le bus d?cident alors de redescendre pour prot?ger leurs compagnons malmen?s par les forces de l?ordre, mais ils sont brutalement repouss?s ? l?int?rieur du bus, matraques ? la main. Nous remontons dans le bus et comme par enchantement, ils d?cident de nous laisser repartir. Le bus repart enfin rejoindre les autres bus qui avaient ?t? lib?r?s peu de temps avant le notre.

Nous rejoignons les autres bus sur le parking du premier Autogrill et nous attendons les autres bus encore arr?t?s ? la fronti?re. Il semblerait qu?ils ne veulent pas les laisser repartir, quelqu?un dit ??ils veulent les garder??. Apr?s une br?ve assembl?e nous d?cidons que s?ils ne sont pas lib?r?s rapidement nous nous ferons ??voir?? sur l?autoroute. Le temps d?en parler, de d?plier la banderole, nous recevons la nouvelle par t?l?phone?: ??ils les ont laiss? partir???bien?! nous pouvons y aller.

Nous repartons tous ensemble dans une journ?e grise, nous d?couvrirons plus tard combien cette journ?e sera noire?! C??tait un voyage plut?t ennuyeux qui s?annon?ait, mais le fait d??tre finalement sur la route de Lyon motive les troupes. Il y a ceux sui dorment, ceux qui discutent, ceux qui t?l?phonent, ceux qui jouent.

Les No Tav sont enfin en voyage.

Il est environ 13h30, le bus ralentit aux abords d?une aire de repos. ??Ouf, on va pouvoir descendre un peu se d?gourdir les jambes et ceux qui en ont besoin pourront aller aux toilettes??. contre ordre, il faut remonter dans le bus, ordre de la police?! ??ce n?est pas possible?! encore?! vos papiers?! vos papiers?! mais vous nous les avez d?j? contr?l?s nos papiers?!

Nous d?cidons alors de descendre imm?diatement des bus pour ne pas nous retrouver encore une fois prisonniers de nos si?ges. Nous essayons de nous d?placer sur l?aire de repos, mais ils sont trop nombreux (ndlr les policiers) nous comptons au moins une vingtaine de fourgons et un nombre incroyable de ??robocops?? gigantesques qui sont de tr?s mauvaise humeur. Pour quelle raison?? pour nous emp?cher d?aller aux toilettes ou de fumer une cigarette??non?! Pour nous emp?cher d?aller ? Lyon o? les opposants fran?ais au LGV Lyon-Turin nous attendent. Quelques bousculades, quelques coups de matraques gratuits et nous remontons dans les bus quand on nous avertit qu?ils nous laissent repartir, semble-t-il. Le premier bus repart et il aussit?t arr?t?. Le commandant, un gendarme souriant, attend le laissez passer de la pr?fecture, il rit et sourit, ??allez, allez, c?est vrai??? r?p?te-t-il. A ce moment la, oui je l?avoue, j?ai eu l?impression qu?il se moquait de nous?! En attendant, nous avons encore perdu une heure et demie.

Nous voila enfin repartis, suivis de pr?s par un h?licopt?re de la gendarmerie qui nous survole et nous accompagne ? Lyon. Nous apercevons les fourgons de la police et des policiers des la p?riph?rie lyonnaise post?s sur des ponts qui enjambent la voie rapide. Nous entrons dans un Lyon immerg? dans son train-train quotidien et qui ne semble pas fr?mir pour la rencontre Hollande Monti. A un feu rouge, 2 hommes occup?s ? mettre en place une vitrine nous regardent et scrutent nos visages se demandant qui nous sommes. Je crois qu?ils ont dit ? peu pr?s ?a?: ??mais les No Tav italiens ne sont-ils pas moches, sales et m?chants????. un peu plus loin, je l?ve les yeux vers une fen?tre au 1er??tage d?un immeuble et je vois une petite fille qui nous salue avec sa main. ??nous ne sommes pas si m?chants que ?a alors?!?? me suis-je dit en pensant au journaliste italien planqu? dans les toilettes de la fronti?re.

Nous d?passons encore deux feux rouges, et voil? les premi?res motos de la police qui nous indiquent la route ? suivre (nous d?couvrirons apr?s qu?ils nous conduisent dans le zoo o? ils nous enfermeront).

Nous arrivons enfin sur la place des Brotteaux vers 15h. Nous retrouvons les opposants fran?ais au projet LGV Lyon-Turin, des opposants au projet de l?a?roport de Notre Dame des Landes, Luca et Emmanuela, les feux d?artifice en plein jour, nous sommes enfin accueillis et nous sommes les bienvenus.

Les bus sont gar?s sur le parking de la place et nous nous rendons alors compte que nous n?irons nulle par ailleurs parce que la place a ?t? imm?diatement ferm?e par la police apr?s notre arriv?e. Tout le quartier est ferm?, les magasins et l?entr?e du m?tro ont baiss? leurs rideaux, seuls un bureau tabac, un restaurant et un bar sont rest?s ouverts.

Ce n?est pas grave. Nous saluons les fran?ais qui nous accueillent chaleureusement avec une bonne soupe chaude, du th?, du caf?. Nous en profitons pour ?changer quelques mots avec les amis rencontr?s lors de pr?c?dents manifestations. La Bande No TVA se met ? chanter l?hymne ??? Sara dura?? en version internationale. UHF, ?a fait dr?le?? me suis-je dit en regardant autour de moi et alors je me rends compte qu?on n?est pas nombreux?: 600 personnes sont arriv?es en bus d?Italie, d?autres sont arriv?s en voiture, nous sommes environ 1 millier sur la place, ce qui signifie que les fran?ais sont 300?; gu?re plus, et surtout des jeunes.

Nous parlons aux manifestants gr?ce ? l?installation de Luca et Emmanuela et nous d?cidons d?organiser un petit d?fil? accompagn? de quelques p?tards et de quelques feux d?artifice, je tiens ? pr?ciser que certains les confondent avec des grenades, des bombes atomiques ou thermonucl?aires, mais il s?agit seulement de p?tards et de feu d?artifice.

Nous essayons de n?gocier pour le d?fil?, faire au moins le tour du p?t? de maison, avec la police fran?aise, car il y a aussi la police italienne en civil, la Digons que nous reconnaissons imm?diatement m?me s?ils disent ??bonjour?? oui, c?est ?a?!???Bonjour???!

Nous essayons de n?gocier, mais rien ? faire. Portes ferm?es, rideaux baiss?s, et de plus en plus de CRS autour de la place. Avec le soir qui tombe, ils semblent encore plus inqui?tants, on dirait des robots. Il n?y a rien ? faire, alors des mains commencent ? taper sur les grilles, quelques-unes au d?but, puis de plus en plus, un tam-tam qui ressemble ? un rite antique, j?oserais dire, vu que nous ne pouvons rien faire d?autre, peut-?tre accepteront-ils au moins ?a. Non, m?me pas ?a. Les premiers jets de gaz au piment et au poivre arrivent sur les manifestants. Les gens reculent, les yeux et le nez qui br?lent.

Nous rentrons dans le seul bar ouvert, pour boire. C?est un beau bistro, il y a une queue interminable devant les toilettes (les seules autour de la place) le comptoir est plein de gens et toutes les tables sont occup?es. Le patron et les 2 serveuses sont tr?s gentils et font ce qu?ils peuvent. Je leur dit en plaisantant?: ??les italiens sont terribles?? mais le patron me r?pond?: ??non, non, ce sont les fran?ais qui sont terribles?? et il m?explique que d?s le matin, la police lui a impos? de fermer son bar et de rentrer ses tables, mais il a refus? en disant que s?il y avait des gens, alors, justement, il serait rest? ouvert. Va savoir comment ?a s?est pass? avec la police. J?esp?re bien.

En sortant du bar, je m?aper?ois que les opposants sont en train de se regrouper de l?autre c?t? de la place, l? o? se trouvent les bus. Un opposant m?explique qu?il valait mieux remonter dans les bus parce que la situation ?tait tendue et semblait s?aggraver. Je m?approche de ??Bussoleno3?? et je retrouve Marina qui gentiment, comme toujours, m?offre ? manger. Nous grignotons ensemble un morceau de pain et un bout de fromage et au mieux de tout ce merdier, je leur trouve un go?t extraordinairement bon. Maurizio me rappelle les affiches pour les 8 d?cembres, il me les donne et je monte?dans le bus.

Le bus commencent alors ? bouger et ? se mettre en file indienne pour le d?part. Les gens montent, s?encouragent, discutent de ce d?lire, mais ? un certain moment ils se demandent?: ??et les fran?ais?? Comment vont-ils faire pour sortir de la place????. Il semblerait en effet que la police veuille seulement faire partir les italiens, les autres, les fran?ais restent bloqu?s l?. Nous ne pouvons les laisser seuls, avons-nous pens?. Chez nous, il y a un dicton?: ??on part et on revient ensemble?? et j?ajoute, ??toujours, m?me en france??. La tension est maintenant palpable, et cette journ?e noire nous a fatigu?s.

Nous essayons de comprendre ce qui se passe et puis nous ouvrons la porti?re du bus pour laisser monter 5 jeunes. Ils sont fran?ais et ils ont vraiment peur. Nous aurions tous eu peur ? leur place. Nous leur laissons des places assises pour tromper les policiers qui les cherchent et qui encerclent maintenant le bus.

Le bus devant nous a r?ussi ? avancer, le notre non. En m?me temps nous voyons que d?autres italiens sont descendus des bus pour aider les fran?ais. Nous ne pouvons plus descendre de notre bus car un cordon de policiers bloque les porti?res. Nous nous faisons du souci pour les 5 jeunes et pour nous aussi, car les nouvelles qui nous arrivent sur les portables parlent de charges, de jets d?eau sur la place, et aussi de gaz lacrymog?nes ? l?int?rieur de certains bus.

Nous sommes bloqu?s en attendant que la police re?oive des ordres d?en haut. Je regarde dehors, au-del? des policiers, et je vois des lyonnais qui se foutent compl?tement de ce qui se passe ? quelques m?tres seulement d?eux.

Ils continuent leur shopping, marchent sur les trottoirs et ils n?ont m?me pas la curiosit? de se demander ce qui est en train de se passer. Un autre monde?comme dit un ami?: ??les enfants?faites l?autruche, car dehors le monde est moche?!!!??.

Ils nous laissent enfin partir, mais dans le bus derri?re nous se d?cha?ne un ?change de paroles entre les opposants italiens et les policiers post?s devant la porti?re, quelques coups de matraques et la porte se referme. Nous partons escort?s par les motos de la police mais des que la moto derri?re nous dispara?t, nous nous arr?tons ? un arr?t bus et nous laissons descendre les amis fran?ais qui l?ont ?chapp? belle. Nous repartons mais le dicton ??on part et on revient ensemble?? est toujours valable. Nous d?cidons alors de nous foutre de la moto qui nous pr?c?de, nous mettons le clignotant et zac, nous tournons au feu rouge en nous dissimulant derri?re le terminus d?un tram qui attend de repartir. Le policier de la moto s?en aper?oit, mais c?est trop tard et il ne peut pas revenir en arri?re. Nous ne pouvons pas retourner en arri?re nous non plus, cela aurait ?t? suicidaire. Nous d?cidons d?attendre d?avoir des nouvelles.

Enfin, nous recevons un appel qui nous rassure, les bus partent maintenant, avec des policiers ? bord, casques, boucliers et matraques. Dans un bus, ils ont m?me asperg? des gaz lacrymog?nes, les gens se sentent mal, mais il semble que c?est encore le moins pire qu?il pouvait arriver. Nous continuons jusqu?au premier Autogrill. Nous nous arr?tons et nous en profitons pour manger quelque chose. Il commence ? faire tr?s froid. Pendant que nous scrutons l?autoroute en attendant nos compagnons?: ??alors, ils arrivent ou pas????, nous voyons arriver une file de motos avec gyrophares et derri?re nos bus en file indienne, entour?s par une cinquantaine de fourgons de police. Nous remontons rapidement dans le bus et nous partons nous aussi. C?est maintenant nous qui escortons la police?!!

Nous arrivons enfin ? un p?age. Les bus s?arr?tent et les policiers descendent rejoindre leurs coll?gues et rentrer ? Lyon. Notre bus passe ? cot? d?eux et met les gaz comme pour dire?: ??la Valsusa n?a pas peur?!??. Nos compagnons dans les autres bus vont bien, ils puent les gaz lacrymog?nes mais ils sont sains et saufs. Nous pouvons enfin rentrer.

Je crois que je n?ai jamais dout? de la france, m?me si parfois elle ne m?a pas ?t? particuli?rement sympathique, mais cette fois je me suis rendu compte que ??libert?, ?galit?, fraternit? sont des mots vides, mis l? pour couvrir le visage sale d?une nation capitaliste, colonialiste et imp?rialiste. Mais elle aussi se retrouve le dos au mur, tout comme nous.

Sign??:?Mario Solara,?qui ajoute?: ??j?ai choisi d??crire?france?avec un f minuscule comme sa d?mocratie et son respect le m?ritent??.

Comme dit mon vieil ami africain?: ??l? o? est le c?ur, les pieds n?h?sitent pas ? aller???.

L?image illustrant l?article vient de???lechatnoiremeutier.wordpress.com??

Olivier Cabanel

On peut participer au d?bat sur la page FB des opposants au projet sur ce?lien

Le blog de l?association est sur ce?lien

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