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Arbre étranger, orphelin dans ta terre natale, qui prendra soin de toi ?

L’invasion du ciment

Devant le portail de sa ferme, il jeta un regard pensif et interrogateur, il se remémora aussitôt le vaste tapis vert qui y régnait jadis ; une grande étendue parsemée de coquelicots rouges, attrayante, où l’on sentait un bien être et une sérénité paradisiaques.
Un bruit assourdissant dérangea la quiétude présente depuis des années déjà ; tel un monstre, il envahit la région, brisant le silence et ravageant les terrains doux et fertiles.
C’étaient les bulldozers géants et menaçants qui avaient fait apparition.

La conquête de la Nature.
La conquête de la Nature.

Située à 20km du centre de la ville de Meknes, la région de Toulal fut une région réputée pour la quantité et la qualité des produits agricoles qui en sont issus.
Ses habitants étaient presque des fleuristes, peu de maisons entourées de petits potagers, à large vue, il y’avait des champs de blé et une multitude d’oliviers parcourant tous les chemins. C’était bel et bien un éden.

Vers les années 2000, ces champs somptueux sont devenus des lotissements, une société les a acquiert à un prix dérisoire et a lancé les travaux.
On a arraché les oliviers et détérioré les champs, rien que sillons laissés par des machines et des engins horribles surpeuplaient l’endroit.
Les fermiers ont quitté les lieux, la terre des ancêtres n’est devenue qu’un amas de pierre et de béton armé. Ils étaient les maîtres, confiants et vaniteux, aujourd’hui, ils sont devenus des étrangers. Déchirés et vaincus par l’urbanisme fort et puissant. Ils ont alors préféré s’éloigner.
Ils ne possèdent rien, aucune trace du passé, de leur héritage, sauf quelques sous pour s’acheter un petit appartement qu’ils ne sauraient jamais gérer. Eux qui étaient habitués à des superficies immenses sous leur tutelle, ne pourront se contenter de quelques mètres carrés.
Les bulldozers ont effacé leur histoire, leur passé, leur identité.
De grands bâtiments ont pris place, des villas somptueuses ont changé l’image de la province, mais aucune trace de leur passé glorieux.
Des parvenus ont construit leurs demeures en écrivant leur nom aux portes de leurs villas, oubliant qu’ils portent atteinte à des personnes massacrées par l’urbanisme ravageur.
Des lampadaires plantés partout alors que la région s’illuminait déjà grâce à la voûte étoilée, des rues ont déchiré cette terre qui autrefois n’enfantait que du blé, là où il n’y avait ni frontières ni limites, ce qui symbolisait l’union et la solidarité ; c’étaient des familles unies, qui vivaient en communauté et qui avaient le sens du partage, un espace ouvert et accueillant.

Aujourd’hui, ce qui frappe, c’est les murs de clôture qui entourent chaque parcelle séparant les uns des autres. Personne ne connaît personne. Des caméras sont installées sur les murs, un sentiment d’insécurité et de malaise, une atmosphère de solitude et d’isolement qui nous accueille. Rien de plus inquiétant et de plus menaçant que ces immeubles construits à l’entrée de ce nouveau Toulal. Une population anéantie par le loyer a préféré se procurer un petit appartement économique comme compensation à ses aspirations. Ils témoignent de la lutte de ces petits fonctionnaires qui sont réjouis enfin de côtoyer les villas majestueuses et ostentatoires comme si c’était leur rêve réalisé.

Gazon en briques.
Gazon en briques.
Arbre étranger, orphelin dans ta terre natale, qui prendra soin de toi ?
Arbre étranger, orphelin dans ta terre natale, qui prendra soin de toi ?

Ce qui accentue l’atrocité de ce changement hideux, c’est les amas de pierres, les sacs de plastic qui jonchent les sols. Les déchets des travaux qui cachent les arbres «rescapés», et les ordures ménagères qui débordent les rues. Quel crime écologique !
C’est le revers de la médaille du fameux modernisme, en l’occurrence, l’urbanisme qui démystifie la Nature.

Pourtant, il faut joindre l’utile à l’agréable : sachant que l’explosion démographique connaît une croissance fulgurante, il faudrait assurer l’habitat et le logement pour tous, mais il serait indispensable de prendre en considération l’état sanitaire de cette population. Ainsi, il serait préférable de construire des maisons écologiques, des villas de superficies moyennes afin de préserver plus d’espace vert. Il faut penser aussi à la construction de châteaux d’eau, tirer profit de l’eau de pluie pour éviter le gaspillage. Et surtout, penser à avoir des jardins collectifs.
Et pourquoi pas créer des associations qui seront chargées des déchets de la construction (sacs de ciment, débris de briques..) et qui seront ainsi réutilisés autrement.
Mener les différents quartiers de fontaines alimentées par l’eau de pluie et qui serviront en même temps au lavage des voitures. Un responsable sera chargé de cette opération et ceci afin de préserver l’eau. Aussi, ces nouvelles constructions doivent être dotées d’énergie solaire, chose qui répondra aux exigences quotidiennes.

Pour conclure, le quartier Toulal n’est qu’un exemple d’un tas de régions qui agonisent sous l’impact de l’invasion urbaine,
pourtant, chacun d’entre nous pourrait contribuer à changer les choses. On a souvent l’impression que le pouvoir est en dehors de nous, mais nous en avons beaucoup plus que nous ne l’imaginons ! Et si nous l’exercions ensemble, nous serions capables de reprendre la main sur la course du monde et sauver la Planète Océan.

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    Pour contrer l’avancement des diverses dégradations de la nature, un impératif est d’élire tout d’abord un pouvoir municipal ayant fait part de sa vision quant à la préservation des espaces naturels. Et malgré cela, les villageois doivent demeurer à l’affût de tout dossier qui la mettrait en péril puisque certains projets sont pilotés par le gouvernement lui-même et dès lors ce dernier peut exercer des pressions auprès des municipalités.

    Si l’on n’obtient pas la garantie de faire sans que tout projet soit tôt ou tard voué à être mis en péril par de nouveaux décrets ou projets d’aménagement du territoire, les efforts se transforment en déception.

    Il nous faut tenir compte aujourd’hui du peu de souveraineté dont dispose chaque individu sur son propre bien (la propriété immobilière entre autres) et souvent aussi sur ses propres activités. C’est cette souveraineté qu’il faut défendre tant qu’elle n’alliène pas la liberté de faire des autres, excluant les entreprises qui n’ont de souveraineté que ce que les citoyens sont prêts à leur permettre d’avoir. Nous sommes passés en peu d’années au contraire, l’entreprise imposant un modèle qui ne convient pas aux lieux qu’elle occupe, en dépasse les besoins tout en mettant à contribution les infrastructures susceptibles de lui convenir et ce au détriment de la souveraineté des citoyens qui vivent en ces endroits.

    Récupérer la souveraineté individuelle, c’est-à-dire le droit de jouissance de sa propriété d’abord et du lieu en général (la municipalité) auquel cette propriété est rattachée. Donc choisir ses élus et les garder à l’oeil.

    Après, il est clair que les façons de faire que vous décrivez ne peuvent être que bénéfiques, tant pour la nature que pour l’économie des individus. J’avais vu un reportage montrant un homme qui en 2 ou 3 décennies avait réussi à faire naître un oasis de verdure pour toute une communauté, dans un lieu devenu moribond. Il avait redonné les droits à la nature et plus rien ne manquait: eau, cultures, assainissement des sols etc. C’est possible en effet et hautement satisfaisant puisque la nature même de l’homme est faite de ce besoin de survie et de pérennité. Les reléguer au second plan, comme c’est souvent le cas présentement, ne peut qu’engendrer des individus qui n’ont aucun véritable contrôle sur leur vie (alliènent donc leurs droits) et surtout ont perdu peu à peu le réel besoin des choses et le génie de faire.

    A bientôt et merci pour ce texte