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L’insoutenable légèreté des élites

Qui avait prévu ou anticipé un tel résultat à ce référendum britannique ? Certes, bien de l’encre a été utilisée ces dernières semaines pour avertir des conséquences, et mettre en garde vis-à-vis des réactions de citoyens lassés des technocrates imbus de leurs pouvoirs et des politiciens accrochés aux leurs. Voyez-vous: le statut quo finissait toujours par l’emporter. En effet, après force vociférations et manifestations, les votants finissaient toujours pas rentrer dans le rang, évitant ainsi le saut dans l’inconnu. Les sondages ne prévoyaient-ils pas une victoire relativement confortable du «Remain» ?

Pourtant, la majorité des citoyens britanniques a bel et bien décidé de flirter avec le danger, très vraisemblablement suivis en cela par d’autres peuples membres de l’Union. Quoi de plus compréhensible du reste? En effet, l’intégration européenne n’a jamais été motivée par des raisons et par une énergie positives. Elle n’a été mise en place –et n’a progressé– que sous la menace d’un continent qui renouerait avec ses vieux démons en l’absence d’intégration supplémentaire et à marche forcée. Depuis Robert Schuman, depuis 1950, l’Europe s’était bornée à être une machine à intégrer, plutôt qu’une conscience qui permette de poser les bonnes questions. Aujourd’hui, ceci ne suffit plus, et les arguments brandis par les technocrates, par les politiques, par l’intelligentsia, par les citadins, par les diplômés et par les bourgeois se retournent contre eux.

élites

Aujourd’hui, il n’est plus possible de menacer les votants d’un cataclysme s’ils ne se conforment pas aux directives du «mainstream», car –et contrairement à leurs accusations– c’est bien les tenants de la lignée européenne et du maintien de la Grande Bretagne qui ont fait une campagne de la peur, et qui ont invoqué sa sortie de l’Union en termes apocalyptiques. Aujourd’hui, ça ne marche plus car –en dépit et probablement à cause de 50 ans de technocratie-, l’Europe reste un continent, et pas du tout une identité. L’Europe et ses dirigeants se sont donc fourvoyés en s’obstinant à ériger un Etat au mépris et à la barbe de la nation.

Nous les intellectuels, nous les nomades globaux, avons oublié que nous ne représentons qu’une minorité dotée d’une identité transnationale. A force de voyager, de communiquer à l’international par messagerie électronique interposée, à force de déménager, de vivre et de travailler dans des continents différents, nous avons fini par oublier que l’ancrage local est fondamental et reste vivace pour l’écrasante majorité de nos concitoyens. La quasi-totalité d’entre nous était donc structurellement dans l’incapacité de prédire –et même d’envisager– cet événement considérable et historique que représente la sortie britannique, car nos modes de penser et de percevoir le monde ont littéralement escamoté toute dimension populiste, et même simplement populaire. Nous, les élites, avons donc négligé la nation qui nous revient en boomerang dans les dents à la faveur de ce vote britannique.

Michel Santi

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