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Centpapiers

  • Lieberman rejoue le Dictateur

    16 février 2010 | 1 commentaire(s) | vu 2 375 fois

    250turkeyFitusiJe vous avais dit que Lieberman était un Mussolini en puissance : je me suis trompé (mais de peu, vous allez voir pourquoi). C’est plutôt Hitler, façon Chaplin : figurez-vous que ce grotesque personnage de la vie politique israélienne vient en effet de réécrire une scène complète du Dictateur, celle où Hitler, pour recevoir Mussolini, justement, et pour mieux l’humilier, le reçoit chez un barbier sur une chaise munie d’un mécanisme lui permettant d’être plus haut que son interlocuteur. Effet grotesque assuré. A la fin de l’entretien, Hadenoïd Hynkel (Hitler, façon Chaplin) finit par se casser la figure, à force de maniveler comme un fou pour surplomber Bonito Napolini, la caricature de Mussolini.

    Eh bien cette scène pendable, Lieberman, qui a le QI d’une huître et les gros muscles du videur de boîte de nuit qu’il a été, vient de la faire rejouer à son vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon en face de l’ambassadeur de turquie, Ahmet Oguz Celikkol. On croît rêver, mais non : une photo le prouve, et elle est aussi grotesque que le film de Chaplin. selon Haaretz, pour la prendre, Ayalon avait donné au photographe des ordres stricts : »que l’on distingue bien les deux chaises et leur différence de hauteur, qu’il n’y aît qu’un seul drapeau israélien de visible sur la table, et que nous ne soyons pas en train de sourire » (*). A ce stade on peut parler de mise en scène véritable et ridicule… à la Chaplin, et entièrement dictée par Avigdor Lieberman. S’il y a un bien un terme qui ne lui convient pas, c’est celui de « diplomate ». Or il est en charge de la diplomatie de son pays !

    Pour en arriver à ses fins, Lieberman n’y est pas allé non plus par quatre chemins. Il a prétexté la diffusion, en turquie d’un téléfilm pour sermonner son représentant. Le film, un épisode de « La vallée des loups », une fiction, il est vrai aussi, n’avait pas l’air d’y aller non plus à la petite cuillère. La série est tirée d »un film du même réalisateur, Serdar Akar, intitulé lui aussi de la même façon et traitant de la guerre en Irak de façon assez… osée.

    Le scénario du film est digne d’un Tarantino en effet. C’est celle d’une vengeance, celle d’un soldat de l’armée turque humilié par les soldats américains, le 4 juillet 2003 (une date symbolique). L’homme, membre des services spéciaux turcs, alliés des américains, avait été emmené par les soldats US avec le fameux sac sur la tête, les américains désirant reprendre seuls la maîtrise du secteur. Humilié, au point de se suicider, ce qui conduit ses amis à faire le serment de le venger. Pour y arriver l’un d’entre eux va carrément choisir le camp des « insurgés » irakiens. Comme le film revisite une bonne partie des horreurs de la guerre, on y voit notamment des scènes de tortures dans la prison d’Abu Ghraib. Où ont sévit, on vous l’a dit ici, des employés de la CIA travaillant au nom d’une société de mercenaires ayant recruté des israéliens. Mais ce n’est pas la raison exacte de la convocation. Ni les scènes du film sujet à controverse comme celles du vol d’organes de prisonniers, un thème, qui on le sait, fait marcher tout le monde sur des œufs. En fait le film est d’une violence inouïe, difficilement supportable même à 16 ans, âge en dessous duquel ce film ultra-violent a été interdit en France : Tarantino, à côté, c’est du Walt Disney. Le film est grotesque et caricatural, pas moins qu’un Tarantino, mais il repose sur la mise en scène d’éléments disparates véritables. Notamment des massacres de civils bien réels perpétrés en Irak par des américains. Et le film a fait un malheur en Turquie.

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    On pardonne à Tarantino, mais on vole davantage dans les plumes de Serdar Akar, aussi mauvais réalisateur que peut l’être Tarantino (son film est un pur navet), qui fait dans le même domaine exactement : la réécriture de faits historiques. Avec de surcroît le plus grand budget de tous les temps de Turquie ! « Outrancièrement propagandiste, grandiosement caricatural comme seules savent l’être les superproductions américaines dont on nous gave régulièrement » dit un blog : c’est exactement ça. Bien entendu, dans le film, il y a aussi de belles caricatures de juifs : automatiquement, voilà le bouclier habituel qui se lève. Un site catholique lyonnais aura pourtant cette phrase à son égard : « Comparés à eux (nota ; les américains et les insurgés irakiens), les deux personnages de Juifs sont si minces qu’on peut difficilement reprocher à ce film son antisémitisme. Mais, en sortant de la projection, on a bien compris que l’extrémisme religieux est un fléau et que l’interprétation des textes, quelque soit la religion de départ, est un exercice difficile. » Si les catholiques eux-mêmes ne le jugent pas antisémite…

    C’est Guillaume Perrier, dans son blog du Monde, qui en aura le mieux parlé en définitive, en le reliant à la série TV et à l’extrême droite turque : « Les fans de la série télévisée La Vallée des Loups (Kurtlar Vadisi) s’y retrouvent aussi. Cette série à la gloire des milieux mafieux d’extrême droite, rappelle un peu l’histoire d’Ali Agca. Le film est déjà un immense succès et grâce à une campagne de communication agressive, un marketing très visible, les salles sont prises d’assaut (au sens figuré bien sûr). Il rappelle un bouquin qui avait fait un carton l’an dernier. Tempête de Métal racontait une guerre mondiale entre la Turquie et les USA, déclenchée par un accrochage… en Irak. Il s’était vendu à 400.000 exemplaires, soit deux fois plus que Da Vinci Code à titre de comparaison ». Dans l’épisode incriminé, c’est directement le mossad qui était visé. Une scène montrait ses agents en train d’enlever un bébé turc. Sur le net, les israëliens et leurs correspondants par pays font donner aussitôt l’artillerie lourde. Les sites sociaux évoquant l’affaire sont bombardés de posts. Il n’avaient pas plus apprécié la série « Séparation » (Ayrilik) où Tsahal est présentée sous son plus mauvais jour. A chacun son « Obsession » serait-on tenté de dire !

    La réunion a peine passée, Lieberman se fend d’un communiqué énonçant « qu’Israël ne s’aplatira plus »… et affirmant par la-même que le but visé était bien d’humilier. Ce qui à l’art de mettre en furie Shimon Pérès, qui téléphone illico à son premier ministre pour qu’il fasse des excuses officielles à la Turquie. Pérès lui aussi est allé trop loin, en janvier 2009 à Davos, devant justement Recep Tayyip Erdogan, il sait ce que cela signifie et sait qu’il ne faut pas trop le chatouiller. Rappelons que si un jour Israël veut bombarder l’Iran, il faudra qu’il empiète avec ses avions sur le territoire turc, notamment à l’aller, ou pour rejoindre, au retour, la Georgie. Ce n’est pas le moment de rompre les relations diplomatiques ! Et encore moins quand on est en train de vendre 18 drones Heron pour 185 millions de dollars à dû se rappeler Pérès…En prime, il n’y aura pas toujours un David Ignatus, du Washington Post, pour empêcher Erdogan de répliquer !

    Et effectivement : à peine le propos de Lieberman connu, la Turquie répond par une convocation de l’ambassadeur israëlien et exige des excuses officielles : on est au bord de l’incident diplomatique. Pérès est furieux et c’est Netanyahou qui trinque. Comme ce dernier n’est pas chaud pour en faire des excuses, c’est le lampiste qui se retrouve obligé de les faire. Le lendemain, Ayalon est obligé de manger son chapeau en direct. Son attitude avilissante et puérile, dictée par Lieberman, ravale la diplomatie au rang de Charlie Chaplin. Des excuses, il sera même contraint à en faire deux fois ! Dans ce petit jeu mesquin et malsain, et déplorable, certains ont aussi vu une méthode pour affaiblir Ehoud Barack, grand rival (travailliste) de Lieberman (qui révait de son poste !) qui doit se rendre bientôt en Turquie (le 17 janvier) ou pour saper l’entrée de membres de Kadima au sein d’un gouvernement en difficultés. Toujours est-il que c’est vil, c’est bas… et c’est bien du Lieberman, ce sous-Mussolini lui-même plus proche en réalité désormais de Bonito Napolini.

    dicta4Avigdor Lieberman, ce fort en gueule, a gagné encore une fois haut la main l’occasion de se taire. Détester Tayyip Erdogan n’est pas un tout, et ne fait pas en tout cas une politique pour un pays. Pendant qu’il faisait dans le grotesque, ce dernier, justement prenait l’avion et fonçait au Liban. Rencontrant Saad Hariri and President Michel Suleiman pour leur annoncer qu’Israël était en train de préparer une attaque majeure sur leur territoire, faute de pouvoir le faire sur l’Iran. Ses services secrets l’ont appris et l’ancien allié d’israël contre le terrorisme islamiste n’a pas du tout apprécié. Officiellement, c’était pour « signer des accords« . Comme il n’a pas apprécié la farce jouée par Lieberman, décidément en dessous de tout. En fait Erdogan avait de sérieuses raisons d’être furieux : le 11 décembre, juste avant que Lieberman ne fasse l’imbécile, on apprenait que son gouvernement avait averti Israël d’une possible attaque du Hezbollah sur son territoire, une information apprise un mois auparavant par des agents turcs infiltrés à Ankara chez des iraniens en cheville avec le Hezbollah. Avouez que dans ce sens, Israël a de drôles de façons de remercier : on lui évite un bain de sang, l’état hébreu en fomente un autre. Des représailles sans action première. Comme le souligne Erdogan, Israël n’est véritablement pas tourné vers la paix.

    Au passage, Erdogan a rappelé aussi qu’il conviendrait de faire pression à l’ONU sur Israël pour lui rappeler qu’elle possède la bombe atomique sans jamais l’avoir reconnu, mais après l’avoir dit à plusieurs reprises, de façon voilée. Erdogan demandant à Israël de se « mettre en ordre », l’occasion pour lui de rappeler la cacophonie qu’apporte régulièrement notre Bonito Napoloni Lieberman sur la scène internationale avec de pareilles initiatives.

    La prochaine fois, je vous expliquerai ce qu’il faisait récemment encore sur un quai, en Israël, ce clone de Mussolini, avec un pinceau et un pot de peinture. Non, ce n’était pas pour jouer « La Grande Vadrouille » avec Bourvil en peintre en bâtiment. Mais ça pourrait : c’est du grand spectacle, mais du bien mauvais film, chez lui. N’est pas Augustin Bouvet qui veut, et les erreurs politiques se voient davantage que la chute d’un pot de peinture mal raccordée au montage. Comme le sont aussi les documents vidéos de l’armée israélienne quand elle filme des containers.

    (*) « Pay attention that he is sitting in a lower chair and we are in the higher ones, that there is only an Israeli flag on the table and that we are not smiling.« 

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  • Un commentaire

    • hello_sigi

    « Avigdor Lieberman, ce fort en gueule, a gagné encore une fois haut la main l’occasion de se taire. Détester Tayyip Erdogan n’est pas un tout, et ne fait pas en tout cas une politique pour un pays. »

    Entièrement d’accord avec vous Momo (j’ai l’impression de parler à mon meilleur ami : mêmes idées et même surnom :-) ).

    La politique de Lieberman est d’une cruauté sans nom. On se demande pourquoi les Etats Unis ne réagissent pas plus aux propos intolérables de cet individu.

    Merci pour cet article

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