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Libert? d?s?quilibr

Image Flickr par cathare55

Yan Barcelo, 13 f?vrier 2011

Dans ma discussion, la semaine derni?re, des cons?quences n?fastes de notre notion pr?valente de libert?, j?ai ?labor? autour d?un premier exemple tir? des comportements irresponsables et qui se sont r?pandus comme une ?pid?mie lors de la r?cente crise financi?re. Je poursuis cette semaine en proposant deux autres exemple.

Charte des droits et libert?s ? Il devient de plus en plus ?vident que ces chartes, dominantes dans nos soci?t?s occidentales, sont unijambistes. Il faut urgemment les compl?ter avec leur volet compl?mentaire, en fait, leur volet fondamental?: une charte des devoirs et responsabilit?s. Il est symptomatique qu?on n?ait pas proc?d? ? la formulation d?un tel volet des devoirs et responsabilit?s puisqu?on les prenait pour acquis. Il allait de soi que les gens en ?taient bien avertis; ne constituent-ils pas la dimension fondamentale sans laquelle aucune soci?t? ne peut fonctionner. Erreur.

Il saute aux yeux que ce volet, qu?on pourrait croire implicite et allant de soi, est de plus en plus n?glig? et m?me bafou?. D?invisible, il devient inexistant.

Comprenons bien. Je ne condamne en aucune fa?on la formulation et la mise en place des chartes de droit et libert?s. Au contraire, je salue tout particuli?rement ce fruit de notre h?ritage occidental, le seul qui se soit occup? de d?finir, tout d?abord l?individualit? des personnes, ensuite l?aire essentielle de leurs droits et libert?s. Cependant, nous en sommes rendus ? un point o? ce discours est devenu hyst?rique et d?brid? et que sa pr?valence est en voie d??touffer la zone plus fondamentale des devoirs et responsabilit?s.

Il devient de plus en plus ?vident que la libert? d?action et d?expression qu?on accorde ? une multitude de groupes et d?individus devient un obstacle ? l?exercice des responsabilit?s et devoirs de ceux qui assument celles-ci. Les premi?res victimes, ? mon id?e, sont les parents imbriqu?s dans une cellule familiale envahie par une horde d?influences et de sollicitations qui oeuvrent syst?matiquement contre tout projet p?dagogique. La plus scandaleuse de ces invasions ? j?en ai parl? ailleurs ? tient ? ces jeux vid?os qui sont en fait des syst?mes d?entra?nement simul?s au crime. Combien de parents sont aux prises avec le probl?me d?adolescents intoxiqu?s par ces instruments de mort et de laideur ? et on laisse faire. Au lieu de frapper d?interdit les fabricants de ces jeux sordides, au lieu de les brimer dans leur ??libert? d?action et d?expression??, on pr?f?re brimer les familles dans l?accomplissement de leurs devoirs et responsabilit?s.

D?autres exemples? On pourrait en trouver mille. Que dire de cette ??libert? d?action?? de patrons qui cong?dient leurs employ?s en masse ou qui les traitent comme des rebuts, dans une qu?te maniaque du profit. Et c?est sans compter les m?thodes ??modernes?? de cong?diement (pr?-avis d?une heure, ?vacuation du bureau avec accompagnement d?un garde jusqu?? la porte) o? les patrons exercent leurs privil?ges et pr?rogatives. O? sont donc leurs responsabilit?s. Et remarquez, les employ?s, dans plusieurs cas ne font pas mieux. Souvent, ils ne font que rendre les coups ? leurs employeurs irresponsables, mais dans plusieurs autres, ils font preuve d?une irresponsabilit? et d?une n?gligence qui, ? l??chelle de leur emploi sp?cifique, s?av?re tout aussi dommageable.

P?dagogie de la licence ? Toute notre p?dagogie, qui pr?vaut dans les ?coles et dans les familles, souffre d?une hyperinflation de la notion de libert?. Pour bien le saisir, il faut proc?der ? la traduction de certains mots-cl?s. Par exemple, tous les d?tours ?ducatifs qui visent d?abord et avant tout ? pr?server l?estime de soi de l?enfant rel?vent d?une notion de libert? en d?route. Il en est de m?me pour la surench?re du principe de plaisir par laquelle on vise ? minimiser tout sens de l?effort.

Quel est le lien entre ces principes de pr?servation de l?estime de soi et de l??vacuation de l?effort? Ce sont des voies pour pr?server la libert? de l?enfant ou de l?adolescent. Puisque l?imp?ratif est de pr?server la libert? d?action des individus, cela implique logiquement qu?il faut proc?der ? l??limination des contraintes. Or, l?id?e qu?ils puissent se sentir incomp?tents est tabou?: on t?che donc d??liminer toute exigence objective qui puisse causer chez eux ce sentiment d?incomp?tence et amenuiser leur estime de soi. Et bien s?r quel plus grand obstacle ? la libert? que l?effort. La libert? exige que les choses soient faciles et aillent de soi!

Ne nous y trompons pas?: ? la racine de notre p?dagogie d?liquescente r?side notre concept d?s?quilibr? de libert?. Cette p?dagogie a oubli? tout le volet de la responsabilit? et du devoir ? plus encore, elle s?est assur?e de l?occulter et de le rendre ill?gitime. Il est d?ailleurs symptomatique que l?assignation des fameux ??devoirs??, dans nos ?coles, soit une pratique en voie d?extinction.

Mais peut-on parler de devoirs et de responsabilit?s des enfants et des adolescents? N?y a-t?il pas l? mati?re ? scandale? L?enfance n?est-elle pas l??poque de l?insouciance, du jeu, de la libert?? Sans doute, et c?est une dimension qu?il faut s?assurer de pr?server et je suis le premier ? vouloir garantir ? nos enfants une aire tr?s large de jeu et d?insouciance, de turbulence m?me. Mais n?oublions pas que les jeunes ont aussi un devoir social imp?ratif?: c?est celui d??tudier et de se munir d?un m?tier qui, d?une part, leur assurera un gagne-pain et, d?autre part, leur permettra de contribuer ? la soci?t?.

Ce postulat des devoirs et responsabilit? inh?rents ? l?enfance repose sur les principes que je mettais de l?avant dans ma discussion de la libert?. Notre notion actuelle de libert? repose sur l?id?e fautive de l?individu en tant qu?agent libre et, au d?part, d?gag? de toute contrainte et limitation. Comme j?ai tent? de le d?montrer, cette vision est un leurre. Nous sommes p?tris par tout l?h?ritage de l?humanit?, h?ritage qui compose au d?part un vaste tissu d?appartenance et, partant, de devoirs et responsabilit?s. L?enfant est imbriqu? inextricablement dans ce tissu; il en est totalement tributaire. Sans ce tissu qui le soutient et l?alimente constamment, il n?aurait aucune aire d?insouciance, de jeu et de libert?. Plus encore, les devoirs et responsabilit?s qui composent tout le programme de la p?dagogie, tant pour les parents que pour les enseignants, sont les v?hicules qui garantissent d?j? ? l?enfant, et lui garantiront plus tard, son aire de libert?.

Or, qui dit devoir et responsabilit? implique n?cessairement la prise en charge et l?ex?cution de devoirs et de responsabilit?s. Cela veut dire que les exigences li?es ? ces facteurs entra?neront souvent chez le jeune des efforts soutenus et des vexations ? son estime de soi ? vexations qu?ils doit apprendre ? dig?rer et ? int?grer et tant qu??l?ments m?mes constitutifs de son apprentissage et de sa? libert?. Bref, tout le contraire d?a priori si chers ? la p?dagogie moderne, fond?e sur le postulat freudien fondamental de l??vacuation de tout refoulement.

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    « L’enfance n’est-elle pas l’époque de l’insouciance, du jeu, de la liberté? Sans doute, et c’est une dimension qu’il faut s’assurer de préserver et je suis le premier à vouloir garantir à nos enfants une aire très large de jeu et d’insouciance, de turbulence même. Mais n’oublions pas que les jeunes ont aussi un devoir social impératif : c’est celui d’étudier et de se munir d’un métier qui, d’une part, leur assurera un gagne-pain et, d’autre part, leur permettra de contribuer à la société. »

    L’enfance est une période importante de la vie parce que c’est celle de l’apprentissage. C’est loin d’être une période d’insouciance.

    Les jeux servent, qu’on le veuille ou non, à cet apprentissage; la turbulence également.

    D’ailleurs les autorités le savent très bien puisque c’est à cette période de la vie qu’elles tentent d’inculquer les notions qu’elles croient importantes pour la société. Comme, par exemple, faire de l’enfant une main d’oeuvre « compétente » pour servir le système. Actuellement, rien d’autre n’est visé.

    On se sert également de cette période pour lui inculquer la notion de « non-responsabbilité ». Ce qui est une « continuation » de la base religieuse qui fut inculquée depuis plus de 2000 ans.

    « Tout fut créé par « un être supérieur à l’homme et tout est contrôlé par lui ». L’homme n’est donc responsable de rien, sauf du « mal » qui est une déduction débile.

    De cet « enseignement » d’irresponsabilité jusqu’à celui de déresponsabiliser l’homme de ce « mal », il n’y a qu’un pas qu’il ne faut pas se surprendre d’être maintenant franchi. On récolte ce que l’on sème. C’est exactement cela « la responsabilité » absolue.

    La « responsabilité d’un acte n’est pas une « limitation » de cet acte; elle en est une information pour permettre un choix. Rien n’empêche personne de faire quoi que ce soit. Il ne reste donc qu’une solution: développer un raisonnement qui permette de faire ces choix.

    Ce raisonnement ne doit pas être basé sur la peur des conséquences, parce qu’il est toujours possible de se convaincre que les conséquences ne nous toucheront pas nous-même.

    Ce raisonnement se doit d’être basé sur l’intelligence et la prise de responsabilité de chacun de nos actes. Ce ne sera jamais les autorités qui pourront le faire. Elles ne se contraignent pas au « raisonnable ». Elles carburent au « contrôle, au pouvoir, et à l’intérêt du système.

    Amicalement

    Elie l’Artiste