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L’hypertrophie de la vassalisation atlantiste

 

vassalit?

Manuel de Di?guez

1 – L’?talage de la servitude
2 – France Inter et l’Etat
3 – Le prix de la vassalisation
4 – Les fun?railles de l’anthropologie id?aliste
5 – Le d?roulement de la pi?ce
6 – La semi raison encag?e
7 – Les nouveaux Sorbonicoles
8 – Une anthropologie de la vassalisation th?o-politique

1 – L’?talage de la servitude

Selon que les ?v?nements fades ou dramatiques de l’?t? auront n?cessit? un diagnostic rapide de l’?tat d?sesp?r? du malade ou une pause dans le traitement de l’incurable, ma prochaine spectrographie anthropologique des ?v?nements mondiaux para?tra le 24 ou le 31 ao?t. Mais, d’ores et d?j?, nous nous trouvons sur une trajectoire de l’acharnement th?rapeutique dont la courbure est trac?e jusqu’en automne: le 3 juillet, deux ?v?nements titanesques ont infl?chi la course de la plan?te sur l’?cliptique de l’histoire m?dicale d’une civilisation.

Le premier coup de semonce fut le d?barquement des affaires cliniques de la mappemonde sur les arpents de la conscience politique locale, le second fut l’alerte aussit?t d?clench?e pour tenter du moins d’orienter l’opinion publique, s’il en ?tait encore temps, vers un redressement de l’atlantisme fran?ais en p?ril, afin de sauver en catastrophe la politique ?trang?re officielle et doctrinale de la R?publique. L’irruption torrentielle de la g?opolitique dans les petits tracas du civisme hexagonal s’est op?r?e sur deux fronts indissolublement associ?s et m?me enti?rement confondus: d’un c?t?, quand une puissance ?trang?re va jusqu’? ?couter aux portes et ? enregistre de jour et de nuit les conversations des citoyens d’une nation d?j? garrott?e, il devient impossible de cacher plus longtemps et ? tout le monde l’?vidence que l’occupant dresse maintenant l’oreille dans votre chambre ? coucher, votre cuisine et votre salle ? manger.

Mais, parall?lement, et en raison de la na?vet? m?me d’une d?couverte aussi tardive de Paris et des provinces, il a ?t? d?montr? jusqu’aux enfants en bas ?ge que l’Organisation du trait? de l’Atlantique nord n’est qu’un peloton de pays sur la touche et candidement agglutin?s autour du chef de guerre d’une puissance lointaine, mais dominatrice et que le vainqueur de 1945 peut ordonner d’un coup de fil, ? une France, ? une Italie, ? une Espagne marginalis?es d’interdire le survol de leur territoire ? un c?l?bre Pr?sident sud am?ricain?; car la honte des vassaux va d?sormais jusqu’? les contraindre de fouler aux pieds l’immunit? diplomatique des chefs d’Etat qui ne seraient pas en odeur de saintet? ? la cour du roi du monde.

Les yeux de la province se sont si subitement dessill?s que France Inter s’est h?t?e de mettre en place une contre-offensive f?brile, mais dont l’ampleur et la coh?rence apparentes ont mal masqu? la pr?cipitation et permis, bien au contraire, de prendre la mesure de l’?tendue du d?sastre diplomatique. Aussi la classe dirigeante fran?aise a-t-elle jug? n?cessaire d’?garer de toute urgence le jugement de la population demeur?e peu ou prou saine d’esprit. Quelles sont les ressources des Etats d?mocratiques dans l’art, vieux comme le monde, d’interpr?ter souverainement la situation et d’en pr?senter un tableau s?ducteur et trompeur?? Voici comment les pi?ces ont ?t? d?plac?es sur l’?chiquier et pr?sent?es dans une configuration apparemment logique et raisonn?e.

2 – France Inter et l’Etat

En premier lieu, on a vu M. Fr?d?ric Encel, strat?ge de l’atlantisme et grand laudateur de la puissance militaire et de la domination des mers au profit de l’empire am?ricain, remplacer non plus M. Bernard Guetta, comme en 2012, mais M. Thomas Legrand, le commentateur parfois aiguis? de la politique int?rieure. On sait que la vision oraculaire et imp?rieuse de M. Fr?d?ric Encel se trouve aussi clairement formul?e que facile ? d?coder: la dialectique comminatoire dont il use lui permet de pr?senter l’alliance auto-messianis?e par le mythe d?mocratique qu’on appelle l’OTAN sous les traits rassurants d’une entente ?quilibr?e et m?rement r?fl?chie entre des Etats tous gentiment qualifi?es de souverains.

Cette sophistique diplomatique exige qu’on feigne d’ignorer le caract?re fort peu apostolique d’un pacte de nations rendues ob?issantes depuis 1945 et plac?es sous les ordres d’un g?n?ral am?ricain dont le commandement central s’est install? ? Mons en Belgique ? la suite de son expulsion manu militari de la France par le G?n?ral de Gaulle en 1966. Naturellement, ce sceptre cens? ?vang?lisateur n’est nullement au service d’un mythe d?mocratique en croisade perp?tuelle et ? seule fin d’assurer la r?demption du genre humain. L’Europe se trouve plac?e sous la poigne de fer d’une Am?rique dont l’expansion cat?ch?tique sur son territoire dispose d’un demi-millier de garnisons arm?es jusqu’aux dents.

M. Fr?d?ric Encel est en mission. Il se chargera de vanter, non sans acrimonie au besoin, la puissance politique cens?e invincible de l’empire dominant du moment et qui se trouverait auto-l?gitim? ? n’accorder que du bout des l?vres quelques s?quelles d’une ind?pendance frileuse ? des Etats du Vieux Monde proclam?s ind?pendants. Il devra rappeler aux auditeurs quelques pr?rogatives redondantes et seulement nominales de la France. Celle-ci dispose encore, dira-t-il, d’un droit de veto au Conseil de S?curit?, ce qui est cens? la mettre a parit?, mais toute formelle avec l’Am?rique, l’Angleterre, la Russie et la Chine. De plus, ajoutera-t-il, la Gaule fabrique des armes de guerre vendables, ce qui lui a permis de se « projeter » en Libye et au Mali. Mais il faudra cacher aux Fran?ais endormis le caract?re irr?el de ces apanages tonitruants: les Etats-Unis avaient bien vite pris le commandement effectif de l’exp?dition en Libye, qui avait ?t? fort illusoirement concert?e avec un Pentagone mal intentionn? et de mauvaise foi. En v?rit?, les clauses cens?es sauvegarder l’ind?pendance militaire de la France ont ?t? si peu respect?es qu’il faut demander ? nos dirigeants de relire Machiavel et de se m?fier des puissants. Quant au Mali, l’arm?e am?ricaine y a fourni l’essentiel de l’appui a?rien. Mais les vrais embarras diplomatiques de la France ont chang? de barreau sur l’?chelle des d?clins: cette nation se trouve d?sormais plac?e dans un porte-?-faux p?rilleux entre les ambitions territoriales plus immuables et intraitables que jamais d’Isra?l et l’?mergence prometteuse d’une opposition de plus en plus r?solue des nations ? la domination am?ricaine du globe terrestre.

3 – Le prix de la vassalisation

C’est avec une rapidit? foudroyante que la France a vu sa vassalisation aggrav?e par sa r?duction, de surcro?t, au rang d’une nation de retardataires et d’abord en Syrie, o? elle tente d?sesp?r?ment de pr?server de l’outrage les vis?es nationalistes du « grand Isra?l » – il s’agit d’aider Tel Aviv ? d?tourner le regard de la plan?te enti?re du seul spectacle v?ritable, ? savoir celui de la conqu?te par les armes de la Palestine et de J?rusalem. Pour cela, il est focal de diaboliser l’Iran et de mettre la Syrie hors jeu. Mais l’Allemagne se refuse subitement ? livrer des armes aux ennemis de Damas, la Chambre des Communes s’y oppose non moins ?nergiquement, l’Union europ?enne rappelle avec force que la Palestine est l?gitim?e ? r?clamer le r?tablissement des fronti?res de 1967, M. Rohani, successeur de M. Ahmadinejad, traite Isra?l de « pays mis?rable » et le Congr?s am?ricain lui-m?me semblait s’?tre r?veill? un instant, mais il est aussit?t retomb? entre les mains d’Isra?l et de l’American Isra?l public Affaires Committee, comme l’avait d?montr? avec un grand ?clat le spectacle du 24 mai 2011: ce jour-l?, cinquante sept acclamations debout du discours de M. Netanyahou devant le Congr?s avaient soulign? l’absence d’un M. Barack Obama piteusement r?duit ? la fuite pour deux jours.

Dans ce contexte, la t?che que France Inter a confi?e ? M. Fr?d?ric Encel sera de servir au mieux et tout au cours de l’?t? les int?r?ts de l’atlantisme radical isra?lien; et, pour cela, il lui faudra tenter de porter aux nues le retour de la France dans l’OTAN, mais au prix, h?las, et jour apr?s jour, d’un ?loge appuy? du processus de vassalisation de la nation: Paris sera cens? ? la fois se trouver encore au premier rang sur la sc?ne internationale et sa b?atification serait en bonne voie ? Washington.

Exercice d’?quilibre quelquefois p?rilleux: d’un c?t?, M. Fr?d?ric Encel se f?licitera bruyamment des difficult?s sociales et ?conomiques que rencontrent fatalement les Etats ?mergents sur le chemin de leur ascension, ce qui sera cens? couvrir de confusion les r?sistants ? l’h?g?monie du ma?tre, mais, de l’autre, il faut ?viter d’humilier et de d?sesp?rer avec un exc?s d’insistance la fiert? bafou?e des peuples susceptibles de se livrer ? quelques ultimes soubresauts. Mais les exemples d’une sortie de la l?thargie rappel?s plus haut t?moignent de ce que les vrais d?cideurs ne s’en laissent plus compter et que, non seulement, le pire n’est pas toujours s?r, mais que la domination des m?dias marginalise d’ores et d?j? les ap?tres de la vassalisation de l’Europe. On tient mieux la barre si l’on laisse l’adversaire jeter de la poudre aux yeux et soulever beaucoup de poussi?re pour rien.

Aussi la t?che de l’anthropologie critique sera-t-elle, d?s la fin du mois d’ao?t, d’expliciter la port?e g?ostrat?gique du tournant pris le 3 juillet 2013, qui aura conduit plusieurs Etats d’Am?rique du Sud ? rappeler leurs ambassadeurs accr?dit?s ? Paris et ? porter un coup r?parable seulement sur le long terme ? nos relations ?troites avec ce continent depuis pr?s de deux si?cles – la Bolivie s’est lib?r?e du joug espagnol en 1824, l’ann?e de la mort de Louis XVIII et elle a servi de mod?le au mouvement r?volutionnaire qui a renvers? Charles X en 1830.

4 – Les fun?railles de l’anthropologie id?aliste

Il faut admirer le g?nie diplomatique de M. Poutine et de son Ministre des affaires ?trang?res, M. Lavrov. Car si la Russie avait accord? franchement et sans poser des conditions ?videmment inacceptables par l’int?ress? l’asile politique ? M. Snowden, non seulement Moscou n’y aurait rien gagn?, politiquement parlant, mais toutes les nations d?f?rentes de la terre se seraient donn? le mot pour s’exclamer que la culpabilit? de M. Snowden se trouverait d?montr?e du fait que seul un rival de l’empire am?ricain sur la sc?ne internationale aurait os? assurer la protection de la brebis galeuse. Il valait mieux changer le transit du fugitif ? l’a?rodrome de Moscou en tribune internationale et prendre la plan?te enti?re ? t?moin des pressions stupides que Washington allait exercer sur tous les Etats pour rattraper un seul individu par ses basques. Certes, les foudres de la damnation du pestif?r? tomberaient sur un petit pays de l’Am?rique du Sud, mais celui-ci offrait peu de prises aux repr?sailles et la vengeance de Goliath sur un lanceur de fronde peu co?teux ? alimenter au besoin et r?veillerait le personnage le plus menac? d’oubli sur la terre, la conscience universelle.

Il suffisait donc de donner au malheureux l’assurance qu’il ne serait pas extrad? et qu’il serait permis, de surcro?t, ? l’un de ses repr?sentants d’aller tirer la sonnette de toutes les ambassades du globe terrestre pr?sentes dans la capitale des tsars. Mais alors, quel spectacle moli?resque que celui du Tartuffe d?mocratique, quelle d?monstration hallucinante et quasiment surnaturelle de la vassalisation de l’Europe: on verrait les saints d?fenseurs des droits de l’homme sur toute la mappemonde de la Libert? d?filer ? la barre de l’histoire et y invoquer ? la queue leu leu et la main sur le c?ur de saints pr?textes de se d?rober aux devoirs attach?s ? leur cat?ch?se.

5 – Le d?roulement de la pi?ce

La pi?ce s’est d?roul?e d’acte en acte comme il ?tait pr?vu: sur vingt-trois nations sollicit?es, la Norv?ge, le Danemark, la Finlande, la Tch?kie, la Pologne, la Suisse, la Hollande, l’Irlande, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, l’Inde, la Chine, le Br?sil, Cuba, l’Argentine, ont lev? les yeux au ciel et le long cort?ge des p?nitents qui faisaient les fier-?-bras quarante-huit heures plus t?t avec les hosties de la d?mocratie plein la bouche ont port? en terre la politologie id?aliste et la pseudo science historique de la civilisation post-chr?tienne pour lui substituer le regard de l’anthropologie moderne sur le cerveau bipolaire de l’animal rationale.

Le triomphe diplomatique de la Russie ne lui a pas seulement permis de d?noncer ? la face du monde la dictature de Washington sur tous les pays d?mocratiques de la plan?te, mais de sauver le malheureux fugitif – car jamais l’ancien Pr?sident Carter, prix Nobel de la paix, n’aurait pu d?noncer en termes virulents une politique am?ricaine ennemie des droits de l’homme s’il avait d? se pr?senter lui-m?me sous les traits d’un alli? de Moscou face ? Washington.

Mais on ne savait pas encore si le grotesque l’emporterait sur le burlesque ou le guignolesque sur l’abracadabrantesque au spectacle d’une Europe occup?e depuis trois quarts de si?cles par un demi millier de garnisons am?ricaines incrust?es sur son territoire et qui allait n?gocier « ? ?galit? », pensait-elle, un accord de « libre ?change » avec le tandem omnipr?sent de Washington et du National Security Agency. En v?rit?, il ?tait hallucinant que l’occupation militaire par?t moins attentatoire ? la souverainet? de l’Europe que la manie des services secrets d’?couter aux portes.

6 – La semi raison encag?e

Cet automne, je d?taillerai les fondements psychobiologiques de l’impr?paration philosophique et anthropologique de notre classe politique, qui n’a pas re?u rue saint Guillaume l’instruction prospective qui lui permettrait de prendre en connaissance de cause ses responsabilit?s sur la sc?ne internationale de demain.

Pour l’instant, l’?ducation nationale forme une ?lite dirigeante calqu?e sur le mod?le de connaissance superficielle du genre humaine que dispensait la Sorbonne au Moyen Age. On sait que cet enseignement produisait ? la cha?ne des s?raphins de la politique et de la th?ologie ?troitement emm?l?s. Une R?publique dont le rationalisme primaire a pris deux si?cles de retard sur la post?rit? scientifique de Freud et de Darwin forme des anges de la Libert?, de la Justice et de l’Egalit?, parce que les id?alit?s de la R?volution sont devenues les hosties verbifiques que le monde moderne consomme sur les autels d’une eucharistie de type d?mocratique. C’est dire que l’ivresse qui grisait la scolastique du Moyen Age a seulement fait changer de p?te ? la raison c?lestiforme des Janotus de Bragmardo de Rabelais. Il va falloir instruire la France de ce que l’histoire n’est pas intelligible ? l’?cole d’une anthropologie tellement pseudo scientifique qu’elle ignore les rouages des mythes sacr?s, les ressorts de l’inconscient simiohumains et les vrais enjeux l’?volution de la bo?te osseuse des ?vad?s de la zoologie.

La premi?re anthropologie universelle s’?tait donn? le fantastique religieux pour levier. Seul le recours au fabuleux mythique permettait ? l’?poque de s’illusionner au point de para?tre r?soudre les ?nigmes imp?n?trables auxquelles se heurte une esp?ce stup?faite d’exister sur un globe terrestre incompr?hensible et sous une vo?te ?toil?e plus myst?rieuse encore. Les premiers sorciers imp?rieux de la th?ologie ont forg? leurs songes sur l’enclume des dieux de leur temps. Mais quand les cosmologies d?lirantes des premiers grammairiens du silence et du vide se sont effondr?es, la raison a chang? de calibre et s’est m?tamorphos?e en une fourmi laborieuse et celle-ci s’est aussit?t mise avec ardeur ? l’?cole de ses trottinements. Du coup, le ratatinement du champ de vision a remplac? les d?mences th?ologiques par l’aveuglement propre aux fourmili?res; et l’on on vu une anthropologie rabougrie oublier que les questions sans r?ponse sont le pain quotidien du mille pattes. Du moins fallait-il tenter de donner ? la raison la profondeur qui manque ? une th?ologie ambitieuse d’occuper une vaste ?tendue et de jeter des mots dans le vide. Pour cela, il fallait se pencher sur la minuscule cervelle de la b?te et observer le microbe qui, depuis son escapade hors du r?gne animal, se collette vainement avec le n?ant.

7 – Les nouveaux Sorbonicoles

Pourquoi l’ anthropologie scolaire d’aujourd’hui tente-t-elle de rendre compte de la condition humaine dans sa globalit?, mais apr?s en avoir soigneusement retir? les principaux acteurs? Si les protagonistes de la pi?ce sont pri?s de ne pas monter hardiment sur les planches, quels r?les subalternes seront-ils autoris?s ? jouer et comment encha?neront-ils d’acte en acte un drame priv? d’avance de ses v?ritables personnages?

Pour tenter de comprendre la paralysie mentale qui frappe une discipline dispers?e entre divers tricots subsidiaires, demandons-nous en tout premier lieu sur quels comparses de l’histoire du monde le rideau en sera r?duit ? se lever et quelles sayn?tes permettront ? des acteurs de second rang d’?changer quelques tirades retentissantes. Mais des h?ros priv?s de chair, de sang, de glaive et de m?moire peuvent-ils se doter d’un visage reconnaissable? Le moyen le plus s?r de faire monter sur les planches un cort?ge de muets, d’aveugles et de sourds et de les faire jouer devant une salle vide sera de priver leur langage de tout contenu qui d?mentirait leur domesticit?.

On observera, pour ne prendre que cet exemple, les structures linguistiques banales et invert?br?es d’une valetaille ?rudite. Puis on chargera ce vain bavardage de nourrir les essences et les quintessences affam?es que charriera la sophistique d?mocratique et qui permettront ? la philosophie qualifi?e d’universitaire de remplir la hotte des sciences dites « humaines ». Ce fardeau vocal sera compos? du devenir, de la transcendance, du pour-soi sartrien, du potentiel, du virtuel, du structurel et d’autres ?l?vations sonores cens?es donner ? une anthropologie euphorisante, positivante et roborative un fardeau cognitif de type sorbonicole.

Comment une discipline d?sesp?r?ment vocale et nuageuse ne couronnerait-elle pas de l’aur?ole d’une pseudo science un cort?ge de spectres et de fant?mes verbaux? Les forges et les enclumes d’une anthropologie cl?ricalis?e par la d?mocratie verbifique sont connues: le creuset de l’agr?gation de philosophie ne permet pas de s?lectionner des scrutateurs sommitaux et des sp?l?ologues abyssaux. On n’apprend pas sur les bancs d’une ?cole ? se visser ? l’?il les verres grossissants de Platon et de Kant, mais seulement ? faire entendre ? des amphith??tres dociles les litanies d’un enseignement sacerdotalis?e et hi?rarchis? par un syst?me d’enseignement solipsiste que d?non?aient d?j?, entre autres, Descartes, Nietzsche ou Schopenhauer.

Voir:?Les cr?ateurs et les p?dagogues, -?Platon?-?Descartes?-?Kant?-?Nietzsche?-Schopenhauer?-?Kierkegaard?-?Heidegger?-?Jaspers

Mais pour tenter de donner ? une anthropologie scolaris?e un regard surplombant sur le tragique de la b?te et sur ses r?ves religieux les plus d?ments, il faut savoir que la t?che est tellement immense qu’elle r?duit n?cessairement les forces d’un seul homme ? celles d’un Pygm?e. Du moins est-il n?cessaire de ne pas emprunter en aveugle des chemins apeur?s et dont il est ais? de savoir qu’ils feront accoucher la montagne d’une souris.

8 – Le t?lescope

Ensuite, pourquoi raconter une histoire aveugle de la philosophie au lieu d’?couter les vrais t?moins du drame? Ce sera sous le soleil du sang, de l’?pouvante et de la mort qu’il faudra lire H?rodote, Thucydide, Quinte-Curce, Tacite et Tite-Live – mais, si possible, seulement dans leur langue. Certes, les historiens sont trop entrav?s par la n?cessit? de raconter ? tout le monde les ?v?nements au jour le jour pour qu’il leur soit permis de prendre la hauteur qu’exige un sujet vertigineux. Ceux qui s’y sont essay?s, tels Montesquieu, Hippolyte Taine, Tocqueville et m?me, ici ou l?, un Mommsen ou un Gibbon ne sauraiet apprendre ? regarder du dehors et de loin une esp?ce ahanante sur le chemin de son ?vasion manqu?e de la zoologie, et encore moins ? peser les termes m?mes de?raison?et de?signification. Mais Clio rassemble les mat?riaux d?cisifs, et les plus puissants narrateurs se collettent avec des g?ants de l’ombre qu’ils ne nous font voir que dans la langue de leur g?nie. Quand Tacite ?crit?fulgebant absentia, il faut traduire: « Leur absence lan?ait des ?clairs« , et non comme le rend gentiment Andr? Ch?nier par « ils brillaient par leur absence« , parce que les?fulgura?et les?tonitrua??taient les apanages de Jupiter. La vraie voix de Tacite fait vibrer le cosmos sous le ciel de N?ron.

Le second chemin prometteur d’une escalade vers les grands absents qui pilotent l’histoire en silence a ?t? largement ouvert par Sophocle, Shakespeare, Cervant?s, Swift, Balzac, Rabelais. Parmi ces Titans de la science politique, La Fontaine le bien nomm? va plus loin que Machiavel dans le d?codage des subterfuges des Etats, Moli?re plus loin que Lacan dans l’analyse du « moi id?al », Rabelais plus loin que Freud dans la d?construction litt?raire des mythes religieux.

Voir: -?Rabelais ?ducateur du philosophe,?Institut coll?gial europ?en, 1974.

-?Un aspect de la th?ologie de Rabelais, le chapitre 38 du Gargantua, Rabelais en son demi-mill?naire,?Actes du colloque international de Tours, 24-29 septembre 1984, Librairie Droz, 1988.

Une anthropologie scientifique qui n’a pas de regardants – Husserl les appelait les « grands commen?ants » – n’a pas de t?lescope du mont Palomar, une anthropologie qui se voudrait philosophique apprendra ? des microbes un regard sur l’humanit? ?clair?e par les gigantesques lucarnes ouvertes par Cervant?s, Swift ou Shakespeare.

9 – Une anthropologie de la vassalisation th?o-politique

J’ai d?j? rappel? que la Sorbonne du Moyen Age produisait ? la cha?ne des s?raphins de la th?ologie et de la politique ?troitement emm?l?s. Deux si?cles apr?s 1789, la R?publique s’est minusculis?e en une Sorbonne en charge de cat?chiser la d?mocratie mondiale. Les nouveaux sorbonagres de la Libert? demandent aux saintes id?alit?s d’une r?publique de sorbonicoles d’accoucher des s?raphins d’une mythologie de la Justice et de l’Egalit?. Les hosties ont seulement chang? leur p?te, mais elles montent dans le m?me four que les pr?c?dentes et l’ivresse plan?taire que v?hicule leur scolastique n’est pas moins c?lestiforme que la th?ologie de l’ang?lologie. Le verbifique sert de fondement ? la scolastique?; mais la scolastique d?mocratis?e enfante une griserie ?vang?lisante plus redoutable que celle de saint Thomas d’Aquin, parce que plus mondialis?e que celle de la sophistique. Toutes deux introduisent dans le vocabulaire pseudo savant d’une ?poque un formalisme artificiellement habill? en une logique universelle.

Le 24 ou le 31 ao?t, je tenterai de faire monter sur les planches deux acteurs de taille, le r?ve et le sang – et nous verrons quel tribut de la mort nous payons ? l’Am?rique.

Le 20 juillet 2013
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

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