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L’homosexualit?: distinguer les faits des croyances-2/2

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Les psys s?en m?lent

L?homoparentalit??: distinguer les faits des croyances ? 2/2

Alain Roussy et Fran?ois-Robert Rail

Ce texte est la deuxi?me et derni?re partie d?un article paru le 22 f?vrier dernier sur ce site.? Il devrait ?tre lu en prenant en consid?ration les id?es ?labor?es dans la premi?re partie.

2. Les recherches sur les familles homoparentales

Au Qu?bec, l?union civile entre personnes de m?me sexe est reconnue depuis 2002, ce qui inclut le droit ? l?adoption.? Au Canada, le mariage entre personnes de m?me sexe est l?gal depuis 2005.? Cela n?emp?che pas certaines personnes de continuer ? croire qu?il s?agit d?une situation inacceptable, voire d?une aberration, et d?y voir une menace pour les enfants de telles familles.

L?opposition aux familles homoparentales est plus farouche aux ?tats-Unis.? C?est d?ailleurs l? que sont effectu?es la plupart des recherches sur ce th?me, recherches surtout motiv?es par la situation l?gale des couples de m?me sexe dans de nombreux ?tats de ce pays et par une conception souvent n?gative de l?homosexualit? de la part des instances judiciaires.? Dans certains ?tats, le mariage gai et l?adoption par des couples gais ou lesbiens sont interdits et les mariages contract?s l?galement dans d?autres ?tats sont invalid?s par une loi.? De plus, dans les causes de divorce, il arrive que les personnes homosexuelles soient consid?r?es comme des parents inad?quats du simple fait qu?elles sont homosexuelles.? Les enfants sont alors automatiquement confi?s ? l?autre parent.? ? cause de ce contexte social, la plupart des recherches se sont concentr?es sur la comparaison entre les familles homoparentales et les familles h?t?roparentales (dites h?t?rosexuelles) afin de d?montrer que les craintes et les croyances associ?es aux premi?res n??taient pas fond?es.? Les r?sultats d?un bon nombre de ces recherches ont ?t? r?capitul?s dans quatre analyses (Allen et Burrel, 1996; Anderssen, Amlie et Ytteroy, 2002; Crowl, Ahn et Baker, 2008; Stacey et Biblarz, 2001).? Au total, quarante-quatre recherches diff?rentes y sont r?pertori?es dont certaines effectu?es en Europe.? La plupart ont port? sur des parents lesbiens, seulement quelques-unes ont vis? directement des parents gais.? C?est ? partir de ces ?tudes et de plusieurs autres que nous examinerons les craintes associ?es aux familles homoparentales.

La crainte que les enfants des couples de m?me sexe deviennent homosexuels

Cette crainte est bas?e sur la croyance que l?orientation sexuelle est une caract?ristique qui s?apprend des parents.? Les recherches sur cette question ont ?t? faites principalement aupr?s de couples lesbiens.? Seulement quelques-unes ont port? sur des couples gais.? Anderssen et al. (2002) recensent neuf ?tudes et aucune ne trouve de diff?rence significative entre les enfants de familles homoparentales et ceux de familles h?t?roparentales quant au taux d?homosexualit?.? Deux de ces ?tudes sont ? signaler cependant.? Tasker et Golombok (1997) ont suivi des enfants ?lev?s par des m?res lesbiennes jusqu?? l??ge adulte.? Ils ont trouv? qu?un nombre significativement plus ?lev? de ces enfants avait eu des relations sexuelles avec une personne de leur sexe ou avait pens? ? la possibilit? de telles relations compar?s ? des enfants ?lev?s dans une famille h?t?rosexuelle.? Par contre, la proportion des jeunes adultes qui d?finissaient leur orientation comme non h?t?rosexuelle ?tait la m?me dans les deux groupes.? Autrement dit, les enfants des couples lesbiens se montraient plus ouverts que ceux des couples h?t?rosexuels ? l?id?e d?une relation homosexuelle sans que cela n?affecte de mani?re d?finitive leur orientation sexuelle.? Comme s?ils avaient simplement essay?.? Bailey et al. (1995) ont trouv? que, chez les gar?ons de 17 ans ou plus d?un groupe de 55 p?res gais ou bisexuels, la fr?quence d?une orientation non h?t?rosexuelle ?tait mod?r?ment plus ?lev?e que celle estim?e dans la population, mais ils ont reconnu que leur m?thodologie avait tendance ? sur?valuer le taux d?homosexualit? dans leur ?chantillon alors que les ?tudes qui mesurent le taux d?homosexualit? dans la population ont tendance ? le sous-?valuer.? Ce taux varie beaucoup selon les ?tudes en fonction des crit?res utilis?s pour classer les personnes comme homosexuelles (Savin-Williams, 2009).? On ne peut donc rien en conclure de leur ?tude.

Au-del? des recherches, r?fl?chissons un peu ? cette crainte. Si l?orientation sexuelle s?apprenait surtout par les parents, il n?y aurait pour ainsi dire aucune personne non h?t?rosexuelle sur terre puisque, avant le dernier demi-si?cle au cours duquel l?homoparentalit? est devenue plus pr?sente, pratiquement tous les enfants n?s dans une famille l?ont ?t? dans une famille h?t?roparentale. Pourtant l?homosexualit? existe depuis des mill?naires chez l?humain.? Supposons tout de m?me que, malgr? cette ?vidence, un enfant apprenne ne serait-ce qu?en partie son orientation sexuelle en c?toyant ses parents.? Cet apprentissage devrait exister autant chez les parents h?t?rosexuels que chez les parents homosexuels.? Et comme les premiers sont largement plus nombreux, il ne devrait pas y avoir de risque que l?homosexualit? envahisse la plan?te.? De plus, l?homosexualit? n??tant pas une maladie ni un probl?me en soi (? moins de lui attribuer une valeur morale n?gative en fonction de certaines croyances), il n?y a pas de raison de craindre une proportion de personnes homosexuelles un peu plus ?lev?e dans la population.

La crainte que les parents de m?me sexe agressent sexuellement leurs enfants

Moins fr?quente que par le pass?, cette crainte a la vie dure chez certaines personnes et a souvent ?t? utilis?e pour d?moniser l?homosexualit?.?? Elle renvoie, surtout envers les hommes, ? l?amalgame erron? de l?homosexualit? et de la p?dophilie bas? sur une mauvaise interpr?tation des donn?es de recherche.? En effet, comme la proportion de gar?ons parmi les enfants victimes d?agression sexuelle se situe entre 20 et 30%, et que le pourcentage d?hommes homosexuels dans la population se situe entre 2 et 10%, on serait tent? de conclure qu?il y a plus d?agresseurs d?enfants chez les hommes homosexuels (Cantor, 2002).? Cependant, il faudrait pour cela pr?sumer que tous les hommes p?dophiles font le m?me nombre de victimes.? Cantor rappelle que les donn?es de recherche sugg?rent que les hommes p?dophiles attir?s par les gar?ons font un plus grand nombre de victimes que ceux attir?s par les filles.? Cela expliquerait, du moins en partie, la diff?rence entre les pourcentages mentionn?s plus haut.? Cantor pr?cise que les hommes p?dophiles sont d?abord attir?s par les enfants plut?t que par les adultes alors qu?un homme homosexuel est d?abord attir? par les hommes adultes (on dit de ce dernier qu?il est t?l?iophile).? Sur le plan de l?attirance sexuelle, un homme homosexuel t?l?iophile est aussi diff?rent d?un homme h?t?rosexuel t?l?iophile qu?il l?est d?un homme p?dophile.

Certains hommes p?dophiles peuvent agresser indiff?remment des gar?ons ou des filles.? Il est aussi possible qu?un homme m?ne une vie h?t?rosexuelle tout en commettant des agressions sexuelles sur des gar?ons.? Si on classe ces individus comme homosexuels, on augmente de mani?re disproportionn?e le pourcentage d?hommes homosexuels qui agressent sexuellement des gar?ons.? Dans une ?tude de Jenny et al. (1994) portant sur 269 enfants ayant subi des agressions sexuelles, les gar?ons repr?sentaient 18.6% des victimes.? Parmi les 50 gar?ons agress?s, 37 (soit 74%) l?ont ?t? par des hommes identifi?s comme h?t?rosexuels et un seul (soit 2%) par un homme identifi? comme homosexuel.? On peut ais?ment constater l?effet que peut avoir sur le taux d?agresseurs homosexuels un classement inad?quat des hommes menant une vie h?t?rosexuelle tout en ayant agress? un gar?on.? Cantor souligne aussi que les ?tudes sur les agresseurs d?enfants sont faites chez les hommes contre qui une plainte pour agression a ?t? d?pos?e et que leur orientation sexuelle est d?termin?e par eux-m?mes.? S?ils ont agress? un gar?on, ils sont pr?ts ? se d?clarer homosexuels ou bisexuels plut?t que d?admettre leur p?dophilie.? D?o? un taux ?lev? d?hommes pr?sum?s homosexuels dans ces ?tudes.

La crainte que les enfants de familles homoparentales vivent une confusion de genre

Deux variables correspondent ? cette crainte, l?identit? de genre et les comportements reli?s au genre.?? L?identit? de genre r?f?re au sentiment profond d??tre une femme ou un homme.? Anderssen et al. (2002) et Crowl et al.? (2008) ont r?pertori? au total sept ?tudes qui ont ?valu? l?identit? de genre chez les enfants de familles homoparentales.? Aucune d?entre elles n?a constat? de diff?rences sur divers aspects de bien-?tre et de fonctionnement compar? ? un groupe de familles h?t?rosexuelles.? De la m?me fa?on, les recherches faites aupr?s d?enfant de parents transgenres n?ont d?tect? aucun probl?me particulier d?identit? de genre (Goldberg, 2010).

Les comportements reli?s au genre correspondent ? l?ensemble des comportements qui sont associ?s au fait d??tre une femme ou un homme dans un environnement social donn?.? Stacey et Biblarz (2001) et Crowl et al. ont analys? onze ?tudes ayant consid?r? cette variable.? Des diff?rences minimes ont ?t? trouv?es seulement dans deux d?entre elles.? Des filles de m?res lesbiennes avaient plus de comportements non conformes ? la norme culturelle (ex.: jeux, habillement), plus d?int?r?t pour les activit?s impliquant ? la fois des qualit?s masculines et f?minines et plus d?int?r?t pour les m?tiers qui ne sont pas traditionnellement reli?s ? leur genre que des filles de m?res h?t?rosexuelles (Green et al., 1986; Steckel, 1987).? Les gar?ons de ces m?mes m?res lesbiennes avaient plus de comportements conformes ? leur genre que les filles, mais moins que les gar?ons de m?res h?t?rosexuelles.

Soulignons que la non-conformit? de genre n?est pas forc?ment un probl?me en soi et qu?on n?est pas en droit de juger ou de discriminer une personne parce qu?elle ne se comporte pas selon les st?r?otypes reli?s ? son genre apparent.? Il semble d?ailleurs que les personnes pr?sentant des int?r?ts et un grand nombre de traits autant masculins que f?minins (personnes dites androgynes sur le plan psychologique) soient mieux adapt?es psychologiquement (Lefkowitz et Zeldow, 2006) et aient une meilleure estime de soi (Alpert-Gillis et Connell, 1989) que les personnes essentiellement masculines ou f?minines.? D?un autre c?t?, la pression ressentie ? se conformer aux comportements typiques au genre serait un facteur associ? ? un moindre bien-?tre psychosocial et ? un moindre ajustement psychosocial chez les personnes pr?sentant des comportements non conformes ? leur genre (Egan et Perry, 2001; Yunger et al. 2004).? Ces derni?res recherches sugg?rent que les difficult?s associ?es ? la non-conformit? de genre sont peut-?tre davantage reli?es ? l?attitude sociale face ? la diff?rence.? Nous reviendrons ? cet aspect un peu plus loin.

La crainte que l?orientation sexuelle des parents nuise au d?veloppement de leurs enfants.

Bon nombre d??tudes ont examin? cet aspect des familles homoparentales. Nous en avons recens? 21 dans Stacey et Biblarz (2001), Anderssen et al. (2002) et Crowl et al. (2008) ainsi que quatre autres plus r?centes (Bos, 2010, aupr?s de p?res gais; Erich et al., 2009; Gartrell et Bos, 2010; Golombok et Badger, 2010).? Ces recherches ont ?valu? diverses variables chez les enfants (estime de soi, anxi?t?, d?pression, bien-?tre ?motionnel, fonctionnement ?motionnel, comportements sociaux, attachement au parent, intelligence, etc.).? La plupart n?ont constat? aucune diff?rence entre les enfants de familles homoparentales et ceux de familles h?t?roparentales.? Dans les quelques recherches ayant trouv? une diff?rence, elle ?tait en faveur des enfants de familles homoparentales (ex.?: niveau de popularit?, Hotvedt et Mandel, 1982; caract?re affectueux et pr?occupation pour les enfants plus jeunes, Steckel, 1987; comp?tence sociale et scolaire, Gartrell et Bos, 2010).? Cette diff?rence est g?n?ralement expliqu?e par une plus grande motivation et une plus grande implication des parents de familles homoparentales (? cause des obstacles sociaux ? surmonter pour fonder de telles familles) ainsi que par de meilleurs revenus en moyenne que les familles h?t?roparentales.? Il n?y a pas de raison de croire que les enfants de familles homoparentales fassent mieux que les enfants de familles h?t?roparentales du simple fait que leurs parents soient lesbiens, gais ou bisexuels.

La crainte que les enfants de familles homoparentales soient trop expos?s au rejet social

Il s?agit ici de la crainte qu?un enfant ayant des parents de m?me sexe soit agac?, harcel? ou intimid? ? cause de l?orientation sexuelle de ses parents.? Cette situation semble en effet exister ? un certain degr? chez une minorit? de ces enfants.? Anderssen et al. (2002) ont identifi? neuf ?tudes s?attardant ce ph?nom?ne.? Dans quelques-unes de ces ?tudes, des enfants ont mentionn? avoir ?t? agac?s ? propos de l?orientation sexuelle de leurs parents, mais tous motifs de harc?lement confondus, ils ne sont pas davantage harcel?s que leurs pairs des familles h?t?roparentales.? Plusieurs de ces recherches ont aussi observ? chez les enfants de familles homoparentales la crainte d??tre identifi?s par association ? l?orientation sexuelle de leurs parents.? Bozett (1987) a distingu? diverses strat?gies de contr?le qu?utilisent les enfants pour pr?venir cette ?ventualit??: contr?ler les contacts sociaux entre leurs parents et leurs amis (demander au conjoint de ne pas assister ? un anniversaire par exemple); taire l?orientation sexuelle des parents (elle n?est r?v?l?e qu?aux personnes s?res); et r?v?ler l?orientation sexuelle des parents avant que les amis ne les rencontrent (afin de les pr?parer en quelque sorte). ?Globalement, les ?tudes r?pertori?es par Anderssen et al. montrent toutefois que les enfants de familles homoparentales d?veloppent avec leurs pairs des relations sociales aussi bonnes et stables que les autres enfants.? Un constat similaire a ?t? fait par Wainright et Patterson (2008) dans une ?tude longitudinale aupr?s de 44 enfants de couples lesbiens et 44 de couples h?t?rosexuels.

M?me si les recherches montraient un degr? de stigmatisation plus ?lev? chez les enfants de familles homoparentales, il faudrait mettre en cause le niveau d?acceptation sociale de l?homoparentalit? plut?t que l?homoparentalit? elle-m?me.? Il nous est difficile d?imaginer qu?on puisse inciter un couple de m?me sexe ? ne pas avoir d?enfant sous pr?texte que ce dernier sera stigmatis? ? l??cole.? Tout comme il nous est difficile de concevoir qu?on puisse inciter un couple de Congolais h?t?rosexuel ? ne pas avoir d?enfant sous pr?texte qu?il subira du racisme ? l??cole.? La non-conformit? de genre que nous avons abord?e plus haut est un autre exemple, l?ob?sit? aussi.? Dans ces situations, c?est la perception sociale qu?il faut modifier plut?t que les caract?ristiques d?un individu.? L??l?ment en jeu est le degr? d?ouverture qui pr?vaut dans le milieu scolaire et c?est avec des programmes ax?s sur l?acceptation de la diff?rence que les r?actions n?gatives peuvent ?tre att?nu?es.

La crainte que le mariage gai ait un impact n?gatif sur les taux de mariage, de divorce et d?avortement

Moins courante au Qu?bec, cette crainte nous vient d?organismes comme le Family Research Council[i](organisme ?tats-unien) et de quelques chercheurs en sciences sociales (ex.?: Popenoe, 1996; Blankenhorn, 1995) pr?nant des valeurs tr?s traditionnelles.? Elle est bas?e sur les principaux st?r?otypes n?gatifs concernant l?homosexualit? et elle est pr?sent?e comme une sorte d?apocalypse sociale.? Ainsi, le mariage gai, banni dans 45 ?tats chez notre voisin en 2004, d?valoriserait l?institution du mariage ? cause de caract?ristiques attribu?es aux personnes homosexuelles (infid?lit?, promiscuit?, incapacit? ? s?engager) incompatibles avec les valeurs traditionnelles.? Par cons?quent, le taux de divorce augmenterait.? Il semble l? qu?il faille comprendre que cette d?valorisation du mariage am?nerait davantage de couples h?t?rosexuels ? divorcer.? Le mariage gai diminuerait aussi l?importance de la procr?ation, consid?r?e comme l??l?ment central dans l?union h?t?rosexuelle, augmentant par le fait m?me le nombre de grossesses non d?sir?es et d?avortements.? Ces pr?dictions ont ?t? ?valu?es par Langbein et Yost (2009) qui ont compar? les taux en question dans les ?tats o? le mariage gai ?tait interdit avec les taux dans les ?tats o? il ?tait l?galis?, jusqu?en 2004.? Les deux conditions ont ?t? associ?es ? une baisse du taux d?avortement et le taux de divorce n?a pas augment? dans les ?tats o? le mariage gai est permis.? Le taux de mariage n?a pas vari? dans les ?tats o? le mariage gai est interdit et il n?a pas diminu? dans les ?tats o? le mariage gai est permis.? D?autres facteurs interviennent de mani?re complexe dans ces r?sultats.? On peut cependant en conclure que, dans les limites de cette ?tude, les craintes d?un impact catastrophique du mariage gai sur la soci?t? ne se sont pas mat?rialis?es.

Conclusion

Les ?tudes en psychologie et plus g?n?ralement en sciences sociales ne sont jamais parfaites ? cause des nombreuses contraintes rencontr?es dans leur r?alisation et dans l?analyse qui en est faite.? De plus, en moyenne, si 20 ?tudes portent sur une m?me variable, une d?entre elles aboutira ? des r?sultats contraires ? ceux des 19 autres.? C?est reli? aux limitations statistiques.? On ne peut donc utiliser avec confiance les r?sultats oppos?s d?une telle ?tude sans tenir compte des r?sultats des 19 autres.? Il y a aussi des ?tudes si mal faites que leurs r?sultats ne sont tout simplement pas valables.? Nous rassurons le lecteur, de telles ?tudes n?ont pas ?t? utilis?es dans cet article.

Il est impossible de prouver de mani?re absolue qu?une chose n?existe pas.? C?est le cas lorsqu?on cherche ? prouver qu?il n?y a pas de diff?rence de d?veloppement entre les enfants de couples h?t?roparentaux et homoparentaux. M?me si 1000 ?tudes ne trouvaient pas de diff?rence, on pourrait toujours pr?tendre qu?il y en a une, mais qu?il n?est pas possible de la d?tecter avec les instruments actuels.? Mais il faut bien s?arr?ter quelque part.? ? qualit? ?gale, lorsqu?une importante majorit? d??tudes ne trouve pas de diff?rence, on peut raisonnablement supposer qu?il n?y en a pas ou que, s?il y en a une, soit elle est trop petite pour avoir un impact mesurable sur les sujets soit elle se produit dans des conditions tr?s particuli?res que la majorit? des sujets ne subissent pas.

Les familles homoparentales ne sont pas fondamentalement diff?rentes des familles h?t?roparentales.? Elles ne sont pas non plus exactement pareilles.? La recherche dans ce domaine s?est jusqu?? maintenant surtout attard?e ? la comparaison des deux types de familles, comme si la famille h?t?rosexuelle devait ?tre la norme ? laquelle il faut que les autres familles ressemblent.? Stacy et Biblarz (2001) ont reproch? aux chercheurs cette position qu?ils qualifient de d?fensive.? Tous genres confondus, il n?y a pas de famille parfaite.? Chaque type de famille peut faire face ? des difficult?s qui lui sont propres.? La recherche devrait plut?t s?int?resser aux particularit?s des diverses configurations familiales pour g?n?rer des connaissances susceptibles d?aider les familles ? am?liorer le bien-?tre de tous ses membres.? L??tude de Lavoie, Julien et Fortier (2006), faite ? Montr?al, en est un tr?s bon exemple.? Ils ont montr?, entre autres, que les enfants d?un parent gai ou lesbien qui cache ou n?accepte pas son identit? homosexuelle ont plus de r?actions n?gatives et vivent plus d?inconfort que les enfants d?un parent qui affirme une telle identit?.? ? l?adolescence, ces enfants d?un parent qui cache ou n?accepte pas son identit? sexuelle d?velopperaient davantage la peur de la r?action des autres, la crainte de devenir homosexuel et l?homophobie int?rioris?e.? La recherche pancanadienne de L?Archev?que, Julien et Ryan (2009) portant sur divers aspects de la paternit? gaie est un autre exemple de ce type de recherche.

Nous esp?rons avoir pr?sent? suffisamment de r?sultats de recherche et d?informations dans les deux parties de cet article pour faire reculer certains pr?jug?s et mettre en doute certaines croyances ? propos de l?homoparentalit?.

R?f?rences

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Pour un ouvrage g?n?ral:

Goldberg, A. E. (2010).? Lesbian and gay parents and their children : research on the family life cycle.? Washington?: American Psychological Association.


[i] Pour conna?tre en d?tails les positions traditionnelles de cet organisme, voir www.frc.org

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2 Commentaire

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    Je n’arrive pas à trouver la première partie de votre texte sur ce site. Pouver vous mettre l’adresse web précise que je poursais joindre simplement par « clic »?

  2. avatar

    J’ai d’abord pris connaissance de votre article sous sa version publiée dans Psychologie Québec. J’ai d’abord été déçu. Dans la version plus longue que vous proposez ici, je découvre plusieurs commentaires méthodologiques importants qui donnent beaucoup plus de crédibilité à votre démarche. Cependant, une déception résiduelle persiste que je vais tenter de vous communiquer.

    Jean-Jacques Aulas, un psychiatre spécialiste en pharmacologie, a publié de nombreux ouvrages sur les questions méthodologiques et sur les controverses médicales. Dans un de ses livres, Aulas (1993) mettait ses lecteurs en garde contre la naïveté. D’après lui, plus une question est controversée, plus les chercheurs doivent mettre de dispositifs méthodologiques en place pour se soustraire à l’effet Rosenthal*. Il va même plus loin. Pour lui, lorsque des intérêts financiers ou idéologiques importants sont en jeu, il n’est pas exagéré de mettre en place des dispositifs pour se prémunir contre une éventuelle fraude.

    L’histoire des sciences lui donne malheureusement raison. Juste en ce qui regarde l’homéopathie, il est stupéfiant de constater que les résultats publiés par des chercheurs homéopathes sont massivement positifs, alors que les résultats obtenus par des non homéopathes ou par des équipes mixtes et qui se prémunissent contre les principaux pièges méthodologiques (effet Rosenthal, effet placebo, biais de publication, fraudes, etc.…) obtiennent des résultats radicalement opposés.

    Pour moi, la recherche en homéopathie est le paradigme de toute affaire scientifique controversée. Dès qu’une question est sujette à controverse, j’interroge toujours les articles scientifiques pour vérifier si les chercheurs ont pris des précautions. C’est ce que j’ai fait en ce qui regarde mon survol des recherches sur l’homoparentalité et j’ai été déçu. Inutile de lire les résultats lorsque les chercheurs n’ont même pas pris de précautions.
    Vous avez raison de mettre en garde vos lecteurs contre les articles sur l’homoparentalité provenant d’auteurs qui naviguent dans le sillage des groupes intégristes religieux. Même si ces gens étaient de bonne foi, les convictions qui les animent sont si fortes qu’elles pourraient altérer sérieusement leur objectivité scientifique et conditionner même la mesure des résultats qu’ils obtiennent dans des recherches empiriques.
    Cependant, il ne faut pas être naïf. Les intégristes religieux ne sont pas les seuls à être sensibles à l’effet Rosenthal. Ceux qui croient dans l’homoparentalité, et particulièrement ceux qui navigues dans le sillage des groupes de militants gais, entretiennent eux-aussi des convictions puissantes et susceptibles d’altérer leurs lectures de données empiriques ou la synthèse qu’ils font d’articles scientifiques écrient par d’autres.
    Cette mise au point étant faite, je précise que c’est là que votre article me laisse sur ma faim. Vous ne parlez pas de ce problème important qui, à ma face, jette une ombre sur les recherches dans ce domaine. Il est d’autant plus surprenant que vous ne l’abordiez pas que c’est un reproche qui est fréquemment adressé à la recherche (sous d’autres termes, par contre) par les groupes d’extrémistes. Un argument raisonnable et auquel il aurait fallu répondre même si ceux qui le formulent ne sont pas eux-mêmes très raisonnables.

    (* Effet Rosenthal : L’effet Pygmalion identifié par Rosenthal : la force exercée par la croyance en la réalisation d’une prédiction va influer sur sa réalisation. Dit autrement, on trouve toujours ce qu’on veut trouver, ne serait-ce qu’en se focalisant sur les détails qui viennent confirmer ce qu’on recherche et en évacuant les indices qui l’infirment.)

    Aulas JJ (1993) Les médecines douces, des illusions qui guérissent. Édition Odile Jacob