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L’Europe est malade de l’Allemagne

 

Mon intention n’est certes pas de sombrer dans la caricature, ni dans l’outrance, mais l’Allemagne d’aujourd’hui est gérée un peu comme l’était la Roumanie de Ceausescu. Juste avant d’être renversé, celui-ci avait en effet réussi à réaliser un excédent de l’ordre de 9 milliards de dollars à la balance des paiements de son pays, à l’image de ce que Olaf Scholz, le nouveau Ministre des Finances allemand envisage pour le sien.

Réduction du niveau des investissements publics, coupe substantielle dans les dépenses militaires, gel des fonds pour l’aide au développement et rétrécissement de la contribution allemande au budget européen sont les pistes défendues par Olaf Scholz qui permettra au budget allemand d’afficher un excédent de 1% par rapport au P.I.B., et dont l’ambition est d’éradiquer toute dette publique allemande. La quête obsessionnelle de l’utopie ordo libérale allemande ne cessera donc jamais de nous surprendre car, de fait, du haut de sa quête de budget excédentaire, Scholz va encore plus loin en tente de faire encore mieux que son inflexible et borné prédécesseur Wolfgang Schäuble. N’oublions pas, à cet égard, que le parti du nouveau Ministre des Finances allemand – le SPD – fut un fervent partisan des sinistres mesures d’austérité du Chancelier Brüning au début des années 1930…

La solution aux infrastructures allemandes déficientes, les remèdes pour rétablir par exemple leur aviation militaire qui – de l’aveu même du Spiegel – est devenue dysfonctionnelle du fait d’un sous-investissement chronique, seraient de maintenir un déficit budgétaire à juste 2% du P.I.B., et de réduire l’excédent contre-nature de leur balance des paiements qui se monte à 8% depuis quelques années. Un si petit effort serait pourtant de nature à nettement améliorer la donne européenne, tandis que l’extrémisme de leur politique économique aura des effets pervers qui dépasseront largement le niveau des électeurs allemands ayant mis ce Gouvernement aux manettes.

Qu’à cela ne tienne car les allemands s’avèrent royalement indifférents à l’exacerbation des déséquilibres européens, comme ils se montrent insensibles au besoin vital de flexibilité budgétaire d’une nation à la dérive comme l’Italie désespérément en mal d’investissements publics. Ce nouveau budget allemand s’avère donc aussi anti-européen que ne l’étaient les déficits grecs massifs.

Questions.

En éliminant ainsi leur propre dette publique, les allemands tentent-ils indirectement de couper court à toute tentative qui viserait à mutualiser la dette au sein de l’Union ?

Autrefois – à la fin des années 1990 – homme malade de l’Europe, l’Allemagne aurait-elle contraint des pays comme l’Italie à intégrer l’euro afin de les inonder avec ses exportations, quitte à massacrer au passage leur économie ?

La quête du Graal allemand – qui se résume simplement à engranger les surplus comptables – est sur le point de rendre irrémédiablement malade l’ensemble de l’Union européenne. Je me demande comment Carl Jung analyserait aujourd’hui ce fétichisme allemand des excédents, lui qui estimait en 1938 que « Hitler est le miroir de l’inconscient de tous les Allemands » ?

 

Michel Santi

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