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L’été de la désinformation (11) : courtage, espionnage et antisémitisme (e)

Nous avons vu dans l’article précédent qu’une société française a participé, au même titre que Toshiba, à l’exportation de technologies sophistiquées que l’URSS était incapable de fabriquer.  Les français avaient été prévenus, par les américains, que cela devait cesser.  Ce qui n’a pas empêché quatre représentants de cette même entreprise de continuer à vouloir placer leur matériel chez les Russes, poussés par un simple désir de renflouer leur entreprise exsangue.  Arrêtés pour espionnage après un nouveau coup de semonce américain auprès des autorités françaises, ils passent pour des lampistes, à l’évidence.  Des lampistes qui en réalité avaient été dénoncés… par un collègue… aujourd’hui réfugié au Canada !  Et devinez lequel ?

Forest-Liné, pourtant dans le collimateur, avait effectivement continué à vendre aux Russes, malgré les alertes américaines. L’auteur de notre ouvrage de référence sur la question l’explique ici : « Bryen (adjoint du secrétaire à la Défense US) a fait des aller-retours entre Washington, Tokyo et Oslo au début de 1988 dans un effort pour convaincre les gouvernements alliés à rigidifier les lois et  leurs procédures de contrôle des exportations. Il a particulièrement été impressionné par le changement apparent d’approche du Japon. « Ils ont embauché plus d’une centaine d’agents de vérification et les ont formés » m’a-t-il dit à l’époque, « ils ont augmenté l’effort de la police. Ils ont maintenant vingt enquêtes simultanément en cours. » Mais quand il est rentré à Paris avec Allan Wendt le 13 Avril, il a appris à sa grande consternation que Forest-Liné en était à exporter comme avant avec l’Union soviétique. Cela faisait maintenant presqu’une année après qu’il avait transmis des informations détaillées aux Français sur les violations de Forest-Liné (aujourd’hui Fives) , et aucune mesure encore n’avait été prise contre la société. debat-okEn parlant avec le délégué du COCOM français (très certainement Yves-Thibault de Silguy,  « Ministre plénipotentiaire » au cabinet de Chirac à l’époque) , il a dit que ce serait un scandale si la presse française apprenait les détails de l’histoire avant les élections présidentielles françaises en mai. Jacques Chirac utilisait sa position en tant que premier ministre comme plate-forme de candidature pour contester la réélection de Mitterrand. Selon les règles de la cohabitation, la sécurité intérieure et le contre-espionnage étaient sous la responsabilité de son gouvernement, et non de Mitterrand. A défaut d’agir dans un cas où les forces nucléaires stratégiques françaises pourraient être à risque, la participation du général Chamouton (un général devenu dirigeant de Forest-Liné) dans le schéma a conduit beaucoup à craindre pour défavoriser les ambitions électorales de Chirac ». Les USA auraient-ils à l’époque fait pression directement sur Chirac pour que cela cesse ? On est fort tenté de le croire à suivre les événements qui vont se produire… quelque temps après.

André Giraud prévenu (ou menacé ?)

Des pressions sur André Giraud, tout d’abord : « Après avoir livré fait sa menace voilée, Bryen a dîné avec un vieil ami à Paris, qui avait  progressé au fil des ans pour devenir un haut conseiller du ministre de la Défense de Chirac, André Giraud. Quand ils ont atteint le dessert, il a dit à son ami que ce n’était pas Toshiba seulement qui avait aidé les Soviétiques à construire des sous-marins nucléaires moins bruyants. Grâce à leurs nouvelles hélices qui avaient été construites avec des machines de Forest-Liné, les sous-marins nucléaires soviétiques devenant maintenant si peu bruyants qu’ils avaient réussi à se faufiler dans la baie de Chesapeake sans détection. Dans les  rares récits qui mentionnaient Forest-Liné parus dans la presse française, la société avait été présentée comme un petit joueur dans le scandale Toshiba-Kongsberg. En fait, a dit Bryen, Forest-Liné était un fournisseur clé de l’armée soviétique et avait récemment signé d’importants nouveaux contrats.  L’ami français de Bryen a alors sauté au plafond. kourou« Vous voulez dire que nous n’avons rien fait pour arrêter cela ? ». »Pas une seule chose. » La « cible » Giraud n’a pas été prise au hasard par Bryen : c’est le dirigeant français qui avait fait le plus pour éviter toute dépendance américaine dans le domaine du nucléaire, notamment en allant chercher l’uranium au Niger et au Gabon.  Mais il est surtout devenu ministre de la Défense, du  au , dans le gouvernement de la de cohabitation  Jacques Chirac !!!  Giraud, un grand partisan des essais nucléaires (repris par Chirac de septembre 1995 à janvier 1996).

L’autre pendant de l’enjeu : l’emploi chez MLF !

201302061131En France, on le sait, on discute toujours de tout et de rien. A l’Assemblée aussi. Ce jour-là, pourtant on s’occupe d’une entreprise en grande difficulté : Forest-Liné !  C’est le député Jean Rigal (Député de l’Aveyron) qui ouvre le feu à l’Assemblée Nationale le 18 novembre 1987 en s’adressant au ministre compétent, à savoir le ministre de l’industrie (« des PTT et du Tourisme » !) qui est alors… Alain Madelin. L’homme n’y va pas par quatre chemins et évoque le fait que le gouvernement « envisagerait le dépôt de bilan de ce dernier industriel du secteur « Machines françaises lourdes » dont les filiales travaillent sur 3 sites industriels, Capdenac-Gare dans l’Aveyron, Albert dans la Somme  (ici aujourd’hui) et Berthiez-Saint-Etienne dans la Loire ». Il rappelle l’injection de 40 milliards par les socialistes en 1982 « sous forme de prêt émanant du F.D.E.S. » lors du fameux « Plan machines outils » d’il y a plus de 30 ans, (mis en oeuvre en 1982-1985) et demande pourquoi en ce cas « l’Etat, actionnaire a 35 % du groupe Machines françaises lourdes, n’accomplirait pas son devoir d’actionnaire, »  aujourd’hui terminant sur un  » vous avez préféré rechercher des repreneurs ». affiche A la fin de la semaine écoulée, un administrateur provisoire a été nommé par le tribunal de commerce de Paris. Une audience de cette juridiction a eu lieu ce matin même.  Machines Francaises Lourdes et Forest-Liné de Capdenac y étaient représentées par leurs administrateurs cependant démissionnaires.  Le jugement doit être rendu demain. En laissant ainsi s’effondrer, par pur entêtement idéologique, un secteur essentiel et porteur d’avenir, vous commcttez quatre erreurs, monsieur le ministre: une erreur industrielle puisque Machines Francaises Lourdes est le dernier industriel francais du secteur – désormais, I’industrie française devra faire appel aux étrangers sur ce secteur de pointe, une erreur stratégique – car Machines Francaises Lourdes travaille pour la défense et I’aéronautique (voir ici encore) ; une erreur politique, car nos principaux concurrents mettent tout en ceuvre pour soutenir leur Industrie de la machine-outil, notamment des plans d’aide même dans les pays réputés les plus favorables au libéralisme, alors que nous sommes les seuls à y renoncer ; une erreur sociale enfin, parce que Machines Françaises Lourdes emploie plus dun millier de salariés sur ces trois sites ». La réponse de Madelin est ce jour-là sans ambiguïté :  pour lui le « Plan machines outils » a été « un échec à 90% » (Louis Mexandeau crie alors « casseur », François Loncle « fossoyeur ») ».  Bien remonté , il ajoute même que « L’Etat n’a pas vocation a être un orphelinat pour des entreprises abandonnées par leurs clients, par leurs actionnaires et par leurs banquiers ».  A la fin des questions du jour, en ce 18 novembre 1987, Alain Madelin a donc purement et simplement enterré Forest-Liné !!! madelinRayant ainsi d’une saillie un lourd passif d’aides de l’Etat.. pour rien ; « dans le cadre du plan », rappelle ici la gouvernance européenne,« le gouverne­ment français avait investi 2,6 milliards de francs français environ (366 millions d’écus) sous la forme de prêts parti­cipatifs (61 %) et de subventions et d’avances remboursa­bles (39 %), finançant différentes actions, telles que des mesures de restructuration sociale et de formation (40 %), la recherche et le développement et des actions commer­ciales (32 %), ainsi que la modernisation de l’outil de production (28 %) »… A noter que Madelin ira faire en 2003 un discours hyper-pro américain, contre Chirac et Villepin à l’ultradroitiste « The Heritage Fondation… » leur leader en France, à l’époque, ami de Madelin, s’appelait Yves Roucaute, « ex-directeur des Cahiers de la Sécurité », un néo-con à la française, pour qui « le FN n’est pas un parti d’extrême droite », un ancien… communiste (?), devenu fan de l’extrême droitier US Irving Kristol  ! A noter que JP Karcz a aussi parlé de Madelin, quel curieux hasard (1)... il l’estimait « bourré, archi bourré de contradictions (…) C’est un Judas sans aucun honneur, un paumé de la politique, qui encombre les allées de la démocratie »; ajoutait-il… Bigre !

Passés sous le pavillon de Brisard

En janvier 1988,  en tout cas, le cauchemar financier de Forest-Liné prenait fin : « le tribunal de commerce de Paris a décidé d’accepter la seule offre d’achat présentée pour cette filiale. Le groupe français Brisard (chiffre d’affaires 700 millions de francs français ; effectifs 1 200 personnes) a proposé 8 millions de francs français pour les actifs liés aux activités de FL, à l’exclu­ sion du compte clients. En outre, Brisard a accepté de conserver 495 des 558 emplois existants. À cette fin, une nouvelle entreprise serait créée, du nom de Brisard machine-outil (BMO, partisan de l’usinage à très grande vitesse ou UTGV), à laquelle Brisard a formellement accepté d’apporter 65 millions de francs français. Le financement fixe privé de BMO serait complété par des prêts à moyen et à long terme d’un montant de 45 millions de fbrevet-capdenacrancs français fournis par d’autres investis­seurs ». Pour devenir propriétaire, Brisard à déboursé 60 millions de francs de l’époque pour récupérer les restes du Groupe MFL (Machines Françaises Lourdes), mais ses ventes en Russie vont aussitôt s’affaiblir, car le scandale US vient juste de débarquer ! En 1981, il avait racheté « à la demande des pouvoirs publics »... Sud-Marine, le spécialiste de la réparation navale et des plates-formes offshore à Marseille tombé en déconfiture.  On lui rendra la pareille pour sauver MFL : très proche de Jean-Louis Borloo, qui le conseille, il bénéficie en effet pour sa reprise d’un ultime coup de pouce de l’Etat : « enfin, en mars 1988 (sous Jacques Chirac, donc comme premier ministre, qui aurait craint que le scandale de Toshiba ne l’éclabousse !!!)  le gouvernement français a décidé de contribuer au redressement de l’entreprise sous la forme d’une avance remboursable de 25 millions de francs français, dont le remboursement serait échelonné sur une période de dix ans à partir du sixième exercice suivant celui de la cession des actifs, si le rapport marge » brute d’autofinancement/chiffre d’affaires était alors supé­rieur à 15 %. »  Le groupe BMO avait déposé à cette époque un brevet (signé Falchi, Greffioz et Ginsbach) pour automatiser la pose de couches de composites « destinées à l’industrie aérospatiale »et pour « Bréguet-Dassault », visible ici à droite, en citant en référence.. Goldsworthy.

Ce qui plait à la France ne plait pas à l’Europe

forest-line-turn2Une aide plus que bien venue, qui englobe un soutien salarial et social : « par ailleurs, les autorités françaises ont décidé de financer un plan social exceptionnel pour les 63 travailleurs non repris par BMO. Cette contribution exceptionnelle de l’État d’un montant de 4,972 millions de francs français a été fournie en dehors du cadre du FNE (Fonds national de l’emploi), régime général d’aide applicable en France en cas de licenciement. Avec ce budget supplémentaire, les travailleurs en question recevront des indemnités complémentaires de licenciement, des primes à l’em­bauche, des allocations de reconversion et, le cas échéant, des allocations exceptionnelles de préretraite ». La Commission Européenne n’appréciera pas du tout cette attitude forest-line-turnle 20 décembre 1989, elle déclarera que « les aides en question se sont révélées être illicites au regard du droit communautaire, parce que le gouvernement français n’a pas satisfait à ses obligations conformément à l’article 93 paragraphe 3″. Brisard est prié de rembourser, son aide étant transformée en crédit normal… à rembourser. Chirac, le 8 mai 1988, a déjà perdu les élections, Raymond Barre ne l’ayant pas vraiment aidé à droite. Son sort n’a donc pas tenu à celui des révélations des ventes illicites de Forest-Liné ! Tout cela  ne suffira pas à sauver René Brisard lui-même : après avoir été racheté en partie en 1993, il finira au tribunal le 18 avril 1996  pour « facturations non conformes, faux et usage de faux ». Forest-Liné tombe ensuite -en 2013-  dans l’escarcelle de Fives, qui produit toujours des fraiseuses géantes comme celle-ci icci à droite.

L’incroyable entrevue de Kenneth R. Timmerman

Avant cela, l’entretien de Giraud avait été suivi d’une autre incroyable entrevue entre l’auteur de l’ouvrage et un confident lié au pouvoir en place, qui va lui dire que bientôt tout serait réglé… « Bryen à l’époque avait été prudent de ne pas me révéler l’identité de son ami français. Mais j’avais travaillé au ministère français de la Défense il y a  de nombreuses années et j’avais une «bonne intuition », pour déterminer qui il devait être. J’ai appelé le secrétaire de l’homme (il avait atteint le rang de général depuis que je l’avais une première fois rencontré) et il a arrangé un rendez-vous une  semaine plus tard. « Donc, vous étiez celui qui a obtenu que la DST agisse » lui ai-je dit quand je l’ai rencontré. Il a juste souri et a tiré sur une de ses gauloises. « On dit de moi que je donne un coup de sifflet de temps à autre, » a-t-il dit. « Cette fois, vous savez, nous avons obtenu des résultats (3). » Quarante-huit heures après que le général ait dîné avec Bryen à Paris, la DST a sauté sur Lopoukhine, le général Chamouton, Tardy et Brognet. Ils avaient agi juste à temps. Les éléments clés de la  fabrication de couches de composite étaient déjà en caisse et étaient posés sur le quai de chargement extérieur de l’usine Forest-Liné, en route vers l’URSS. »  Lopoukhine, Chamouton, Tardy, Brognet et une machine à fabriquer des composites ? Cela demande une autre explication, qui va suivre, bien sûr…

Les ribouldingues des ventes à Moscou 

forton2Dans le journal de l’année édition 1989 (Larousse) à la date du mercredi 20 avril 1988, dans la rubrique « Espionnage industriel », on retrouve ce court entrefilet : « quatre dirigeants des sociétés Machines Françaises Lourdes et Forest Liné sont inculpés et écroués pour avoir exporté illégalement du matériel de haute technologie vers l’URSS ». Les quatre personnes étant un commercial, Gérard Borgnet, le directeur du marketing, Michel Lopoukhine, un russe blanc devenu lui aussi commercial, Louis Tardy,qui n’est autre que l’ancien dirigeant de l’entreprise sauvée par Brisard quatre mois auparavant, et le dernier, qui  n’est rien d’autre que le général de l’armée de l’air en retraite Jean-Paul Chamouton, passé au privé (commandeur de la légion d’honneur, il est mort en 2014). Ce qui a de quoi inquiéter la DST, comme l’explique de façon savoureuse notre auteur favori sur le sujet…

Le récit  (plutôt drôle) de  leur arrestation par Timmerman

« Michcl Lopoukhine, un Français de cinquante ans, d’origine russe, était le directeur du marketing derrière cette grande entreprise de machine outils . « Monsieur Lopoukhine? » dit l’un d’entre eux tranquillement.

« C’est moi,» a-t-il répondu, presque soulagé  que le moment tant redouté est enfin arrivé.

« Si vous souhaitez nous suivre tranquillement, vous n’aurez aucun problème. »

pieds-nickelesSans un mot, Michel Lopoukhine accompagne les quatre hommes à la salle d’attente de l’aéroport sans ramasser aucun bagage, pour la simple raison qu’il n’en avait pas emporté avec lui, sauf un attaché-case pour un voyage de trois jours. « La règle à Moscou », dit-il avec une grimace. « De toute façon, à n’importe qui auquel vous parlerez, du président jusqu’au portier, ce sera toujours quelqu’un du KGB. Aussi, a-t-on appris à venir ici avec rien sur nous, pas de papiers, pas de documents. Juste un carnet de notes pour les réunions ». Bien que sa famille ait quitté la Russie trois générations plus tôt, au moment de la  Révolution de 1917, quand on l’a rencontré, il parlait encore le français avec un accent russe bien distinct (nota : il était bien né en France). Quarante-huit heures après son arrestation à Roissy-Charles de Gaulle, Lopoukhine  avait disparu sans laisser de traces – une-tactique standard utilisée par la DST pour effectuer un compte rendu de débriefing potentiellement « juteux ». Mais Lopoukhine n’avait pas été impressionné. Entre les séances d’interrogatoire dans la petite salle au siège de la DST sur la rue Nelaton à Paris, il s’était tout simplement endormi sur sa chaise. Son comportement avait approfondi les soupçons sur lui. «Il doit être du KGB, » avait-il entendu de ses interrogateurs chuchotant entre eux. «Qui d’autre serait capable d’une telle discipline ? Cela nécessite une formation ! »

Raid sur Capdenac

vautour-hoa« Le matin, après son arrestation, la DST a lancé à l’aube une incursion dans le village endormi de province de Capdenac, pour prendre au filet trois des associés de Lopoukhine. A la maison de Jean-Paul Chamouton, président de Machines Francaises Lourdes, la société holding appartenant alors à Forest-Liné (la société existe toujours (2), rachetée en 2013 par Fives Cinetic), la DST a trouvé une note manuscrite décrivant clairement comment la société avait vendu des équipements de production stratégique pour l’Union soviétique, en violation de l’embargo sur îe high-tech du COCOM (Coordinating Committee for Multilateral Export Controls). La note de la société conseillait de prendre davantage de soins pour déguiser ces ventes dans l’avenir, étant donné que le gouvernement français commençait à porter un intérêt à leurs activités. L’arrestation du soixantenaire Chamouton a envoyé des ondes de choc à travers l’agence de sécurité française. Récemment retraité de l’armée de l’air française comme lieutenant général, Chamouton présentait un curriculum vitae plein d’étoiles. Pendant près de deux décennies, il avait été un personnage clé dans la planification française des armes nucléaires, au service du personnel du ministre de la défense et en tant que chef des essais nucléaires français dans le Pacifique (il dirigea effectivement la base 185, à Hao, en tant que Colonel). Chamouton avait commandé même une partie de la force de tests nucléaires dans le Pacifique »vautour-nettoyage (à droite le nettoyage à l’huile de coude d’un Vautour de la base 185 de Hao parti ramasser des particules radioactives pour analyses; l’avion sera au final balancé au fond des eaux !). Comme le rappelle juste après Timmerman, les personnes arrêtées avaient de quoi craindre pour leur avenir : « La gravité des accusations portées contre ces quatre hommes était sans précédent dans l’histoire récente française. Loin de la peine administrative théorique de trois ans infligée aux vulgaires techno-bandits capturés sur des violations douanières, ils étaient accusés d’espionnage pour le compte d’une puissance étrangère, ce qui pouvait les conduire en prison pour vingt ans. Ce n’était le pas le type d’accusation prononcé à la légère par les Français ». La pression américaine était forte en effet, puisque de l’autre côté de l’Atlantique, on évoquait déjà un parallèle. Là-bas, les ravages du transfert de technologie de Forest-Liné furent comparés à ceux de l’espionnage d’un John Walker, l’espion qui avait à la fois servi sur le Nautilus et sur l’USS Pueblo (et ses machines de cryptage) et un frère marin sur le Nimitz, ce qui en faisait un traitre de choix. Arrêté en mai 1985, condamné à la prison à vie, l’homme est mort en prison en septembre 2014.

Comment donc avaient-ils pu tomber cette fois ?

pultrusionSelon le même Timmerman, les quatre n’avaient pourtant rien d’espions. C’étaient de purs commerciaux, partis chercher l’argent là où il y en avait et en prime ajouterai-je, dans l’espoir de sauver leur entreprise bancale depuis des années, renflouée à plusieurs reprises par l’Etat, par lequel, indirectement, ils se sentaient protégés. Ce qui avait été retenu contre eux n’était pas cette fois l’affaire des fraiseuses à hélice, mais une autre technologie pleine d’avenir, elle aussi… « Les Soviétiques voulaient les utiliser pour la fabrication du meilleur avion combattant de première ligne de l’URSS, le MiG-29. Le second contrat concerne un nouveau type de machine de fraisage aéronautique capable d’usiner de grandes structures d’ailes ou des pièces-avions, des stabilisateurs, des pylônes pour armes faits en une seule pièce, une technologie clé pour la fabrication des formes complexes d’avions de combat avancé, quelque chose dont les Soviétiques ne disposaient pas. 103-a-1Un troisième contrat, qui a été arrêté juste à temps, aurait donné aux Soviétiques les techniques de fabrication du composite, « state-of-the-art » développées par l’US Air Force. Ces machines gigantesques (ici  au dessus à droite) ont été construites par une société américaine appelée Goldsworthy (nota : c’est le procédé de pultrusion) qui avait été acheté dans le milieu des années 1980 par Forest-Liné (Goldsworthy ici à gauche). La vente prévue de la machine à pultrusion à l’Union soviétique par Forest-Line avait été structurée comme un accord de transfert de technologie pour la rendre plus difficile à détecter. » C’était oublier un peu vite en effet que Goldsworthy faisait aussi partie du giron de Forest-Liné, et que les commerciaux avaient fait leur travail de… commerciaux, en proposant les procédés de leur propre entreprise (et non des fraiseuses japonaises réexportées, cette fois !). A noter que Goldsworthy, inventeur génial, avait aussi participé à la carrosserie de la Corvette de 1953... En  1988, on commençait juste à songer à utiliser la pultrusion pour fabriquer des ailes d’avion… on y songe aujourd’hui pour les UAV. Aujourd’hui, Forest-Liné Fives continue dans le domaine…

Une histoire « abracadabrantesque » ?

« Compte-tenu des connaissances et du parcours du général Chamouton à propos de la mise en place d’armes nucléaires françaises, la DST craignait également que sa participation au KGB pourrait aller au-delà de simples contrats commerciaux, initiant les accusations d’espionnage » poursuit Timmerman. « Mais Lopoukhine a dit de ces inquiétudes que ce n’était qu’une farce. « Moi, un agent du KGB? »  Il en pleurait de rire, derrière ses lunettes Ballersteros, lors de l’une de nos réunions dans un café de Paris. «Je suis celui qui a pris le risque de ramener des lettres de dissidents soviétiques et de les faire publier dans les journaux occidentaux !  Nous ne sommes que les acteurs d’une guerre commerciale qui se déroule à l’échelle mondiale, de l’URSS à l’Indonésie, où les entreprises françaises luttent contre des concurrents peu scrupuleux qui ne s’embarrassent pas au avec des chamouton-debredétails, appelant à l’aide leurs gouvernements quand ils  doivent conclure un accord « . Lopoukhine rejetait l’idée que les arrestations de Forest-Liné aient pu avoir quelque chose avec la sécurité nationale. «Je suis le garçon à fouetter dont la France a besoin pour prouver aux États-Unis qu’elle sévit contre les transferts de technologie», dit-il.  Lui et ses patrons à Forest-Liné  « appliquaient une politique existante de coopération avec l’URSS. » De plusieurs manières, Lopoukhine avait raison. Malgré les  cris et les vociférations dans la presse et l’aura de l’espionnage que les autorités françaises avaient tenté de créer autour de l’affaire, à peine trois mois plus tard, les quatre détenus avaient été tranquillement libérés. Dans les coulisses, les politiciens avaient manipulé les ficelles. » Car Chamouton n’était pas  n’importe qui non plus… Le colonel Chamouton (il n’était pas encore général à l’époque), dans le livre de Michel Debré « Trois Républiques pour une France -: Combattre toujours, 1969-1993, Volume 5 » est en effet décrit comme un « homme de confiance ». Pensez-donc : les clés du code d’entrée de la base ultra-secrète de Taverny, c’est lui qui les avait ! Et c’est lui seul qui les modifiait régulièrement, pour que Debré les apporte ensuite à Pompidou, Chaban-Delmas ou Messmer !!! Difficile d’imaginer que, même retraité, l’Etat français ait pu le lâcher, celui-là !!!

Des compensations demandées… mais pas obtenues

julliard_1Un fois condamné, Lophoukine attaquera sans succès l’Etat français en justice le le 3 mai 1995, au nom de « l’article 25 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales » pour non versement des réparations auxquelles il avait droit après une incarcération jugée au final sans fondement : « le requérant, né en 1943 à Paris, est un ressortissant français. Agent commercial, il réside à Noisy-le-Grand. Devant la Commission, il est représenté par Maître Henri Leclerc, avocat au barreau de Paris. Les faits, tels qu’ils ont été présentés par le requérant, peuvent se résumer comme suit. Le 20 avril 1988, le requérant fut inculpé d’intelligence avec les agents d’une puissance étrangère de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de la France ou à ses intérêts essentiels. Il fut placé le même jour sous mandat de dépôt criminel. Le requérant fut remis en liberté sous contrôle judiciaire le 29 juillet 1988. Le contrôle judiciaire fut levé le 13 février 1990 et un non-lieu fut rendu le 15 septembre 1992. Le 12 mars 1993, le requérant saisit la commission nationale d’indemnisation en matière de détention provisoire en vue d’obtenir réparation du préjudice subi en raison de sa détention provisoire. Le 4 novembre 1994, celle-ci a déclaré sa requête recevable mais non fondée ». En somme, on le reconnaissait, mais on ne voulait pas payer ! « Irrecevable » ? Ou plutôt pas de bruit de plus à faire avec cette sombre histoire ?

Ce n’avait pas été le seul cas

220px-bubble_memory_moduleL’intarissable Timmerman conclut qu’hélas ce ne fut pas le seul cas montrant l’impuissance du pouvoir, voulue ou non face à ces pratiques : « mais la répression sur Forest-Liné a été l’exception et non la règle. D’autres techno-bandits ont pas été poursuivis, Malgré la claire piste documentaire démontrant qu’ils étaient à l’origine de l’achat d’équipement stratégique au profit de l’Union soviétique. Tel était le cas d’Aimé Richardt, qui avait un réseau entier mise en place dans d’obscures sociétés en France, avec le soutien initial à partir d’une banque d’État, le Société Générale, pour acquérir du matériel américain, le construire et le revendre. Dans un cas remarquable qui est devenu une histoire d’espionnage pour le newswek français L’Express, Richardt a été pris à expédier une ligne de production de mémoire à bulles entière aux Soviétiques. A l’époque, ce type de puce d’ordinateur, qui n’avait pas d’utilisation civile, était très recherché par les Soviétiques pour le guidage des missiles balistiques et pour les systèmes de communications stratégiques reliant le Kremlin à leurs postes de commandement de guerre lutte contre nucléaires, car il était le seul type de microprocesseur qui pourrait survivre à l’impulsion électromagnétique massive d’une explosion nucléaire ». Il sera pris aussi en train de tenter d’expédier « un usineur Veeco microetch de dix pouces, un appareil de décapage ionique ». veeco_microetch Un « microetcher » (« micro-sableuse »), utilisé pour graver les circuits sur silicium, obtenu  directement à partir de Veeco Instruments Inc., basée à Plainview, L.I.. Richardt été passé par Christian Amalric, le président de Sogexport, qui avait alors  déclaré à L’Express que  » nous avions obtenu l’autorisation française de signaler cette machine, qui, à cette époque, n’a pas été inscrite sur la liste COCOM et a librement quitté les États-Unis.  » Richardt aussi a échappé à la surveillance, ou plus exactement on a reçu l’ordre de ne pas le surveiller, précise Timmerman, et pour cause : « alors que des morceaux de la commande de Richardt pour V / O Technopromimport étaient saisis à Los Angeles et au Luxembourg (voir « Les Accessoires Scientifiques SNC), Richardt n’a jamais été poursuivi avec succès en France, malgré la pression intense des Etats-Unis sur le gouvernement français. Richardt a demandé l’aide de personnalités politiques bien placées. Chose intéressante, ce  fut la droite française qui avait le mieux répondu. L’homme le plus favorable. Roland Nungesser, du RPR, membre du Parlement et confident de Chirac, a personnellement décoré Richardt pour une autre contribution à l’export français. Un  parlementaire RPR, Robert-André Vivien, a défendu la cause de Richardt dans un appel présenté devant la Cour suprême française en 1986 (le Conseil Constitutionnel ?) pour libérer les licences d’exportation bloquées par l’administration. Après que Chirac ait perdu l’élection de mai 1988 et un nouveau gouvernement socialiste soit arrivé au pouvoir, un assistant du ministre des Finances socialiste Pierre Bérégovoy a essayé de forcer la retraite anticipée du «pire ennemi de Richardt » au Quai d’Orsay, un ancien officier de la DSGE qui était devenu le représentant de la COCOM en France. Après des mois à venir sous le feu du ministère des Finances, le fonctionnaire a été contraint de quitter Paris pour une affectation à l’étranger. »  

Les conséquences de Farewell

fusee-n1L’affaire Farewell tombait à pic, pour montrer que les Russes n’étaient pas au niveau de l’Occident, et que pour y arriver ils trichaient effrontément en volant le savoir à l’extérieur davantage qu’en investissant dans la recherche véritable. Avec Farewell, c’est aussi tout le KGB qui s’effondrait, car il ne servait en effet qu’à piller les ressources technologiques des pays adverses. Farewell-Vetrov, dans ses documents, fournit surtout les noms de 250 agents de « ligne X » du KGB, ceux qui recueillent les renseignements scientifiques et techniques à travers le monde entier. « Pour lui, il est impératif d’apporter aux pays occidentaux la preuve que leur insouciance sécuritaire permet à l’URSS de piller leurs laboratoires en lui donnant ainsi de forger les armes qui doivent lui donner l’avantage » écrit le Colonel Patrick Ferrand. Quand Mitterrand hérite du pouvoir, Hubert Védrines le prévient déjà que l’URSS est au bord de l’effondrement économique, tant il n’y arrive plus. Technologiquement, le retard était compensé par des bricolages risqués. On le pressentait : en 1969, déjà, l’échec lunaire de la gigantesque fusée N1, qui n’aura jamais su gérer avec ses ordinateurs fort en retard la multitude de tuyères de son premier étage (ici à droite) avait été là pour le prouver. Leur conquête lunaire par l’homme devait se faire avec un rendez-vous spatial obligatoire, les cosmonautes sortant de leur capsule pour entrer dans une autre et un seul homme était prévu pour descendre à la surface de la Lune (C’était Leonov qui était prévu) ! ferrantC’était… stupide ! En 1980, dix ans plus tard, la quête forcenée à la machine à fraiser à 5 axes pour fabriquer des hélices performantes révèle le même retard industriel jamais comblé : les russes n’ont pas su inventer, et ne maîtrisent toujours pas la technologie de pointe. « A quel point cette affaire a-t-elle été importante ? Dans son essai publié sur le site de la CIA, Gus Weiss, qui était membre du Conseil de Sécurité Nationale en 1981 sous Ronald Reagan, offre le compte-rendu exhaustif de son importance pour les Etats-Unis. M. Weiss, qui se vit confier la responsabilité de la réponse américaine aux fuites de Farewell, a été agent secret pendant près d’un demi-siècle. Ce qu’il dit est à prendre avec des pincettes, mais il laisse entendre que Farewall a joué un rôle capital pour remporter la Guerre Froide. « En lisant ces documents, mes pires cauchemars sont devenus réalité », a-t-il dit. L’Union Soviétique, sous couvert de détente, avait soutiré à l’Ouest un tel nombre de secrets techniques, ouvertement et illégalement, que dans les années 70, « notre science soutenait leur défense nationale ». En même temps, le Dossier Farewell a révélé que l’URSS était beaucoup plus en retard par rapport à l’Ouest dans le domaine de la technologie informatique, que ce que la CIA croyait possible. Selon M. Weiss, les Etats-Unis se sont servis de cette information pour renverser le jeu « et mener la guerre économique à notre manière » explique  John Lichfield de « The Independent », dans l’article « Comment la Guerre Froide a été gagnée… par les Français »…

La raison indicible

s-l225Mais notre auteur, qui on le rappelle n’aime pas trop la France depuis le discours de Villepin à l’ONU (même en sachant ou non que Charles Hernu était aussi un agent de l’Est, cornaqué par Vladimir Ivanovitch Erofeev), n’en a pas encore terminé : « Il y avait une autre raison pour laquelle les autorités françaises ne sont jamais mobilisés sérieusement. contre Richardt ou d’autres comme lui qui vendaient de la technologie au bloc stratégique soviétique. Le propre frère de Mitterrand, Robert, faisait du commerce avec le bloc soviétique depuis 1970, en tant que président-directeur général de Danubex S.A., une société d’import-export opérant à partir de Paris ». (nota : il n’était que Président d’honneur en 1986 de la société Danubex). « La société était détenue et contrôlée par le gouvernement bulgare. Selon un ancien analyste du renseignement français qui a examiné les activités de l’entreprise au milieu des années 1980, « Les employés bulgares de Danubex étaient des agents de renseignement. » Ce n’était pas considéré comme un moyen pour améliorer l’avancement de carrière que d’aller regarder de plus près dans l’entreprise de la famille présidentielle. L’étude de Richardt était un peu comme des coups de pied dans la ruche d’abeilles, sans le savoir. Et il y avait beaucoup d’abeilles à l’intérieur. Il demeure toujours un doute persistant, que j’ai entendu de plusieurs fonctionnaires du gouvernement français impliqués dans les enquêtes sur le réseau Richardt, comme quoi ses activités étaient secrètement autorisées ». Robert, associé du sulfureux Patrice Pelat,qui a été directeur du secteur automatisme de C.I.T.-Alcatel, le président-directeur général de la société des machines Havas (Neopost)(dans sa bio on peut lire « qu’à partir de 1949, Robert Mitterrand s’engage dans une carrière industrielle en dirigeant différentes sociétés ou filiales dans les domaines miniers ou les machines-outil » ) et l’administrateur du Centre français du commerce extérieur, ça ne s’invente pas ! Son fils est davantage connu... (nota : on ne peut évoquer en peu de termes un autre cas, celui de la société Luchaire et de la vente d’armes à l’Iran via Karl-Eric Schmitz… elle aurait pu faire tomber Mitterrand.  Cela entrainera aussi la mort de René Audran en 1985, qui avait pris connaissance du trafic.  Il faut lire ce dossier pour s’en rendre compte et également ceci).

Epilogue judiciaire…

tite-echosEn France, on le sait, la Justice fait son travail… mais lentement. Il faudra attendre 4 ans encore pour que nos quatre loustics soient blanchis de l’accusation d’espionnage. « Conclusion discrète pour une affaire spectaculaire. Le juge Gilles Rivière, du tribunal de grande instance de Paris, a prononcé, le 15 septembre, une ordonnance de non-lieu à l’encontre de l’ensemble des industriels impliqués dans le scandale qui a touché, en 1988, le premier constructeur français de machines-outils, la société MFL et sa filiale Forest-Liné. L’affaire a défrayé la chronique. Sur la foi d’« indiscrétions » de la DST (Direction de la surveillance du territoire), des journaux de l’époque n’avaient pas hésité à faire de certains protagonistes de véritables petits espions à la solde du KGB. Il a fallu attendre quatre ans pour s’apercevoir que le dossier était bien mince et blanchir les quatre industriels ainsi qu’un expert du ministère des Affaires étrangères également mouillé par la DST ».ngersolll  Les Echos concluant « En fait, la seule faute de MFL a été d’avoir falsifié la déclaration d’exportation de la première unité dont un exemplaire avait déjà été vendu aux Soviétiques dix ans plus tôt ». L’article se terminant par une étrange conclusion : « les concurrents américains de MFL ont habilement su tirer parti des déboires du français en l’éjectant des principaux marchés à l’exportation. Depuis, l’américain Ingersoll a vendu à l’ex-URSS ses machines à composites (ici à droite) et Boeing est rentré dans le capital de certains des anciens clients russes de MFL« . Ah tiens, on y aurait pas pensé, à celle-là… comme hier cette firme russe venant au secours de la chaîne de production du 747 finissant.… Forest-Liné n’ayant pas depuis raté le coche, puisqu’on la trouve citée ici comme fournisseur de chez Sukkhoi pour la réalisation de son biréacteur civil.  par la Sukhoi Civil Aircraft Company (SCAC), une filiale créée en 2001 pour développer le SSJ, le « SuperJet 100 »). sukkhoi-100-hangar« Une étape du programme a déjà été franchie avec succès, le 26 septembre dernier (2007), avec le « roll-out » de l’appareil devant un parterre de personnalités, dont l’un des dauphins de Vladimir Poutine, Sergueï Ivanov, premier vice-Premier ministre de Russie. L’événement a eu lieu au fin fond de la Sibérie orientale, à Komsomolsk-sur-Amour, qui abrite l’usine de 13 000 personnes, d’où sort une bonne partie des avions de Sukhoi. ‘outil de production est lui aussi l’objet de toutes les attentions (…) Le groupe s’est équipé des meilleures machines-outils, comme des Tsudakoma japonaises ou des Forest-Liné françaises, pour usiner ou riveter les pièces des futurs appareils » (belle revanche !). « Nous voulons automatiser au maximum la production, et plusieurs nouvelles machines arriveront dans l’atelier en 2008 », explique Sergueï Shkryabun, le responsable de l’assemblage final à Komsomolsk ». (ici les constructions militaires de Sukkhoi, dont le résultat est ici…).

… et révélation finale

capitoleCertes, mais qui alors avait pu ainsi les dénoncer ? Car l’accusation d’espionnage avait bien une origine sérieuse… et étayée, on l’espère pour eux, par ce qu’on peut le lire ici dans cet obscur document. Il est signé Gerald B.H. Solomon, ardent supporter de Reagan, exposant le cas de Machines Françaises Lourdes à la House of Representatives (la Chambre des représentants au Capitole) le mardi 13 avril 1989… l’homme expose ici d’abord le cas d’Alcatel, qui elle aussi selon lui était « sur le point de vendre une technologie sensible aux russes« , ce qui lui permettait de revenir sur l’affaire Toshiba. Puis il s’étend sur la vente d’armes chimiques à la Libye par l’Allemagne (sujet toujours d’actualité !) et enfin sur le cas de « Machines Lourdes », en lançant un beau pavé dans la mare… en donnant en effet un élément clé de l’affaire : « dans une enquête encore en cours, Machines Francaises Lourdes (MFL) en France (anciennement Forest-Liné) a bien transféré des machines-outils très sophistiquées à l’URSS », dit-il. « Ces appareils sont compatibles avec les techniques de fabrication extrêmement sophistiquées pour la protection des avions modernes – en particulier des avions militaires. Quatre des directeurs de MFL ont déjà été appréhendés dans le cadre de cette enquête; les quatre ont été identifiés comme des agents soviétiques par l’ancien représentant à Moscou de l’entreprise, Jean Paul Karcz »... Oui, autrement dit notre fameux Algarath, vous avez bien lu, celui qui déteste tant les juifs, sur le net… qui a bien travaillé, donc, chez Machines Françaises Lourdes – Forest Liné (4). Cela, il l’avait avoué lui-même, dans sa violente diatribe envers Madelin : « je le connais personnellement. Je l’ai connu alors qu’il était ministre de l’industrie en 1986. Il a torpillé en quelques semaines MFL, pôle français de la machine-outil dont j’étais un des cadres dirigeants. Nous avions pu, avant son intervention, redresser les affaires de la machine-outil française de part le monde. Il a mis fin à l’aventure sans manifestement connaître le dossier, en menaçant gravement l’emploi des 500 salariés et il a, de ce fait, sonné le glas de cette industrie »…

On comprend beaucoup mieux aujourd’hui pourquoi le fameux « cadre dirigeant » de MFL était parti s’installer rapidement au Québec en 1989 (5)…On n’a pas su ce qu’ont pu en penser à l’époque ses collègues (le général Jean-Paul Chamouton, Louis Tardy, Michel Lopoukhine et Gérard Borgnet) qui ont subi trois mois d’incarcération, en risquant 30 ans de prison pour « intelligence avec l’ennemi » et n’ont été blanchis que quatre années après (le 15 septembre 1992 seulement). C’est le même qui, aujourd’hui, vient donner des leçons à tout le monde, soutient Poutine, et accuse les juifs et les francs-maçons de tous les maux de la Terre… on croît rêver, là !!!

PS : Solomon ajoutant à la fin de son intervention  : « Plus inquiétant encore est le fait qu’un cinquième homme, Michel Léger, a été accusé d’espionnage par les autorités françaises. En tant qu’employé de la Fédération des Industries Electriques et Electroniques (FIEE), Léger était un consultant clé du ministère des Affaires étrangères ».  « Qui plus est, Léger a participé directement en tant que représentant français aux réunions du COCOM ». Solomon concluant par.. un renforcement des mesures de protection du  COCOM.

(1) En voici l’introduction toute légère (?) :  « J’ai très longtemps hésité pour le titre de cet article entre plusieurs choix possibles, qui trahissent l’opinion que j’ai du personnage. J’ai pensé à  » Madelin au trou « ,  » Madelin un traître à la France et à l’Europe « ,  » Madelin la taupe « ,  » Madelin un dangereux inconscient « ,  » Madelin, ou la non-suite dans les idées « ,  » Les autruches ne votent pas pour Madelin « , ou encore  » Madelin qui êtes-vous au juste, et pour qui roulez vous ? « . Je crois que n’importe lequel de ces titres aurait convenu. J’ai finalement choisi la modération, avec ce titre, car Alain Madelin est finalement une énigme pour beaucoup d’entre nous, comme il doit d’ailleurs l’être pour lui-même ». 

(2)  « Le groupe français Fives l’a racheté en 2013 à la branche aéronautique du groupe allemand… à capitaux américains Mag-Cincinnati.

(3) serait-ce le général Faivre ?  L’homme était devenu chef du deuxième bureau à Baden, au IIe corps d’armée, chargé de la recherche du renseignement sur l’Allemagne de l’Est et la Tchécoslovaquie. Il a été promu Général de Brigade (2ème Section) le 19 mars 1983… ce qui correspond assez au récit de Timermann. « J’ai été chargé du renseignement sur les forces soviétiques, satellites et ALN. A Baden, j’orientais les moyens de recherche humaine (MMFL Berlin et AFA Prague) et radio-électriques (STRA, CERT, 44°RT), en liaison avec les 2ème Bureaux alliés. Cette connaissance du communisme, et le contrôle de la Mission soviétique de Baden, m’ont conduit en 1989 à participer à la fondation de l’Institut de la désinformation » écrit-il dans sa propre biographie. L’institut avait été fondé par Vladimir Volkoff, écrivain d’origine russe (blanc), et Daniel Trinquet, journaliste à Radio France, plutôt porté lui aussi à droite.  Faivre l’étant lui-même… (et ça se lit) : il aurait eu sans problème des accointances avec le fort droitier Timmerman.

(4) sur son blog, il explique ce qu’il a vu là-bas : « En 1991, l’URSS était finie, aux mains d’un poivrot, Éltsine. Moi je venais de quitter la Russie où j’avais passé une partie de ma vie, et sans élaborer sur ce que j’y faisais j’étais parfaitement au fait de sa situation militaire qui était catastrophique. Sans dévoiler rien du tout, j’ai visité entre 1983 et 1987 toutes les usines aéronautiques en Russie et les usines de construction de sous marin comme LMZ à Leningrad » (nota : c’est Leningradsky Metallichesky Zavod, qui construit  des turbines, notamment pour le nucléaire ou pour les frégates de type Novik. Qui donc d’autre qu’un envoyé de Forest Liné-MFL aurait pu se targuer de voyager ainsi en URSS ? ). « J’y ai constaté de visu l’état délabré des forces russes, et Éltisne venait têter les patrons de l’Otan. Je peux vous affirmer que la Russie de 1991 n’a strictement rien à voir avec la Russie de Poutine aujourd’hui. Même le gourou de la diplomatie américaine, George Friedman de Stratfor a reconnu que les US ont fait là l’erreur de leur vie. La soft power suffisait pour réduire la Russie de l’époque et aucune force armée Russe, celle ci étant en capilotade complète, ne se serait opposée ». Il y écrit aussi, et pour cause : « La Russie regrette d’avoir été trop dépendante de l’occident pour ses fournitures stratégiques, technologiques et financières et investit des moyens considérables pour s’affranchir. La Russie, on l’a vu, se rapproche des autres pays du Brics et des Mint, et cimente un front anti-Américains. À très court terme, cette césure est dévastatrice pour les intérêts de l’Europe ».

(5) autre raison de sa haine : Gerald B Solomon figure bien dans la liste des députés de New York de la liste de la « United States House of Representatives Members of The Congressionnal Coalition for Soviet Jews »…

 

Un dossier instructif:

http://philippejamet.pagesperso-orange.fr/prod/theme2/machine.htm

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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