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L’été de la désinformation (11) : courtage, espionnage et antisémitisme (c)

On quitte quelque temps le Canada (voir l’épisode précédent) pour nous rendre en Russie. Ou plus exactement en URSS, où pendant des décennies, ses sous-marins ont joué au chat et la souris avec leurs adversaires américains. La Guerre Froide a connu un épisode spatial, on le sait, mais son pendant océanique n’est pas à négliger non plus. J’ai abordé ailleurs un des côtés de cette guerre, mixant les deux domaines, puisqu’il s’agissait alors d’aller dénicher au fond de l’océan ce qui y avait sombré. Mais aujourd’hui je vais vous évoquer plutôt ce fameux monde du silence, qui porte bien son nom, puisqu’on a dépensé des fortunes, de part et d’autre, pour rendre les sous-marins moins sonores; à en finir par des rencontres très spéciales sous la mer, voire des catastrophes, à trop vouloir aller renifler l’adversaire de trop près. Récit d’un sport très dangereux…

Un dangereux sport partagé

swordfishÇa s’est passé en 1963 tout d’abord. Cette année-là, un an après l’affaire des missiles de Cuba, les américains ont joué à un jeu très dangereux avec les soviétiques. Un de leurs sous-marins, le Swordfish (SSN-579 « Espadon » en français), commissionné le 15 septembre 1958. n’avait rien trouvé de mieux que d’aller laisser traîner ses antennes au milieu d’un exercice naval russe, au large de la péninsule du Kamtchatka. Les soviétiques, vexés, avaient alors répondu par des charges de profondeur, jetées pendant deux jours d’affilée, qui avaient bien secoué les occupants du sous-marin américain, qu’ils n’avaient donc pas entendu venir. « Chaque fois que le Swordfish est venu pour un coup d’oeil à travers son périscope, il a relevé ses antennes d’interception, et des spécialistes du renseignement à bord ont enregistré les conversations radio entre les navires soviétiques (…) « . « En conséquence, les membres d’équipage du Swordfish ont expliqué:  » nous sommes arrivés à savoir exactement quelle étaient les capacités des Soviets, pour tenter de piéger pour les empêcher détruire la nouvelle vague de sous-marins nucléaires américains rapides. Pour la Marine, Ce fut une découverte extrêmement importante. swordfishLa crise des missiles de Cuba était passée depuis un an passé. Les chantiers navals américains tournaient avec un sous-marin ou un missile nucléaire d’attaque tous les mois, et beaucoup d’Américains craignaient que leur pays n’aille à la guerre avec l’Union soviétique un jour où l’autre. Après son retour à Pearl Harbor, le skipper du Swordfish a reçu la médaille de la Légion et le reste de ses marins a reçu des médailles à mention élogieuse ». Renifler l’adversaire  de près a aussi un autre but : pourvoir négocier en face de lui en connaissance de cause (il ne peut cacher ce qu’il a) : « les gens à la tête de la Navy et des responsables du renseignement disent que la campagne d’espionnage du sous-marin a-été d’une valeur inestimable pour dissuader la guerre nucléaire et pour fournir aux négociateurs de contrôle des armements américains une image beaucoup plus claire du nucléaire soviétique ». 

Tamponnages divers

Observer l’adversaire, ou s’en approcher au plus près, ça conduit nécessairement à des accidents ; le même Swordfish risquera de peu en effet en 1961, dans le Pacifique, de sa faire soulever et tamponner par le dessous – alors qu’il était sous l’eau en immersion télescopique- par un sous-marin russe non identifié qui avait tenté de faire surface sans l’avoir vu. Le sous-marin US avait été sérieusement secoué. A peine le temps de faire surface et de voir quelques feux disparaître au loin, puis plus rien. Puis il y a eu l’affaire du SkipJack, commissionné le 15 avril 1959 (et le tout premier à arborer la nouvelle ligne venue du prototype Albacore (AGSS-569, ici à gauche)): albacore« un ancien officier de renseignement de la marine se souvient clairement d’un incident dans lequel un sous-marin US s’est emplafonné un destroyer soviétique dans la mer de Barents. On ne l’a pas su, à l’époque et on pense que le sous-marin était le Skipjack (SSN-585).. « ce qu’on est sûr, cependant, c’est que le navire américain est revenu à la maison avec « une marque d’hélice sur la voile. » Cela peut être l’un des incidents que Seymour M. Hersh mentionne dans le New York Times en mai 1975, avec une mission décrite comme étant une « Holystone » (au cours de la guerre froide, ce type d’espionnage était connu sous le nom de code opération Holy Stone – Pierre Sacrée- ) qui a été endommagé quand il refait surface sous un navire soviétique au milieu d’un exercice de la flotte navale soviétique. Hersh a également signalé que malgré les dommages subis à la voile (au kiosque) il a quand même réussi à fuir, poursuivi par les navires soviétiques partis à sa recherche ».

La manœuvre d’Ivan le fou

Car il n’y avait pas : la seule technique valable pour s’approcher au plus près de l’adversaire sous-marin était bien celle de se glisser dans le « baffle » qu’il créait. Le baffle, c’est le cône hydrodynamique que crée le sous-marin en avançant et dans lequel il ne peut lui-même rien détecter avec ses sonars, le cône étant perturbé par les bruits émis pas les pales de son (ou de ses) hélice(s) et les phénomènes de cavitation que cela crée.  Un sous-marin suivant un autre sous-marin qui se faufile dans son baffle, à courte distance donc, peut ne pas être détecté. « Périodiquement, un sous-marin réalisera une manœuvre destinée à « nettoyer les baffles », au cours de laquelle il tournera à droite ou à gauche de manière suffisante pour pouvoir écouter avec son sonar la zone qui auparavant était masquée par les baffles. Les procédures requéraient qu’un sous-marin nettoie les baffles à intervalles irréguliers et dans des directions différentes afin qu’un sous-marin lancé à sa poursuite ne puisse prédire quand et comment la prochaine manœuvre de nettoyage des baffles serait réalisée. Quand un sous-marin nettoie ses baffles, le poursuiveur doit prendre des mesures afin d’éviter la détection, ou pire, une collision avec le sous-marin situé devant lui. Dans certains cas, le commandant du sous-marin pouvait décider de nettoyer les baffles en exécutant une ou plusieurs séries de changements rapides de direction, tout en se plaçant dans une position favorable pour attaquer son poursuivant. De telles manœuvres étaient couramment utilisées par les sous-marins de la Marine soviétique pendant la guerre froide, davantage que dans les Marines occidentales, et la manœuvre était surnommée « Ivan le fou ».

Accrochages au fond de l’eau

k22-goodEn « pratique » ce suivi de trop près à la culotte de l’adversaire ça donne parfois ça : le 20 juin 1970, un sous marin nucléaire soviétique,  type Echo II, le K-108 (« Black Lila »), suit d’abord un sous-marin américain, l’USS Tautog (SSN 639), de la classe Surgeon, puis le jeu change de sens, le Surgeon cherchant ensuite à la trace son adversaire russe à 45 mètres de profondeur seulement en mer d’Okhotsk, près de Petropavlovsk-Kamchatsky. Le jeu du chat et de la souris finit mal : le Tautog, poursuivant dans son baffle le sous-marin russe, quand une brusque orientation du sous-marin  devant lui (manœuvre type « ivan le fou ») provoque le heurt des deux submersibles. L’américain arrache au passage une partie du kiosque du russe et ce dernier découpe le sien avec ses hélices en repassant dessus. ! nautilusLes américains retrouveront plantés dans leur voile des morceaux de l’hélice du sous-marin adverse. Le kiosque (réparé) du Tautog a été érigé depuis en monument… Le K-108 restera lui 8 mois en réparation avant de reprendre la mer. Ici, l’USS Tautog en sortie d’eau d’évacuation rapide. Parfois même, ce sont deux engins du même pays qui se tamponnent, comme ici à droite le célèbre Nautilus (USS 571) qui est entré en collision en novembre 1966 avec le porte-avions vétéran de la seconde guerre mondiale et des missiles de Cuba, l’USS Essex, lors de manœuvres conjointes. En photo en tête de chapitre, c’est le kiosque arraché montant le radar interne du sous marin du type Echo II K-22 entré en collision le 28 aout 1976  avec la frégate USS Voge (FF 1047) en mer Ionienne (Grèce). A trop s’approcher de près…

Des catastrophes évitées de peu

uss_peterson_dd-969_with_victor_class_sub Ces poursuites et ses prises en chasse sous-marine étaient courantes, mais le 27 mai 1968 l’une d’entre elles s’était terminée tragiquement. Les découvertes de Ballard, qui finançait son film sur la recherche du Titanic en travaillant pour l’US Navy, ont laissé entrevoir une solution au drame différente de celles qui avaient prévalues sur l’origine du drame du Scorpion. On avait tenté d’incriminer le sous-marin soviétique qu’il pistait au départ (il avait été lui-même pris en chasse par un submersible russe de la classe Echo I), qui lui aurait envoyé une torpille, puis une autre évoquant au contraire le tir d’une torpille américaine devenue folle et se retournant contre son envoyeur, pour finir par incriminer les batteries du Scorpion, qui auraient été les seules, très certainement à l’origine de sa perte : des coupes sombre dans les budgets deviktor-plie la Marine avaient limité leurs inspections de contrôle de sécurité. D’autres « rencontres » ont eut lieu : ainsi un sous-marin russe de type Victor (K-324 (Victor III) ) qui entre en collision avec l’USS Drum, en 1981, dans la Baie Pierre le Grand, non loin de Vladivostok. Le 23 mai de la même année, le russe K-211 (projet 667BDR ou Delta II) alors en plongée par 50 m de fond, juste au sortir de sa base, entre en contact avec un « sous-marin non identifié ». Le revêtement externe anéchoïque de sa coque est arraché. Le K-324 aura une autre mésaventure :  le 31 octobre 1983, à 282 miles à l’ouest des Bermudes, la corvette USS McCloy croise le câble traîné de sonar du sous-marin de endommageant au passage son hélice.  Il est obligé de se réfugier au chantier naval de Cienfuegos, à Cuba, pour y être réparé à partir du 5 novembre. On retrouvera des morceaux du sonar dans les bouts de câble sectionnés par la corvette (en photo son navire de soutien CCB-506 et le destroyer USS Peterson pour le surveiller !). Un auttamponre sous-marin russe  de type Viktor entre même en collision avec le porte-avions l’USS Kitty Hawk en 1984, en mer de Corée.  On soupçonne le K-314, « contacté » à plusieurs reprises dans le secteur par les avions de reconnaissance US et c’était aussi lui qui était remonté à la surface après le heurt, quelques kilomètres plus loin. Sa voile (autre non du kiosque) avait été touchée et son stabilisateur droit plié, l’arbre d’hélice cassé. Le croiseur Petropavlovsk avait du venir le prendre en remorque. D’autres encore comme Le Delta III K-506 Zelenograd qui rentre à sa base après « la collision avec un iceberg » en 1984 (ici à gauche). La trace à tout d’un « tampon » de navire voire de sous-marin ! Le 30 octobre 1986 c’est au tour du K-279 (Projet 667B Delta) d’aller embrasser de près l’US SSN-710 en plongée. De ces heurts, on garde une image d’un sous-marin non identifié de type Viktor rentrant à sa base périscope et schnorkel pliés (image ci-dessus).

Un drôle d’iceberg

iceberg-choc-k-279Des heurts qui sont l’objet de manipulations. Ainsi le cas du K-279, justement, d’abord indiqué par les russes comme ayant subi  en 1983 de graves dommages en raison « d’une rencontre avec un iceberg survenue à 179 mètres de profondeur ». Le choc l’ayant « projeté à près de 1000 mètres de fond« , selon eux. Mais en 1986, le 20 octobre, c’est d’un autre « tampon » dont il s’agit : celui subit par  l‘USS Augusta (SSN-710), dans l’Atlantique. Les russes le nieront, affirmant que c’était avec le K-457 (un autre Delta-1, modèle 667B). La seule photo montrée du K-279 est celle de dégâts très importants à l’avant du submersible, qui selon les russes serait resté encore deux mois en plongée, malgré ces dégâts dus à un iceberg, avant de revenir à sa base… L’Augusta ayant lui aussi subi des dégâts : « l’USS Augusta retourne en patrouille et entre en collision avec un objet non identifié, le sous-marin est contraint de rentrer à Groton pour effectuer des réparations sur son dôme sonar, des réparations évaluées alors à 3 millions de dollars. De manière assez ironique, l’USS Augusta testait au moment de la collision un nouveau système sonar, hautement informatisé, censé faciliter la détection d’autre bâtiments« . Et boum !

Les chauffards des profondeurs

deltaiLe tamponnage ce jour-là avait été une suite ahurissante de manœuvres dangereuses. Ils n’étaient pas deux, sur place, ce jour là, mais trois sous-marins à se pourchasser : un américain et deux russes  : « L’objet avec lequel l’Augusta est rentré en collision est officiellement inconnu. S’il ne s’agit pas du K-219, il est probable que l’Augusta ait été en train de suivre un sous-marin soviétique de la classe DeltaI au moment de l’impact, et, que l’Augusta ait été lui-même suivi par un sous-marin soviétique de la classe Victor. Un brusque changement de cap ordonné par le commandant du sous-marin de la classe Delta serait à l’origine de la collision avec l’Augusta. Des photographies d’un sous-marin de la classe Delta ( il fait 139 mètres de long !) avec une importante bosse dans sa proue (à tribord) semblent en attester. La Marine soviétique identifie ce sous-marin comme étant le K-279. Dans les versions russes de l’ouvrage, le sous-marin soviétique est identifié en tant que K-457« . 

Du caoutchouc, d’abord, comme premier responsable

 

alberich

tuiles-manquantesTous ses heurts sont la résultante, indirectement, des progrès réalisés dans la furtivité sous-marine des engins cités.  Si le revêtement anéchoïque en plaques de caoutchouc synthétique était apparu sous les allemands pendant la seconde guerre mondiale (sous le nom de système Alberich, testé sur le U-480, c’était de l’Oppanol), ce sont bien les russes qui l’ont remis au goût du jour dans les années 70. tuile3
Le procédé a été décrit en détail un peu plus tard. Ses principes physiques (renvoyer l’onde adverse ou l’absorber, par exemple) sont en effet bien documentés par la recherche dans un domaine appelé « auxiliary mass damping« . « Un document présenté à la conférence de 1988 à Londres par Ed Parker UDT, et le Plessy Naval Systems Ltd., de Templecombe, au Royaume-Uni, a expliqué comment de tels tuiles (ici, régulières, sur le Triumph anglais, bien visibles) peuvent être réglées pour abaisser les niveaux de bruit sur une large gamme de fréquences, dont les basses fréquences, là où les sonars passifs à longue portée travaillent.tuile1
La technique décrite dans le document correspond étroitement avec le système décrit par des sources de renseignement russes, y compris l’approche à deux tuiles différents. En remplaçant le renvoi et l’amortissement visqueux avec un caoutchouc composé de polyuréthane présentant ces deux caractéristiques, Parker crée ce qu’il appelle une tuile d’amortissement à masse auxiliaire
( ici dans les 3 clichés du reportage de Direct 8 on distingue bien les alvéoles). En faisant varier les propriétés du matériau de caoutchouc et du polyuréthane, les caractérístiques de l’amortissement acoustique peuvent être adaptées à des fréquences spécifiques. tuile2Pour obtenir des propriétés de rigidité requises dans la couche de caoutchouc élastique, les zones exemptes de force sont produites en introduisant des poches d’air. Cela se fait soit par soufflage de la couche pour produire une mousse, ou en moulant la couche avec des inclusions. L’expérience de la fabrication a montré que la fraction d’air peut être contrôlée suffisamment pour produire la tuile à la fréquence de résonance nécessaire » a-t-il dit. « Deux techniques différentes sont utilisées.morceaux La dispersion des petits vides (à savoir des bulles) dans l’équipement fonctionne dans la gamme de fréquences de 1 kHz à 500 kHz. Pour des fréquences inférieures à 1 kHz, une technique utilisant des vides ou des morceaux plus grands, rigides, dans le revêtement de polymère est utilisé. « Par exemple, une structure en nid d’abeille rempli d’un élastomère peut fournir une grande atténuation dans la gamme de ces fréquences. »  En photo, à gauche, en provenance d’ici, des morceaux de sous-marins anciens, de type  Viktor et Navaja, décommissionnés à Severodvinsk : on distingue bien au premier plan les dalles de revêtement en caoutchouc plus épais de l’époque.

Le caoutchouc n’a pourtant pas suffi
Les russes l’avaient adopté avec les séries de Viktor ou même sierra-collage-imparfaitavec le modèle « spécial » Sierra entièrement en titane, qui semblait avoir de sérieux problèmes d’adhésivité des tuiles sur sa coque, à en croire le cliché ici à droite. Mais si les « tuiles » les rendaient plus silencieux que les vieux modèles d’avant (November, Echo, Hotel, Golf, Whiskey, etc) leur conception générale, avec beaucoup d’évents le long de la coque et leur propulseurs les rendaient encore bruyants, ce dont profiteront les américains jusqu’aux années 80. Le lanceur d’engins isssu des Projet 667A « Navaga » et Project 667AU « Nalim », aptrous-coquepelé « Yankee » par l’Otan n’échappe pas à cette règle. Même si le Sierra a inauguré un nouveau type d‘hélice à 6 pales, celle-ci reste bruyante en effet.

Le doublon d’hélices des Yankee, en particulier, hérité de la propulsion des U-Boot allemands (type XXI), produisait un bruit de cavitation trop important, comme ses trop nombreuses « ouies » le long de sa coque (ci dessus à gauche). helices-goodAux Etats-Unis, le « traitement spécial » de la coque, à savoir le collage de tuiles est apparu avec l’USS Batfish (SSN-681), de la classe Sturgeon, livré en 1971 et mis en service l’année suivante. D’une rare efficacité, ce revêtement : en 1978, dans une mission aujourd’hui déclassifiée, il avait suivi un sous-marin russe lanceur de missile de type Yankee -mis en service par l’Union soviétique à partir de 1968-  pendant 55 jours au total et 44 ininterrompus, sans que celui-ci ne s’en aperçoive, lors de l’opération Evening Star.  Il l’avait détecté partant de la péninsule de Kola en tractant une antenne sonar de 350 mètres de long.  Après l’avoir perdu en Norvège puis retrouvé aux îles Féroé, aidé par un repérage aérien effectué par des Lockheed Orion.  C’est dire que déjà à cette époque, la classe Sturgeon utilisait autre chose pour ne pas produire de bruit….

La solution était ailleurs … mais les russes ne l’avaient pas !

doomsday-sub
Quand le monstrueux TK-13 Typhoon, « projet 941 » (26.000 tonnes en plongée !) sort de son chantier de Severodvinsk en 1979 ; il est entièrement recouvert de tuiles épaisses sur ses 170 mètres de long, lui aussi, pouvant faire de 100 à 200 mm d’épaisseur, et composées de deux éléments distincts : de la céramique et du caoutchouc. On s’apercevra de l’épaisseur de ce revêtement lors du démantèlement des 3 premiers des 6 exemplaires construits (ici ci-dessus. En 2008 les  “Arkhangelsk”,“Severstal” et le TK-208 “Dmitry Donskoy”modernisé étaient encore en service). Ils sont restés actifs jusqu’en 2014 et depuis seul le TK-208 l’est encore. (Nota : le 7eme, le TK-210, n’a jamais été terminé, faute de crédits).

typhoonA leur sortie, ils avaient été présentés comme la réponse aux nouveaux sous-marins US de type Ohio. les plus longs jamais construits aux USA (170 m !). Mais le Typhoon, comme ses prédécesseurs, n’est pas si discret que ça, même avec ses deux hélices, pourtant carénées (ici à droite). Celles-ci, grossièrement dessinées et usinées, contribuaient à ruiner le silence qu’apportait le revêtement épais de sa coque (malgré des hélices à 7 pales).

Car depuis 1975, les sous-marins américains ont développé un autre moyen de se rendre silencieux, en plus des tuiles absorbantes :  leur classe Los Angeles, lancée en 1976, est en effet plus silencieuse que n’importe quel sous-marin russe.

dock-los-angelesEt leur secret; c’est tout bonnement… leur hélice, restée longtemps invisible sur les chantiers, car on la masquait à chaque fois) ! Jusqu’en 1993, où le Naval Institute Press, lié à la Navy américaine, a laissé fuiter une image d’un sous-marin de classe Los Angeles en train de se refaire une beauté dans un dock écossais, à  Holy Loch (où était amarré à disposition un navire d’assistance pour sous-marins US, l’USS Proteus (AS-19). La photo est ci-contre à gauche.  Un site Microsoft (Virtual Earth) laissera aussi bêtement fuiter une image satellitaire d’un sous-marin de classe Ohio au fond d’un dock US.  Un de ceux de la base de Kitsap-Bangor (1). L’hélice du modèle Los Angeles (ici à gauche), si l’on regarde bien, présente 7 pales et non 5, mais c’est bien plus que cela qui importe : leur forme est bien plus élaborée, ressemblant à des sabres (ici en photo l’hélice unique d’un Skipjack, et celle ici d’un modèle Alfa, russe, réputé très rapide).. C’est en effet la façon dont on l’a usinée qui nous intéresse, pour le chapitre suivant de notre  explication… à propos de notre fameux courtier, auquel nous allons revenir après ce rappel historique…

 

 

tampon-bisNota : le fameux K-276 type Sierra (« Barracuda », à l’avant peint d’une gueule de.. requin) a aussi emplafonné un sous-marin US, l’USS Baton Rouge (SSN-689) le  11 février 1992, au au large de Severomorsk. « Ivan le fou » avait encore frappé semble-t-il, lors d’une énième manœuvre d’évasion sous l’eau. Le sous-marin US poursuivait le russe, qui a fini par tourner et le tamponner en passant… dessous. Les dégâts sur le kiosque du russe sont visibles ici à droite. Impressionnant !

 

 

 

(1) sur Google Maps on a fait davantage attention.. voici trois photos à trois dates différentes montrant le même dock, où l’on a pris bien soin de dissimuler la forme de l’hélice…

bangor

 

Dossier Thales sur les tuiles anéchoïques:

http://events.femto-st.fr/sites/femto-st.fr.GdR-META/files/content/Documents/Reunion_Lancement/2016%2001%2022%20GdR_META_ASM_Rev1_diffusion.pdf

voir ici « comment fabriquer un sous-marin russe » :

http://ingrid.zcubes.com/zcommunity/v.aspx?mid=369446&title=how-build-a-russian-submarine

Sur le U-480 :

 

 

sur le Typhoon :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-147002

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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