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L’état dévasté

Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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Un constat fait consensus : la privatisation du monde anéantit la capacité normative des États. Les gouvernements et plus encore les parlements sont mis sous tutelle. Les élections sont le plus souvent vidées de leur sens. Les institutions publiques perdent leur pouvoir régulateur. Les frontières n’ont de signification que pour les pauvres de la planète : l’économie de marché est transnationale.


 

L’État s’est désarmé face au chômage ; il ne maîtrise plus les politiques de croissance ; il perd ses ressources fiscales et ne peut plus assurer la survie des systèmes de protection sociale. Ces pertes le délégitiment aux yeux du plus grand nombre : « elles ne sont compensées par aucun équivalent fonctionnel », souligne Habermas.

 

L’État n’est plus en mesure de maintenir une « communauté de volontés impures », selon la formule de Kant : les instincts et les perversions individuels, destructeurs de la société, ne sont plus contrecarrés par l’éthique de l’intérêt général et d’une quelconque solidarité sociale.

 

Aux yeux des citoyens, la valeur de l’État s’approche de zéro[1]. Ils ont peur de l’insécurité sociale et des violences ponctuelles, telles que les attentats terroristes ; ils ne sont plus libres. Seuls les marchés financiers « surfent » sur un système socio-politique frappé d’anémie et en voie de démantèlement.

 

 

  1. Ce processus de démolition de l’État entraînant une décomposition au moins partielle de la société civile (ce qui contredit ceux qui y placent toutes leurs espérances) est le fruit de la logique du capitalisme financier : il est de nature complexe, relativement lent, car il est le fait de tous, à des degrés divers, bien que les acteurs principaux soient les grands groupes financiers.

 

Nombre de citoyens acceptent de redevenir sujets, en espérant par leur docilité un servage sécurisé. Le discours et la pratique des syndicats réformistes les y encouragent. A défaut d’émancipation et des participation aux décisions, la démission et la passivité sont des « refuges » !

 

La dévastation de l’État occidental suit ainsi un cours apparemment « naturel », avec un minimum de heurts et de réactions sociales et politiques. Cet État a néanmoins besoin d’ennemi pour exister encore ; il s’affirme avant tout « sécuritaire » et le politique se restreint de plus en plus à une surenchère dans le domaine de la surveillance, du renseignement et de la répression policière. Le terrorisme islamiste, issu d’une confessionnalisation du vieil affrontement des pauvres contre ceux qui le sont moins et qui expriment le délire du religieux lorsqu’il s’empare du politique, permet, un temps encore, à cet État déclinant de trouver une justification, appelant à une « union sacrée » droite-gauche, stratégie « classique » des temps de « guerre » !

 

Ce sont les oligarques qui mènent le jeu : ils sont « apolitiques », s’affirmant les simples transcripteurs des « lois » qui gouvernent le devenir économique et social de l’Humanité. Leur obscurantisme prétend à la rationalité et toute idéologie (autre que la leur) est récusée. Ils ne sont ni du Nord, ni du Sud, et ne se rattachent à aucune école de pensée : la puissance et l’argent sont leurs seules raisons d’être.

 

Leur « éthique » est la domination par tous les moyens : leurs enfants en font l’apprentissage dans quelques grandes écoles discriminantes comme dans leurs partouzes à Ibiza ou à St Barth, avant de prendre en main à leur tour les rênes des grands pouvoirs privés dont ils hériteront.

 

Par contre, il subsiste dans le monde des États réticents vis-à-vis de la mondialisation. Leur mode de production, leur régime politique, leur niveau de développement sont différents, mais ils ont en commun le défaut majeur de constituer des espaces de « manques à gagner » pour les prédateurs que sont les grandes firmes privées et les Puissances qui les assistent, en premier lieu les États-Unis.

 

Ces Obstacles, qualifiés souvent « d’Etats-voyous », constituant « l’axe du Mal » dans le monde, sont durement sanctionnés : les grands médias les discréditent, les embargos les paralysent, les ingérences de toutes sortes les déstabilisent, dont certaines consistent à assister les opposants ou à acheter des gouvernants.

 

Si ces méthodes ne suffisent pas, le recours à la force armée est utilisé : l’armée chilienne « stimulée » par les États-Unis a ainsi liquidé en 1973 le pouvoir socialiste de S. Allende ; les armées occidentales et l’OTAN ont détruit les États arabes « non fiables » (l’Irak, la Libye, la Syrie, etc.) avec la complaisance d’Israël[2] et de la Turquie.

 

Cette destruction des États « non fiables » n’est pas suivie d’une politique de reconstruction : le chaos est,, soit par volonté délibérée soit par indifférence, maintenu. Sans État organisé, les fractures internes de la population s’intensifient, se confessionnalisent et les pouvoirs privés occidentaux « récupèrent » : par exemple, le pétrole libyen est vendu par certaines milices à bas prix (environ 10 dollars le baril) aux grandes compagnies privées, notamment italiennes et américaines, privant l’économie nationale de recettes vitales[3].

 

Les promesses occidentales de « démocratie » et de développement rapide ne sont pas tenues : le chaos à la libyenne ou à l’irakienne est lui-même très rentable, tout comme le servilisme instrumentalisé style Tchad, Gabon ou Côte d’Ivoire « ouattarisée »[4] !

 

La société internationale est ainsi aujourd’hui composé de Grandes Puissances dont les principaux pouvoirs privés économiques déterminent l’essentiel des politiques étatiques, d’États satellisés, d’espaces (de plus en plus nombreux au Moyen Orient et en Afrique) où règne le chaos. Quelques États cependant surnagent en se refusant à la mondialisation sauvage qu’imposent quelques oligarques, leurs firmes et leurs auxiliaires publics.

 

 

  1. L’État ayant la volonté de sauvegarder sa souveraineté (ce qui est parfaitement conforme aux dispositions fondamentales de la Charte des Nations Unies, que nul n’ose réviser) n’a que deux options face à la volonté dévastatrice des pouvoirs privés et publics occidentaux. A l’exception de la Chine dont l’hyperpuissance la rend libre et invulnérable.

 

 

La première possibilité est la capitulation. C’est la voie, à court terme, la moins perturbatrice du désordre international établi : « l’alignement » (ouverture du marché, privatisations, paiement de la dette, quelle qu’en soit la nature, pluralisme de façade,…) sur le modèle occidental est devenu, depuis la disparition de l’URSS, la position la plus communément adoptée, particulièrement par les États du Sud.

 

Cette subordination n’est pas nécessairement impopulaire. Les bourgeoisies locales se sentent protégées dans leurs privilèges. La caste politique de même échappe à ses responsabilités devant les citoyens, pour ne les assumer que devant les maîtres du monde (firmes transnationales et Grandes Puissances). La pénibilité pour les gouvernants est limitée ; la soumission, malgré l’humiliation, peut rapporter quelques prébendes. Elle assure la stabilité et n’est pas incompatible avec une façade souverainiste, mettant en cause « l’étranger » lorsqu’on s’adresse au peuple ! Une partie de la jeunesse, y compris la plus démunie, rêve de la consommation « à l’occidentale », elle est séduite par l’american way of life mise en scène en permanence par les grands réseaux médiatiques. Certaines couches populaires croient au miracle économique et social pour peu que le pays s’intègre au marché mondial, dans le sillage des Grandes Puissances, c’est-à-dire avant tout des États-Unis. Enfin, la corruption largement « démondialisée » offre des solutions de sortie individuelle à la misère de masse.

 

La seconde option est la Résistance. Elle est le fait de quelques pays dont les modes de production, le système et la culture politique, le niveau de développement peuvent être très différents.

 

Cette Résistance peut s’appuyer sur le nationalisme, une forme de socialisme, telle ou telle religion, etc. afin de créer la cohésion sociale nécessaire pour affronter les Grandes Puissances. Mais la gestion de cet affrontement est très complexe. Elle exige des gouvernants à la fois la mise en œuvre d’une stratégie radicale (donnant naissance dans l’ordre interne à une opposition sans concession) et d’une tactique très souple dans l’ordre international pour contourner les obstacles que les grands intérêts privés leur opposent[5]. La promesse d’une émancipation sociale pour le plus grand nombre, qui est souvent faite, se heurte à des réalités difficilement surmontables tant les rapports de forces sont inégaux ! Elle se paie d’un prix très lourd, particulièrement pour les petits États. L’État russe lui-même est en permanence accusé et sanctionné, comme il l’était à l’époque soviétique[6] !

 

La surveillance de masse des communications et la surveillance « ciblée » organisée par les services américains rendent « transparents » tous ceux qui sont définis comme étant les adversaires des Occidentaux. L’argent versé en soutien aux oppositions permet le développement d’actions de déstabilisation : des ONG, sous couvert de « défense des droits de l’Homme », qui reçoivent des fonds occidentaux, sont en fait des partis d’opposition recevant des fonds de l’étranger[7]. Ce que ces oppositions font dans l’ordre interne est largement médiatisé à l’international afin de bénéficier d’un appui de l’opinion. Cette pression extérieure s’exerce aussi sur les personnalités les plus « fragiles » du pays visé : les pouvoirs occidentaux sont en mesure d’acheter des éléments « utiles » de l’appareil d’État résistants et ne s’en privent pas !

 

Aussi, l’État qui refuse « l’alignement » est conduit à se constituer en « citadelle », ce qui favorise la critique qui lui est portée. En effet, le pluralisme et les liberté facilitent les ingérences des puissances riches qui les instrumentalisent à leur profit. La démocratie libérale favorise un « désarmement » idéologique et politique incompatible avec le refus d’être « mondialisé » par des intérêts étrangers[8]. Les réformes économiques radicales telles que les nationalisations (qui ne sont qu’une étape dans le processus parfaitement conforme à la légalité internationale consacrant le libre choix du régime socio-économique et de l’édification d’un mode de production non capitaliste), provoquent des sanctions de toutes natures, notamment financières et d’embargos faisant obstacles à cette mutation. Ces représailles illicites étranglent l’économie nationale et rendent la vie des citoyens difficile[9], ce qui conduit à un mécontentement social à l’encontre de l’État ! Les gestionnaires de la Résistance sont alors accusés d’incompétence, d’inefficacité économique, et comble de l’iniquité de « totalitarisme » par les Puissances qui sont en fait les premiers responsables de la situation !

 

Le paradoxe, c’est que les progressistes occidentaux sont nombreux à porter des critiques sévères sur ces États-Résistants, joignant ainsi leur voix « moralisatrice » aux critiques des observateurs occidentalistes au service des grands intérêts privés dominants.

 

Pour ce « occidentalistes », donneurs de leçons, au premier rang desquels se trouvent ceux qui sont inspirés par la social-démocratie, ces États ne répondent pas aux « canons » abstraits qu’ils ont élaborés dans leurs bureaux confortables. Ils semblent n’être prêts à être solidaires que d’un État doté de toutes les vertus, champion de toutes les libertés, exempt de toute corruption, ayant surmonté toutes les crises. Or, cet État n’existe évidemment pas. L’intelligentsia occidentaliste peut donc rester attachée au système qui la fait vivre sans problème de conscience[10] !

 

En effet, la souveraineté nationale n’est pas à la mode. Le nationalisme ne l’est pas davantage bien qu’il tende, dans les pays menacés par les grandes puissances, à s’identifier au progressisme, par exemple, dans le monde arabe face à l’envahissement islamiste et à l’impérialisme étasunien.

 

Pourtant, c’est la conjugaison d’un nationalisme et du socialisme (mêlés aux valeurs de la civilisation locale) qui a permis par exemple à Cuba et à la Corée du Nord de subsister malgré un blocus de plus d’un demi-siècle ! C’est le réveil du patriotisme russe qui participe de la reconstruction de la puissance russe.

 

Chez les progressistes occidentaux, on préfère la mort héroïque de S. Allende et l’élimination de la tentative socialiste chilienne, voire même soixante-dix ans de défaites palestiniennes : les vaincus ont meilleure presse, on ne peut leur reprocher trop d’abus de pouvoir.

 

Ce pseudo-romantisme exprime surtout qu’en Occident, des contradictions profondes neutralisent une radicalité jugée trop « coûteuse » pour ceux qui y adhéreraient. Il y a en effet volonté révolutionnaire à condition qu’il n’y ait pas de révolution, goût pour un certain socialisme sous réserve de ne pas mettre en cause le mode de production capitaliste, rejet de la tyrannie sans vouloir les moyens de la détruire, solidarité avec les opprimés mais indifférence vis-à-vis des démunis ! Cette intelligentsia relevant de la pseudo « gauche moderne » est très éloignée d’un catholicisme conservateur comme le lucide Léon Bloy lorsqu’il écrit : « Le riche est une brute inexorable qu’on est forcé d’arrêter avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre » (Le sang des pauvres. Arlea. 1995).

 

Les partis « socialistes » sont dans le coma dans toute l’Europe, mais leur esprit contamine le monde de la pensée. La sacralisation de l’individu est désincarnée : l’individu est aujourd’hui atomisé, isolé, déterminé par des contraintes extérieures dont il n’est pas toujours conscient car les rapports marchands sont partout et nulle part. Ce n’est plus celui conçu par les Lumières et la Révolution Française dont l’héritage est souvent renié.

 

Alors que règne le capitalisme financier, ceux qui rejettent l’État-Résistant et acceptent le démantèlement du leur, en fait, ne veulent rien si ce n’est un statu quo confortable pour eux-mêmes. Ils sont les adeptes d’une apathie généralisée en refusant les moyens nécessaires aux objectifs « humanistes » qu’ils prétendent poursuivre.

 

Doit-on attendre que l’Homme change pour tenter d’édifier un autre monde ? Les droits de l’Homme surgiront-ils spontanément dans les sociétés lourdement sous-développés ? Quelle « société civile », armée de quelles ONG, est en mesure de faire comparaître le capitalisme financier devant un éventuel nouveau Tribunal de Nuremberg ?

 

Changer la vie ne peut être une fête. Ce ne peut être qu’un processus historique douloureux, difficile, ponctué d’erreurs, de contradictions, voire de crimes. C’est la sueur et le sang des peuples qui bousculent l’Histoire. C’est un phénomène riche que la recherche dans divers pays de méthodes nouvelles, de structures inédites à construire pour mener le combat politique. Mais ce désir « d’horizontalité », comme l’exprime dans une certaine mesure le Forum Social Mondial ou plus modestement le mouvement « Nuit Débout » n’exclut pas la capacité organisationnelle des partis et la « verticalité » du pouvoir d’État.

 

L’État qui n’est évidemment pas une réalité éternelle n’a pas épuisé son rôle historique. Il reste une arme vitale dans l’ordre interne comme dans le désordre international contre le capitalisme financier, pourvu qu’il participe à la lutte des classes internationale contre les maîtres actuels du monde.

 

Source:  Investig’Action

site:  www.investigaction.net

 

[1]Voir J. Ziegler. Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent. Fayard. 2002 (notamment le chapitre sur « la mort de l’État ») p. 117 et s.

[2]Les hôpitaux israéliens, par exemple, soignent les blessés syriens appartenant à la rébellion armée contre le régime de Damas !

[3]Les forces spéciales américaines, françaises et italiennes développent leur politique en territoire libyen en servant avant tout les intérêts des grandes compagnies pétrolières occidentales.

[4]Les gouvernants français, très préoccupés de « légalité » … formelle, réclament toujours aux pays qu’ils contrôlent l’organisation d’élections légitimatrices, quelles que soient les conditions dans lesquelles elles se déroulent, pourvu que les résultats leur conviennent (ce qui n’avait pas été le cas lors de la réélection de L. Gbagbo en Côte d’Ivoire, ce qui a entraîné son élimination par la force!).

[5]Les États que l’Occident tente d’isoler sont amenés à conclure des accords qui sont parfois contre nature (voir par exemple, le rapprochement Russie-Turquie en 2016).

[6]Voir R. Charvin (préface M. Collon, postface P. Lévy). Faut-il détester la Russie ? Vers une nouvelle guerre froide ? Edition Investig’action. Bruxelles. 2016.

[7]Certains États, se sentant menacés par l’intrusion de cet argent étranger dans leur vie intérieure, exigent l’enregistrement de ces ONG comme « organisations étrangères ».

[8]Dans certains pays du Sud refusant la subordination aux États-Unis, comme le Nicaragua par exemple, les grands médias nationaux sont sous la tutelle de la bourgeoisie locale, soutenue par les États-Unis. Selon D. Ortega, le leader de l’opposition nicaraguayenne « c’est l’ambassadeur des États-Unis » !

[9]La Corée du Nord subit un embargo quasi-total depuis près de 70 ans pour des motifs différents selon les époques. Cette tentative d’asphyxie est accompagnée d’un dénigrement systématique de la politique qui en résulte.

[10]Il apparaît que ces intellectuels à « l’avant-garde de la liberté » soulèvent en 2016 la problématique des mains sales de Jean-Paul Sarte qui remonte à 1948. Le héros principal de la pièce de Sarte est Hoederer qui accepte par nécessité de payer le prix qu’impose la révolution, ce qui n’est pas le cas de Hugo qui veut garder les mains « propres », mais qui en fait n’a pas de mains du tout !

 

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A propos de Jocelyn Beauregard

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  1. avatar

    « Cette Résistance peut s’appuyer sur le nationalisme » ou une dictature à la Maduro ???
    ah tiens…

    pourquoi donc Cent Papiers reprend-t-il ici des textes issus de Collon, de la clique Dieudonniste et Meyssan ?

    on doit rappeler cette photo ???

    http://www.conspiracywatch.info/photo/art/default/1264660-1654941.jpg?v=1465396769

    qui a proposé ça ici ?

    ou plutôt qui est « Jocelyn Beauregard

    alors, Elyan, on se fait avoir ????$

    depuis quand Cent Papiers devient-il le relais des Dieudonnistes ????
    « 

    • avatar

      Tout d’abord, il ne s’agit pas de la même personne que celle du lien. Ce nom est assez commun au Québec, les Beauregard étant nombreux et le prénom étant aussi utilisé couramment. Il publie des textes chez CentPapiers depuis plusieurs années, essentiellement des textes parus ailleurs et qui ont retenu son attention. Il n’est en rien le sous-marin d’une quelconque propagande, même si à la lecture du texte plusieurs points laissent filtrer le caractère propagandiste de ce texte provenant d’Investig’Action.

      Je ne sais que dire, à part le fait que cette propagande réussit à leurrer, en n’informant le lecteur que dans la mesure de ce qui lui est utile à rendre les propos crédibles. Les personnes qui ont écrit ce texte ont pratiqué l’aveuglement volontaire sur plusieurs points et la surenchère de victimisation, laquelle est omniprésente dans toute propagande. D’ailleurs en parenthèse, il devient ridicule de tout mettre en oeuvre pour faire croire que des pays comme la Russie ou la Chine sont pieds et poings liés à cause des méchants occidentaux. Les pro-victimisation brandissent le drapeau de l’insuccès de ces deux grands pays ce faisant tout en montrant que ceux-ci sont incapables d’aspirer à mieux, alors que c’est faux et heureusement pour ces deux pays d’ailleurs qui ont fait le choix de leurs politiques et sont tout à fait capables de les mener à bien.

      A la lecture du texte, il est évident que plusieurs points sont absolument incohérents, voire douteux. Je pense en particulier aux propos concernant la Corée du Nord et bien sûr inévitablement à ceux entourant la Russie dont on a cru utile de récupérer son association avec la Turquie comme étant une résultante des actions des vilains occidentaux ne laissant aucun choix à Poutine autre que celui de se parjurer, à moins de convenir qu’il peut dire et faire n’importe quoi, quoiqu’il arrive, puisqu’on avalera tout. En fait de récupération… il n’y a que la propagande pro-russe pour oser un tel sacrifice de vérité dont l’usage redondant s’avère au fil des mois consister en un test suprême sur le degré d’aliénation.

      Le danger n’est pas d’accorder crédit, ni même de regarder vers ceux qui seraient considérés par les uns ou les autres comme étant ennemis, mais bien plutôt d’en arriver à avaler en vrac sans analyser ce qu’on ingère. C’est ce que réussit à faire la propagande soutenue. Elle réussit à faire détester ou aimer inconditionnellement, soit les deux facteurs pouvant mener à poser des gestes insensés. Le libre-arbitre est précieux, étant notre seul véritable allié.

      Je trouve navrant, mais ce n’est absolument pas la seule situation navrante à laquelle nous assistons dans cette guerre d’ego entre la Russie et l’occident, qu’on soit incapable de faire triompher l’honnêteté faute de remporter équitablement une victoire.

      Manipulation il y a bien sûr puisqu’on n’a fait que se servir de conflits qui perdurent depuis des mois pour polir ou entacher l’image des pays en cause. Tout ça se fait à coup de milliards et de vies humaines. Il reste à tous les peuples cette pénible impression d’être manipulés par les différents pouvoirs en place, qu’ils soient de l’ouest ou de l’est.

      Quant aux autres aspects du texte qui ont soulevé tous les maux apportés par les politiques occidentales jugées prédatrices et incompatibles avec le bien-être de leur population, la véracité de cette analyse n’est pourtant pas celle qui empêcherait les pays nommés dans ce texte qui sont victimes (sic) d’embargo de faire la preuve que leur modèle est bien le bon. Pourquoi alors sommes-nous forcés de constater le contraire puisqu’ils s’indignent d’être exclus du modèle qu’ils dénoncent… Ça m’échappe.

      Nous sommes pourtant devant des pays qui disposent de ressources, de territoire, de populations suffisantes et d’alliés aussi et qui prétendent détenir les bonnes politiques. Ce sont des pays presque fermés, très peu perméables aux influences extérieures, sauf celles qu’ils acceptent d’adopter… et l’on dénonce que soit commis à leur égard un refus d’entretenir des relations qui leur seraient profitables…

      La situation parle d’elle-même pourtant. Bref la victimisation est ici le porte-étendard pour faire avancer des idées (mais lesquelles en fait ?) visant à rejeter en bloc un système pour adopter en bloc un autre système. Une sorte de colin-maillard auquel les populations (qu’elles soient de l’ouest ou de l’est) n’ont pas envie de jouer. Il s’agirait bien d’une guerre. D’ailleurs on voit depuis plusieurs mois que peu importe que l’occident et la Russie par exemple marchent côte à côte, l’effet de jambette est toujours présent.

      La Turquie n’avait-elle pas été dénoncée par la Russie tout juste avant que cette dernière se lance dans un conflit en Syrie qu’elle se vantait de pouvoir régler en deux temps trois mouvements contrairement aux occidentaux qui selon elle n’avaient rien fait en une année, comme étant la passoire pour le pétrole qui rapportait aux terroristes et la passoire des terroristes eux-mêmes ? N’avait-elle pas été accusée par la Russie de soutenir les terroristes ce faisant, tout en dénonçant les appuis qu’auraient fournis les occidentaux à des groupes rebelles en Syrie ?

      La vertu s’est fait la malle on dirait. Les prétentions ont piqué du nez. Les alliances soudaines sont on ne peut plus douteuses et à moins de choses que nous ignorons… l’avenir nous dira quelles entourloupettes elles cachaient. En attendant, on célébrera la commisération de Poutine à l’égard de la Turquie qui l’avait selon lui poignardé dans le dos ! Tous ses adorateurs attendaient pourtant avec impatience sa revanche qui a alimenté les plus folles suppositions durant des semaines et permis de traîner la Turquie dans la boue, le principal reproche étant en fait sa possible alliance avec l’occident. D’ailleurs (inévitablement) les occidentaux étaient accusés d’être du côté d’Erdogan… Maintenant le vent vient de changer de direction et les occidentaux sont cette fois accusés d’avoir nui à Erdogan dont les péchés sont pardonnés par la Russie… Le seul pays qui n’avait pas à changer de position était bien la Russie non? car si on suit sa logique l’occident allait rendre justice à la Russie en se retournant contre Erdogan non ? A moins qu’un règlement de conflit soit précisément la chose que l’on craignait… et qu’on ait trouvé pratique une fois de plus de chercher de nouveaux motifs de discorde afin de foutre la pagaille, comme s’il n’y en avait pas suffisamment.

      La Russie a cette façon bien à elle d’adapter ses déclarations et ses actions à toutes circonstances. L’effet caméléon qui cache bien des choses.

    • avatar

      Robert Charvin est un spécialiste du droit international. Je ne crois pas qu’il soit lié en aucune façon au trio dont vous faites mention.
      Et je n’appartiens pas à un club de motard criminalisé.
      Le sujet est L’ÉTAT DÉVASTÉ.

  2. avatar

    Suite ;a la situation actuelle, est-ce que Lao Tseu aurait raison?
    « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères. »
    « Les armes les plus excellentes sont des instruments de malheur. »
    « Quand la prudence et la perspicacité se furent montrées, on vit naître une grande hypocrisie. »

  3. avatar

    Robert Charvin est un spécialiste du droit international. Je ne crois pas qu’il soit lié en aucune façon au trio dont vous faites mention

    et pourtant la signature est d’investig’action : dans ce cas c’est de la manipulation..

    on n’a pas à faire de la publicité à Collon, c’est un faiseur et un désinformateur : ça fait combien d’années qu’il soutient le régime vénézuélien, avec des hommes de main sur place qui prennent la plume quand on s’en prend au trafic de drogue dans le pays ?

     » Les personnes qui ont écrit ce texte ont pratiqué l’aveuglement volontaire sur plusieurs points et la surenchère de victimisation, laquelle est omniprésente dans toute propagande » écrivez-vous, Elyan; très bien; mais pourquoi alors laisser paraître pareil torchon,, que ne résume en rien aujourd’hui Beauregard…

  4. avatar

    PS : Chauvin BOSSE pour Investig’Action : vous l’ignoriez ?

    https://blogs.mediapart.fr/segesta3756/blog/201215/les-articles-de-robert-charvin-sur-le-site-web-dinvestigaction
    sacré Chauvin va : on oublie son bouquin fétiche :

    http://ebook.chapitre.com/livres/la-republique-populaire-democratique-de-coree-9782402416061_9782402416061_1.html

    ou ça

    http://www.amitiefrancecoree.org/article-32613318.html

    un embargo, mis pas une dictature, bien entendu…

    http://rue89.nouvelobs.com/2010/02/15/un-plan-marshall-chinois-contre-le-nucleaire-nord-coreen-105058

    Pour mieux appuyer son propos, Robert Charvin accompagne son aimable missive d’un livre qu’il a commis en 2006, intitulé « Comment peut-on être Coréen (du nord) ? », publié aux éditions du Losange, un éditeur à compte d’auteur de Nice. Et c’est là que ça devient intéressant, car les défenseurs de la Corée du nord sont devenus rares, et celui-ci en est un vrai (sa bibliographie indique qu’il s’est fendu autrefois d’un livre sur la RDA, l’homme aime visiblement les causes perdues).

    La lecture de ce livre est évidemment très décevante pour quiconque a mis les pieds un jour à Pyong Yang (c’est mon cas, en 2001) ou a suivi de près l’évolution de ce pays au cours de la dernière décennie. Le professeur émérite y raconte un joli conte de fées, où l’on apprend qu’il existe en RPDC « une complète protection sociale, un égal accès à l’éducation, à la santé, au logement, à la culture ».

    Oubliées la famine qui a fait des centaines de milliers de morts, les hopitaux sans chauffage et sans médicaments décrits par les quelques humanitaires étrangers qui ont pu y mettre les pieds, ou encore les témoignages des réfugiés qui tentent par centaines de milliers de fuir en Chine voisine, dans l’espoir de gagner la Corée du sud honnie par le professeur.

    il ne dit ps s’il admire aussi les garçons coiffeurs devenus tyrans votre Charvin…

    Le professeur Charvin ne semble pas trouver grand chose à redire au sort pitoyable de la population nord-coréenne, tant que la Corée du nord reste un rempart contre l’impérialisme ! Il ne semble pas être surpris, non plus, par l’instauration sans précédent dans le monde communiste, d’une dynastie au pouvoir, qui s’apprête, si tout va bien (ou mal selon les points de vue), à passer à une troisième génération.

    Ancien élu communiste dans les Alpes Maritimes, Robert Charvin semble appartenir à cette catégorie d’hommes qui restent aveuglés par leur foi, préfèrent le naufrage même s’ils doivent être les derniers à y croire. Le PCF ayant rompu avec le Parti du Travail de Corée, il s’étonne lui-même lorsque l’Humanité reprend un de ses courriers critiquant le quotidien communiste pour sa couverture des derniers développements nucléaires en Corée du nord…

    Tout ceci ne serait pas très grave si ce qui était en jeu n’était pas le sort de millions de personnes qui subissent l’un des régimes les plus rétrogrades de la planète, et si, plus largement, on n’était pas en train de jouer avec l’arme nucléaire dans une partie du monde où le risque de guerre n’a jamais été totalement éliminé. Folamour, disions nous…

    bref, votre coco a de belles œillères encore, ou la nostalgie d’un certain.. stalinisme !