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Les zombies du capitalisme

La politique des taux d’intérêt nuls fut cruciale dans l’évitement de la catastrophe financière suite aux subprimes, à la crise du crédit, au psychodrame des dettes souveraines européennes, comme elle le sera à l’occasion des prochains épisodes ponctués de cracks boursiers et de volatilité exacerbée nuisant à l’économie réelle. En revanche, le maintien de taux à ou proches du zéro pendant une période aussi longue – soit depuis en gros 2008 – induit des effets pernicieux : il conserve sous respiration artificielle des entreprises qui auraient autrement disparu en l’absence de crédit à prix très modique. De fait, selon un rapport de Bank of America Merril Lynch, près de 20% des compagnies américaines sont en état de fossilisation dans le sens où elles requièrent de larges injections de liquidités pour seulement survivre. Ceci est du reste reflété sur les marchés financiers car – contrairement aux apparences qui semblent inspirer l’euphorie – la bourse US et les bourses mondiales ne se seraient en rien appréciées sans la contribution active de Facebook, d’Amazon, d’Apple, de Netflix, de Google et de Microsoft.

Tandis que ces six sociétés ont plus que doublé leurs profits en 5 ans, la quasi-totalité des autres entreprises cotées ne se sont vraiment pas démarquées par leurs bénéfices. Il n’est certes pas exceptionnel que la rentabilité des marchés boursiers soit redevable à un nombre restreint de grandes capitalisations offrant traditionnellement une faible corrélation les unes par rapport aux autres. Il est néanmoins unique que les percées – vertigineuses comme on les a connu – des bourses soient dues à des actions exclusivement actives dans un seul et unique secteur : les valeurs technologies. Les progressions aberrantes des indices boursiers ne sont donc qu’illusion et poudre aux yeux car 80% des introductions en bourse ayant eu lieu en 2018 aux Etats-Unis furent perdantes : chiffre record et sans nul précédent dans l’histoire des bourses des pays intégrés. Le maintien en vie de sociétés zombies à la faveur de ces taux zéro affecte très négativement l’économie : A cet égard, le Japon et sa double, voire sa triple, décennie perdue et ses taux négatifs en vigueur depuis des temps immémoriaux en est la preuve vivante.

De nos jours, Uber, Pinterest, ou encore Tesla sont des cas d’école. Ainsi, Tesla n’a-t-elle eu – depuis 2014 – que 5 trimestres bénéficiaires sur 14 ! Autrement dit, depuis sa création, cette société encensée de toutes parts n’a pu gagner de l’argent que durant le quart de sa durée de vie. Pourtant, non contente de son endettement qui se monte à 12 milliards de dollars, elle a récemment annoncé vouloir emprunter 650 millions de plus, après les 2 milliards pompés sur la Chine, et après avoir perdu plus de 700 millions au premier trimestre de cette année. Selon les standards comptables, Tesla est donc également une société zombie qui aurait très probablement rendu l’âme sans le contexte actuel des taux nuls autorisant le maintien en vie d’entreprises peu voire pas du tout profitables, et qui exercent sur le monde économique de réelles nuisances.

Une société zombie consomme effectivement de précieuses ressources tout en prévenant l’apparition d’entreprises réellement productives. L’accumulation de ces entreprises pourries empêche donc l’allocation efficiente du capital qui ne profite ainsi que fort peu aux sociétés dynamiques. Les débats souvent passionnels sur le niveau des taux d’intérêt empêchent donc de remédier à un autre problème lourd, quoique silencieux, qui menace l’ensemble de l’économie mondiale : la multiplication d’entreprises zombies parasitant le système.

 

Michel Santi

Photo by David Walter Banks

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    Gaëtan Pelletier

    Superbe! Merci! En fait, la « réalité »….

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