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Les vraies raisons de la course à l’espace entre milliardaires

La course à l’espace à laquelle se livrent des milliardaires comme Richard Branson, Jeff Bezos et Elon Musk est avant tout un spectacle médiatique qui n’a pas grand-chose à voir avec la science.

Il s’agit d’abord de privilégier leurs intérêts financiers mutuels pendant que les désastres climatiques continuent à frapper la planète…

La course à l’espace entre milliardaires s’intensifie depuis plusieurs années.

Elon Musk, de SpaceX, veut coloniser la planète Mars et affirme que la mission de sa société spatiale est de mettre en place l’infrastructure nécessaire à cette fin. Il souhaite que l’humanité devienne une espèce « multiplanétaire » et qu’une colonie martienne soit un plan de secours au cas où la Terre deviendrait inhabitable.

De son côté, Jeff Bezos ne se consacre pas à la colonisation de la planète rouge. Il pense plutôt à construire de grandes structures en orbite terrestre où la population humaine pourrait atteindre un trillion de personnes sans nuire davantage à l’environnement de la planète.

Au-delà de ces discours optimistes, aucun de ces avenirs n’est attrayant. La vie sur Mars serait épouvantable pendant au moins des centaines d’années et tuerait probablement une grande partie des personnes ayant fait le voyage, tandis que la technologie nécessaire à la création de colonies spatiales massives n’existe pas et ne sera pas non plus réalisable avant longtemps.

Mais alors que ces milliardaires ont les yeux tournés vers les étoiles et que les médias les couvrent de gros titres, les preuves de l’évolution rapide et négative du climat s’accumulent.

Vers la fin du mois de juin, Jacobabad, une ville de 200 000 habitants au Pakistan, a connu des conditions de « bulbe humide » où une forte humidité et des températures caniculaires se combinent pour atteindre un niveau où le corps humain ne peut plus se refroidir.

A l’autre bout du monde, sur la côte ouest de l’Amérique du Nord, un dôme de chaleur aggravé par le changement climatique a fait grimper les températures à tel point que la ville de Lytton, en Colombie-Britannique, a atteint 49,6 °C, battant de 4,6 °C le précédent record de température au Canada, avant d’être réduite en cendres par un incendie de forêt.

Le contraste est frappant. D’un côté, des milliardaires s’engagent dans un concours pour voir qui évoluera le premier dans l’espace et de l’autre des êtres humains qui doivent de plus en plus faire face aux conséquences du réchauffement climatique.

Le partenariat spatial public-privé

Même s’il est vrai que Jeff Bezos et Elon Musk se font effectivement concurrence, ils ont d’importants intérêts financiers en commun. En 2004, Bezos et Musk se sont rencontrés pour discuter de leurs visions respectives de l’espace, ce qui a amené Musk à qualifier les idées de Bezos de « stupides ». À la suite de cette discussion, ils s’invectivent de temps à autre, échanges dont les médias se régalent, mais ils travaillent toujours à faire progresser une industrie spatiale privée dont ils ont tous deux à gagner.

Les années de compétition entre SpaceX et Blue Origin au sujet des plateformes d’atterrissage, des brevets et des contrats de la NASA montrent ce qu’est réellement la course spatiale des milliardaires. L’exemple le plus récent est un contrat de 2,9 milliards de dollars de la NASA attribué à SpaceX pour construire un atterrisseur lunaire. Dans la foulée, le Congrès a envisagé d’augmenter le budget de la NASA de 10 milliards de dollars.

Dans un rapport publié en 2019, Space Angels a estimé que 7,2 milliards de dollars avaient été versés à l’industrie spatiale commerciale depuis 2000 et a spécifiquement désigné SpaceX comme une entreprise dont le succès initial dépendait des contrats de la NASA.

Ces entreprises spatiales privées ne se contentent pas de nouer des relations avec l’agence spatiale publique. SpaceX a remporté un contrat de 149 millions de dollars du Pentagone pour la construction de satellites de suivi des missiles, et deux autres contrats d’une valeur de 160 millions de dollars pour l’utilisation de ses fusées Falcon 9. Elle a également remporté un contrat initial de 316 millions de dollars pour fournir un lanceur à la Force Spatiale des Etats-Unis.

Pour couronner le tout, SpaceX a obtenu 900 millions de dollars de subventions de la part de la FCC (Commission Fédérale des Communications) pour fournir de la technologie de large bande en milieu rural grâce à ses satellites Starlink, dont la réputation n’est plus à faire.

Ainsi, malgré tous les louanges faits aux entreprises spatiales privées et aux milliardaires de l’espace, elles restent fortement dépendantes de l’argent du gouvernement.

Si SpaceX a réussi à remporter ces contrats, c’est en partie parce que Musk n’est pas un inventeur mais un spécialiste du marketing. Il sait comment utiliser les relations publiques pour attirer l’attention des gens, ce qui lui permet de remporter des contrats lucratifs. Il sait également quelles sont les choses à ne pas mettre en avant, comme les contrats militaires potentiellement controversés qui ne font pas l’objet de tweets ou de vidéos d’annonce tape-à-l’œil.

Dans ce contexte, il est essentiel de voir qu’au-delà de ce spectacle de la course à l’espace des milliardaires il y a urgence avant tout de résoudre la crise climatique avant qu’il ne soit trop tard…

(Merci à Paris Marx, animateur du podcast Tech Won’t Save Us pour une partie de ces infos)

 

Albert Ricchi

A propos de Albert Ricchi

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Journaliste citoyen, mon blog est consacré à la politique, la démocratie, l'économie, l'environnement ainsi qu'à plusieurs réformes essentielles à entreprendre aujourd'hui afin de réconcilier les citoyens avec la République et la justice sociale.

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