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Les voisins de mes ancêtres

 

 

Ceux qui ont lu mon roman « Les Lefebvre de Batiscan » ont connu le sympathique Mathurin Cadot (Cadotte) dit Poitevin et Catherine Durand, son épouse métisse, voisins de Gabriel Lefebvre à Batiscan.

 

Mathurin et Catherine eurent au moins six enfants. La première fille, le bébé Louise dans le roman, décède à l’âge de 18 ans. Mais cinq autres enfants lui survivent et finissent pas se marier. Naturellement, tous les garçons deviennent des coureurs de bois comme leur père.

 

L’aîné, Jean-François, nait en 1693  et est baptisé à Bécancour qui n’existait pas encore à l’époque, mais qui devait être une mission amérindienne en face de Trois-Rivières. Il épouse Marie-Josephe Proteau en 1721, à Batiscan. C’est du fils de ce dernier couple dont je veux vous parler.

 

 

On le prénomme Jean-Baptiste le 5 décembre 1723, toujours à Batiscan. Il décédera après 1803, âgé de plus de 80 ans. Comme on l’a déjà constaté à plusieurs occasions, les coureurs de bois ne meurent pas aussi jeunes, à cause de leur « débauche » que l’ont raconté le clergé canadien. Il est fort probable que cette supposée « débauche » était le résultat des rêveries du clergé lui-même.

Ce petit-fils de Mathurin Cadot âgé de 18 ans en 1741, paraphe un premier contrat de « voyageur » avec le Canadien Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay; celui-là même qui rendra Québec aux Anglais en 1759. L’expédition se dirige vers le Lac Nipigon, où Ramesay venait tout juste d’être nommé commandant pour la réouverture du fort Tourette, à l’embouchure de la rivière « La Manne », aujourd’hui appelée « Onaman ». Après 1763, ce sera la Cie de la Baie d’Hudson qui occupera le territoire.

En 1750, notre Jean-Baptiste Cadotte (c’est ainsi que la famille prononçe son nom), maintenant âgé de 26 ans, est engagé par Louis Le Gardeur de Repentigny qui avait obtenu la seigneurie du Sault-Ste-Marie. Les Jésuites y étaient installés depuis 1668 et Jean-Baptiste y passait régulièrement depuis déjà 8 ans; soit bien avant son engagement par Le Gardeur.

L’endroit avait été un point de rencontre pour la traite avant même l’arrivée des Jésuites. Les Ojibways, que les Anglais appellent « Nepissing »  et que nos ancêtres appelaient les « Saulteux »  à cause des rapides de l’endroit, y rencontraient d’autres tribus pour y faire du troc. Ces rapides tumultueux de la rivière Sainte-Marie sont un point stratégique sur la route vers l’intérieur, puisque tous les canots qui vont du lac Huron au lac Supérieur doivent s’y arrêter pour être « portagés » ou tirés à contre-courant.

Jean-Baptiste Cadotte est dorénavant un guerrier adopté par la tribu des Saulteux du Sault-Ste-Marie. Il devient un de leurs chefs de bande lorsqu’il épouse Anastasie, une Amérindienne Ojibway apparentée au renommé chef de guerre Madjeckewiss. À la maison cadotte, on ne parle que le « Saulteux » et, un peu, le Français.

Vaudreuil lui donnera la commande du Sault-Ste-Marie en 1759 pour contrôler l’implication des « Saulteux » dans la guerre qui, comme plusieurs depuis longtemps incluant des Canadiens, tiraient plus de profit et de meilleures marchandises en négociant avec les marchands hollandais d’Albany. Dans l’esprit des Canadiens, les Hollandais n’étaient pas plus « Anglais » qu’eux n’étaient « Français ». Ce qui, on doit l’admettre, était un fait.

De 1759 à 1776, ce sont les coureurs de bois canadiens qui contrôlent et profitent pleinement de la traite des fourrures; et Jean-Baptiste Cadotte est du nombre. Il y a, cependant un anglais du Nouveau Brunswick, nommé Alexander Henry, qui s’est lié d’amitié avec lui et qui l’accompagne partout lors de ses expéditions de traite. En fait, Henry doit la vie à Anastasie qui l’a ramené de Michilimakinac à la ferme de Jean-Baptiste Cadot, son époux, au Sault-Ste-Marie en le déguisant en coureur de bois « canadien ». Les poursuivants recherchaient un « Anglais » ce qui sauva Henry. L’histoire s’était déroulée ainsi :

Le 2 juin 1763 les chefs « Saulteux » Minweweh et Madjeckewiss s’emparent de Michilimakinac où se trouvent plusieurs marchands dont Alexander Henry. Celui-ci est provisoirement caché dans le grenier de l’habitation de Charles-Michel de Langlade, par son épouse Charlotte-Ambroisine, fille de René Bourassa dit La Ronde, malgré l’opposition de Charles-Michel. Il ne faut jamais oublier que les Canadiennes sont la maitresse de leur maison.

Après quelques jours, lorsque les « réjouissances » des indiens est calmée, Henry est amené subrepticement au Sault-Ste-Marie par l’épouse de Jean-Baptiste Cadot. À partir de ce moment, Henry s’accrochera aux guêtres de Jean-Baptiste le plus longtemps qu’il le pourra. En 1775 ils forment une compagnie avec Peter Pond, un aventurier américain assez douteux, et les frères Frobisher qui deviendra la Cie du Nord-Ouest et qui prendra, éventuellement, le contrôle de la traite des fourrures.

À noter que le chef Ojibway Minweweh sera, toute sa vie, un anti-anglais et continuera le combat, même après la défaite de Pontiac, jusqu’en 1770 où il est tué dans sa tente, victime d’un coup de couteau.

Jean-Baptiste Cadot ne s’oppose plus aux Anglais à partir de 1761, parce qu’il a vite compris que la traite des fourrures en bénéficiait grandement.

En 1765, Cadot prouve d’une façon éclatante son influence sur les Amérindiens en conduisant 80 canots à Michillimakinac, pour la signature d’un traité avec les autorités britanniques.

En 1766 il est nommé interprète, au salaire de 8 shillings par jour. Tout en travaillant pour Robert Rogers, commandant à Michillimakinac, et aussi pour William Johnson, Cadot devient l’un des personnages les plus influents de la région des lacs Supérieur, Michigan et Huron.

Au cours de l’été de 1767, Cadot aide Henry Bostwick, John Chinn et Alexander Henry dans leur recherche de dépôts de cuivre le long du lac Supérieur. Il est mentionné au nombre des associés de Bostwick. Pendant les quelques années qui suivent, Cadot sert les intérêts de l’entreprise en assurant les bonnes relations avec les Indiens de la région. Malgré que l’opération se révèle non rentable, la réputation de Cadot continue de croître.

En 1771, William Johnson le considère comme l’un des « deux Français les plus fidèles » ; l’autre est très certainement Charles-Michel de Langlade. La même année, George Turnbull, commandant à Michillimakinac, affirme que Cadot possède « généralement une bonne réputation, tant parmi les Canadiens que parmi les Indiens ».

La traite prospéra dans l’Ouest, et Sault-Sainte-Marie prit une importance grandissante comme centre de ravitaillement. Cadot reste associé avec Alexander Henry jusqu’en 1778, après quoi il monte des entreprises, autrement dit organise des expéditions, avec Jean-Baptiste Barthe, un des agents du marchand John Askin père installé à Michilimackinac à l’époque. Askin deviendra important à partir de 1781 et ira s’installer à Détroit.

La Révolution américaine de 1775 n’eut point d’effets directs sur Cadot avant 1780, où un certain nombre d’Indiens qu’il recrute, participent à une action contre Saint-Louis, Missouri, qui se révèle un échec.

En octobre 1781, Cadot se retrouve de nouveau placé sur la feuille de paie du gouvernement à titre d’interprète.

En septembre 1783, Daniel Robertson, alors commandant à Michillimakinac, envoie Cadot et le chef Madjeckewiss dans la région de Chequamegon, au lac Supérieur, pour tenter en vain d’arrêter la guerre entre les Sauteux, les Renards et les Sioux. 90 ans auparavant, le coureur de bois Pierre Le Sueur avait réussi la même mission pour Frontenac en assurant la paix entre les Saulteux et les Sioux. Par contre, il n’avait pas pu, lui non plus, arrêter la guerre entre les Saulteux et les Renards.

À la suite du décès d’Athanasie, Jean-Baptiste Cadot épouse, vers 1767, une Canadienne du nom de Marie-Anastasia Mouet, 31 ans, de la famille de Charles-Michel de Langlade, résidant à Michilimakinac depuis déjà deux générations.

En 1772, Cadot envoie son fils, Jean-Baptiste, à Montréal où celui-ci étudie au collège Saint-Raphaël de 1773 à 1780. On dira en 1798 qu’il parle le Français, l’Anglais, l’Ojibway et le… Latin.

En 1786, les fils Cadotte travaillent avec leur père dans leur firme appelée Messrs Cadot and Company. En 1787 Jean-Baptiste est âgé de 64 ans; il mène son entreprise et la remet officiellement à ses fils Michel et Jean-Baptiste, neuf ans plus tard,  le 24 mai 1796. Il a maintenant 72 ans.

Jean-Baptiste Cadot a été le principal trafiquant de Sault-Sainte-Marie et a joui d’un revenu confortable sans jamais devenir riche.

Son fils Jean-Baptiste jr est admis, en 1801, parmi les associés de la North West Company, dont 14 des 15 associés sont des Écossais. Mais il en est expulsé deux ans plus tard sous prétexte d’ivrognerie et on donne sa part à David Thompson, un ancien de la Hudson Bay Company. On est assez étonné de l’emphase déployée pour souligner cette « ivrognerie »; quoiqu’il en soit, il recevra cependant une pension de la cie du Nord-Ouest, durant sept autres années, jusqu’en 1810.

La date de la mort de Jean-Baptiste Cadot père demeure inconnue : un récit laisse entendre qu’elle serait survenue en 1803, mais il est très possible qu’il eût vécu jusqu’en 1812; il aurait alors eu 88 ans.

Vers 1839 un des descendants de ce Jean-Baptiste Cadot accompagne le peintre renommé de l’ouest américain, George Catlin, à Paris et ensuite, à Londres. Son nom est Louis Cadotte et il sert d’interprète et de présentateur pour le spectacle « indien » mit sur pieds par Catlin afin de mousser ses tableaux. Baudelaire, George Sand et Delacroix sont extasiés par le spectacle tout comme le reste de la population.

À Londres, Louis rencontre une jeune fille de la bonne société anglaise qui décide de l’épouser et de revenir avec lui au Canada, vivre parmi les « sauvages » qu’elle a tellement appréciés dans le spectacle. Elle apporte son piano, évidemment. Par contre elle décède assez rapidement après son arrivée. La vie de l’ouest était un peu trop difficile pour elle et Louis Cadotte termine la sienne en ermite, brisé par le chagrin, paraît-il.

La saga des Cadotte contient énormément de détails connus qui pourraient servir à plusieurs romans historiques. Souhaitons que l’un ou l’une de leurs descendants décide un jour d’en écrire quelques-uns. Personnellement, je parviens difficilement à imaginer toutes les aventures extraordinaires qu’ont dû vivre ces héros canadiens. Elles ont dû être tellement dignes de « l’épopée canadienne » que ni les autorités françaises ni les autorités anglaises n’ont osé les relater avec trop de précision.

J’ai bien hâte qu’on puisse voyager dans le temps pour satisfaire ma curiosité.

André Lefebvre

Auteur de:

L’Histoire… de l’univers

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 1:  La Science Secrète)

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 2: Le Mystère Sumérien

Le tout dernier livre, paru en novembre 2016 (version gratuite):

Histoire de ma nation

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