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Les souliers d?beu(4) ?le aux noix (suite)

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L?Ile aux noix (suite)

On ?tait rendu au 14 ao?t et les travaux d?fensifs du? fortin de l??le ?taient achev?s.? Louis-Antoine de Bougainville continuait toujours de grognasser mais on ne pouvait rien faire de plus pour d?fendre l??le.

On avait barr? la rivi?re avec une chaine et des estacades.? On avait point? des canons vers l?amont de la rivi?re.? On avait ?lev? des talus pr?s de la rive pour dissimuler les francs-tireurs qui canarderaient les vaisseaux ennemis.? Et on avait plant? des pieux dans le sable de la gr?ve pour emp?cher les bateaux d?accoster sur les plages.? Les 1,580 soldats se virent accord? un repos bien m?rit?s.

Il ne restait qu?? attendre.

??????? Michel se maintenait toujours ? l?aff?t, sur la pointe sud de l??le.? Il attendait l?arriv?e de son ?claireur qu?il avait lui-m?me envoy? d?s la premi?re semaine de son arriv?e sur l??le.? Cela faisait pr?s de deux mois que Laplume ?tait parti.

L?avant-midi du 15 ao?t, Michel le vit appara?tre, sortant de la for?t qui longeait la berge.? Celui-ci hala un canot des broussailles et? s??lan?a sur la rivi?re.? Michel lui fit des signaux pour qu?il vienne vers lui, craignant que le canot ne frappe les estacades camoufl?es.? L??claireur accosta dans les roches pr?s de Michel.

-Salut Lefebvre.? Pr?pare-toi, les Anglais vont ?tre icitte demain au plus tard.

-?Y viennent comment ?

En grosses barges; pis y?en a un maudit paquet j?te l?jure.

?– Parfait !? Viens avec moi.? As-tu mang? ?

?– Pas eu le temps.? Quand j?ai vu qu?y se pr?paraient ? partir, j?ai couru comme un li?vre pour arriver icitte.

?– T?as bin fait.? On va au fort, viens !

????? Les deux hommes se ru?rent au pas de course sautant les obstacles qu?ils rencontraient. (Ce qui est un peu normal, on doit se l?avouer).? Arriv?s au fort, Michel indiqua ? l??claireur o? il pouvait aller se rassasier et se dirigea vers le b?timent principal.

En passant la porte, il entendit de Bougainville engueuler un lieutenant tout en? sortant de ses quartiers.? Michel se retourna vers le garde de la porte et lui dit?:

-Lui, si y?crie comme ?a apr?s mo?, je saute dans mon canot et j?m?en retourne chez nous.

Le soldat, ? l?attention, ne dit mot.? Bougainville, se tournant vers Michel, l?interpella (sans crier)?:

-Toi, suis-moi dans mon bureau.? Et il s?engouffra d?o? il venait.

Michel le suivit et attendit.

Qu?est-ce que tu me veux, le Canayens ?

– Mo? ?? Je veux rien.

– Qu?est-ce que tu fais ici dans ce cas ?????

?– J?suis venu vous dire que les Anglais arrivent icitte, demain au plus tard.

?– Et qui t?a fait cette r?v?lation ?? Une sorci?re indienne ?

?– Je ne me tiens pas avec les indiennes, mo?; mais j?avais envoy? un ?claireur? y a deux mois et?y vient d’revenir.? C?est lui qui m?a apport? la nouvelle.

– Eh bien, figure-toi que j?ai aussi envoy? des ?claireurs, et aucun n?est encore revenu; alors permets-moi de douter de ton information.

– Vous avez envoy? un Canayens ou un ??sauvage?? ?

– Pour qu?ils en profitent pour d?serter ?? J?ai envoy? deux de mes soldats !

– Dans ce cas-l?,?y reviendront probablement pas.? Surtout si y?sont mont?s par la rivi?re.? En tou? cas, les Anglais seront icitte demain.

-Merci de l?information.? Quel est ton nom ?

?-Lefebvre.

?-Merci, Lefebvre; tu peux sortir.

?????? Michel se retourna et sortit de l?officine.

?????? Dans l?apr?s-midi, le branle-bas de combat fut donn?.? Tous se pr?paraient ? l?affrontement.? Le lendemain, 16 ao?t, les Anglais arrivent et s?installent sur la rive Est du Richelieu, un peu en amont de l??le aux noix et y installent leurs batteries.? Le si?ge de l??le commence.

Le 17 ao?t, les Anglais parviennent ? s?approcher, ? travers le bois et les terrains mar?cageux, sur le c?t? Est, sans ?tre vus et pointent maintenant leurs canons sur trois c?t?s du fort.

Le?23 ao?t, les canons des deux arm?es, commenc?rent ? tirer et le pilonnage dura toute la journ?e.

Ce m?me?23 ao?t Bougainville d?cide de retraiter.? Il avait peur d??tre coup? de Montr?al par les Anglais.? Il fit appeler Michel ? son quartier g?n?ral.

– Lefebvre, j?ai d?cid? de retraiter vers Montr?al.? Il faut que je laisse un groupe de quarante hommes ici pour nous couvrir. Est-ce que ?a t?int?resse ?

– ?a m?int?resse pas pantoute.? Je vais faire quoi avec quarante hommes contre Havilland et ses canons ?

– Il faut que quelqu?un reste pour que les Anglais ne sachent pas qu?on est parti.? J?ai besoin d?hommes courageux et intelligents.

– Ah bon !? Et les ??Canayens?? sont ces hommes-l?, tout d?un coup ?

– J?ai jamais dit que vous n??tiez pas brave, ni intelligent.? Vous avez la t?te dure.? C?est tout ce que j?ai dit.? Tu demandes quoi pour rester avec tes hommes ?

– Je veux trois fusils pour chaque homme et des munitions pour trois jours. Trois jours doivent vous suffirent.? J’ peux pas promette plus.

– Accord?.? Va chercher ce dont tu as besoin chez le magasinier.? Nous on part dans la nuit du 24 au 25.? On va couper ? travers bois, du c?t? sud, jusqu?? la pointe o? des canots nous attendent.? Ne vous faites pas tu?s inutilement.

-Trois jours; c?est tout ce que je promets.

-Tr?s bien. Allez !

?????? Michel quitta le bureau de l?officier et se dirigea vers les ??Canayens??.

– Les gars, vous vous dites toujours ?tann?s d??tre sous les ordres de Bougainville ?? Ceux qui restent avec moi, ne sont plus sous ses ordres.? J?ai besoin de quarante gars qui veulent se battre contre les Anglais.? Qui c?est qui est int?ress? ?

?????? Il fut oblig? d?en accepter cinquante, qui se sont avanc?s assez rapidement.? Aussit?t fait, il leur expliqua son plan?:

-On s?installe par groupe de trois le long des remparts.? ?a fait 14 groupes.??Y en a deux qui tirent continuellement et un qui charge les fusils.? Chaque gars va avoir trois fusils; donc celui qui charge doit faire vite et le tireur doit changer de fusil ? chaque coup tir?.??Y faut pas que les canons chauffent.? On fait feu ? volont?; ?a donnera l?impression que l?arm?e est toujours icitte.? Les huit qui restent se chargent des canons.? ? partir du 25 au matin, on est tous seuls dans le fort.? Pr?parez-vous.

???? Le matin du 25, tous les soldats ?taient partis avec Bougainville.? Les Canayens install?s aux murs du fort se mettent ? tirer.? Les Anglais recommencent le bombardement du fort.? Du c?t? des Canayens, presque chaque coup de fusils fait tomber un Anglais.? Excellents chasseurs depuis l?enfance, ils ?taient r?put?s pour ?tre des francs-tireurs.

Le combat se prolongea jusqu?au 28 ao?t et c?est alors que Michel fait lever un drapeau blanc, demandant la tr?ve.? Celle-ci accord?e, il sort ? l?ext?rieur des portes du fort, pour rencontrer l??missaire envoy? par Havilland .? Il ne voulait surtout pas que le d?l?gu? puisse compter ses effectifs.? Il r?clame que ses hommes puissent partir avec les honneurs de la guerre pour qu?il leur rende le fort.? C’est-?-dire avec leurs armes et la permission de quitter les lieux dans leurs canots.

Havilland accepte la proposition sans rench?rir, mettant ainsi fin ? la tuerie de ses hommes, qui se faisaient abattre comme des perdrix.

La petite troupe de Canayens sortit du fort avec leurs trois fusils chacun.? Ils? se rendirent ? leurs canots et quitt?rent les Anglais, qui n?en croyaient pas leurs yeux qu?un groupe si peu nombreux de Canayens aient pu leur r?sister si farouchement.? Non seulement, comprenaient-ils que ces hommes leurs avaient r?sist?s efficacement, mais, ils se rendaient bien compte que ces braves?les avaient, ?galement, compl?tement roul?s dans la farine. Leur opinion sur les ??Canayens??, monta encore d?un cran.? ?tant un homme d?honneur, Havilland les laissa partir comme promis.

???? Michel se dirigea vers Montr?al avec sa troupe. Rendu ? Boucherville, il prit la d?cision de s?y arr?ter.? C?est l?, o? lui et ses compagnons, apprirent que James Murray faisait visiter les fermes, par ses soldats, en descendant le fleuve, et br?lait celles o? les propri?taires ?taient absents.? Car Murray savait tr?s bien que si le propri?taire n?y ?tait pas, c?est qu?il combattait les Anglais. Et briser l?alliance Fran?ais/Canayens signifiait, ? ses yeux, la victoire contre l?arm?e fran?aise. Ces foutus Canayens se battaient comme des fant?mes. Ils apparaissaient d?un seul coup, faisaient des d?g?ts ?normes et, si leur nombre ne suffisaient pas pour an?antir l?ennemi, ce qui ?tait rare, ils disparaissaient sans qu?on puisse les saisir.

La plupart des compagnons de Michel jug?rent qu?il valait mieux retourner chacun chez eux.? Ils comprenaient tr?s bien que les trois arm?es Anglaises se dirigeaient vers Montr?al pour l?encercler et que le tout serait jou?.? D?ailleurs, les Canayens de Boucherville se r?signaient d?j? ? cesser de combattre.

Michel n?avait pas besoin de retourner chez lui, puisque le propri?taire de la ferme, son p?re, ?tait toujours l?.? Il d?cide donc de continuer vers Montr?al.? Cinq compagnons, dans la m?me situation que lui, l?accompagnent.

Ils mettent pieds sur la gr?ve de Montr?al, le 30 ao?t, en fin d?apr?s-midi.

? suivre.

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    Michel Lefebvre a bien existé; mais il sert, dans ce récit, comme point central auquel je relierai les faits marquants de notre histoire à cette époque héroïque.

    Les faits rapportés sont exacts même si Michel ne fut pas toujours participants à ces événements.

    Il a, cependant, participé à plusieurs de ceux-ci.

    Amicalement

    André Lefebvre