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Les souleirs d’beu(23) L’Am?rique prend naissance!

?L?Am?rique prend naissance!

???????? Lorsque Pierre part pour le Mississipi, l?industrie foresti?re a d?j? commenc? ? prosp?rer depuis 1790. Napol?on Bonaparte avait mis un embargo sur l?exportation des grands arbres et du bois franc de la Baltique. De sorte que les Anglais encouragent maintenant la coupe de bois au Canada. Bient?t ce commerce prendra priorit? sur celui de la fourrure

?????? L?ann?e pr?c?dente (1794), on signe le trait? de Jay qui installe une commission pour r?gler la dispute des fronti?res entre le Canada et les USA. Ce trait? ?tablit aussi le droit des am?rindiens de traverser ces fronti?res librement. Le but de cette clause est d?assurer l?apport continu des pelleteries, venant des USA, par les indiens.

?????? Il y a d?j? deux ans qu?Alexander Mackenzie s?est rendu au Pacifique et qu?une loi contre l?esclavage est vot?e dans le Haut Canada. Cette loi ne sert pas ? abolir l?esclavage, mais veut emp?cher la venue d?autres esclaves au pays. Elle stipule ?galement que toute personne n?e esclave, regagne sa libert? automatiquement ? l??ge de vingt-cinq ans. Curieusement, en parall?le, l??ge pour devenir l?galement ? majeur ? est fix? ? 21 ans depuis 1782. Ce n?est qu?en 1833 que l?abolition de l?esclavage devient officielle dans l?empire britannique.

?????? Du c?t? Am?ricain, 1795 est l?ann?e du trait? de Greenville dans lequel les indiens sont oblig?s de c?der les trois quart du territoire de l?Ohio. Malgr? cette concession des am?rindiens, les fronti?res d?limit?es par ce trait? furent rapidement et ensuite, constamment bafou?es par des colons am?ricains. En fait, suite ? la signature du trait?, il y eu une recrudescence d?invasions de ces territoires ? sauvages ? par des pionniers, des cowboys et des aventuriers de toutes sortes. Dans l?esprit de ces gens, les indiens avaient ?t? vaincus et le trait? sign? n?avait aucune importance. Howard Zinn, historien am?ricain fera remarquer que les gouvernements des USA ont sign? plus de 400 trait?s avec les indiens et les ont tous viol?s, sans exceptions.

?????? Que ce soit du c?t? Canadien ou Am?ricain, il est difficile aujourd?hui de percevoir ce qui a ?t? fait, politiquement et socialement, entre les ann?es de 1790 ? 1800. Ce n?est pas qu?il n?y eut rien de fait; mais on a l?impression qu?il fut pr?f?rable de ne pas enregistrer ce qui a effectivement ?t? fait. Il semble que l?Am?rique du Nord, dans son ensemble, d?pense une d?cennie pour installer la base de ses futures soci?t?s avec des moyens plus ou moins drastiques.

????? Aux ?tats-Unis, on ?labore une structure sociale tout ? fait in?dite, dans l?histoire de l?humanit?. Au Canada, on essaie d?implanter la structure sociale de l?Angleterre, mais on est constamment oblig? de ? rectifier ? et de ? nuancer ? cette structure pour r?pondre ? la r?alit? ? Canayenne ?. Ce qui g?n?re, ?galement, une toute nouvelle structure sociale, diff?rente de celle des USA. Ces deux soci?t?s am?ricaines deviendront des phares dans le monde futur. L?une par son c?t? d??conomie agressive et de d?fense des droits de l’individu, l?autre par son c?t? pond?r? et socialement raisonnable.

?????? Rien de tout cela n?existe encore ? l??poque qui nous concerne actuellement. Ces soci?t?s subissent l?influence graduelle des Lumi?res. Les marchands capitalistes deviennent puissants mais ne poss?dent pas encore le contr?le ouvert et total de la soci?t?. Par contre, leur influence supplantera progressivement celle des Lumi?res qui, ?ventuellement, ne deviendra qu?une fa?ade pour le pouvoir.

?????? En cette ann?e de 1795, il n?y a pas tellement de voyageurs qui se dirigent vers le Mississipi. Ce qui est compr?hensible puisque les indiens s?y rebellent et que le territoire est disput?, dans les capitales, par le Canada, les USA et l?Espagne. Les contrats sign?s pour ce voyage nous indiquent que le Gouvernail du canot est Augustin Dubreuil de Ste-Anne et que le Devant est Francois P?rillard de St-Constant (Laprairie).

????? ?Les milieux sont : Francois Roux (20ans) de Chateauguay, Toussaint (24 ans) et Francois Rose de Sault-au-R?collet, Pierre Passepartout de Longueil, Pierre Mari? de Lachine, Urbain maillet de Rivi?re des Prairies, Antoine L?Esp?rance de Beloeil, Pierre Lerous de Laprairie, Francois Lachapelle de St-Francois, Nicolas Gregoire de Laprairie, Pierre Bonin de St-Antoine, Joseph Beignois de St-Sulpice et, ?videmment Pierre Joseph Lefebvre de l?Ormi?re de Maskinong?.

????? Il y a plus d?un canot qui fait le voyage, ?videmment. Ce qui suppose que se trouvent, d?j? l?, des Devants et des Gouvernails, employ?s r?guliers de la compagnie qui ne sont pas mentionn?s sur les nouveaux contrats de voyageurs de cette ann?e-l?.

?????? Lorsqu?on examine les contrats de ces hommes, on se rend rapidement compte d?une anomalie. Les montants allou?s aux ? milieux ? sont tr?s diff?rents les uns des autres. Ce qui n??tait pas le cas en 1792. Ces contrats se chiffrent de 400 ? 600 livres. Ce 600 livres ?tant le taux habituel, il devient ?vident que les 400, 450 et 500 livres de ces contrats sont le r?sultat de remboursement de dettes encourues par les contractants envers la compagnie. Il semble que Pierre, malgr? l?avertissement de Toussaint Lesieur, ait accumul? certaines dettes, puisque son contrat est de 450 livres. Ceci laisse ?galement entendre que son absence de trois ans, n?a rien apport? ? sa famille. Son image en est ternie quelque peu et il est maintenant presqu?assur? qu?il a remit le 48 livres de son ? avance ? sur ce dernier contrat, ? Marie Josephte. Malgr? qu?il faut bien l?admettre, elle ne devait pas tellement compter l?-dessus apr?s s??tre d?merd?e, seule, pendant trois ans. D?ailleurs, elle fut loin d??tre la seule ? vivre dans ces conditions ? l??poque des voyageurs. Mais retenons-nous de trop calomnier notre h?ros; nous ne sommes pas dans ses souliers d?beu pour vraiment le juger.

??????? Notons qu?Alexander Mackenzie se s?pare de la NWC parce qu?il n?est pas d?accord avec les politiques de Simon McTavish. Il est fort probable que celle d?encourager les employ?s ? boire ? cr?dit fut l?une de ces raisons. Lorsqu?on lit les rapports de Mackenzie, on per?oit facilement son honn?tet? intellectuelle et sa probit? envers ses ? employ?s ?. Mais, m?me s’il y a plus d’un seul Mackenzie ? cette ?poque,?on a le droit de se poser quelques questions lorsqu?on lit l?histoire suivante :

?????? Leblanc, Xavier est un commis canadien-fran?ais au fort
Norman, sur la c?te septentrionale de la baie du Grand Lac des Ours. Son nom se trouve m?l? ? un ?pisode qui montre, avec une foule d’autres, la brutalit? des ? officiers ? des compagnies de traite dans les premiers temps de leur existence. Un M. MacKenzie, surnomm? « le Grand-Cou » ?par les Canadiens, accable ses employ?s de travail, tout en ne leur donnant que quelques poissons et de l?eau pour nourriture.

?????? Un jour qu’il les trouve fumant la pipe pour se reposer, il les apostrophe s?v?rement, leur reprochant leur paresse, au point qu’un nomm? Desmarest ne peut s’emp?cher de lui r?pondre. Mais ce dernier en prend pour sa peine par un coup d’?p?e que l’?cossais lui donne dans la cuisse ; apr?s quoi le bourgeois essuie tranquillement sur sa botte son arme ensanglant?e et la remet dans le fourreau.

????? Un commis, ce n?est pas encore un ? coureur de bois ?. Il y a une assez grande diff?rence de caract?re entre les deux. A la vue de cet acte de cruaut?, Fran?ois Beaulieu, voyageur, prend son fusil et couche en joue son auteur, qui s’enfuit et va se renfermer chez lui.

????? ?Heureusement, M. Leblanc parvient ? calmer l’effervescence des Canadiens et du m?tis ; puis il leur fait, au nom de leur commun ma?tre, des pr?sents qui finissent par les d?sarmer. Ceci se passe au printemps de 1799, au fort de la C » du N.-O.

?????? D?ailleurs la s?curit? ? dans le nord ? d?pend strictement des aptitudes individuelles de chacun. Voici l?histoire de certains des voyageurs de l??poque, que j?ai pu r?cup?rer:

Auger, Joseph. ? Canadien au service de la C** du N.-O. En 1793 il est ? la t?te du fort Souris, pr?s de Qu’Appelle, o? il a pour voisin Donald McKay, qui est en charge de l’?tablissement de la C* de la Baie d’Hudson. La concurrence que les deux traiteurs se font a pour r?sultat des ennuis, en cons?quence desquelles Auger fait arr?ter ce dernier pour s’?tre mis en embuscade et avoir tir? sur lui.

Deschamps, Fran?ois, p?re. ? Canadien qui, de concert avec toute sa famille, s’acquiert une triste c?l?brit? par les violences et autres proc?d?s irr?guliers qui marquent la plus grande partie de sa vie.

??????? Nous le trouvons d?abord employ? en 1799 par les traiteurs de fourrures dans le voisinage des montagnes Rocheuses. En 1804, il avait d?j? v?cu assez longtemps avec les Indiens, chez lesquels il avait pris femme, pour en devenir l’interpr?te au fort des Prairies (Edmonton). Lors de la bataille de la Grenouill?re, il se fait remarquer par sa cruaut?, et re?oit, en cons?quence, les ?loges publics des officiers de la C* du N.-O., ? laquelle il appartient. L’annotateur de l?arpenteur l’accuse, apparemment sans raison suffisante, d’avoir achev? d’un coup de fusil le gouverneur de la compagnie de la Baie d?Hudson, Robert Semple, qui n’?tait pas bless? mortellement.

?????? Apr?s cette triste affaire, il se retira ? Pembina, sur la fronti?re internationale. L’historien Alex. Ross se trompe en disant qu’il y tomba mort, sur la glace de la rivi?re pr?s de laquelle il avait b?ti sa maison. La v?rit? est que la mauvaise conduite de ses enfants le force ? ?migrer avec eux, au Missouri sup?rieur, vers l’an 1827. L?, p?re et fils s’attirent l’inimiti? de tout le monde par leurs brigandages, violences et m?me, leurs meurtres, dans les environs du fort Union, o? ils s’?taient retir?s. Les choses en vinrent au point que la mort du p?re et de son fils a?n? fut d?cid?e, et le 23 juillet 1836, un nomm? Baptiste Gari?pie assomme le premier d’un coup du canon de sa carabine et blesse gri?vement le second, qui finit par demander gr?ce.

Deschamps, Fran?ois, fils. ? Fils a?n? du pr?c?dent, il nait dans les derni?res ann?es du dix-huiti?me si?cle, et, malgr? son jeune ?ge, n’en assiste pas moins ? la bataille de la Grenouill?re en 1816. Plus tard, il aimait ? parler de cette triste affaire, et se vantait d’y avoir tu? six Anglais. Vers 1827, il passe avec son p?re et toute sa famille au Missouri sup?rieur, et en 1832 il fait partie de l’exp?dition du prince Maximilien au nord-ouest des ?tats-Unis. Ce voyageur dit qu’il ?tait ?un excellent tireur et tr?s brave dans le combat. ? Le 23 juillet 1835, il manque d’?tre tu? au fort Union par l’assassin de son p?re, qui lui reproche, para?t-il, de lui avoir propos? d’acheter sa femme.

??????? Une r?conciliation semblait s’?tre op?r?e entre les deux familles quand, au cours de l’?t? suivant (28 juin 1836), alors que Fran?ois se trouve avec ses fr?res et sa vieille m?re au fort William, sur le Missouri sup?rieur, cette derni?re demande ? ses enfants, d?j? pris de boisson, de venger la mort de leur p?re. Ceux-ci tuent alors un ami de son meurtrier, et menacent de traiter ainsi tous les blancs et les m?tis de l? place, qui en ont assez et d?cident d’an?antir toute cette famille.

??????? Arm?s d’un canon et de fusils, ils assi?gent la maison du fort o? ils se sont r?fugi?s. L’un d’eux a d?j? ?t? tu? lorsqu’on permet aux femmes, des Assiniboines, de se sauver. La vieille Deschamps se montre bient?t avec un calumet de paix pour demander gr?ce ; mais une balle lui traverse imm?diatement le c?ur. J. Mayotte, qui causa sa mort, fut peu apr?s bless? au cou par un projectile des assi?g?s.

?????? Comme, malgr? une fusillade bien nourrie, la nuit avan?ait sans que les assi?geants eussent pu atteindre leur but, ils r?solurent de mettre le feu au fort, et de tenir des cavaliers mont?s sur des chevaux de course, pr?ts ? intercepter ceux des Deschamps qui essaieraient de s’?chapper.

?????? On vit alors Fran?ois se pr?cipiter vers un des bastions, sur lequel le canon fut imm?diatement braqu? et mainte fois d?charg? sans pourtant faire d’autre dommage que des trous ? la b?tisse. Quand le feu eut ?t? ? peu pr?s ?teint, un m?tis nomm? Jos. Vivier voulut s’en approcher pour mieux viser celui qui s’y ?tait r?fugi?. Mais un coup de carabine le tua, au grand contentement de Fran?ois qui poussa alors un cri de triomphe. Ce que voyant, les assi?geants redoubl?rent de courage et leur feu devint de plus en plus meurtrier, jusqu’? ce que, ne recevant plus de r?ponse du bastion, les plus hardis se hasard?rent ? aller s’assurer si l’assi?g? vivait encore.

????? ?Ils le trouv?rent accroupi dans un coin de la b?tisse, le poignet fracass? et ? court de munitions. Ils le tir?rent alors ? bout portant. Un de ses fr?res, ?g? de dix ans seulement, mourut le lendemain des suites de ses blessures; tous les autres, au nombre de huit y comprit leur m?re, avaient ?t? tu?s ou br?l?s dans leur repaire.

Deschamps, Joseph. ? Surnomm? la ? Grosse T?te?, est le fr?re du pr?c?dent, et comme lui, prit part ? la bataille de la Grenouill?re. Alex. Ross dit qu’il mourut d’un coup de fusil tir? par un sauvage du Missouri au travers des piquets d’un fort de traite. En r?alit?, il p?rit dans l’affaire du 28 juin 1836.

Desmarais, Jean-Baptiste. ? Canadien au service de la C* du N.-O. qui l’emploie d’abord au lac Rouge. En 1793 il se trouve ? Pembina, d’o? il passe au bas de la rivi?re Rouge (1799) ; puis en 1800 il est plac? en charge d’un poste ? la rivi?re aux Gratias. Dans l’hiver 1814-15, il est camp? avec deux ou trois serviteurs de la compagnie dans ce qui est aujourd’hui le Dakota, quand un parti de quinze ou seize hommes envoy?s par Miles McDonell, gouverneur de la colonie d’Assiniboia, le for?e, les armes ? la main, ? se d?faire en faveur de celle-ci des provisions qu’il avait amass?es pour les besoins de sa propre corporation. L’historien Gunn le nomme D?marrais.

Dominique Rousseau, qui, en 1801, voit son droit ? la traite avec les Indiens contest? par les repr?sentants de la C* » du N.-O. Arriv? au lac Sup?rieur, on coupe en morceaux ses marchandises, et il doit rebrousser chemin apr?s un voyage de pr?s de treize cents milles.

Labrie, Pierrot. ? Fournit dans sa personne un des nombreux exemples des mis?res auxquelles sont expos?s les employ?s canadiens des compagnies de traite dans le grand nord. Il est au fort Chippewayan au service de la C* du N.-O. quand, le 6 d?cembre 1799, il est trouv? ? quelque distance du poste, les pieds gel?s et couverts de blessures faites par sa hache dont le tranchant p?n?trait les chairs sans qu’il s’en aper?ut. Il avait ?t? six jours sans manger et quatre sans feu. Malgr? tous les soins qu’on lui prodigue, il en meurt peu apr?s (16 d?cembre). Chose excessivement rare parmi les voyageurs, il v?cut pauvre et laissa deux mille huit cents livres ? sa mort.

LaFrance, Jean-Baptiste. ? est, en 1804, un traiteur libre dans le pays de l?Assiniboine, et il a d?j? exerc? son m?tier pendant plusieurs ann?es (? partir du 10 d?cembre 1793) au Missouri sup?rieur quand, ? l?automne de 1804, il est choisi pour accompagner F.A. Larocque dans une partie de traite au pays des Mandanes, en qualit? de commis, guide et interpr?te. Comme Lafrance ne sait pas lire, on lui donne pour assistant un nomm? Charles Mackenzie qui ?crivit plus tard le r?cit de cette exp?dition et de celles qui suivirent.

??????? ?Le 3 juin de l?ann?e suivante, il refait ce voyage en compagnie des m?mes commer?ants, et souffre beaucoup sur les grandes prairies du nord-ouest am?ricain. D’abord, vers la mi-ao?t 1805, il se trouve avec ses compagnons dans une contr?e o? les bisons foisonnent ? tel point que pendant la nuit on est oblig? de tirer des coups de fusil pour les tenir ? distance, et encore peut-on ? peine fermer l??il, assailli qu’on est par la crainte d’?tre ?cras? par eux au moment o? l?on y pense le moins. Ensuite les maringouins ne laissent de rel?che ? personne. Enfin, chacun est menac? de mourir de soif.

??????? Arriv? un soir ? un petit lac que Lafrance, comme guide, avait indiqu? d’avance, on le trouve ? sec. En creusant un trou dans son lit, on obtint au bout d’un certain temps une eau f?tide et sal?e qui augmente la soif plut?t qu’elle ne l’?tanche. Le lendemain, pas une goutte d’eau toute la journ?e, et ? la d?tresse des voyageurs devint insupportable ?, ?crit Ch. Mackenzie. ? Lafrance perdit patience ?, continue le chroniqueur, ? et il jura tant qu’il ne put jurer davantage.. . A la fin, sa vue se troubla, et l’on crut qu’une crise s?rieuse approchait pour lui. ? Fort heureusement, son compagnon tombe peu apr?s sur une flaque d’eau potable, vers laquelle tout le monde se pr?cipite, alors que le Canadien, le teint livide et les l?vres couvertes d’une cro?te noir?tre, parait plus mort que vif.

Lamothe. ? Commis de M. de Rocheblave dans la C** X Y, pr?s du fort Auguste (Edmonton). Un jour de l?hiver 1802-03, des, sauvages envoient dire ? ses concurrents de la C* du N.-O. d’aller chercher des ballots de fourrures qu’ils leur destinent et un M. King. De cette compagnie, partit dans ce but avec Lamothe. La seconde nuit de son absence, sa petite fille, une enfant de six ans, r?veille sa m?re en disant qu’elle voyait son p?re se tenant au pied du lit, le cou tout rouge. Le surlendemain, le corps inanim? de King ?tait ramen? sur un des tra?neaux, le cou tout ensanglant?. A la suite d’une dispute ? propos de fourrures, Lamothe, pour d?fendre sa propre vie, lui avait tir? un coup de fusil. Le commis de M. de Rocheblave ?tait de bonne famille et tout ? fait respectable, tandis que King, fort gaillard assez port? ? abuser de la faiblesse des autres, avait la r?putation d’?tre un homme capable de tous les exc?s. En cons?quence, Lamothe est absous sans difficult? de l?accusation de meurtre.

Lavigne, Augustin.? Canadien originaire de Lachine pr?s Montr?al, qui joua un r?le honorable ? la bataille de la Grenouill?re. Les partisans de la C* du N.-O. l’avaient enr?giment? de force au fort Brandon ; mais, au plus fort de la m?l?e, il sauve la vie, au risque de perdre la sienne, d?un Anglais du nom de Pritchard qui en appelait ? ses sentiments de chr?tien et qu’un m?tis ?cossais voulait tuer. Peut- ?tre est-il le m?me qu’un nomm? Boursier dit Lavigne qui, ? la fin de 1793, partit pour une exp?dition de traite au Missouri. Lavigne se noya en traversant la rivi?re Rouge.

Lebeau, Auguste. ? Jeune homme au service de la C* » du N.-O. dont la fin tragique est un terrible exemple des exc?s auxquels l’esprit de parti peut conduire.

???????? N? en 1 778, il est fils d’Antoine Lebeau de Saint-Cuthbert, et n’a que vingt-deux ans quand, s’?tant li? avec des repr?sentants de la C* de la Baie d’ Hudson, il forme le projet de passer dans les rangs de cette derni?re. Il demeure alors ? un fort non loin du lac N?pigon, ayant pour patron un nomm? Frederick Schultz, commis de la C du N.-O.

?????? Celui-ci ayant appris la r?solution du jeune Lebeau, lui envoie l’ordre de revenir imm?diatement ? son poste ? au moment o? il se pr?parait ? partir pour la factorerie de Norway. Schultz pr?texte que son assistant se trouve en dette avec sa corporation ; ce ? quoi le jeune homme fait r?pondre qu’il est tout pr?t ? payer ce qu’il doit, mais qu?il ne retournera jamais ? son ancien ma?tre. L?-dessus, Schultz affile sa dague et se rend au fort del? C* de la Baie d’ Hudson.

?????? Il demande alors ? Lebeau s?il n’allait pas retourner avec lui. Celui-ci, intimid?, balbutie une r?ponse telle que la d?sire l’agent de la compagnie rivale ; mais un moment apr?s le croyant d?sarm?, il veut se pr?cipiter vers la porte et s’enfuir. Le commis le saisit au passage et lui enfonce sa dague dans les reins. Lebeau expire le soir m?me, et l’auteur du crime, bien que transf?r? de r?sidence, n?est pas autrement inqui?t? par ses sup?rieurs ou les autorit?s civiles. Les auteurs anglais nomment improprement le premier Labau au lieu de Lebeau.

?????? Terminons ce survol avec une histoire moins macabre :

Malhiot, Fran?ois- Victor (ou Frambert). ? Canadien au service de la C* » du N.-O., dans laquelle il entre en 1791, ?g? d’? peine quinze ans. Apr?s cinq ans d’apprentissage, il est promu au grade de commis et envoy? ? la Rivi?re- Rouge, qu’il quitte en 1804 pour aller fonder un poste au lac Flambeau, dans le Wisconsin. Il s’y construit un fort, dont il parait tr?s fier dans son journal, qui fut achev? en avril 1805. La protection de ses palissades n’est pas inutile au milieu de sauvages g?t?s par la concurrence que se fait alors la C** du N.-O. et celle connue dans l’histoire sous le nom de X Y. Le rhum para?t avoir coul? copieusement des deux postes rivaux du lac Flambeau, et la cons?quence sur les Indiens en est facile ? deviner. ? J’envoie Bazinet verser un baril de rhum aux loges?, ?crit-il un jour. Cette seule phrase en dit plus qu’une longue dissertation sur les m?urs des traiteurs du temps.

???????? Rien d’?tonnant apr?s cela s’il croit pouvoir ?crire de ceux qui traitent avec lui et son concurrent Charrette: ? Il y en a encore quelques autres que je pourrais mettre au compte des bons sauvages ; mais en g?n?ral si je pouvais tous les mettre dans une poche et savoir que Lucifer en voulut, je les lui donnerais tous pour un denier. . . Si autrefois ils ?taient des agneaux, aujourd’hui ce sont des loups enrag?s et des diables d?chain?s. ?

?????? Trop peu instruit dans sa jeunesse, il ne peut atteindre, parmi les traiteurs, le rang que lui destinait sa grande p?n?tration d?esprit. Aussi ne tarde-t-il pas ? se d?go?ter d’une vie sans autre avenir pour lui que celui de subalterne toujours ? la peine et rarement ? l?honneur. En cons?quence, il retourne au Canada en 1807, accompagn? d’un fils qu’il avait eu cinq ans auparavant d’une sauvagesse. Il s??tablit ? Contrec?ur et y mourut en 1840. Il ?tait le fr?re a?n? de l’hon. F.X. Malhiot.

????????? Voici le territoire du Mississipi de l??poque, o? se rend Pierre Lefebvre :

??????????? Comme on peut le voir, malgr? que les Am?ricains, les Espagnols et les Anglais se disent ? propri?taires ? de diff?rentes parties de ce territoire, la r?alit? est que ce territoire est occup? par les autochtones. La n?cessit? devient alors ?vidente. Il faut, soit conqu?rir par les armes les peuples qui y habitent, ou bien les convaincre par diplomatie. Lorsque l?Espagne ce retire de ce territoire, les USA entrent en action et sous l?apparence diplomatique de signatures de trait?s, envahissent le territoire militairement et se rendent coupable de g?nocide envers les vrais propri?taires du territoire.

???????? Au Canada c?est diff?rent. La principale raison en est que la population occupant la portion ? Canadienne ? du territoire, est tr?s fortement m?tiss?e et les relations entre les deux peuples, blancs/autochtones, sont beaucoup plus amicale que chez les Am?ricains. Cette ? sociabilit? ? d?coule exclusivement du respect mutuel des deux peuples, d?velopp? entre les ? Canayens ? et les ? sauvages ?, durant les deux si?cles qui ont pr?c?d?.

Les autorit?s anglaises miseront sur ces relations amicales pour ?craser les habitants de ces territoires.

La confrontation finale se produit entre les Anglais et les M?tis et non entre les Anglais et les indiens. On soumet militairement ces m?tis, premi?rement en leur refusant une identit? distincte et surtout en s?appropriant le territoire qu?ils revendiquent. Ce sont les terres qu?on appelle aujourd?hui, le Manitoba fond? par le m?tis Louis Riel. Attribution de territoire qui avait ?t? convenu aux Canayens depuis 1763, qui lui, s?appelait le Qu?bec. La confrontation finale avec les m?tis, s?ach?ve, quelques ann?es plus tard, ? Batoche, en Saskatchewan,. Il y eut aussi, ?videmment, une confrontation entre Anglais et Canayens en 1837, mais l?enjeu n?est pas du tout une question d?ethnie ni de territoire.

?????????? En bout de ligne, l?Angleterre r?ussit ? conqu?rir tout le territoire canadien, en prenant soin de diminuer l?importance de trois soci?t?s distinctes : les Indiens, les Canayens et les M?tis. Les Anglais habitant au Canada, les ? r?unissent ? en une soci?t? unique, plus ou moins ? virtuelle ?, qu?ils appellent les ? Canadiens ?. Les frictions internes se font encore sentir aujourd?hui; mais les raisons de base ont ?t? biais?es depuis une centaine d?ann?es. M?me la raison initiale du conflit des ? Patriotes de 1837 ? fut, plus tard, transpos?e sur une notion de nationalit? ? fran?aise ?. Ce qui est tout ? fait inexact. Le ? Patriote ? qui se rebelle en 37, d?fend son identit? ? Canayenne ? et non son identit? fran?aise. Ce n?est, exclusivement, que dans l?esprit des anglais de l??poque que les Canayens sont ? rattach?s ? inconditionnellement ? la France. C?est d?ailleurs pourquoi ils n?ont pas vraiment confiance aux Canayens ?. En r?alit?, le peuple Canayen est exclusivement attach? ? son genre de vie empreint de libert? et ? sa culture qui, en grande partie, est un amalgame de la culture fran?aise et am?rindienne. Ce qui est loin d’?tre la culture fran?aise de l’?poque.

????????? La route vers le territoire du Mississipi passe par les grands lacs. Pierre refait donc le m?me trajet qu?en 1792 et continue, ensuite vers l?Ohio et le Mississipi.

???????? Pendant que Pierre et son groupe se rapprochent de la r?gion du Mississipi, le gouverneur Z?non Trudeau, engag? par l?Espagne, envoie en mission le Capitaine Mackay pour prendre possession de la r?gion du Missouri au nom du roi d?Espagne. Une comp?tition f?roce se d?veloppe entre l?Espagne et l?Angleterre pour la traite de fourrures au Mississipi/ Missouri. Par contre le lieutenant gouverneur Z?non Trudeau est ?galement tr?s conscient du danger potentiel caus? par les Am?ricains sur ce commerce. Le fait que ce danger soit consid?r? potentiel en 1795, nous indique que les ? traiteurs ? am?ricains ne sont pas des ? ouvreurs de territoires ?. Ils attendent que les dangers soient amoindris avant de s?y aventurer. C?est tout ? fait normal puisqu?ils sont per?us par les autochtones comme des envahisseurs plut?t que des amis ? visiteurs ? ou des commer?ants.

???????? Le gouverneur espagnol Z?non Trudeau, voulant parer ? la menace am?ricaine, tout en contrant celle du Canada, commande la cr?ation de la ? Compagnie commerciale de l?exploration des nations du Haut-Missouri ?. Les actionnaires sont : Laurent Durocher, Antoine Reille, Joseph Robidoux, Hyacinthe St-Cyr, Charles Sanguinet, Louis C. Dubreuil, Joseph Motard, B?nito Vasquez et Jacques Clarmorgan.

???????? Je paris que vous ne saviez m?me pas que les espagnols portaient tous des noms ? Canayens ? et que la majorit? d?entre eux sont n?s au Qu?bec. C?est ? se demander comment il se fait que certains Qu?b?cois, aujourd?hui, insistent pour se ? claquemurer ? dans un aussi petit territoire que la province de Qu?bec, quand leurs anc?tres contr?laient les expansions territoriales des Anglais, des Fran?ais et des Espagnols partout en Am?rique du Nord. Ce n?est certainement pas ? cause de notre devise : ? Je me souviens ?, en tous les cas.

?????????? La compagnie en question choisit Jean Baptiste Trudeau comme responsable de la premi?re exp?dition de cette compagnie. Son p?re et sa m?re, Joseph Trudeau (il signe Truteau) et Catherine M?nard, mari?s en 1748, habitent ? Longue Pointe (Montr?al). Le 4 F?vrier 1793, ? Longue Pointe, un certain Monsieur Trudeau assiste comme t?moin au mariage de Nicolas Robert et de Marguerite Mador. Les autres t?moins sont : Norm MacLeod, P. Lapromenade et James McDonell qui signeront l?Acte. Ce sont tous des membres important de la soci?t? Montr?alaise. Notons qu?un descendant direct de notre Pierre Lefebvre ?pousera une descendante de ce Nicolas Robert en 1942, toujours ? Montr?al.

???????? Voici un dessin fait par Jean Baptiste Trudeau qui montre encore plus clairement la r?gion du Mississipi :

?????????? Cette premi?re exp?dition de la compagnie ? espagnole ? vers le Missouri est un ?chec d? aux innombrables difficult?s rencontr?es par Jean Baptiste Trudeau. Il est oblig? de passer l?hiver 94-95 chez les indiens Poncas qui lui d?robent une grande partie de ses marchandises.

???????? La seconde exp?dition, suppos?ment pour venir secourir Trudeau, est dirig?e par un certain l??cuyer qui est ? acceuillit ? par ces m?mes Poncas. Ceux-ci pillent, ? amicalement ? puisqu?il est Canayen, ses marchandises ? lui aussi. Il faut souligner que L??cuyer prend deux ?pouses Poncas lors de cette visite. Il est plus que probable que ces deux ? mariages ? ont co?t? tr?s cher ? la compagnie espagnole. Par contre, ce comportement des indiens nous indique combien est tendue l?atmosph?re entre les commer?ants et les ? sauvages ?.

????????? La cause principale de cette situation est l?invasion des territoires, plus ? l?Est, par les colons am?ricains, qui d?logent les autochtones et les poussent vers l?Ouest. Ceux-ci commencent alors, ? se rebeller contre tout ce qui est ? blanc ? sauf, ? tr?s peu d?exceptions, contre certains Canayens. C?est d?ailleurs la seule raison pour laquelle Trudeau et L??cuyer ne sont pas tu?s par les ? sauvages ?.

????????? La troisi?me exp?dition de la compagnie est confi?e au Capitaine James Mackay dont nous avons parl? plus haut. Il rencontre, chez les Omahas, Jean baptiste Trudeau sur son retour vers St-Louis. Son exp?dition est emp?ch?e de se rendre chez les indiens Mandanes par les Sioux qui refusent de le laisser passer. Lorsqu?il se replie vers les Omahas, il trouve un fort construit par les marchands de Montr?al chez les Aricaras. Nous sommes en 1796, d?but 97. Mackay prend possession du fort en question. Il fait prisonnier les quelques Canayens qui s?y trouvent et les envoie ? St-Louis. Pierre Lefebvre qui venait d?arriver ? ce fort depuis quelques mois est parmi les prisonniers.

????????? Le voyage vers St-Louis n?est pas de tout repos. Les prisonniers sont encha?n?s et ne sont que tr?s peu nourris. Si Pierre est chanceux, il rencontrera Jean Baptiste Trudeau qui est un Canayen et pourra peut-?tre recouvrer sa libert?.

? suivre
???????????????????????????????????????????????????????????????????????????????? Elie L?Artiste

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