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5 février 2011 |
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vu 902 fois Chronique : Échos de la Nouvelle-France
Pierre Biron
LES SERRURIER NE DESCENDENT PAS D’UN SERRURRIER
L’histoire d’un immigrant bien intégré
Introduction
On retrouve seulement 39 abonnés téléphoniques portant ce nom au Canada en cliquant sur « canada411 »; ils sont répartis surtout en Montérégie et dans Ottawa-Gatineau. Ils ne savent pas que l’immigrant dont ils portent le patronyme n’était pas un monsieur Serrurier à l’arrivée et n’était pas non plus serrurier de métier.
Voici donc la petite histoire expliquant pourquoi les Serrurier du Québec descendent plutôt d’un alsacien Johannes Schlotz devenu Jean Serrurier dit l’Allemand moins de 4 ans après son arrivée en Nouvelle-France et son installation comme colon et maçon dans la seigneurie de Vaudreuil[1].
L’histoire commence à Strasbourg
Antoine Schlotz est un ressortissant alsacien de Strasbourg, région du Bas-Rhin autrefois allemande – c’est là que Gutenberg inventa l’imprimerie – mais devenue française après le siège victorieux de Louis XIV en 1681.
Son nom de famille est bien allemand. Il prend pour épouse une certaine Elizabeth – prénom qui peut être aussi bien Allemand que Français – dans la magnifique cathédrale gothique Notre-Dame de Strasbourg alors nommée St-Laurent de Strasbourg, et cela se passe vers 1734-35.
Le couple aura un fils, Johannes Schlotz, probablement baptisé dans cette église vers 1736-7. C’est lui le pionnier.
Le jeune Johannes traverse l’Atlantique
Notre jeune aventurier émigre d’abord de l’Alsace à Rotterdam, Hollande, 600 km au nord. Il a du emprunter le Rhin. Puis vers en été 1751 il s’embarque sur le navire Neptune accompagné d’un certain Philip Henry Schlotz, peut être un frère ou un cousin dont on aurait anglicisé les prénoms. Les deux compères parviennent à la Pennsylvanie à la fin de l’été et y prêtent serment d’allégeance à l’Angleterre car les colonies anglaises ne sont pas encore indépendantes[2].
Aboutit à Vaudreuil en 1755
Quatre ans plus tard Joannes émigre de la Pennsylvanie au Bas-Canada et aboutit en 1755 dans la seigneurie de Vaudreuil. Peut-être par voie d’eau. On l’ignore. Et sans son compagnon Philip Henry Schlotz.
Notre immigrant alsacien obtient en août 1757 du Marquis de Vaudreuil, à trois ans de la reddition de Montréal, la concession d’une terre située dans la Seigneurie de Vaudreuil, plus précisément près de la « Petite rivière » à la Côte de Quinchien.[3] On l’identifie sur les contrats notariés comme étant Jean Chelosse, habitant (cultivateur, maçon) de cette seigneurie. Le prénom était donc déjà francisé au mois d’août mais le patronyme demeurait allemand.
Notre héros ne perd pas de temps.
C’est à Ste-Anne-de-Bellevue le 3 octobre 1759 qu’il convole en justes noces avec Madeleine Gougeon dit Bougon, résidente des Côteaux St-Pierre qui comprenait alors Lachine et Montréal Ouest actuels. On l’avait surnommée Manoche Goujon. L’acte de mariage mentionne que Jean Chelosse est Allemand de nation, a 23 ans, et est originaire de Strasbourg, Bas-Rhin.
On l’appelle cependant moins souvent Jean Chelosse dit l’Allemand et plus souvent Jean Serrurier. Voilà donc que le patronyme est son tour francisé, en octobre.
Pourquoi Serrurier ?
Pourquoi « dit Serrurier »? Peut être qu’on lui a demandé la signification du terme schloss en allemand et qu’il aurait correctement répondu : serrure et château. Son entourage aura retenu serrure. Il n’a jamais signé Jean Serrurier mais on l’appelle ainsi. On le nomme aussi Jean Serrurier dit l’Allemand. Et il laisse faire, il s’intègre. Sa femme, sa société d’accueil, les autorités, sont françaises. S’il signe toujours son nom en allemand, vraisemblablement sa langue maternelle.
On sait qu’en janvier 1760 il signe Chelosse sur un contrat de vente d’une terre sur la même seigneurie à un ami et compatriote Jacob Chemie. Les deux sont qualifiés d’Allemands de nation et les deux résident dans la dite seigneurie. Ce monsieur Chemie avait été parrain du fils Jacques Serrurier baptisé fin 1759 à Ste-Anne-de-Bellevue.
Au baptême de sa fille en novembre 1763 à Oka, il signe Joannes Schloz mais au baptême d’une autre fille dans la même paroisse en 1765 on le dit « serrurier de métier », confondant la traduction de son patronyme avec un métier.
On ignore les circonstances de son décès.
Transmission du nom de famille
Jean Serrurier alias Johannes Schlotz eut 7 enfants mais seulement 2 fils qui transmirent le patronyme puisqu’à l’époque toutes les femmes mariées prenaient le nom de famille de leur époux. En sorte que plusieurs personnes qui ne portent pas ce nom peuvent quand même descendre de cet alsacien sans le savoir, à moins de connaitre leur ascendance complète jusqu’à l’arrivée des pionniers.
Le premier fils de la seconde génération Jacques Serrurier né en 1659 à Ste-Anne de Bellevue épousa à Vaudreuil en 1784 sa cousine germaine Marie-Josèphe Gougeon après obtention, évidemment, d’une dispense au 2e degré. Ils eurent 7 enfants dont 5 fils.
Le deuxième fils de la seconde génération, Jean-Baptiste Serrurier, n’eut que des filles de son premier mariage en 1795 avec Louise Masson-DuTremblay mais, de son second mariage en 1819 avec Angélique Bourbonnais, il eut deux fils.
Les vestiges du dit l’Allemand apposé après le patronyme Serrurier se retrouvent dans les registres de quelques descendants sur au moins 7 générations, ce qui est attesté par le certificat du mariage de Charlemagne Serrurier dit Lallemand le 17 juillet 1937 à St-Paul de Montréal.
[2] *Names of foreigners who took the Oath of Allegiance in Pennsylvania between 1727-1775, with foreign arrivals, par William Henry Egle, MD. Le titre de la page 341 où parait Johannes Schlotz est : List of Foreigners imported in the ship Neptune, James Weir their captain, from Rotterdam, qualified September 23th 1751
[3] Le rang Quinchien est le plus ancien de Vaudreuil, inspiré de l’amérindien Quenechouan désignant les rapides entre Vaudreuil et Ste-Anne-de-Bellevue
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