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Les sauvageons aussi aiment la glace aux Schtroumpfs

La lutte pour la vie
C?est la premi?re v?ritable belle journ?e de l?ann?e et tout ce que Montpellier compte de bip?des est venu s??chouer sur le banc de sable le plus cher de France.

C?est la foule des grands jours d??t? qui se r?pand dans les ruelles et envahit le front de mer. Du c?t? de la marina, les bourgeois du centre-ville cossu se battent pour les derni?res tables des restaurants de coquillages. J?observe la course continue du maitre de salle qui jongle entre les exigences des uns, les annexions des autres et les d?sertions des r?servations qui arrivent en retard, finalement. Il y a cette femme, en robe de cr?ateur, chapeau du prix de Diane viss? sur son cr?ne de renti?re qui exige ce qui lui revient de droit et toute cette famille de joyeux prol?taires qui d?barquent ? grand bruit pour s?offrir leur grand banquet de l?ann?e.

Le long du canal, c?est la petite classe moyenne qui prend ses quartiers de printemps, coinc?e entre les franchises alimentaires qui d?potent de la nourriture standardis?e ? la chaine et les attroupements des Palavasiens autour de leurs candidats venus secouer de la paluche de brave ?lecteur docile. Ici, les chefs grisonnent et l?on regarde d?un air suspicieux les promeneurs descendus de la m?tropole r?gionale, principale source de revenus du bled? et d?exasp?ration des riverains. Ces touristes que l?on aime d?tester, mais qui financent les petites douceurs quotidiennes des autochtones. Si la rive gauche est le fief du maire sortant, la rive droite a blanchi sous les embruns et se plaint des envahisseurs tout en faisant mine d?ignorer le petit bouquet constip? des repr?sentants du FN.
De-ci, de-l?, les derniers p?cheurs palabrent autour de leur ?tal o? agonisent leurs prises du petit matin. J?aime bien le port de p?che, ses petits artisans, ses ?cailleurs qui vident les poissons aux ou?es bien rouges d?un couteau expert. C?est presque un mus?e folklorique en plein air, le souvenir d?une ?poque o? le poisson ne sortait pas sous forme de b?tonnets de bateaux-usines qui reviennent de piller le bout du monde et des oc?ans.

Un peu plus loin, sous le ciel d?un bleu blessant, les files s?allongent devant les glaciers, les marchands de frites, de sandwichs et de petite restauration sur le pouce. C?est le fief des familles avec jeunes enfants, des jeunes couples en goguette, des imp?cunieux venus prendre leur part de soleil et de bon air. C?est aussi le territoire de chasse de tous les oiseaux marins du secteur, lesquels jouent aux chaises musicales sur les mats de l??cole de voile en attendant le signal de la cur?e. Ici se retrouvent les habitants de La Paillade et des autres quartiers dits sensibles du district. Mais en fait de racailles, stigmatis?es en leur temps par un pr?sident en mal de petits vieux peureux, la promenade est encombr?es de poussettes o? de petits tyrans de moins d?un m?tre r?clament ? grands cris leur gouter de vill?giature.
Ce que fait mine d?oublier le sociologue des quartiers, c?est que jeune de banlieue n?est pas un statut, mais seulement un ?tat transitoire, ? peine plus inconfortable que celui de petit con des beaux quartiers. L??ge ingrat s?offre les indignations qu?il peut, et pendant que le petit bourgeois piaffe d?impatience ? la perspective de reprendre l?h?ritage familial, les petits prolos de banlieue tournent en rond et ?clatent de col?re en attendant de trouver leurs propres places au soleil.

Les casseurs de 2005 ont ? pr?sent la petite trentaine familiale, ils ont r?ussi comme ils ont pu ? surnager dans un oc?an de m?pris et de pr?carit? et aujourd?hui, ils allongent l?apr?s-midi bleue et or comme n?importe qui d?autre en payant une somptueuse glace aux Schtroumpfs ? leurs enfants qui coursent les mouettes en piaillant.

Les ombres s?allongent sur la jet?e et les jeunes m?res houspillent les gosses r?calcitrants ? renfiler leurs chaussures apr?s cet avant-gout d??t?. Les mouettes et les go?lands se disputent l?acc?s aux poubelles d?bordantes d?emballages bien gras et sucr?s et parfois, un oiseau plus chanceux que les autres s?envole en tenant fermement dans son bec un chichi ou une moiti? de sandwich abandonn? par un petit ventre aux trop grands yeux.

La fraicheur subite rappelle que nous ne sommes qu?? la fin d?un hiver trop gris et le front de mer se vide brutalement, pr?cipitant des milliers de familles vers un ?norme amalgame d?acier et de gaz puants immobiles, embouteillage monstre dont les r?sidents raconteront des jours plus tard qu?ils n?en ont jamais vu de pareil, m?me au c?ur du mois d?aout.

 

 

 

 

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