Accueil / A C T U A L I T É / Les responsables politiques europ?ens prisonniers de leur propre cr?ation

Les responsables politiques europ?ens prisonniers de leur propre cr?ation

par?Alberto Rabilotta *

Observer l?attitude des gouvernants de l?Union Europ?enne (UE) au milieu de cette crise qui s??tablit et d?truit les conqu?tes sociales qui ont d?fini nombre de soci?t?s europ?ennes depuis des la fin de la deuxi?me Guerre mondiale c?est comme voir un film interminable de?Laurel & Hardy, avec les maladresses pr?visibles qui se r?p?tent dans n?importe quel contexte, montrant qu?il n?y a pas de changements possibles dans le sc?nario que les hommes politiques, qui gouvernent le monde de l?actuel capitalisme ??d?velopp?, sont appel?s d?interpr?ter.

 

Cette semaine Holger Stelzner, responsable de la section ?conomique du quotidien allemand?Frankfurter Allgemein, a mis le doigt l? o? cela fait mal en ?crivant que frustr?s par l??chec de leurs politiques pour la crise de l?euro-zone (ZE), les responsables europ?ens se cachent maintenant derri?re la BCE (Banque Centrale Europ?enne). Et quand ? son tour la BCE ?chouera, ces m?mes responsables politiques devront reconna?tre leur responsabilit? pour avoir ??accept? une politique pour gagner un temps, mais sans changer certains structures sous-jacentes?? de l?UE.

Les minutieusement planifi?s ??march?s autor?gul?s??

Le n?olib?ralisme, soit le vieil oxymore des march?s autor?gul?s qui rena?t dans les phases de domination du capital financier, est en r?alit? un syst?me qui requiert une planification et une ex?cution minutieuse, qui a ?t? dessin?e et construite pour occuper tous les pores des soci?t?s, pour devenir universel.

La construction des d?cennies durant de cette utopie n?olib?rale, qui se justifiait soit disant dans le d?veloppement de la production et du commerce jusque dans le dernier recoin du globe, a requis la cr?ation d?un syst?me l?gal et de m?canismes et d?institutions de port?e mondiale, comme l?Organisation Mondiale du Commerce, de Trait?s et de conventions qui doivent n?cessairement se refl?ter dans les constitutions et l?gislations nationales. Rien n?a ?t? laiss? au hasard, rien n?est modifiable, ? moins que ce ne soit pour approfondir et rendre le syst?me plus omnipr?sent.

C?est ainsi qu?en droit international, ont ?t? introduites et garanties, les conqu?tes obtenues sous la pression de la voie bilat?rale ou multilat?rale ? travers des accords de libre-?change, de protection des investissements et de la propri?t? dans toutes ses formes, promus par les Etats-Unis, l?Union Europ?enne, le Japon, le Canada et les institutions qui sont sous leur contr?le, comme le FMI, la Banque mondiale, notamment.

Pour s?incorporer ? ce syst?me global les ?tats nationaux devaient c?der leurs pleins pouvoirs et leviers d?intervention dans leurs ?conomies, telle que la d?finition des politiques mon?taires et fiscales pour prot?ger l?emploi, et cr?er des banques centrales ??ind?pendantes?? (des gouvernements et subordonn?es aux march?s financiers) qui suivaient fid?lement les politiques anti-inflationnistes et garantissaient le flottement et la libre convertibilit? des monnaies.

La lib?ralisation du commerce et des investissements sera encadr?e dans un syst?me l?gal et institutionnel international qui doit int?grer tous les pays, et que tous les pays devront respecter sous peine de s?isoler du reste de monde, me disait dans les ann?es 90 – dans des entretiens pour?Notimex?[1]- le ministre canadien du Commerce international Pierre Pettigrew?[2]

L?incompatibilit? du n?olib?ralisme avec la d?mocratie.

Dans le n?olib?ralisme il n?y a aucune place pour le r?le recteur de l??tat tel que et comme il s?est appliqu? ? partir du?New Deal?de F. D. Roosevelt, pour la d?fense des int?r?ts publics, du bien commun. Ni non plus pour le syst?me d?mocratique.

Comme le dit bien Boaventura de Sousa Santos dans sa ??Huiti?me lettre aux gauches?: ??Les derni?res tranch?es Humaines????? (El Correo du 30 ao?t 2012), apr?s s??tre r?f?r? au ??capitalisme extractif?? qui le c?ur du n?olib?ralisme dominant, ??quand la d?mocratie conclura qu?elle n?est pas compatible avec ce type du capitalisme et qu?on d?cidera de lui r?sister, peut-?tre sera-t il trop tard. Il est possible que, entre-temps, le capitalisme ait conclu que la d?mocratie n?est pas compatible avec lui??.

La d?mocratie dans le syst?me capitaliste n?est pas un fait fortuit, cette d?mocratie qui va au-del? du vote ?lectoral et qui se mat?rialise dans certaines des aspirations des majorit?s, comme une plus juste redistribution de la richesse sociale ? travers des contributions fiscales progressives, avec les riches payant en relation avec leurs revenus?; avec la cr?ation d?emploi en utilisant les leviers dans les mains de l??tat?; dans le fait de faciliter la syndicalisation pour garantir le progr?s des salaires et l?am?lioration des conditions de travail?; dans les programmes sociaux qui permettent l?acc?s ? l??ducation, la sant? et une retraite d?cente, que cette d?mocratie a uniquement exist? durant l? existence ?galement br?ve de l????tat-providence??, qui a commenc? ? ?tre d?mont? par Margaret Thatcher et Ronald Reagan ? partir des ann?es 80 du XX ?me si?cle, et qui commence ? ?tre d?j? un souvenir lointain dans beaucoup de pays.

Si la r?alit? ne concorde pas avec la th?orie, c?est pire pour la r?alit?.

Le journaliste et ?crivain David Rieff -dans une analyse sur que ce qui se passe quand l?accrochage ? une id?ologie emp?che de changer l?orientation d?une politique bien que celle-ci se r?v?le inefficace et terrible pour le cours de l?histoire, comme celle appliqu?e par les Etats-Unis et les ex-puissances coloniales europ?ennes au Moyen-Orient- rappelle qu?une fois le grand physicien Max Planck a critiqu? son coll?gue James Jeans pour ne pas vouloir abandonner sa th?orie m?me s?il avait en face de lui les faits qui auraient du l? obliger ? cela. Jeans, ?crivait Planck ? un coll?gue commun, ??est le mod?le de ce que ne doit pas ?tre un th?oricien, de la m?me mani?re qu?Hegel le fut dans la philosophie?: tant pis pour les faits s?ils ne concordent pas?? avec la th?orie. (??History Resumes?: Sectarianism?s Unlearned Lessons??, World Affairs Journal)

Qu?arrive t-il quand la r?alit? ne co?ncide pas avec la th?orie n?olib?rale?? Eh bien, il faut continuer ? appliquer la th?orie. Dans le cas de l?UE, avec son syst?me mon?taire et fiscal rigide qui ignore les asym?tries ?conomiques ?videntes, comme celles qui existent entre l?Allemagne et la Gr?ce, l?Espagne, le Portugal et l?Italie (sans parler des pays qui vont de la Mer Baltique jusqu?aux Balkans), ignorer la r?alit? dans une situation de crise de la dette publique implique, comme cela arrive, d?imposer ? travers la fameuse?Troika?(Commission Europ?enne, BCE, FMI) une ?norme pression d?flationniste gr?ce ? de s?v?res programmes d?aust?rit?, ou bien en taillant la d?pense ?tatique, en jetant ? la rue encore plus de travailleurs, en baissant encore plus les salaires et les retraites, en r?duisant ou en ?liminant les programmes d??ducation et de sant?, en vendant au secteur priv? ?tranger (ou aux riches nationaux qui ont d?plac? leurs fortunes vers les banques allemandes) ce qui reste encore des entreprises et des biens publics.

Une preuve de que le syst?me n?admet pas de changements?? Eh bien, avec la r?cente ?lection du socialiste du Fran?ois Hollande ? la pr?sidence de la France, l?illusion fut cr??e, parce qu?Hollande avait promis qu?on en avait fini avec le ??merkozysme??, cette collaboration ?troite entre l?ex-Pr?sident fran?ais Nicolas Sarkozy et la Chanceli?re allemande Angela Merkel pour ?laborer ??? deux?? la position de l?UE face ? la crise de la dette publique en Gr?ce et dans d?autres pays de la Zone Euro.

Mais le 23 ao?t dernier, en se r?unissant ? Berlin, la Chanceli?re Merkel et le Pr?sident Hollande ont envoy? ??un message ferme ? la Gr?ce??, rappelant au gouvernement d?Ath?nes que s?il veut continuer ? appartenir ? la Zone euro, il doit poursuivre ??les efforts indispensables?? (Reuters), c?est ? dire appliquer ? fond les programmes d?aust?rit? que la Troika exige. Et le 27 ao?t, Paris et Berlin ont d?cid? de la cr?ation de ??groupes intergouvernementaux de travail?? pour formuler des propositions sur ??l?union bancaire??, le ??renforcement de la coordination fiscale?? et la ??croissance ?conomique?? dans l?UE, et pour coordonner la ??position franco-allemande face ? la Gr?ce??, comme l?ont annonc? Pierre Moscovici, ministre fran?ais de l??conomie, et le ministre des Finances de l?Allemagne, Wolfgang Schauble (Reuter et AFP, le 27 ao?t).

De m?me avec la promesse d?Hollande qu?il ren?gocierait la derni?re grande ?uvre du ??merkozysme??, le ??pacte fiscal?? (le Trait? europ?en sur la stabilit?, la coop?ration et la gouvernance) qui r?duit ? 0.5?% le d?ficit structurel annuel (jusqu?? pr?sent, il ?tait de 3%) et qui, pour emp?cher les transgressions, met le dernier mot aux mains des bureaucrates de l?UE quant ? l?approbation des budgets de l??tat qui peuvent ?tre approuv?s par les Parlements.

En septembre le Pr?sident Hollande soumettra au vote de l?Assembl?e Nationale le texte pour ex?cuter le pacte fiscal, en faisant la sourde oreille ? 72?% des fran?ais qui veulent qu?il soit soumis ? un referendum populaire, selon un sondage CSA.

C?est dans ce contexte qu?un autre sondage, d?Ipsos, r?v?le que le niveau d?approbation de la politique de Hollande est pass? de 55% en juillet ? 44?% ? la fin d?un ao?t. Et cette descente peut s?acc?l?rer avec la pr?sentation en septembre du budget pour 2013 qui va int?grer des baisses dans les revenus fiscaux ? cause e la stagnation de la croissance de l??conomie et proc?dera ? des coupes pour r?duire le d?ficit.

Peu importe que l??conomie fran?aise stagne (les trois derniers trimestres ont enregistr? une croissance z?ro) et soit menac?e de r?cession, et que les licenciements soient massifs. La r?alit? n?a pas d?importance, comme semble le dire Nicholas Spiro, de l?Agence?Spiro Sovereign Strategy?? Londres?: ??le probl?me (de Hollande) est qu?il s?est lui-m?me enferm? politiquement?? apr?s avoir promis une politique de croissance. Maintenant, selon Spiro, ??c?est la pression du march? (les patrons des grandes entreprises et des finances), l?unique force qui l?obligera ? r?aliser des r?formes substantielles?? c?est-?-dire ex?cuter des plans drastiques d?aust?rit?(??Hollande Loses Bond Market Love as Growth Stalls?: Euro Credit??, Bloomberg News, le 28 ao?t).

Ce qui ne plie pas, rompt

Tel qu?il fut con?u et appliqu?, le syst?me n?olib?ral en vigueur dans l?UE ne permet pas de changements.

La preuve en est la discussion byzantine et interminable sur ce que la BCE peut ou ne peut pas faire pour all?ger la situation des pays endett?s qui -pour pouvoir placer les obligations destin?es ? payer le service de la dette ou les dettes qui arrivent ? terme- doivent payer des taux d?int?r?t insoutenables. Mais cela, comme le signale Stelzner, n?est plus qu? ??une politique gagne-temps?? dont les gouvernants de l?UE usent et abusent, jusqu?? que ??? son tour la BCE ?choue??.

Dans un entretien avec Paul Jay, dans?The Real News Network?, le professeur grecque Costas Lapavitsas de l?Universit? de Londres fait une analyse d?taill?e de la politique de l?Allemagne et de la France, qu?il d?finit comme destin?e ? harceler la Gr?ce pour qu?elle accepte toutes les mesures d?aust?rit? qu?on lui impose, et si de quelque fa?on que ce soit les grecs finissaient par se rebeller et se retirer de la ZE, le calcul ? Berlin et ? Paris est qu?une telle situation probablement sera alors contr?lable.

Les politiques d?aust?rit? appliqu?es et tout ce qui s?est pass? au cours des deux derni?res ann?es, dit Lapavitsas, ont affaibli la position de la Gr?ce et ont consolid? celles de l?Allemagne et de la France, et cela peut mener ? une ??erreur de calcul???: ??Dans la nuit o? on a permis la faillite de la Lehman (Brothers) en 2008, cette d?cision a sembl? coh?rente ? quelques personnes. Mais la coh?rence s?est volatilis?e le matin suivant. Il est ?vident que la France et l?Allemagne, particuli?rement l?Allemagne, ont fait plusieurs calculs et pensent qu?elles peuvent probablement contr?ler une telle situation. Elles pensent probablement qu?elles peuvent assimiler le choc (de la sortie de la Gr?ce de la ZE). Mais il y a de bonnes raisons pour penser que cela aura des implications tr?s s?rieuses, qui n?ont pas ?t? pr?vues et qui sont impr?visibles??.

Avec la situation s?aggravant si rapidement en Espagne, au Portugal, en Italie et dans d?autres pays, et devant l?incapacit? des gouvernants de l?UE ? r?pondre convenablement ? la r?alit?, c?est ? dire en abandonnant le mod?le rigide actuel, il ne faut pas ?tre proph?te pour envisager un effondrement.

La V?rdiere, France

Traduit de l?espagnol pour?El Correo?par?: Estelle et Carlos Debiasi

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

La véridique histoire de « Fort Chabrol »

Paris, 10e arrondissement. Quelques clients entrent et sortent du magasin de bricolage Bricolex implanté au ...