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Les reliques, un problème… épineux

Après ces détours par le magasin de bricolage divin ouvert tous les jours à Notre-Dame de Paris, avec les morceaux de bois et les clous en offre promotionnelles constantes, revenons-en à ce que je vous avais promis au début : les fameuses épines de la couronne du Christ, qui, comme je vous l’ai dit, n’en possède aujourd’hui plus une seule. Au début, à son arrivée, on en avait recensé huit.  Puis soixante-dix au moment où on s’est aperçu que l’on en avait distribué à tort et à travers. Des épines multipliées plus rapidement que les pains du Christ ! Comme explication à ce qui est aujourd’hui admiré et embrassé, on parle de joncs qui auraient servi à maintenir les branchages épineux pour les tourner vers l’intérieur de la couronne, pour mieux les enfoncer dans le crâne du supplicié.  Pas sûr que d’aussi frêles tiges puissent servir à ça.  Le hic, surtout, c’est que ce n’est pas du tout ce qu’avait déballé Saint-Louis à Paris et qu’il avait payé une fortune inimaginable comme on va le voir.  Le bon roi aurait-il été berné ?  Les français le sont-ils toujours aujourd’hui ?  Va-t-on continuer cette exposition de fake-news lorsque la cathédrale sera réparée ?

Huit épines ou des centaines ?

Sainte-Hélène, l’entrepreneuse de travaux publics divins déjà citée ici, fort heureusement, dans sa frénésie de reliques de Jésus, n’aurait donc bien rapporté qu’une seule (?) couronne d’épines, qui en aurait comporté un chiffre précis au départ, que l’on se dépêchera de désassembler pour l’offrir nous rappelle notre auteur préféré : « heureusement, on sait que Charlemagne fit déposer les reliques reçues d’Orient dans la basilique d’Aix-la-Chapelle et l’inventaire conservé précise le nombre des épines : huit » (page 158 de l’ouvrage cité). « F. de Mély étudia le sort de ces huit épines. Charles le Chauve en donna quatre à l’abbaye de Saint-Corneille de Compiègne et quatre à celle de Saint-Denis; Aix-la-Chapelle perdait tout, mais l’abbaye Saint-Denis allait être dépossédée également. Une épine fut donnée au roi d’Angleterre et entra dans le trésor de Malmesbury, (« the Crown of Thorns »), une autre fut emportée au monastère de Saint-Pierre de l’Epine, avant 1160, par l’infante Sancie qui l’obtint de Louis le Jeune et de la reine Constance; une dernière épine fut  envoyée par Agnès de Méranie au monastère d’Andechs avant 1201. Il n’en restait donc qu’une à Saint-Denis ». Charles le Chauve, on le rappelle, précède Saint-Louis de quatre siècles (et lui aussi son corps s’est pas mal baladé et son tombeau de bronze fondu par les sans-culottes (les premiers BlackBlocs ?))!!! Le second aurait donc racheté ce que l’on avait déjà eu… et dispersé ???

Le fameux reliquaire anglais, qui aurait été fabriqué entre 1390 et 1397 (après St-Louis, mort en 1270) et dans lequel l’on distingue bien une grande épine (d’environ 5 cm, le reliquaire faisant 30 cm de haut (2)), visible ici !), est conservé aujourd’hui au British Museum et non pas dans une église.  Il est d’un style baroque atroce, représentant tout autour le jugement dernier, et il a « probablement été créé à Paris dans les années 1390″ pour le duc Jean de Berry (celui des célèbres Riches heures) afin d’abriter une relique de la Sainte Couronne. Il est conservé depuis 1898 au British Museum, grâce à un don de la part de Ferdinand de Rothschild » nous dit Wikipedia: « ce serait en fait un des rares joyaux de la très riche Cour des Valois de la fin du quatorzième et du début du quinzième siècles ». Certes, certes, mais en 1860, confié à un restaurateur appelé Salomon Weininger, ce dernier l’avait remplacé par un faux.  Mort en prison, il n’a jamais avoué son forfait, alors que c’est cette copie qui a été longtemps montrée par la famille impériale d’Autriche à Vienne ! En 1872, c’est effectivement la famille Rothschild de Vienne, venue s’installer à Londres, qui a acheté ce qui serait le supposé vrai reliquaire, mais dont on ignore toujours totalement la provenance depuis 1397 !!!  Ce n’est qu’en plaçant côte à côte les deux exemplaires en 1959 que celui de Londres a été déclaré être l’original par des experts réunis du British Museum, du Victoria and Albert Museum et du Kunsthistorisches Museum de Vienne ! On veut bien les croire, mais qu’est-ce qu’il est moche !

Un prix faramineux 

On le notera, on ne parle plus de couronne d’épines, déjà toutes dispersées !!!  Paris, dans l’histoire, ayant été oublié dans la distribution, la faute au caractère « épineux » du dossier, sans aucun doute  !!!  (un ouvrage curieux, « Les épines de la Sainte Couronne du Christ en France » De Pierre Dor, les répertorie une par une).  « On comprend alors la reconnaissance des religieux lorsque, en 1205, ils reçurent de Philippe Auguste une nouvelle épine. Les embarras financiers de Baudoin II, le sens commercial des Vénitiens et le goût de saint Louis pour les reliques eurent pour résultat l’arrivée en France  de la Sainte Couronne – enfin d’une bonne partie – en 1239. Pour elle, pour une portion de la Vraie Croix et pour quelques autres reliques, le roi allait faire construire la Sainte-Chapelle » (page 159).  Et si Sainte-Hélène, bernée, était revenue avec un magasin complet de faux souvenirs, mais néanmoins sans épines dans une boule à neige dont l’invention sera bien plus tardive (comme celle de bon goût ici à gauche) ?  Il est vrai, Saint-Louis, lui avait sorti le chéquier… avec de gros zéros dessus, pour s’offrir une relique (supposée) du Christ. Il l’a achetée en effet 135 000 livres tournois de l’époque. Comme ça ne vous dit rien, on va traduire avec une  comparaison contemporaine.  La livre tournois fait alors 8,271 grammes d’or fin, si bien que le bon roi pieux avait déboursé pour l’acquérir 1,116 tonne d’or : soit 40 176 000 d’euros actuels.  En fait c’est bien pire que ça car, à ce moment là, le domaine royal rapportait 250 000 livres tournois :  St-Louis avait dépensé un peu plus de la moitié des revenus de tout son territoire pour se payer sa folie ! Ramené à notre époque c’est comme si on achetait aujourd’hui un bidule à… 150 milliards d’euros !!!  Ce que pèse aujourd’hui le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos.  Assis lui sur une autre couronne d’épines, il est vrai…

Saint-Louis en distributeur à saintes épines

Une fortune pour une poignée de joncs ! (Pour construire la Sainte Chapelle en très peu de temps, la deuxième partie du budget royal y passera…) Saint-Louis était-il devenu fou ? Au passage, en 1262, il refilera… une épine, encore une, à l’abbaye Saint-Maurice d’Agaune (c’est aujourd’hui en Suisse), enfermée dans la chasse dite de Teudéric. « Le centre du reliquaire est un bloc de cristal de roche d’une qualité exceptionnelle, sans aucune givrure ni défaut, taillé en amande et évidé depuis la pointe haute afin de recevoir une épine de la couronne du Christ que saint Louis offrit à l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune en remerciement des reliques des martyrs thébains apportées par l’abbé d’Agaune en 1262 au saint roi. ». Un Saint-Louis devenu véritable distributeur à épines, puisqu’on en retrouve une autre encore à St-Etienne, offerte à l’évêque du Puy et munie celle-là d’une sorte de certificat d’authenticité, avec un parchemin, une lettre manuscrite de 1239, signée de la main du roi ! Une épine enfermée dans un reliquaire du XIXeme de  l’orfèvre Armand-Caillat (ici à droite). Idem encore en Normandie, dans le diocèse de Séez, où on a peur aussi à voir… une épine de la couronne du Christ, encore une, dans un secteur jadis évangélisé par saint Martin de Tours et aujourd’hui confronté à un autre problème épineux.  Une épine, vous l’auriez deviné « offerte par Saint-Louis au couvent franciscain des Cordeliers ».  Un couvent décidément gâté : « le trésor de Sées abrite comme relique la Sainte Epine mais également un morceau de la Croix offert par Marguerite de Lorraine ».  Un double cadeau divin, pour résumer, apprécié jusqu’à aujourd’hui sur le net par les plus réacs ! 

Une couronne d’épines… sans épines !

Car ce qui a quand même intrigué dans cet achat compulsif au supermarché vénitien du trafic des reliques, comme on l’a vu, c’est l’apparence elle-même de l’objet acheté : « sans aucune ironie, Ch. Rohault de Feury écrit : «C’est dans le même temps que, par un singulier rapprochement, les Pisans consacraient un reliquaire du même genre à une autre portion de la couronne d’épines. Et la Santa-Maria-della-Spina de Pise est, comme la Sainte-Chapelle de Paris, une merveille d’architecture; c’est là qu’ont été conservées deux parties de la couronne, suffisantes pour nous faire bien connaître cet horrible instrument du supplice de Notre-Seigneur. Et par une autre coïncidence qui marque bien l’instabilité des choses humaines, ni l’une ni l’autre chasse de marbre ou de pierre n’a gardé jusqu’à présent sa relique…» La Couronne se trouve aujourd’hui à Notre-Dame de Paris. Transférée de La Sainte – Chapelle à l’abbaye de Saint-Denis par ordre de Louis XVI en 1791, rapportée à Paris en 1793, dépouillée à l’hôtel des Monnaies et portée à la Bilbliothèque Nationale en 1794, elle fut placée à Notre-Dame par ordre du gouvernement le 26 octobre 1804, reconnue le 15 octobre 1805 et transférée solennellement le 10 août 1806 par le cardinal archevêque de Paris. » La fameuse couronne est alors enfermée en 1806 dans un premier reliquaire, où elle est insérée dans un cylindre de cristal de roche. Un reliquaire qui la dissimule entièrement, puis par un second, un peu plus « visible » en 1862, de style néo-gothique  (ici à droite) d’une  hauteur de 88 cm pour une largeur de 49 cm et d’une lourdeur de dessin effrayante (dessiné par… Viollet-le-Duc, qui aura rendu moche tout ce qu’on lui a confié !), réalisé par l’atelier d’orfèvre de Placide Poussielgue-RusandC’est un socle ouvragé complexe où ont été figurés en bas Sainte Hélène, le roi Baudouin II, empereur de Constantinople, et … Saint Louis (ici de face), qui soutiennent une « monstrance circulaire » de verre, où est enchâssée la couronne proprement dite, qui demeure en fait fort peu visible, avec au-dessus « des fleurs de lys, enrichies de rinceaux et de pierres précieuses ».  En 1896, on change le cylindre de cristal de roche et d’argent doré et on la rend indépendant, et enfin observable par tous : c’est sa version actuelle. « Enfermée dans un anneau de cristal, la couronne se compose d’un anneau de petits joncs unis en faisceau » décrit Ch. Rohault de Feury :

Un drôle d’anneau  selon lui : « sa vue provoque une curieuse impression, ressentie même par Ch. Rohault de Fleury «Indépendamment de l’authenticité que l’on assure à la relique de Notre-Dame, l’espèce d’invraisemblance qui l’environne au premier aspect, et qui cesse bientôt après un examen attentif, prouve qu’elle était vraiment la couronne de Notre-Seigneur. Si on eût voulu composer, oser une couronne, d’après l’idée toute naturelle qu’on devait s’en faire et que les peintres ont suivie sans réflexion, on n’aurait pas simulé un anneau de joncs au lieu d’épines, et on ne l’eût pas fait d’ailleurs trop grand pour la tête. »  Drôle d’argument développé par de Fleury : en somme c’est obligatoirement la bonne, puisque ce n’est pas du tout ce qu’on s’attendait à voir !!!  Etrange vue de l’esprit !!!  Une vision totalement annihilée par une autre découverte… car, en prime, ce fameux anneau de joncs trop large pour tenir sur une tête n’est pas du tout représentatif de ce qui avait été acheté par St-Louis, nous apprend un peu plus loin Jacques Charles-Gaffiot dans une « Une passion française ». Car Jésus aurait ceint une sorte de bonnet d’épines (XXX), et non une couronne, selon lui :  « la Couronne d’épines vénérée à Notre-Dame se présente actuellement à la manière d’un cercle de joncs, appartenant à l’espèce juncus balticus, enchâssé dans son reliquaire. Selon la magistrale étude réalisée à la fin du XIXe siècle par Ch. Rohault de Fleury, ces végétaux sont creux et striés de côtes longitudinales, leur diamètre oscillant entre un millimètre et un millimètre et demi. Liés entre eux par des ligaments de même nature, ils forment ainsi un bandeau circulaire d’environ quinze millimètres d’épaisseur avec, à l’intérieur de la circonférence ainsi définie, vingt et un centimètres de diamètre. Trop large pour être ceint sur la tête du condamné, ce cercle de joncs constituait une sorte d’armature souple destinée à maintenir les branches d’épines placées sur toute la surface du chef du supplicié et par laquelle, en s’y enfonçant, les épines pouvaient se maintenir plus facilement. Mais la forme actuelle de la relique n’est plus comparable à celle que la Couronne présentait lorsqu’elle fut remise à Saint Louis ou lorsqu’elle se trouvait encore exposée dans la grande châsse de la Sainte-Chapelle ».

« Les auteurs qui ont pu l’examiner de près, avant son départ de l’oratoire construit par Louis IX, nous apprennent « qu’elle n’avait pas seulement la forme d’un bandeau destiné à ceindre le front, mais la forme d’un bonnet (2) destiné à couvrir toute la partie supérieure de la tête ». Cette forme de simple bandeau que la relique présente désormais lui fut donnée en 1806 lorsque la Couronne, déposée au Cabinet des antiquités de la Bibliothèque royale, fut restituée au clergé qui souhaita la préserver en la plaçant dans un reliquaire en forme d’anneau circulaire ». Bref ce que l’on voit aujourd’hui n’est qu’une partie de ce qui a été ramené… d’on ne sait où exactement !!! Mais pourquoi diable l’Eglise a-t-elle pris la responsabilité d’en changer l’apparence ? N’aurait-elle pas cherché à faire davantage coïncider la légende avec la réalité, le mot « couronne » étant désormais seul admis comme objet de la Passion ? Le mot « bonnet » évoquant par trop celui phrygien des saccageurs de cathédrales ?

Pour une poignée de joncs

Selon Pierre Dor, dans son ouvrage « Les épines de la Sainte Couronne du Christ en France » , déjà cité ici, ce ne sont bien que des joncs : « alors que la plupart des chroniqueurs relatent l’arrivée en 1239 de la couronne d’épines en France, quelques auteurs font encore état d’une relique de couronne d’épines à Constantinople après cette date. On entend parler à nouveau de cette relique à partir de 1356 : Jean Mandeville déclare en effet, dans ses Voyages autour de la terre, qu’il a vu (vers 1322) une partie de la couronne d’épines à Paris, l’autre se trouvant à Constantinople ; l’une consistant en joncs, l’autre en branches épineuses, dont les épines brisées étaient dans un reliquaire pour les distribuer « à grans seigneurs ». Il conclut que les branches épineuses de Constantinople, tressées à l’origine autour de la Couronne de joncs de Paris, en avaient été séparées et qu’elles demeurèrent à Constantinople quand la Couronne fut engagée à saint Louis. En fait Paris dut acquérir, outre le faisceau de joncs, des épines, puisque les rois en distribueront à un certain nombre de personnalités ou de lieux consacrés ; mais il est intéressant de rencontrer chez Mandeville l’opinion, qui sera confirmée tout à l’heure par don Antonio de Beads, selon laquelle les épines se conservaient à part du faisceau de joncs. Le fait que Mandeville soit l’un des seuls à nous parler de la portion de couronne d’épines ou plutôt des épines restées à Constantinople nous invite à considérer la relique de Constantinople comme de peu d’importance en taille. On ne trouve, en dehors de son témoignage, que Buondelmonte pour en parler en 1422 : la portion de couronne d’épines était alors vénérée au couvent Saint-Jean-de-Pétra à Constantinople. Parmi les reliques proposées par Bajazet à Charles Vlll en 1488 et alors conservées au palais du Sérail, ne figure pas de relique de la couronne d’épines ». 

Pas de problème pour une épine sacrée : ça résiste au feu !

Le vaillant pompier qui s’est précipité dans le feu à Notre-Dame pour sauver la couronne d’épines dépourvue d’épines aurait pu se renseigner avant comme on va l’expliquer maintenant. En Italie, où l’on appelle  «Spina » on en trouve aussi, et ,jusque dans les plus petites églises : le magasin de bricolage divin lancé par Sainte-Hélène a ouvert des succursales partout. « Même la petite église de Santa Caterina, située sur le plateau des sept municipalités, conserve une sainte épine (ici à gauche): à l’intérieur se trouve la relique d’une épine de la couronne du Christ, objet sacré qui fait l’objet d’une grande vénération; La légende raconte que, pour prouver son authenticité, elle fut brûlée en 1533 avec d’autres épines sauvages ramassées dans différents buissons: les flammes brûlaient tout sauf l’épine qui aurait été trouvée non brûlée parmi les cendres. La fête de la Sainte Épine a lieu chaque année le 14 septembre dans le hameau de Santa Caterina. Un livre publié par un magazine local a été écrit sur l’histoire de cette épine sacrée et de l’église qui la détient en 1999 (…) » En haut, c’est celle d’Andria, agrandie, avec à droite son reliquaire. A gauche ici, c’est celle de Sant ‘Elpidio a Mare. A droite, ci-dessous, celle d’une autre « Sacra Spina » liée aux princes d’Avalos, seigneurs féodaux de la ville de Vasto, avec une épine qui a été donnée par le pape Pie IV au célèbre gouverneur de Milan, Don Ferdinando D’Avalos, et déposée dans l’église de Santa Maria Maggiore.  Il y en a partout en Italie ! A Petilia Policastro, en Calabre, il y en a une aussi, amenée tardivement le 22 août 1523, et installée en 1895, dans une « riche monstrance » , « offerte par le clergé de Petilia, fermé par des cristaux épais soigneusement scellés par les autorités ecclésiastiques ».  A Petilia, le reliquaire a été refait il y a quelques années et présenté en grande pompe, le 18 février 2004, par l’orfèvre au pape Jean-Paul II, dont l’absence totale de progressisme n’est plus à prouver :  il s’est empressé de la signer de main.  On peut suivre l’aventure ici…  si les papes aussi s’y mettent…  On a édifié un monument consacré à l’exposition d’une autre épine et donc appelé Chiesa di Santa Maria della Spina, située en plein Pise sur la rive gauche de l’Arno.
Un petit bâtiment de style gothique tardif, sur la rive gauche de l’Arno, commencé en 1230, à demi-achevé puis reconstruit vers 1322 grâce aux donations de la famille Gualandi . Un bâtiment  appelé au départ Santa Maria di Pontenovo  et qui change de nom en 1333 quand on lui apporte une « Spina » (épine) de la couronne du Christ.  Elle n’est plus aujourd’hui à son emplacement d’origine : les incessantes inondations de l’Arno on fait qu’on là à nouveau démontée et déplacée en 1871 dans un endroit plus haut.  Ce n’est plus un église, c’est aujourd’hui un musée assez désert d’ailleurs, qui met en place des expositions temporaires.  Si bien qu’on n’a pas de difficultés à retrouver la fameuse épine, qui a été rapatriée au siège de ce qui la gère, à savoir la petite église de Santa Chiara, l’ex Santo Spirito construite en 1227. Pourquoi donc cette relative désaffection autour d’un symbole si réputé, je l’ignore. Censée avoir été apportée à Pise par un marchand puis donnée à la famille Longhi, ce sont ses « miracles » qui l’auraient consacrée, amenant Benedetto Longhi à l’abandonner à la piété publique en 1333.  On l’a redéplacée du 2 au 8 avril 2017 , dans la Chiesa di Santa Maria della Spina lors d’une exposition en l’honneur des migrants. Pourquoi donc la minimiser aujourd’hui, je n’ai pas de réponse non plus… Son reliquaire semble montrer une épine mais aussi un rameau, ce qui en fait une représentation à part de plus….

Jusque dans les plus petites églises on en trouve, en effet, des épines : « Dans la municipalité de Quarrata, dans la province de Pistoia, la petite église Santa Maria Assunta de Colle, restaurée et agrandie au XXe siècle par l’architecte Giovanni Michelucci, conserve une épine sacrée, offerte par le roi de France à Beatrice dei Borboni, épouse de Roberto, sixième fils du roi Charles Ier de Naples. Par diverses vicissitudes héréditaires, elle aboutit presque oubliée dans la chapelle de la villa de Capezzana, à la frontière avec Colle di Quarrata. Dans les années 1920, le curé de la paroisse de Colle demanda et obtint que la relique soit conservée dans sa propre église, où elle se trouve encore aujourd’hui, afin de pouvoir l’exposer à la vénération des fidèles ». Elle avait été offerte par le fils de Saint Louis au bienheureux Clément Briotti de Sant’Elpidio a Mare, général de l’ordre des Augustins, qui s’était rendu en France en 1274 pour assister à la cérémonie. Une épine qui revient de loin : dans la nuit du 8 septembre 1377, Rinaldo da Monteverde, tyran de Fermo, se venge de sa défaite et met le feu à la ville ennemie de Sant ‘Elpidio a Mare et permet à Fermo de voler l’épine sacrée, qui sera ensuite déposée sur l’autel de l’église de Sant’Agostino, à Fermo.  A cette époque, dans l’église des Dominicains de Fermo, un autre épine était vénérée, et l’arrivée de la nouvelle relique était devenue un problème… concurrentiel !!! (à gauche, c’est encore une autre épine, admirée à Bari).  Ce qui a fini par agacer l’évêque du coin, qui a trouvé la solution pour départage laquelle était la bonne  : « l’évêque de Fermo, Antonio de Vetulis, a alors décidé de mettre fin aux désaccords survenus parmi les citoyens en soumettant les reliques à «l’épreuve du feu».  C’est donc l’incendie qui a décidé : l’évêque, en présence des personnes rassemblées sur la grande place, jeta les deux épines dans un grand brasier brûlant. Les flammes ont immédiatement consumé l’épine des Dominicains, tandis que celle de Sant ‘Agostino est restée intacte et s’est même élevée, témoignant de la foule enthousiaste et acclamante ». »  Le prodigieux événement ne fit qu’intensifier le culte de l’épine sacrée:  en 1405, le précieux reliquaire fut sculpté dans le style gothique et argent doré, qui s’ouvre et se ferme à l’aide de trois clés » A se demander si on avait si besoin que ça de pompiers, à Notre-Dame, puisqu’elle est normalement immunisée par sa « vraie » couronne….  On a raté une belle occasion de vérifier s’il s’agissait bien d’une couronne sainte !!!  Personnellement je saluerai plutôt leur courage et conclurai qu’il doit plus pousser d’acacias en Italie qu’en France… (à droite c’est l’épine adorée à Gênes) :  la spécialité de la Calabre ça tombe bien, étant, outre la mafia, le miel d’acacia (ou de sainfoin)… les deux éléments à réunir pour faire la recette de bonnes reliques italiennes ?

La farceuse qui bourgeonne

« En Italie également, les épines saintes sont nombreuses: sur les 194 enquêtées dans 83 municipalités différentes, seules 29 présentaient des phénomènes de nature remarquable « . Autrement dit ça fait un beau lot de fausses !!! Une bonne trentaine encore, rien que pour l’Italie !  L’une d’entre elles, apparue tardivement à San Giovanni Bianco en 1495, aurait été apportée par Vistallo Zignoni, un arbalétrier de l’armée de Francesco Gonzaga, qui, à la bataille de Fornovo contre le roi de France Charles VIII, l’aurait ramassée sur place (un reliquaire tout fait, quelle trouvaille !).  Or celle-ci entretient depuis le suspens, car c’est une marrante, dans son genre : en 1615, l’évêque Giovanni Emo est en effet témoin de sa… floraison, et deux cent ans après, en 1885, l’évêque Guindani a constaté une floraison similaire, « devant trente-cinq témoins » dit-t-on. 

En 1921, la voilà qui devient couleur vermillon, puis qui vire au rouge-sang en 1932 et apparaissent de petits cristaux, comme le constatera l’évêque de Bergame en personne, alors accompagné d’un dénommé Luigi Maria Marelli (le futur pape Jean XXIII).  On attend à nouveau 70 ans et le 25 mars 2016, la voilà à nouveau présentant un suintement perlé et une couleur vermillon, constatée à nouveau par l’évêque de Bergame, Mgr Francesco Beschi, cette fois.  Gag supplémentaire, « cela ne se produit que lorsque le 25 mars coïncide avec l’Annonciation de Marie, et la célébration du vendredi saint. » Quelle chance, dites-moi !  Observée de plus près, cette épine n’a pas grand chose d’une épine et bien davantage d’une tige à bourgeons. Le reliquaire « trouvé » sur le champ de bataille serait-il un bac Riviera déguisé, alimentant en eau la tige contenue dans son bocal ?  Qu’en pensent les jardiniers ? Mieux encore, puisque la plante verte dans le bocal d’une consœur, celle d’ Andria, une petite cité médiévale de l’Italie du Sud, proche de Bari, qui possède aussi son épine de la Sainte Couronne, comme on l’a dit un peu plus haut, «  fonctionne » étrangement les mêmes jours.  Elle présente aussi une particularité miraculeuse : « les traces de sang visibles sur la superficie, de diverses grandeurs, rougissent et deviennent vives lorsque la fête de l’Annonciation, le 25 mars, coïncide avec le Vendredi Saint.  Ce prodige eut bien lieu le 25 mars 2005, jour du Vendredi Saint. Cette année, l’annonce de l’Incarnation du Seigneur et la mort de Jésus en croix étant commémorées le même jour, l’attente de ce prodige n’a pas été vaine» relate ici la presse (d’extrême droite, qui relaie l’info venue d’Italie). « A 19h hier soir, la Commission Spéciale de la Sainte Épine s’est réunie dans la Salle du Chapitre de la cathédrale de Andria. C’est ce que mentionne une note du diocèse – diffusée hier soir – par laquelle on informe que, en présence du notaire Paolo Porziotta,a été établi un procès-verbal d’où il ressort que : “vers 16h10, a été constaté la présence d’un léger gonflement de couleur blanche de forme sphérique, comme un bourgeon, distant d’environ 3 mm de la pointe, côté droit de l’Épine, plus précisément sur le bord de l’entaille du sommet. »  Mouais, ça paraît moins flagrant, ce coup là, et on remarque que l’épine ressemble beaucoup à un rameau, ou une branche comme à San Giovanni Bianco… et que les « traces de sang » annoncées sont devenues deux petits points blancs… imperceptibles. San Giovanni Bianco et Andria, voilà qui rappelle un peu le match Conques-Figeac, non ???  Les deux événements se produisant au même jour particulier… avec des rémissions, il semble aussi : ce n’est pas chaque année.  Dieu tient à garder l’effet de surprise…   On rappelle simplement que les épines de l’acacia prunellier (ici à droite) ont fait partie depuis toujours de vieux rituels païens (il est très présent dans le folklore irlandais (3) ) et que nombre de leurs épines comportent des ramifications, qui une fois coupées, donnent des points blancs…

La concurrence est rude chez les épines

Sur le marché des reliques, on l’a vu, la concurrence a été rude et la médiatisation plus ou moins réussie au cours des siècles.  En ce sens, la pauvre petite église Saint Matthieu de Perpignan a perdu au loto de la plus connue, face à Notre-Dame. Revenons donc à une énième légende : « en 1270, saint Louis remit quatre épines de la Sainte Couronne à son fils, Philippe III le Hardi lorsque celui-ci monta sur le trône (décidément l’image du distributeur à épines n’est pas fausse !) et qu’il conserva dans le pommeau de son épée. Alors qu’il guerroyait contre l’Aragon, sous prétexte de « croisade », Philippe III tomba mortellement le 5 octobre 1285 à Perpignan. Avant sa mort, il fit remettre les quatre épines en l’église saint Matthieu qui était alors l’église la plus proche du palais royal. Depuis cette date, elles sont toujours exposées et vénérées solennellement le vendredi saint et le sixième dimanche du Temps Pascal. »  Ouah, quel cadeau : il y en avait 4 d’épines dans l’épée  ! Oui, mais un cadeau embarrassant : c’est en 1590 que, pour gérer la sortie du reliquaire et son exposition régulière, a été créé la Confrérie des Saintes-Epines (oui, ça existe, mais celle du St Prépuce pas, allez donc savoir pourquoi !) et quand l’Eglise fut détruite par les espagnols et reconstruite sur son site actuel, à la fin du XVIIe  siècle, c’est donc dans la chapelle qui fut consacrée aux Saintes-Epines que les membres de la confrérie se sont installés naturellement, avec leurs uniformes de robe noire, et leur cordelière verte symbolique. Or les vocations chez ces gilets jaunes de paroisse se tarissent et les 60 membres voient leurs troupes mincir à vue d’oeil.  En 2011, son président effectuait un appel au peuple pour renouveler les troupes. Il ne sont plus qu’une trentaine aujourd’hui. A peine si on remarque que les fameuses épines ressemblent plutôt à celles provenant du même lot offert au roi d’Angleterre par Saint-Louis le partageur (ça sent à nouveau l’acacia, ça !) ! Ni que sur les 8 de départ comptabilisées par Charlemagne, rappelez-vous, Saint-Louis en aurait refilé la moitié à son fiston ? Ah, ce n’était pas la même, de couronne ? Excusez-moi, mais j’ai du mal à comptabiliser les épines il semble bien, à force !  Comble de l’horreur, la pauvre église à failli elle aussi cramer, en mai 2015, alors qu’elle était aussi en travaux (décidément !), mais sans émouvoir le moins du monde Stéphane Bern et le monde entier, et ce malgré son « super trésor » à l’intérieur.  Selon la presse, l’incendie avoir été criminel, celui-là. De là à ce que les complotistes DaVincistes Codistes (?) nous trouvent un lien avec une volonté incinératrice à épines divines, il n’y a qu’un pas… car la concurrence est de plus en plus rude, non pas chez les ordres, mais dans le petit commerce actuel.  A ma grande surprise en effet, on peut se procurer aujourd’hui sur E-Bay un bout de Sainte-Epine, avec « une inscription en latin »  («  EX SPINAE D.N.J.C. », trop drôle! ), contre 2 000 dollars seulement, « livrable en 14 jours, » jours saints compris ou le temps de faire une neuvaine, je suppose :

J’en ai même trouvé une autre, avec l’inscription « S.SPINA COR.D.N » et un sceau de spire la certifiant (je ne sais quoi) mais figurant les armoiries d’un.. évêque « toscan » dont je n’ai pas pu reconnaître le sceau :

J’ai même trouvé un clou du Christ à 45 dollars, mais qui ne m’inspire pas trop confiance, ressemblant un peu trop à un clou géant de tapissier. Détail savoureux: celui-là est au moins plus long que celui de Notre-Dame : il fait 13,5 x 3,5 cm selon son vendeur, qui ne garantit pas, hélas, ses facultés miraculeuses (on ne peut pas tout avoir !)

 

Une petite dernière… dans le coq !

Un simple anneau, donc, bien vide d’épines, sous le cristal c’est cela donc que l’on admire aujourd’hui (ici à droite): « Les épines, en effet, sont ailleurs. Ch. Rohault de Fleury, allant beaucoup beaucoup plus loin que Calvin, ne compte pas moins de cent quarante-sept épines simples, branches de zizyphus et joncs conservés comme reliques en soixante-dix-huit lieux différents, reconnaissant volontiers qu’il est possible de douter en plusieurs cas de leur authenticité, mais insistant sur la grande quantité possible d’épines pouvant être contenues par le cercle de joncs » (cf page 159).  Selon Collin de Plancy, « la couronne de la Sainte-Chapelle opérait autrefois un si grand nombre de guérisons miraculeuses qu’il n’y avait plus de place pour les béquilles des boiteux et autres ex-voto de gens remis en santé », mais le miracle le plus connu est assurément celui de la Sainte Epine de Port- Royal de Paris, guérissant la petite pensionnaire Périer, nièce de Pascal, qui était affligée d’une fistule lacrymale au coin de l’oeil gauche depuis trois ans et demi ».  Le bidule sacré est donc incomplet, mais à l’évidence il fonctionne quand même !!!  Est-il moins efficace sans ses épines, l’aurait-il guérit davantage avec ? Désolé mais on ne possède pas de statistiques pour le conclure… Pour Calvin, il y en a eu bien plus encore d’épines, de fausses épines s’entend : « à propos de la couronne d’épines, il faut dire que les pièces en ont été replantées pour reverdir; autrement, je ne sais comment elle pourrait être ainsi grandir à nouveau. Comme exemples, il y a la troisième portion en la Sainte-Chapelle de Paris, à Rome, en l’église Sainte-Croix, où il y en a trois épines; en l’église Saint-Eustace, de Rome même, quelques quantités; à Séne, je ne sais combien de quantités, à Vicence, une; a Bourges, cinq; à Besançon, en l’église de Saint-Jean, trois; à Mont-Royal, trois; à Saint-Salvador en Espagne, je ne sais combien; à Saint-Jacques, en Galice, deux; à Alhi, trois; à Toulouse, à Màcon, à Charroux en Poitou, à Cléri, à Saint-Flour, à Saint-Maximin en Provence, en l’abbaye de la Salle, en l’église paroissiale de St-Martin à Noyon : en chacun de tous ces lieux, il y en a pour le moins une. Quand on aurait fait diligente inquisition, on pourra en nommer plus de quatre fois autant. Nécessairement on voit qu’il y a là de fausseté. Quelle confiance donc peut-on avoir ni des unes ni des autres? Avec ce, il est à noter que, en toute l’Eglise ancienne, jamais on ne sut parler de ce que cette couronne était devenue. Par quoi il est aisé de conclure que la première plante a commencé à pousser longtemps après la passion de notre Seigneur Jésus-Christ ». Un dernier point, ou plutôt une dernière épine : la flèche (4) de Viollet le Duc culminait à 93 mètres de haut, celle dont l’effondrement a tant marqué les esprits en tombant en direct à la télévision: cette nouvelle religion possédait à son sommet un coq de cuivre. Or ce fameux coq, fabriqué en 1835 par les Ateliers Monduit, retrouvé bien cabossé mais atterri on ne sait comment chemin de ronde de la nef, contiendrait aussi une relique de Saint Denis, le premier évêque de Paris, une autre de sainte Geneviève, patronne de la capitale… mais aussi une énième épine de la couronne du Christ qui avait décidé de voler haut… on ignore en revanche quelle réplique des trois aurait permis ce nouveau miracle :  Geneviève plus forte que le Christ ?  Ou tout simplement un coq qui ne savait pas voler bien loin ?

Le roseau d’Harry Potter et l’éponge manquante 

Reste un autre élément oublié, qui nous ramène à Harry Potter  c’est une baguette en roseau, (si l’on est né entre le 28 octobre et le 24 novembre), et un sceptre parodique : «  Le roseau placé dans la main droite de Jésus par les soldats en signe de dérision a été offert à la vénération des fidèles en divers endroits, mais les historiens sont également discrets sur la provenance et la nature de la relique. II en existe un fragment au dôme de Florence, un autre au couvent d’Andechs en Bavière, deux autres au couvent de Watoped du Mont-Athos. Collin de Plancy en signalait une partie importante à la Sainte-Chapelle, une partie non moins importante à Novgorod (un bambou) et une troisième partie aussi importante à Saint-Jean-de-Latran (un bâton d’un bois singulier de couleur brune). Il ajoutait « Il paraît certain que lorsque Mahomet Il prit Constantinople, en 1453, on y trouva le roseau que les soldats avaient mis à la main de Jésus, en guise de sceptre et que Mahomet fit garder soigneusement cette relique dans son palais.» (page 160).  Dans l’iconographie traditionnelle, Jésus portait aussi un bâton :  à droite c’est une sculpture du Musée du Vatican où l’on voit Jésus ressusciter Lazare d’entre les morts muni d’un bâton (5).  Une sorte de… baguette magique !!!!  Mais pas de bâton présent lors de la Passion, bien sûr.

Le roseau perdu on ne sait où, c’est dommage car selon la tradition juive de l’ensevelissement, on aurait dû le trouver dans le tombeau « tous les objets du mort tachés de sang étant mis dans la sépulture. » Selon Saint Grégoire de Tours, au VIesiècle la Couronne aurait « été conservée aussi bien que la Lance, le Roseau, l’Éponge, et la Colonne de flagellation ». La fameuse éponge étant celle imbibée de vinaigre tendu à Jésus lors de sa crucifixion.  Le gag, c’est que selon une légende tenace, cette « Sainte Éponge » aurait fait partie prenante du lot acheté une fortune par St-Louis à Constantinople à Baudouin II, et elle aurait elle aussi fait partie des reliques de la Sainte-Chapelle à Paris avec la couronne d’épines et un morceau de la vraie Croix !!! Qu’en pense Bob, le spécialiste, ici à droite ? L’Eglise, elle, s’est toujours refusée à en faire une relique. Pourquoi donc, voilà bien le problème ! Au XIXeme siècle, un livre parle d’une « Sainte Éponge » visible dans l’église Saint-Romain de Chirac en France, enfermée « dans un reliquaire en argent » (une éponge à bière Corona ?).  Un autre ouvrage la situe à l’abbaye de Fleury. Il en existerait une autre, dans la chapelle des reliques de la Basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem, paraît-il… mais l’assertion a été faite en 1821 par un auteur anticlérical Collin de Plancy.  A Notre-Dame de Nantilly, (une église romane à Saumur, à visiter; superbe !!!) en revanche, une très belle tapisserie présentant les anges ou des prêtres comme porteurs des instruments de la passion (ils ont tout rapporté au ciel, ces déménageurs ailés ?) montre très clairement cette fameuse éponge (ici sur la droite). Une tapisserie du XVIème siècle, dont l’origine reste très indécise mais qui est magnifique ! :  Dedans, l’un des prêtres tient la croix, mais aussi trois énormes clous, l’évêque tenant une couronne aux branches très épaisses…

(1) une épine plus proche de celles de l’acacia, comme on peut le voir ici, ou celles de l’acacia d’Afrique, que mangent les girafes, qu’autre chose (ici à droite). Un acacia jamais cité comme étant à l’origine de la couronne d’épines divine, à propos de laquelle l’on cite plutôt le nerprun ou plutôt l’aubépine

(2) un bonnet contraire à la vison de la mystique Anne-Catherine Emmerich, « la première voyante à recevoir la vision complète de la vie de Jésus-Christ, « censée avoir fait découvrir aussi la sépulture et la maison de la Vierge Marie annoncée comme redécouverte en 1881 par l’abbé Julien Gouyet sur une colline près d’Éphèse (en fait ce n’est pas la bonne, ne correspondant pas aux Evangiles).  Dans sa vision lisible sur le net, elle ne décrit pas du tout la même chose : « elle était haute de deux largeurs de main, très épaisse et artistement tressée. Le bord supérieur était saillant. Ils la lui placèrent autour du front en manière de bandeau, et la lièrent fortement par derrière. Elle était faite de trois branches d’épines d’un doigt d’épaisseur, artistement entrelacées, et la plupart des pointes étaient à dessein tournées en dedans. Elles appartenaient à trois espèces d’arbustes épineux, ayant quelques rapports avec ce que sont chez nous le nerprun, le prunellier et l’épine blanche (de l’Aubépine) Ils avaient ajouté un bord supérieur saillant d’une épine semblable à nos ronces : c’était par là qu’ils saisissaient la couronne et la secouaient violemment. J’ai vu l’endroit où ils avaient été chercher ces épines. Quand ils l’eurent attachée sur la tête de Jésus, ils lui mirent un épais roseau dans la main ». En aucun cas, la mystique ne cite des joncs !!! (en photo à gauche c’est la couronne exhibée par l’acteur Willem Dafoe dans la Dernière Tentation du Christ de Scorsese, sorti en 1988, la plus proche il semble de celle de la Passion, car enveloppant toute la tête comme un casque à épines, l’erreur consistant, là, à lui faire porter sa traverse de croix. Mais la crucifixion est globalement bien représentée, avec l’usage de cordes (ici à droite). Ce qui ne l’a pas empêchée d’être béatifiée le 3 octobre 2004 par le Pape Jean-Paul II !!! Une extra-lucide, même, selon ses suiveurs : « Non seulement elle a vu la passion du Sauveur, mais pendant trois ans, elle l’a suivi dans tous ses voyages à travers la Palestine et hors de la Palestine. La nature du sol, les fleuves, les montagnes, les forêts, les habitants, leurs mœurs, tout a passé sous ses regards dans des images claires et distinctes. En outre, elle pouvait plonger son regard dans un passé bien plus éloigné (Adam et Ève) et embrasser l’histoire entière ». Elle aurait pu nous dire, donc, si l’arbre d’Adam avait bien servi à faire ou non la  Croix !

(3) le conte de la Belle au Bois Dormant est très fortement lié au prunellier, que ce soit au niveau de la blessure qui cause le sommeil de la Belle, car les fuseaux étaient souvent en prunellier, ou au niveau des arbres épineux qui protègent son château.

(4) notre présentateur télévisuel, amateur de Loto, et ses émissions à encensoir à mondanités (quel gâchis télévisuel !), ravi d’une certaine manière de l’aubaine, y est allé de son opinion, pour la reconstruction de la flèche :  » L’animateur Stéphane Bern, qui défend le patrimoine ancien, a repris les propos de la tête de liste des Républicains aux élections européennes, François-Xavier Bellamy, appelant à «un peu d’humilité» devant un édifice dont les bâtisseurs étaient restés anonymes. Partisan de «refaire Notre-Dame à l’identique», M. Bern a fustigé samedi sur France Info «les délires de certains architectes, qui sont tapis sans l’ombre». C’est vraiment à ça qu’on les reconnaît à dit un jour Audiard. Il n’a jamais compris l’Histoire, et ce n’est pas aujourd’hui qu’il va commencer à le faire… laissons le regagner « Laissez-vous guider », avec Lorant Deutsch, son voisin de palier, côté méconnaissance historique… l’une de ses filles à lui, ne rigolez pas, s’appelle… Sissi !!! C’est lui qui a dit un jour que « L’Education Nationale est en train de transformer l’Histoire de France en croisière Costa. » Il est fait pour s‘entendre avec Bern, à bien y regarder !!

(5) un Lazare qui.. pue (la mort ?) : « Étrange et problématique résurrection que celle de Lazare de Béthanie : le Christ laisse mourir un ami, le frère de Marthe et Marie, pour mieux le ressusciter. Mais ce qui s’annonce comme une manifestation de la puissance thaumaturgique de la divinité s’impose dans son ambivalence : lorsque le Christ arrive devant le cadavre, celui-ci pue, où pour le dire anachroniquement avec les mots de Marthe, « il fouette » (jam foetet). De façon exceptionnelle, le Christ pleure devant le tombeau, puis invite Lazare à sortir : « Et aussitôt sortit celui qui avait été mort, lié aux pieds et aux mains de bandelettes, et le visage enveloppé d’un suaire » (Évangile selon Jean, XI, 44) (…) L’odeur du ressuscité intervient au sein d’un système sensoriel complexe où Lazare s’oppose à sa sœur, Marie « aux parfums », dont l’Évangile nous rappelle qu’elle oignit le corps du Christ. L’ensemble du chapitre fait d’ailleurs un usage probatoire des sens, mettant en valeur la capacité de la vision à susciter l’adhésion : ceux « qui avaient vu ce que fit Jésus, crurent en lui » – ceci alors même que le visage de Lazare est décrit comme occulté par un suaire. Dans ce contexte, la puanteur du ressuscité fonctionne comme une garantie, preuve ultime et dégoûtante que Lazare est bien mort et non-assoupi comme on aurait pu le penser. Preuve aussi que le Christ a effectivement affronté la mort dans toute son horreur.

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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