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Les profiteurs de guerre oubliés (5) : l’épisode incroyable des avions ensemenceurs de typhons

Les surprises ne sont pas terminées ! On a vu que les dirigeants de sociétés d’aviation privée concurrençant les militaires étaient prêts à tout pour engranger des bénéfices. Aujourd’hui, cela va prendre une dimension homérique, avec cette histoire abracadabrantesque d’avions chasseurs de nuages, dignes de l’épisode français des avions renifleurs…. sous Giscard d’Estaing (*).  Les méthodes sont certes différentes mais le résultat est le même : les deux gouvernements concernés ont dépensé des milliers de billets pour un résultat complètement nul…

dynomat_canberra-cd5beChez Global-Aerogroup, tout est bon pour faire du business. Y compris des projets, pourvu qu »ils nécessitent des avions, payés à l’usage rubis sur l’ongle par le gouvernement US.  Plus surprenant encore, et ça va ravir les complotistes des chemtrails (inexistants, je le rappelle) : de 2001 à 2003 Mark Daniels se retrouve en effet à la base d’un ensemencement de nuages à haute altitude utilisant un Canberra anglais et non un B-57 (à « bulle » comme cockpit et non la version US en tandem, mais avec son deuxième siège décalé) qui larguait un produit chimique spécial et « biodégradable » pour briser ou ralentir les ouragans.  Le procédé est ancien, et des sociétés américaines l’utilisent en agriculture pour faire pleuvoir, notamment en Afrique.  La société spécialisée « s’appelant « Weather Modification Incorpored« , qui est installée au Dakota du Nord , comme j’ai pu le décrire ici pour le cas du Mali.  Il utilise la dissémination de cristaux d’iodure d’argent pour attirer autour d’eux la vapeur d’eau contenue dans le nuage.  Une idée originale des chercheurs Vincent Shaefer et Bernard Vonnegut, datant de 1946… Les résultats ont été en général peu probants.  Evidemment, dans notre cas de figure, vu l’objectif visé, le procédé était douteux.  Mais selon Daniels, « Le programme a été très réussi, mais a été arrêté par la NOAA politiquement parce qu’il impactait leur financement de la recherche. » En réalité, cela signifiait surtout que des milliers de dollars avaient été dépensés en pure perte.

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canberra désertLe procédé mis en place a été plutôt bien documenté , on le trouve décrit tel quel sur Wikipédia : «  Alexandre Chorin de l’Université de Californie, Berkeley, avait proposé le largage de grandes quantités d’huiles écologiques sur la surface de la mer pour empêcher la formation de gouttelettes. Des expériences menées par Kerry Emanuel du MIT en 2002 a suggéré que des vents d’ouragan seraient perturbés par une nappe de pétrole, ce qui le rendrait inefficace. D’autres scientifiques ont contesté la base factuelle du mécanisme théorique présumé. La société de Floride Dyn-O-Mat et son chef de la direction, Peter Cordani, a proposé l’utilisation d’un produit breveté, il développé un fluide, appelé Dyn-O-Gel, pour réduire la force des ouragans. La substance est un polymère sous forme de poudre (un dérivé de l’acide acrylique), qui aurait la capacité d’absorber 1 500 fois son propre poids en eau. La théorie est que le polymère tomberait dans les nuages pour éliminer l’humidité et les vents. Leur force à utiliser plus d’énergie pour déplacer les gouttes d’eau plus lourdes, contribuerait ainsi à dissiper la tempête ». Ça semble farfelu, mais l’Etat américain accordera beaucoup d’argent pour en tester l’efficacité : doit-on y voir là un G.W.Bush fort critiqué par sa gestion de l’ouragan Katrina cherchant tout ce qu »il pouvait trouver pour dire qu’il s’en occupait ? Non, car les essais ont été menés bien avant ! Quatre ans même !!! Le hic du procédé étant la retombée du produit largué.

codoni« Lorsque le gel atteint la surface de l’océan, il semble qu’il se dissolve (notez le « il semble » : dans une interview, Cordani avait dit qu’il y avait « moins de poison dans des frites que dans son gel » miracle !). Peter Cordani (ici en pleine démo) a fait équipe avec Mark Daniels et Victor Miller, les propriétaires d’une entreprise de passation des marchés publics AeroGroup Aviation. Quelques avions tactiques uniques ont été exploités. En utilisant un bombardier B-57, AeroGroup a testé la substance en la laissant tomber sur une grosse cellule orageuse au large de la côte est de la Floride. Les essais ont été documentés sur film et ce qui a été fait suivi vu avec succès sur le radar Doppler. En 2003, le programme a été arrêté en raison d’une pression politique de la NOAA. Les simulations numériques effectuées par la NOAA avaient montré que ça ne serait pas une solution pratique pour les grands systèmes comme un cyclone tropical ».

canberra-lsv-cropped-335f7L’avion (vu ci-dessus) à Nellis en 1999) apparaît en effet dans le film complotiste  « Owning the Weather (part2) », il est ici à gauche) « . On s’aperçoit qu’il est gris très clair et a gardé ses stries noires et jaunes des avions d’entraînement anglais et présente même toujours la cocarde de la RAF. Il est bien anglais en effet, et c’est même le WJ574 (« 844 »). L’avion était arrivé le 31 octobre 1978 WJ574 avec son compère le TT 18 (WJ717) pour des essais indéterminés à Key West, en Floride, avant de revenir en Angleterre. Mis au repos en 1992 après de vols pour le Test and Evaluation Establishment,canberra_false-bcdc4 il avait été stocké sur l’aérodrome de Llanbedr, au pays de Galles, avant d’être acheté par… un particulier américain, le californien Tom Foscue et devenir le N77844. Mis à jour sur la base de Van Nys, c’est là qu’AeroGroup l’a acheté. Il a été endommagé à l’aile droite durant l’ouragan Katrina de 2005 (?), par le Jet Provost Mk.5A (N316HC) qui l’a tamponné, poussé par le vent, et depuis il est resté abandonné… « les propriétaires devant quelques taxes impayées« , selon cette source fiable… à savoir AeroGroup! L’appareil, resté depuis abandonné, a été racheté par des collectionneurs de la Jet Aviation Historical Society de Phoenix, de Phoenix, et il est en cours de restauration. Son site Facebook ne donne des nouvelles régulièrement. Parfois, ça prend une tournure épique, comme lorsqu’il faut aller retirer les petites charges explosives du cockpit du Canberra comme le raconte l’ineffable collectionneur, Larry Champion en personne : « OK, je me suis déplacé un entretien debout dans la trappe, j’ai pris mes outils et lampe de poche, et je suis entré dedans … euh un peu … , les équipes de restauration peuvent fermer et verrouiller ce cojet_provost-8b8e1mpartiment et de commencer la tâche finale de peindre l’extérieur de l’avion. Les premières livraisons de peinture sont arrivés au musée il y a quelques jours ». L’avion presque terminé pour le Musée :Ce fut une tâche difficile, juste d’entrer dans le compartiment à cause des réservoirs d’oxygène là-dedans. Je ne serai jamais admissible au travail comme contorsionniste dans le cirque, et je ne suis pas parvenu à atteindre tous les explosifs. Une fois que j’ai été complètement à l’intérieur du compartiment, j’ai commencé à me demander si je pouvais jamais sortir de nouveau. Il m’a fallu près de 2 heures pour attendre les 12 connexions électriques et enlevez les petites charges explosives. Il faisait chaud dans ce hangar … Un jour, j’admettrai que je suis vraiment trop vieux pour ce genre de travail. Maintenant, je dois prendre quelques jours pour se remettre des maux et des douleurs que j’ai développées à cause de ce travail avant que je sois  de retour au musée. Je déteste ce « il faut retirer tous ces vieux trucs » … Maintenant que le dernier des petits explosifs est enlevé…

844

Son compère « 846 » ( N76765) n’a pas la même chance, acheté pourtant aussi par le même club de fans. Notons que dans le film, on affirme bien que les tests ont été.. ridicules (on s’en aperçoit très vite en regardant le lâchage de polymères du Canberra !).

reearch esterUn procédé d’ensemencement à l’iode avait déjà été teste en 1961 par le même organisme (ONAA) sur l’ouragan Ester. sans plus de résultats. Tout est bon pour engranger des dollars (et ici en prime alimenter les délires complotistes sur les soi-disants « chemtrails » !!! 50 millions de dollars ont disparu dans l’aventure (en Afrique, certains font toujours des milliers de dollars avec) !! On a tout arrêté, heureusement avant de dépenser plus dans cette aventure !

Des avions d’Evergreen auraient aussi été utlilisés pour les tests. Il aurait bien fallu ça en effet pour Cordani, qui avait vu grand, très grand : « la société a déterminé qu’elle aura besoin d’un certain nombre de Boeing 747, transportant chacun 100 tonnes de poudre Dyn-O-Gel, pour réduire la force d’un ouragan, ce qui pourrait, espérons réduire sa force destructrice réduit considérablement. Evergreen International, basée à McMinnville, dans l’Oregon, a promis l’utilisation de ses jets spécialisés pour le projet ; le pilote du module lunaire d’Apollo 14 le Dr Edgar Mitchell – mort le  en Floride- et l’expert pilote d’essai  (de Grumman, qui travaille aussi pour la SAIC) Dr Scott MacLeod ont rejoint le Dr Ray en tant que conseillers chez Dyn-O-Mat. « En un an, Dyn-O-Gel pourrait sauver des vies et ce genre de destruction causés par l’ouragan Katrina, » a dit Cordani. « Tout ce qui manque c’est le financement pour terminer les tests. Le gouvernement fédéral a jusqu’ici approvisionné 200 milliards pour nettoyer après Katrina. Nous avons seulement besoin d’une fraction de ce montant pour aider à prévenir un autre Katrina. Lorsque vous regardez de cette façon, cela devient frustrant ».  Frustrant, ou plutôt aberrant et sidérant !!!

evergreen boeing against fire

Avec cet argumentaire tiré par les cheveux, on était prêt à balancer plusieurs centaines de tonnes de polymères qui se seraient retrouvés dans l »océan, ou sur terre dans l’espoir de tuer un cyclone !!! C’était dément ! Notez l’investissement personnel 747_transforme-7593cd’Edgar Mitchell, « l’homme aux OVNIs« … qui aurait été partant pour ses centaines de tonnes de plastique déversés sans trop se soucier de ce qu’il y avait en dessous !

gel rougeLes Boeing d’Evergreen avaient été modifiés en fait pour la lutte contre les incendies (voir ci-dessus au largage) avec de l’eau et du retardant. Et comme la firme est étroitement liée à la CIA, les complotantes des chemtrails ont sauté sur l’occasion pour sortir leurs salades ridicules en mélangeant tout comme d’habitude. Cordani et sa société GelTech (fondée en 2006) recommenceront plus tard avec un projet appelé « Firelce », dérivé de sa découverte précédente ; pour lutter contre les incendies. Une matière tenue »secrète » ; un gel en fait encore, présenté comme plus efficace que la mousse classique. Le produit a même été certifié à ce jour par… le Bureau of Indian Affairs contre les incendies de forêt !

 

 

(*)  voir ici. la conclusion

 » Car, à bien y réfléchir, le scandale des « avions renifleurs » relève plus du piège à cons que de l’affaire d’Etat. « C’est juste l’histoire de personnes réputées et compétentes qui se sont fait berner, dit un ancien responsable d’Elf. L’une y a cru parce qu’une autre en a cru une autre qui en a cru une autre, etc. »

ça vaut tout autant pour cet exemple !

http://www.vodeo.tv/documentaire/l-extravagante-affaire-des-avions-renifleurs

renifleurnota : les avions « renifleurs » (comme celui-ci à droite, un  Fokker F27 immatriculé OO-PSF) partaient de Bruxelles…

http://www.flying-zone.be/histoire/2_hist_2011_renifleurs.php

sources

http://www.fradu-canberras.co.uk/fraducan/844wj574.html

 

Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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