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Les profiteurs de guerre oubliés (18) : Sierra Nevada, ou le retour discret du cheval noir à 10 millions

Les sociétés privées s’engouffrent aussi dans les lacunes laissées béantes par le Pentagone.  Le plus bel exemple est celui du « retour du cheval indompté », qui n’est pas un titre de film mais une réalité en Irak, notamment.  On vient juste d’y essayer à nouveau un engin que l’on a retiré il y a des années au prétexte qu’il était bien trop rustique pour enrichir suffisamment les sociétés aéronautiques pour le construire.  Le Bronco est de retour, et révèle par la même occasion les gabegies du Pentagone, et sa collection d’enclumes volantes inadaptées à la contre-insurrection.  On ne frappe pas les mouches avec un marteau, avais-je écrit ailleurs.  Il aura fallu deux heures successives, et même trois si on compte celle du Viet-Nam, pour que le Pentagone comprenne le proverbe…

 

couvre av mag broncoDans le chapitre 11, je vous avais déjà parlé de l’usage des Broncos en Colombie, avec les mercenaires de Dyncorp à bord, pour le plan Columbia et la lutte contre la drogue : ceux de« Eagle Aviation Services et Technology, Inc.« , ou EAST Inc., la même firme-écran avait participé aux parachutages d’armes au Nicaragua dans les années 80 : »il y avait bien continuation directe de l’outsourcing de guerre » avais-je alors dit. « La compagnie East, sous-contractante de Dyncorp en Colombie, avait été créée par un ancien de l’U.S. Air Force, le Lt. Colonel Richard Gadd, qui avait travaillé avec le Maj. Gen. Richard V. Secord et Albert A. Hakim, d’origine libanaise (mort en 2003), comme marchands d’armes » avais-je précisé. L’avion, conçu par d’anciens Marines, avait séduit ses dirigeants par ses nombreuses qualités sur le terrain. A gauche, la couverture d’aviation Magazine N°435 du 13 janvier 1966 annonçant un long article sur l’engin (collection personnelle).

Il débutait fort intelligemment ainsi : « La guerre de Corée l’avait prouvé, la campagne d’Algérie le confirma et, maintenant, la guerre que mènent les U.S.A. au Sud- Vietnam semble bien le démontrer d’une façon définitive : les avions à réaction pure ne sont pas faits pour la guerre subversive. Entendons bien, par là, qu’il s’agit défaire la guerre aux moindres frais, car la débauche de missions et de « Carpet Bombing » exécutés de façon réelle par des équipages habitués à le faire à l’entrainement n’apporte rien de bien efficace — si même cela ne coûte relativement pas cher — en regard du conflit à régler, de la bataille à gagner… Les différents conflits dont nous venons de parler ont ainsi permis aux avions à hélice de connaitre une seconde carrière. Les « Corsair », « Skyraider » et autres T-6 s’illustrèrent de la sorte. On alla même jusqu’au bimoteur B-26 « Invader »… Puis, les impératifs de la présence américaine au Sud-Vietnam firent que le besoin d’un appareil polyvalent se fit sentir avec une acuité brûlante. On assistait alors, en France, à un phénomène que nos augures avaient bien connu quelques années plus tôt, tant en Indochine qu’en Algérie. Au point que l’on peut dire que le programme français du bimoteur polyvalent trouve un prolongement dans le programme COIN américain : aux mêmes causes, les mêmes effets »  écrivaient Jacques Gambu et Jean Pérard. Une introduction que visiblement les généraux du Pentagone œuvrant actuellement n’ont pas lu, à s’évertuer à faire croire que l’enclume volante F-35 pourrait un jour servir d’appui-feu…
otherLARAcandidatesLe concours COIN – (FAC pour forward air control), à l’origine appelé LARA, (pour Light Armed Reconnaissance Aircraft) en 1963 vit « l’inscription de 22 candidats, et au printemps 1964 il ne restait plus que 9 propositions. Sur les neuf, trois étaient des formules bi-poutres » ajoute l’article. Il y avait le General Dynamics Convair 48 « Charger, le Martin à empennage en V inversé et le North American NA-300. Chez les tenants du fuselage unique, on comptait Hiller avec un projet mal connu, le Douglas D-855, Beech PD-183 (une sorte de Pucara) le Lockheed CL-760 (à aile haute), Goodyear et l’appareil entièrement en plastique GA-39 (qui ressemblait à un jouet) et Helio avec la version 1320 de son « Twin ». Finalement, deux concurrents restèrent en lice : le « Charger » qui vola le premier, le 25 novembre 1964 mais fut perdu dans accident quelques mois plus tard, et le NA-300. C’est ce dernier qui a remporté la palme et reçu, du même coup, la désignation officielle OV-IOA ». 257 exemplaires étaient souhaités dont 100 unités pour les Marines Corps et 157 pour L’U.S.A.F. A noter que l’efficace Mohawk modifié en tandem avait été proposé. Le programme LARA avait spécifié une machine avec deux moteurs et un équipage de deux hommes, capable de  fonctionner sur des pistes d’atterrissage non préparées, avec une course au décollage de 800 pieds (360 mètres) seulement. il devait avoir une vitesse maximale de 565 km/h, de rester sur une zone de combat pendant une heure dans un rayon maximum de 50 miles (80 kilomètres ); et de pouvoir voler en toute sécurité sur un seul moteur. Très vite, le NA-300 devint aussi un avion à tout faire, notamment de l’appui feu ou de l’attaque au sol, ce pourquoi il n’avait pas été conçu au départ, comme tous les autres (ci-dessous les deux versions du Charger, concurrent malheureux du concours).

charger deux versions

AirProgresscoverAug66LARAcoverageDans le chapitre 9 (« Les profiteurs de guerre oubliés (9) : le mystérieux Super Toucan »), je vous avais parlé d’un Super-Tucano bien particulier, orné d’un superbe étalon noir sur le moteur. Arborant l’image d’un Bronco noir, un cheval indompté. Le surnom, justement, de l’OV-10A, l’appareil de contre-insurrection parfait,  comme je l’avais expliqué en 2010 et même en 2008 déjà chez Agoravox (cela se dit COIN, en amérique, pour counter-insurgency). bronco protoL’appareil apparu en 1965 était une réussite à tous points de vue.  Ses concepteurs avaient réfléchi à sa construction à partir de leur propre expérience sur le terrain : « Le Bronco a été conçu par le retraité W.H. Beckett des Marines, et le lieutenant-colonel des Marines également, encore actif, KP Rice. Ils avaient imaginé un petit avion fait pour voler plus vite que celui de la culture d’alors des hélicoptères militaires armés, mais assez lent peut pour soutenir les troupes sur le terrain. Ils croyaient tellement en leur idée qu’ils a vaient construit un prototype en fibre de verre dans un garage et l’avaient montré à North-American / Rockwell. North-American avait trouvé le concept assez à la hauteur pour le Joint-Service Light Armed Reconnaissance Aircraft émis par le Pentagone en 1963. Elu parmi 10 propositions en 1964, l’avion a commencé à être testé en 1965 » peut-on lire son propos. Pourquoi donc n’avait-il pas eu de carrière plus longue, pour certains c’est le fait qu’il état apparu avant l’invention des bombes ou missiles intelligents, tout simplement. Car ces qualités d’attaque au sol étaient et sont toujours indéniables. ov-10 creatorsMalgré le fait qu’à son apparition le Pentagone avait davantage vu dans cet engin un mini-cargo ou un avion de surveillance qu’un avion armé. Le Charger, son concurrent avait présenté les deux versions, il est vrai… Celle-ci ne nécessite pas d’intelligence électronique, mais plutôt de bonnes qualités de vol dans un champ restreint d’exercice, notamment à basse altitude, de se contenter de terrain sommaires et de courte distance de décollage ou d’atterrissages, et une rusticité exemplaire, les atouts-maîtres de l’avion (valables aussi pour un petit transport, comme l’est l’Antonov 14 ( devenu An-28PT chez PZL-Mielec, devenu la coqueluche des Spécial Opérations de l’US Air Force. (à gauche les deux concepteurs de l’avion, W.H. Beckett et KP Rice).

paraL’appareil avait d’abord été montré au  Special Weapons Training Unit de China Lake : très vite, et comme à l’habitude chez les militaires US,  il avait doublé de poids. Au départ, en effet, l’engin prévu proposait comme c’était la mode un cockpit en pilotes côte à côte et non l’un derrière l’autre.civilian charger Le projet était donc plus trapu et ressemblait plus à un mini cargo qu’à un avion d’attaque. Le projet concurrent Charger en « version civile » (ici à droite)était similaire. Le magazine Air Progress en présentera en août 2006 une plus grande version encore, toujours orientée vers le transport et non l’aviation d’appui au sol. Etrangement, même devenu attaquant il gardera sa volonté d »être transporteur… de parachutistes, notamment… (à condition de se serrer un peu à l’arrière, comme le montre la photo ci-contre à gauche…)

bronco câblesEnvoyé au Viet-Nam il avait montré toutes ses capacités et sa résistance aux impacts et sa rusticité : toutes ses commandes étaient par exemple encore mécaniques, et non électriques. C’était une bête de somme et non un cheval de course. Rustiquer mais pas invincible : 81 exemplaires y avaient été perdus. Il participait souvent, il faut le dire aux opérations risquées, avec le Cessna Skymaster et le petit Birdog celles des opérations « Sandy », à savoir la recherche des aviateurs tombés dans la jungle. L’avion était aussi utilisé par le VAL-4 light attack squadron, qui avait comme insigne, quel hasard, le fameux  « Black Pony » arboré par le Tucano de Blackwater…

logoL’engin avait été retiré du service, mais de expérimentations avaient eu lieu sur cette plateforme de tir pour de nouvelles armes. Ainsi nous l’explique le pilote Charles Quilter ( que l’on retrouvera chez Skyways, Inc. de Sherman Oaks, en Californie), chargé de convoyer les Broncos achetés par la Thaïlande et envoyés là-bas…. sur 18 320 km de trajet, en 68 heures de vol via Los Angeles, Seattle, Elmendorf, Adak, Midway, les îles Wake, Guam, the les Philippines, et au final la Thailande, en aidant au passage les garde-côtes de Kure Island pour retrouver deux nageurs égarés ! pavenailLe Bronco de Quitter, N°68-03799 a servi à nouveau de test en 1970 du projet Pave Nail de LTV Electrosystems (ci-dessus à gauche), en fait l’installation de désignateur laser de bombardement à bord. Puis remodifié en 1991 pour l’U.S.MC pour une mise à jour en OV-10D+ Service Life Extension Program (SLEP), avant d’être envoyé à la NASA , pour enfin aboutir au Musée du Texas Air Command Museum, à Grand Prairie. On a même testé sur lui de tout, y compris des tourelles de mitrailleuse, à l’arrière (voir ici) ou au dessous (devenant ainsi le YOV-10D NOGS)

tourelle

L’avion, performant dans son originalité, a été en quelque sorte « perverti » par la machine de guerre US qui a tenté de lui faire faire tout et son contraire, indique cet excellent rapport rédigé par ses propres concepteurs (« THE OV-10 STORY: INNOVATION vs. “THE SYSTEM ») «  Le concept original du début des années 60 a été arrêté, puis une très modifiée par le «système» pour perdre la capacité de fonctionner avec les troupes au sol. En dépit de l’opposition par deux l’USAF et de la Marine (SUSCOM), l’OV-10A a couvert uniquement l’extrémité inférieure de l’enveloppe de performance et a servi avec distinction au Vietnam (…) Il a été vendu à huit forces aériennes étrangères, maintenu en service des États-Unis par le biais  de »Desert Storm » et est encore (2003) en cours d’utilisation en Corée, aux Philippines, en Indonésie, au e Venezuela et en Colombie. En outre, l’OV-10 a été en service avec la NASA, le BATF le Bureau of Land Management et comme observateur pour les bombardiers d’incendie. Pas mal pour un avion qui a été contestée par deux la Force aérienne et de la hiérarchie de la Marine (SYSCOM) ». L’avion s’était révélé performant partout, mais avait été mis à l’écart au profit des lourds chasseurs ou des bombardiers géants. Le tapis de bombe à l’aveugle, façon… Irak ou Afghanistan, pour lutter contre des éléments forts mobiles dotés de Kalachnikovs ! Une gabegie ! Et une hérésie  selon Beckett et Rice : pendant la Seconde Guerre mondiale, l’appui au sol intégré via un schéma manœuvre massive (surtout avec les Panzers de Guderian, et le rôle des des Stukas de von Richthofen) a montré comment une telle action décisive pourrait être combinée. Notre « fabriqué maison » original a été conçu pour démontrer la possibilité d’améliorer cela même en opérant directement avec les troupes soutenues. On n’a jamais eu l’occasion de démontrer ces avantages, mais l’OV-10 a fait la démonstration que, même fonctionnant à une distance de l’unité appuyée, l’acquisition de cible visuelle, la capacité de distinguer entre amis et ennemis et usa proche-puissance de feu précise ne sont pas encore seulement souhaitables, mais parfois décisifs ».

Bref, un avion sous-estimé par une hiérarchie militaire (et les élites politiques) qui bénéficié d’avantages plus conséquents en privilégiant les chasseurs ou les bombardiers valant leur poids en or… Or en 2013, des observateurs attentifs ont remarqué qu’à la base de Naval Air Station Fallon, et à celle de Nellis Air Force Base, dans le Nevada, deux petits avions gris étaient apparus pour y subir des tests, lors d’une – discrète- opération appelée Dragon II organisée par le Combat Special Warfare des Marines. Ils portaient les numéros 155481 et 155492. Juste à l’avant, ils arboraient le même cheval noir que les Tucanos testés : il s’agissait bien de deux OV-10 Bronco, en effet, du même groupe que celui des Tucanos. Avec sur place un supporter de poids pour les accueillir : « le programme a connu un fort soutien du général  du de Marines James N. Mattis, de l’US Central Command qui a dirigé l’OMS de 2010 à 2013. Mattis avait dit au Senate Armed Services Committee en mars 2010 en utilisant un vocabulaire plutôt fleuri que, des avions complexes comme le F-15E Strike Eagle pour le soutien aux troupes qui patrouillent les villages ruraux étaient « une force excessive et onéreuse pour atteindre un but ». Selon une source, l’actuel Dragon II en cours présente délibérément un profil bas, mais ce qui se passe sur la basse n’est pas classé ». Le Congrès avait autorisé une rallonge de budget spécial et exceptionnel de 17 millions lors de cette opération, à condition que les avons ne sortent pas des Etats-Unis et n’allaient pas combattre à l’étranger. L’un des plus fervents adversaires de son utilisation étant le sénateur McCain, opposant également au F-22, taxé de « reine exorbitante et corrodée des hangars« , ou du F-35, véritable gabegie comme on sait.

Combat-Dragon-II-OV-10G+

Or, en mai dernier, nos deux oiseaux gris à tête de cheval, passés par le Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms (la lutte anti-drogue) et la NASA se rendent en Espagne… puis en Irak, après avoir fait le voyage à bord du porte-avions America (CV66, comme en 1987 à bord du Saipan, afin de rejoindre l’Operation Inhérent Résolve (les combats contre L’EI) « les Broncos sont passés par à Rota en Espagne à la fin mai sous le callsign (indicatif) CAMELOT 11-12 et de là, sont clairement arrivés sous le contrôle du CENTCOM et sont entrés en opération. Les appareils ont probablement été impliqués parmi ceux qui faisaient partie du programme Dragon II de Combat Special Warfare de la Marine à partir des années 2000. tail broncoCes avions ont déjà été fortement mis à niveau à la norme OV-10G + unique et auraient reçu une nouvelle série de mises à jour lourdes avant de partir à l’étranger. Les rapports indiquent qu’en 2012  20 millions de dollars avaient été mis de côté  en septembre pour la mise à jour de deux Broncos. Dix millions par appareil pour leur régénération mécanique et la dernière partie dans les radios, les capteurs et les systèmes de défense ». Ce retour en grâce avait à la fois de quoi étonner et en même temps d’énerver certains commentateurs : « au lieu de fournir des avions de soutien léger chargé de technologie comme le OV-10 Bronco, nous avons passé des milliards à combattre dans des huttes de boue des hommes portant des AK-47s rouillées avec des F-16 et F-15 pour des couts de dizaines de milliers de dollars l’heure pour fonctionner. Nous avons littéralement volé les ailes de notre flotte de chasseurs dans le processus. Au lieu de cela, nous aurions pu et dû acquérir et déployer des centaines de ces avions d’attaque légers et former les Irakiens et les Afghans pour apprendre comment les utiliser. Ce faisant, nous aurions pu sortir avec un seul des deux conflits, avec ce soutien aérien et la flotte d’avions de surveillance en place de sorte que ces pays auraient pu continuer leur guerre de combat propre » nous dit FoxTrotAlpha. Leur intervention, fort discrète (aucune image prise en irak de disponible) s’est soldée par un bilan fort positif : ils ont mené 120 missions de combat, sur 134 sorties, réparties sur 82 jours de présence. L’accent étant mis sur leur coût d’intervention : 1 000 dollars l’heure, contre 40 000 pour un F-15…

Peu de détails ont été donnés, comme pour leur stade d’évaluation révélé par the Daily Beast : « mis à part les infos de base, aucun détail n’est disponiblesur la façon dont le programme de combat Dragon II se déroule. Les fonctionnaires attendent, le financement AFSOC généré expirant le 30 septembre. Les deux Broncos ont été observés récemment sur la rampe de l’Est, aussi appelé l’Atlantic Aviation rampe, au Reno / Tahoe International Airport, de retour de leur participation à un exercice appelé Jaded Thunder à Pahrump, dans le Nevada. Jaded Thunder est un effort conjoint qui simule l’engagement d’un ennemi dans un environnement urbain. Il a-été tenue périodiquement en utilisant une variété d’avions spéciaux, y compris le Pilatus PC-12 et l’AC-130. » L’exercice avait été discret, car le Congrès l’avait autotirisé mais avec des pincettes. Mais aussi car les pilotes étaient ceux de Sierra Nevada, qui avaient remplacé ceux de Blackwater qui pilotaient départ les Tucanos arborant le même cheval noir sur leur fuselage, sous le nom de EP Aviation LLC installée à McLean, en Virginie. EP, pour Eric Prince bien entendu. De retrouver l’insigne sur les Broncos indique une double continuité : celle de la VAL-4 vietnamienne, mais aussi celle des mercenaires et non de pilotes de la Marine, nostalgiques de la période qu’ils n’ont pas connu. D’où le silence absolu sur les Broncos « irakiens »… et sur leurs pilotes, également. Sierra Nevada est resté « célèbre » en 2013, rappelons-le, via sa société écran New Frontière Innovations pour avoir employé un pilote retraité des Navy Seals et… borgne, responsable d’un crash mémorable en Colombie d’un avion espion…
En 2014, la firme de Prince avait aussi acheté deux Thrush 510G « crop duster » venus d’Albany (en Georgie) pour la même mission que le Tucano, mis à jour par Airborne Technologies où était apparu un certain « Echo Papa » (Erik Prince bien sûr !). Le premier avion avait été livré à Frontier Services Group, une nouvelle société de Prince engagée… au Sud Soudan.  Son président, Salva Kiir, étant un chrétien fondamentaliste comme Prince. Le prétexte étant la livraison « d’avions de surveillance des champs pétroliers »… en fait la fourniture d’une véritable armée privée, présentée par Prince dans un dossier PowerPoint comme étant le dossier Iron Fist. Un projet incluant deshélicoptères Mi-24  et MI-17, mais aussi l’aires Air Tractor militarisé, un Antonov 26 deux Augusta Bell 412 , et un Cessna Caravan équipé de caméras, plus une ribambelle d’armes au sol, dont des Kalachnikovs en quantité. Les deux avions parvenus ensuite en Autriche, en raison semble-t-il de la surveillance de la justice US, Prince a commencé à regarder du côté de la Bulgarie pour en modifier d’autres et les fournir au Sud Soudan. Comme interlocuteur, Prince et ses envoyés avaient choisi Peter Mirchev, un vendeur d’armes qui avait auparavant fourni… Viktor Bout. Ce monde est vraiment petit ! Parmi les aides sur place de Prince,  Zachary Botchev, le roi de la tuile bulgare et le fondateur d’une compagnie aérienne

trustBotchev est interdit de séjour aux USA, qu’il a fui après une condamnation non effectuée pour vol de documents de vente, rappelle ici The Intercept dans une très belle et longue enquête. L’idée étant de vendre ses avions au Kenya, maintenant. Un spotter (Photo: Burmarrad Camenzuli/Flickr) avait pu voir passer l’un des avions à Malte-ici droite-) enregistré alors à Saint-Marin (T7-SAW) sous le nom de firme de Global Geo Survey… un enregistrement vite supprimé par l’Etat concerné… les modifications de l’avion en armement et son enregistrement avaient été faits sans aucune déclaration officielle. Totalement illégalement, avion n’ayant même pas de certificat de vol avec les modifications effectuées dessus. Prince cherchait à imiter un autre avion en fait… Au dernier show de Dubaï, la dernière version (block 3)de l’Archangel d’Iomax, un Air Tractor AT-802 transformé en avion d’armes a été montré, acheté fin 201à à 24 exemplaires par les Emirats comme avion COIN. La comparaison avec le Tucano A-29 est ici. Un Air Tractor non armé s’achète d’occasion environ 1,5 million de dollars. Un Super Tucano neuf est 10 fois plus cher !

bronco attackLes concepteurs du tout aussi rustique Bronco avaient ainsi défini leur idée de leur avion, elon eux un mélange de trois appareils performants de 39-45 : « pour couvrir le bas de gamme, à savoir les performances de la  Seconde Guerre mondiale, nous avons pensé à un avion qui pourrait être un Stuka ou un SBD (le Dauntless) pour plonger comme une bombe, manœuvrer comme un SNJ / AT-6 (le bon vieux Texan utilisé en Algérie par les français), et qui devait être aussi rapide et solide qu’un Corsair. Pour être fiable pour fonctionner avec les troupes soutenues, on a souhaité un avion petit, peu coûteux et relativement facile entretenir, fiable pour atterrir et décoller près d’un bataillon typique de troupes au sol. Pour cette exigence, nous avons proposé une envergure limitée à 20 pieds (6 m) et une bande de roulement de 6.5 pieds du train d’atterrissage (2m) pour l’exploitation des routes, à décollage et atterrissage court pour les petits champs, et une capacité d’hydravion possible. Nous avons cherché à l’utiliser des munitions et la communication au sol pour gagner du poids, de la taille et de la logistique sans compromettre (et éventuellement améliorer) l’efficacité de proximité. Aussi avons nous demandé des munitions près de la ligne médiane pour la précision, la meilleure visibilité possible, un siège pour un observateur et une petite baie de bombes pour la flexibilité tactique »… (en image, un Bronco du  Marine Observation Squadron II (VMO-2)en train de larguer des roquettes sur An Hoa, près de Da Nang, en 1968. Le VMO-2 a participé en 1990 à Desert Storm).

 

bronco desert stormPS : Un autre élément indirect est à retenir, en liaison avec la longue carrière du Bronco. L’armée américaine se servait toujours de ces Broncos lors de l’Opération Desert Storm, décidée sous Bush Père. La preuve avec le cas du Colonel Clifford Acree, des Marines, dont l’OV-10 « Bronco » avion avait été abattu au dessus de l’Irak le 17 juillet, 1991. Ayant réussi à s’éjecter (en éjectant aussi son second rendu inconscient après un tir de ManPad irakien dans son moteur droit), le pilote avait été capturé et largement battu par les irakiens, au point d’avoir une fracture du crâne et d’avoir le nez cassé. (en photo les OV-10A/D « Bronco » de la VMO-1, MCAS New River, NC installés à Al Jubail AB, en Arabie Saoudite). Des F-117 avaient bombardé la prison où il avait été détenu, risquant même de le tuer : peu de temps après il été transféré à…  Abu Gharib pour y être à nouveau frappé. Une fois libéré, lui et 16 autres prisonniers de guerre américains avaient bien intenté un procès en 2002, contre… la nouvelle République d’Irak mise en place par les américains et le fils du précédent, le service de renseignement irakien et Saddam Hussein. Ils réclamaient pour eux 959 millions de dollars, au nom de «la torture ayant infligé des coups, des simulacres d’exécution, la menace de castration et de mutilation. Les prisonniers de guerre ont été systématiquement affamés, privés de sommeil, et exposés à un froid glacial. Ils ont été privé de soins médicaux et de leur blessures existantes ont été intentionnellement aggravées « 

wwd-husam-aminL’administration Bush fils, une fois la guerre terminée, avait alors tout fait pour empêcher les réclamations de ses anciens prisonniers… un homme avait subi la même chose, cette fois par les américains : le Major General Hussam Mohammed Amin, le N°6 du jeu de cartes des personnalités irakiennes à capturer selon l’Administration Bush. Lui aussi avait subi les mêmes tortures, après avoir été arrêté et déjeuné tranquillement avec un colonel US, pourtant. Or, pendant des années qui avaient précédé, il avait informé l’ONU sur les armes détenues par Saddam. C’était aussi celui qui avait fait paraître en décembre 2002 un rapport de 12 000 pages sur 43 volumes tenant sur 12 CD-Roms affirmant que l’Irak ne possédait plus aucune arme de destruction massive (ce pourquoi Bush fils avait recommencé l’attaque de l’Irak, et ce que Tony Blair savait aussi)... il avait aussi rencontré Hans Blix au Saddam International Airport à Baghdad, le 20 novembre 2002. Le jour où il avait été libéré, il avait signé un  « Conditional Release Agreement » lui interdisant de parler à la presse. Il avait été détenu à Camp Nama, géré par le  U.S. Joint Spécial Operations Task Force. « Des histoires sur ce qui se passait au Camp Nama ont commencé à circuler plus tard, après que l’armée ait répondu à l’insurrection en cours en Irak en augmentant ses opérations à la base. Les interrogations ont été menées dans « la » Black Room « … avec  une seule fenêtre, une cellule sombre de la taille d’un garage » où « certains soldats ont battu les prisonniers avec des crosses de fusil… et, dans une zone à proximité, utilisés ces détenus pour êtres  cibles dans un jeu de paintball entre geôliers », selon un rapport de 2006 par le New York Times. Dans un autre camp, le camp Bucca, avait été enfermé Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EI… c’est contre ses fidèles qu’ont été lancés les Broncos, de retour sur le champ de guerre…

PS: dans le Nord, on peut voir parfois le Bronco, grâce au Bronco Demo Team s’est installé à Courtrai-Wevelgem Airport en Belgique. Leur avion (“99+18”, alias G-ONAA) provient directement d’un musée (allemand, le Manfred Pflumm) et il écume les meetings avec de fort belles présentations en vol.  On le verra le 8 Octobre prochain pour l’ Aviation Day à l’aéroport de Wevelgem. et auparavant le 11 septembre au Sanicole Airshow de Leopoldsburg, en Belgique, toujours (près de la Hollande). Au sud, c’est le Bronco F-AZKM installé à Montélimar qui est visible, déguisé en avion de Desert Storm (le même avant en meeting).

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