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Les profiteurs de guerre oubliés (16) : les drôles d’avions de la CIA, et leurs pilotes… civils

Ce dossier aurait été incomplet si je n’avais pas évoqué le bout de l’iceberg figurant sous la ligne de flottaison.  A savoir les avions les plus discrets, la plupart du temps eux aussi pilotés par des personnes appartenant à des sociétés privées.  On pourrait même dire que c’est le propre de la CIA que de ne pas montrer de militaires à bord de ses montures ailées.  Contrairement à ce qu’on peut peut imaginer au départ, la CIA n’utilise pas des avions dernier cri obligatoirement.  Bien au contraire, soucieuse de se fondre le plus possible dans le ciel bleu, elle enfourche des avions communs sinon ordinaires… voire anciens, extérieurement, mais passablement « dopés » à l’intérieur, bardés d’engins électroniques de surveillance dont la CIA fait grand usage.

basler_dod-0f84fL’étude des petites annonces d’emploi peut aussi s’avérer fructueuse.  Ainsi pour celle de pilotes mercenaires, et l’indication précieuse du type de leur monture.  C’est une petite annonce de 2008 d’Aerotek, une société de recrutement de scientifiques spécialisés, et non de pilotes, qui nous a mis la puce à l’oreille.  Celle d’un pilote payé 130 000 à 140 000 dollars l’année plus 35% de prime de danger et 35 de « post diffential » (une prime pour du travail à l’étranger en fait) , à condition qu’il soit reconnu par la FAA, savoir piloter des avions multimoteurs de plus de 12500 livres (5,7 tonnes), et possédant au moins 2 500 heures de vol (dont au moins 1 000 sur turbopropluseurs). L’engin concerné étant un drôle d’avion : un DC-3 BT-67, à savoir une bonne vieille cellule de Dakota remise à jour avec des ailes modifiées et deux turbopropulseurs neufs, des Pratt&Whitney PT6A-67R actionnant des hélices Hartzell à 5 pales.  L’annonce présentant une autre particularité surprenante, celle d’un pilote qui puisse aussi être qualifié en pilotage sous lunettes de visée nocturne (« Night Vision Goggles » – NVG, la condition impérative de recrutement avec le fait d’être capable aussi d’être assez discret…crash_dc-3_mojave-b2a93 pour obtenir et savoir garder une « security clearance », à savoir d’être lié à une opération secrète et donc de savoir tenir sa langue.  Un travail de… militaire, à bien regarder, l’annonce précisant au final « que le pilote effectuera des fonctions en garnison, dans des conditions de terrain tactiques et à bord d’avions évoluant dans un environnement hostile ». Au total, toutes primes confondues, le job (à risques, donc) rapporte autour de 229 500 dollars annuels ; soit 19 125 mensuels (14 963 euros). C’est à 50 euros près le salaire du Président de la République française… quel est donc l’avion qui mérite une telle attention et un tel tarif de pilotage, voilà qui est intéressant.  Cet appareil, ré-aperçu en Libye, je vous l’ai déjà décrit ici en détail.  Et il n’a rien d’un appareil de dernière génération !!! Loin de là (à part son équipement de bord) !!!

flir_dc-3-a770bL’avion est celui d’AAR Corp, la société qui a racheté « Aviation Worldwide Services (AWS) », issue elle-même de deux sociétés : « Presidential Airways » et « STI Aviation » : les deux noms des avions de Blackwater-Xe !!!. L’avion concerné ; par l’annonce, le N707BA, venait alors tout juste de subir des modifications… au camp Marechal (en plein Nevada) en 2007 avant qu’il ne soit remis au Département d’Etat américain Air Wing (DoSAW) en novembre 2008. L’exemplaire cité immatriculé N834TP, utilisé pour la formation à la National Test Pilot School in Mojave, California (une école privée), se vautrera en plein désert le 4 février 2009 ; la gouverne arrière avec son trim engagé à fond, qui l’avait déporté sur la droite au décollage. inside_DC-3-a231eIl repose désormais sur le fuselage, train plié.. mais nous révélant un radôme proéminent et de nombreuses ouies d’aération le long du fuselage, l’avant montrant l’emplacement d’un boule FLIR (ici enlevée). Les ouies dissimulent en effet tout un équipement électronique qui ne demande qu’à être refroidi : pas moins de 4 consoles d’écrans de surveillance, dignes de ceux équipant le Hawkeye, ou rappelant le Dash 8 Crazy Hawk. C’est bien un avion espion (le modèle du NTPS servant à la formation), aux couleurs civiles à l’extérieur.

Un avion de ce type présente d’autres particularismes en opération : on le dote en effet de détecteurs de départs de missiles, sous formes d’excroissances visibles notamment à l’avant. L’avion a été vu durant toute l’opération foireuse de la tentative de sauvetage de l’ambassadeur US à Benghazi, comme j’ai pu vous le dire dans l’article. Ces engins étranges, déguisés en avion civils, et testés dans des régions reculées du Nevada, il en existe d’autres.  Comme Base Camp ; basler-271f1près de Tonopah, non loin de Nellis. A u Base Camp, ont été vus d’autres appareils civils tels que les Cessna 208B retrouvés opérant en Amérique du Sud (le N208NN et le N403VP, aux indicatifs « Zipper » et « Magoo »). Tous deux de One Leasing INc, dans le Delaware. Celui des pilotes crashés en Colombie était aussi l’un des ces appareils : les trois collègues américains d’Ingrid Bettencourt volant à bord du Cessna N1116G, travaillaient pour California Microwave Systems (CMS) sous contrat du Pentagone mais leur avion appartenait à One Leasing LLC, enregistrée dans le Delaware. Ils faisaient partie du fameux « Plan Columbia » censé lutter contre la prolifération de la coca

paglen-blank-spots-on-the-map-587bdA Base Camp, piste comme celle d’Halligan Mesa, situées toutes deux à Hot Creek Valley, à 60 km de Tonopah, un observateur avait noté un drôle de manège (Trevor Paglen, auteur de « Blank Spots on the Map : The Dark Geography of the Pentagon’s Secret World ») : « les débarquements ont commencé le 20 octobre 2002, lorsque un modèle Lockheed Hercules L382 blanc, (une version civile du C-130) a atterri à Base Camp. L’avion, un turbopropulseur conçu pour emporter des cargaisons lourdes et avec la capacité d’atterrir sur des aérodromes courts et non bitumés, apparttenait à une compagnie appelée Rapid Air Trans et était opéré par une autre compagnie appelée Tepper Aviation. Il portait le numéro de queue N8183J sur son fuselage blanc. L’atterrissage était curieux parce que la plupart des vols vers DRA sont ceux d’aéronefs exploités par le ministère de l’Énergie (qui contrôle le site de test), aussi connu pour utiliser Base Camp comme une couverture pour d’autres destinations vers la base de Nellis ».

 

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cia transform« L’Hercules ne rentrait pas dans ces deux catégories. Peu de temps après, d’autres avions obscurs ont suivi. Le 27 octobre, un Beechcraft numéroté N4489A, appartenant à Aviation Specialties est le nouvel avion arrivant sur la piste d’atterrissage. Cet avion a été à son tour suivie d’un autre de Aviation Specialties, le Beechcraft N5139A. Au début de décembre, la piste d’atterrissage peu utilisée a reçu encore plus de clients : un Cessna (N403VP) détenues par One Leasing arrivé d’El Paso, au Texas, le 3 sécembre (depuis le même Cessna est devenu militaire, sous le numéro 96-6047 (66047), au 427th Special Operations Squadron !). Le Hercules, aussi, est retourné ce jour-là. Le 5 décembre, un Boeing 737 avec le nombre de queue N313P (propriété de Premier Executive Transport Services) a atterri sur le site d’essai, suivi deux jours plus tard par un Gulfstream IV arborant le numéro d’enregistrement N85VM. Ces deux derniers avions sont arrivés de l’Andrews Air Force Base, juste à l’extérieur de Washington, DC Le but de ces débarquements n’était pas clair, mais certains détails bizarres sur les avions étaient immédiatement apparents. D’abord, le Gulfstream IV (N85VM) : le propriétaire de l’avion était un homme du nom de Phillip H. Morse, un millionnaire de Floride qui, entre autre chose, était en partie le propriétaire des Red Sox de Boston. » têtes2Le Cessna N403VP devenu gris souris et immatriculé arborant sur le fuselage une bien intrigante décoration, censée semble-t-il marquer le nombre d’opérations effectuée. Il était devenu un UC-27B (appellation militaire du Cessna 208) du 427th SOS. Etrange symbole que cette tête de mort car ce n’est pas celui de l’escadron. logos punisherC’est celui du « Punaiser », héros de Marvel devenu personnage de cinéma (chez 123 Movies) fort apprécié un peu partout dans le monde, dans les rangs de l’ordre… ou des soldats US. Les Seals en ont été friands, comme Blackwater également…

« Mais c’était le Hercules qui a fourni un indice sur la finalité des vols : Une recherche rapide dans la base LexisNexis a soulevé des références très intéressantes à Tepper AviationTepper Aviation avait fait la une des journaux quand un de ses avions se est écrasé sur un aérodrome à distance près de Jamba, en Angola, en novembre 1989. L’avion transportait une charred_socxs-02532ge d’armes et à l’UNITA de Jonas Savimbi, la faction des rebelles angolais. À l’époque, le groupe de Savimbi faisait partie d’une poignée de groupes rebelles à travers le monde secrètement soutenu et fourni par la CIA ; d’autres ont inclus les moudjahidines en Afghanistan et les Contras au Nicaragua. Tepper Aviation était une société écran de la CIA. La CIA a créé Tepper Aviation dans les années 1980 comme une alternative à un autre propriétaire appelé Sainte-Lucie Airways, lorsque le nom de cette dernière société a attiré l’attention non désirée après le transport par Oliver North (des missiles Hawk, entre autres choses) vers l’Iran dans ce qui deviendra connu sous le nom l’affaire Iran-Contra. Lorsque le nom « Tepper Aviation » est devenu public après le crash Angola, la CIA n’a pas réussi à créer une nouvelle société après, comme c’était la coutume lorsque les noms des propriétaires étaient devenus une question de dossier public (…) ».

Au côtés des avions décrits, un autre visiteur anonyme : un autre Hercules C-130, en livrée civile, modèle enregistré sous le matricule N923SJ, numéroté sobrement « 41901 » et appartenant à Southern Air Transport, sous-nommée Air Foyle. L’engin avait eu ses marquage habituels de Southern effacés. On le etrouvera en 2005 sous le numéro N3755P sous le nom de Prescott Support Compagny… puis en Angleterre, à Newcastle, sous le numéro 382-4673, travaillant conjointement avec des Ilyushin IL-76 pour la firme de pétrole Oil Spill Response Ltd, OSRL (une division de la Safair, d’Afrique du Sud ) avant d’utiliser des énormes Antonov124. hercules_tepper-a8329« La firme est intéressante à plus d’un titre, notamment par les amitiés de son propriétaire avec…Victor Bout« , avais-je pu déjà vous rappeler. Base Camp est aussi proche de Camp Desert Rock, autre piste d’atterrissge connue également comme Desert Atom Camp (c’est une ancien site d‘explosions nucléaires de petite taille), dans le Nevada, toujours, aujourd’hui géré par le Département de L’Energie, qui sert effectivement de paravent aux activités secrètes. On possède la liste de ses visiteurs, visibles ici. C’est un crash en 2004 d’un Beechraft 1900 immatriculé N27RA qui avait révélé l‘intense trafic sur la piste de Desert Rock. L’avion s’était écrasé à la suite d’une crise cardiaque de son pilote civil… contractuel dont on n’avait pas suivi l’histoire médicale. L’avion faisait la liaison vers la base militaire secrète de Tonopah.

janetUn curieux a décrit ses recherches à propos de ce mystérieux avion faisant partie des fameux « Janet » : son texte vaut le détour, par exemple, pour retrouver le propriétaire du mystérieux Beechcraft N661BA (Serial Number: BL-61)  à l’allure civile (photo Jim Boob et Dreamland Resort).  » L’avion a été vendu en  1983 par l’usine de Beech Aircraft Corporation (le fabricant) directement à l’Air Force sous l’adresse “DET 1, AFEREG” – la même que celle du N654BA. Une recherche de documents publics de cette adresse ne donne que très peu d’infos, mais l’une d’entre elles émerge quand même. « Box 528, Mercury, NV (celle du DET 1) a également été l’adresse indiquée pour un notaire nommé « Nancy A. Martin. » Le nom de Martin apparaît dans le bureau du comté de Lincoln, joint aux noms de sept hommes (William J. Hull , Jr., Kenneth Learned, David Palay, Thomas E. Taylor, Robert R. Armstrong, Donald R. Domkoski, et Lawrence Rountree) des hommes qui avaient été engagés par le shérif du comté de Lincoln. Ces hommes étaient vraisemblablement des forces de sécurité de Groom Lake qui suppléaient le shérif du comté de Lincoln et qui avaient le pouvoir d’arrêter toute personne s’approchant  trop près de la base. La plupart de ces contrats ont été révoqués en 1994. Donc, nous savons que DET 1, AFEREG est une adresse qui a acheté des avions Janet au milieu des années 1980. Nous savons aussi que la boîte postale du détachement a été utilisée par un notaire, nommé Nancy Martin, pour légaliser des forces de sécurité de protection de Groom Lake. Mais ensuite, le nom des changements,  à partir de 1992, l’adresse Box 528, Mercury, NV (les adresses de Martin) a été liée à DET-AFFTC, et non plus DET 1, AFEREG. Cet acronyme est plus logique. On ne sait pas ce que signifie AFEREG, mais AFFTC est bien connu. C’est en effet le Flight Test Center Air Force, dont le siège est à Edwards Air Force Base. DET signifie «détachement» (…)beechcraft Ici, nous arrivons au cas de David Palay. Cet homme se retrouve à trois endroits. Tout d’abord, il était l’une des personnes qui avait été recrutée par le shérif du comté de Lincoln – son serment originaire est chez l’adresse Box 528 Mercury. David D. Palay apparaît également dans chaque fichier FAA unique pour chaque  avion Janet. En Juin 1996, Palay a déposé des formulaires de changement d’adresse pour chaque Janet, a informé la FAA que l’avion était maintenant basé au «Box 1504, Layton, UT 84041-6504. » Son titre sur ces documents est «gestionnaire de programme. » Enfin, le nom David D. Palay apparaît comme le pilote du N27RA – le Beechcraft qui s’est écrasé près de la zone d’essai Tonopah quand Palay a eu une crise cardiaque en route de Groom Lake à TNX ». Là encore, un crash inopiné avait soulevé la boîte de pandore des avions de la CIA !

1-ECK15-2-PB446Les pilotes de ces appareils étaient le plus souvent ceux d’Aero Contractors, la société créée en 1979 par Jim Rhyne (ici à droite), un vrai baroudeur, ex-pilote d’Air America (sur T-28, B-26 et Caribou de transport – en photo ici à Ventiane en 1969- ou sur plus rare, le Twin Helio U-5A voire le Twin Beech, modifié appelé VTB ou Volpar), le paravent utilisé par la CIA pendant la guerre du Vietnam et rendu célèbre par le film éponyme qui est au demeurant très proche de la réalité (sur le trafic d’opium, notamment !). Air-America-aircraft-300x200Rhyne était depuis resté affligé, portant une jambe artificielle, la sienne étant restée au Laos, à la suite d’un tir ennemi, avait expliqué le journal. Les pilotes d’Aero Contractors travaillaient donc bien pour la CIA, et Rhyne continuait à y faire ce qu’il avait toujours fait. Le New York Times les a même appelés dans un de ces articles « les chauffeurs de bus discrets de la bataille contre le terrorisme, systématiquement envoyés en mission secrètes à Bagdad, au Caire, à Tashkent et à Kaboul ». Le New York Times ajoutant : « Aero Contractors est en fait une plaque tournante nationale majeure du service aérien secret de la Central Intelligence Agency ». En effet, selon des dossiers, Aero Contractors louait ses avions à Premier Executive Transport Services (société de type « coquille vide ») à savoir par exemple le Boeing 737 (N 4476S, ex N313P). Comme noms de référence pour Premier Executive, il y avait bien Bryan P. Dyess, Steven E. Kent, Timothy R. Sperling et Audrey M. Tailor, mais tous avaient une identité sociale récente (entre 1998 et 2003), la même boîte postale et auAir-America-Planes-Vientiane-1969-e2be7cun n’avait de références dans le milieu de l’aéronautique. Les autres adresses d’employés de la compagnie étaient celle d’Arlington, en Virginie. d’Oakton, Virginie., Chevy Chase, dans le Maryland et dans le District de Columbia : en tout, 5 boîtes postales regroupant les noms de 325 personnes ! Aero Contractors n’avait pas pour autant de site web et n’annonçait ni ne décrivait ses activités : le goût du secret, la formule reine du principe. Toutes ses ressources proviennaient en fait de la CIA, de l’armée américaine et d’autres organismes gouvernementaux. Cependant, Aero Contractors restait une véritable entreprise, avec des locaux et jusqu’à quatre-vingts employés : la façade était entretenue avec soin. « Aero Contractors est aussi la société d’exploitation des sociétés fictives suivantes : « Stevens Express Leasing Inc, Premier ExecutiveTransport Service, Aviation Specialties Inc, Devon Holding and Leasing Inc » concluait l’article. Aero Contractors, qui se chargeait des vols d’envoyés « très spéciaux » était aussi à la base des vols de « rendtions » :  air america« Les avions d’Aero envoyés à Fort Bragg ramassaient des agents des forces spéciales pour des courses d’entrtaînement dans la forêt nationale d’Uwharrie en Caroline du Nord, le largage de fournitures d’urgence ou pour tenter l' »exfiltration » d’agents, ce qui se passait souvent la nuit, a décrit un ancien pilote. Il a aussi décrit les vols avec 50 000 dollars fixés au jambes par des élastiques pour acheter du carburant et le fait de travailler sous des pseudonymes qui changeaient d’un emploi à l’autre. Il ne se souvienait d’avoir entenud une seule fois le mot « restitution ». « Nous appelions ça des « braquages », » a-t-il dit, se rappelant une demi-douzaine de cas. Parfois, l’objectif était de faire voler le suspect d’un pays à l’autre. À d’autres moments, l’équipe de la C.I.A. allait sauver des soldats alliés, y compris les cinq hommes soupçonnés d’avoir été recherchés par Mouammar el-Kadhafi, le dirigeant libyen, pour assassinat ».

Porter-1En mai 2005, le New-York Times faisait le point sur la question : « Les avions d’Aero Contractors ont déposé des officiers paramilitaires de la C.I.A en Afghanistan en 2001; empporté une équipe américaine à Karachi, au Pakistan, juste après que le consulat des États-Unis a été bombardé en 2002; et a volé de la Libye à Guantánamo Bay, à Cuba, avec à bord un prisonnier américain détenu qui dit qu’il avait été interrogé par des agents de renseignement libyens l’an dernier, selon les données de vol et d’autres documents. Tout en se présentant comme une société privée de charters- « location d’avions avec pilote» dans la la liste de Dun et de Bradstreet – Aero Contractors est en fait une plaque tournante nationale majeure du service aérien secret de la Central Intelligence Agency. La société a été fondée en 197Pilatus-wreakage0019 par un légendaire officier et pilote en chef pour Air America (ci-dessus un de ses légendaires Pilatus et à droite un collègue accidenté et ici les photos des avions du film), la compagnie aérienne Vietnamienne de l’agence, et elle semble être contrôlée par l’agence, selon les anciens employés (…) Une analyse des milliers de dossiers de vol, l’immatriculation des aéronefs et des documents d’entreprise, ainsi que des entretiens avec d’anciens  officiers et pilotes de la C.I.A, montrent que l’agence possède au moins 26 avions, 10 d’entre eux achetés depuis 2001. L’agence a dissimulé sa participation derrière une bande de sept sociétés fictives qui semblent n’avoir aucun employé et aucune fonction en dehors de posséder l’avion. Les avions, régulièrement suppléés  par des charters privées, sont exploitées par de véritables sociétés contrôlées par ou liés à l’agence, y compris Aero Contractors et deux sociétés de Floride, Pegasus Technologies et Tepper Aviation. » D »autres avions ont été utilisés, comme ce Twin Otter N6161Q. Sa visite impromptue au Canada a Echo Bay de décembre 2005 avait intrigué pas mal… avec son fuselage supérieur bardé d’antennes, un grand voyageur lui aussi : en août il avait été photographié en… Egypte (depuis il s’est recasé chez les civils, – et Twin Otter même- en 2011, il est devenu le N633R, en perdant toutes ses antennes) !

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Des visiteurs du Nevada plutôt itinérants, en effet : « une autre géographie secrète a émergé en suivant le Hercules »et les autres avions de mouvements après avoir quitté Base Camp. Les plans de vol ont montré que l’avion avait voyagé vers des endroits comme la Libye, l’Afghanistan, le Soudan, la Pologne, la Roumanie, le Maroc, l’Irak et le Pakistan. Il y avait aussi de nombreux vols vers Guantanamo Bay, à Cuba. Ces avions, cela devenait évident, ont été les chevaux de bataille de ce que Dick Cheney célèbre appelé le « côté obscur » de la soi-disant guerre contre le terrorisme. Leurs itinéraires visibles montraient des collaborations non acquittées entre la CIA et certains des plus horribles dictateurs et les pires régimes du monde. Mais les avions seront plus célèbres encore pour leur implication dans le programme des « restitutions extraordinaires » (« renditions ») de la CIA : La CIA a utilisé ces avions pour enlever des suspects de terrorisme à travers le monde et leur transport dans un réseau de, les prisons secrètes de l’agence où étaient pratiqués des « interrogatoire durs  » et où la torture était devenue la norme. Les avions ont été utilisés pour faire disparaître des personnes. Ils ont fini par acquérir un surnom collectif : les « taxis de torture. » Leurs mouvements ont connecté la piste d’atterrissage normalement endormi dans la chaîne de Nellis à la géographie mondiale d’une guerre largement secrète. »

ZK-KAK_L-3-7c01bUne guerre secrète qui utilise des tas d’avions fort différents, tel cet étonnant avion de brousse néo-zélandais, découvert récemment, visiblement testé pour sa rusticité, ses qualités STOL et ses capacités d’emport de matériel. Un avion de brousse relativement récent (le premier exemplaire du modèle actule a volé en 2001, mais on va voir qu’il n’est que la résultante d’une longue lignée)) servant à tout là-bas, y compris à larguer des parachutistes. Lui aussi capable d’être « crop duster » à ces heures. Testé à Fort Meade, l’avion immatriculé ZK-KAK est d’un modèle encore peu connu aux États-Unis, mais pouvant devenir un concurrent sérieux au Cessna Caravan, avec son moteur plus puissant (c’est une turbine Pratt & Whitney Canada PT6A-34 de 750 ch), une charge utile plus importante et la capacité d’atterrissage et décollage nettement plus plus court. parachutistes_fletcher-357a5L’avion, plutôt étonnant dans le genre, peut surtout décoller et atterrir en moins de 275 m (et même moins encore !) avec une charge utile de 2 tones, affirme son constucteur PAC (Pacific Aerospace Corp). Une société dont le représentant aux Etats-Unis s’appelle… L-3, qui pousse visiblement à son usage en milieu militaire. « Le fabricant de Hamilton a produit 66 P-750depuis 2003, dont 11 sont utilisés aux États-Unis en tant que plateformes de parachutisme. La production se poursuit à un exemplaire par mois, avec la possibilité de construire jusqu’à 30 par an, affirme la compagnie. Gary Upshaw, directeur du développement des affaires pour L-3 Intégration Platform, dit que le P-750 est promu à d’autres agences américaines, dont le ministère de la sécurité intérieure, en particulier le Customs and Border Patrol, ainsi qu’au Département d’Etat. »

super_air_su-24-38203A l’évidence, l’avion testé par L-3 n’est pas un total inconnu, la disposition basse de son aile, ses grands volets et son long fusegage évoquent en effet un bon vieux… Fletcher FU-24, un avion agricole néo-zélandais plutôt rustique remontant à 1954… qui était même à cockpit ouvert sur les premiers prototypes ! L’œuvre de John Thorp, le pape de l’avion tout métal, salué dans les années 60 pour son Thorp 18, proposé en kit (et salué par Popular Mechanics, par exemple). Thorp avait été battu par Cessna et son Bird Dog dans le concours d’un avion d’observation léger, avec son FL-23. Il avait proposé un drôle d’engin déjà, avec une énorme bulle arrière en plexiglas. Il récidivera peu après avec un avion léger d’appui feu, le Fletcher 25 « Defender » , parfois vu comme l’ancêtre du Fu-24. basler_mauritanie-7e70eL’étrange avion néo-zélandais a été vu à l’Air Mobility Command de la base de Scott AFB, Ill., et s’est également rendu au Naval Air Systems Command du NAS de Patuxent River, dans le Maryland.Sur la queue, le logo de L-3 indique qu’il a subi des transformations pour emporter tout un appareillage de surveillance, voisin de ce qu’emporte notre vieux DC-3, ou d’autres avions, dont des Beechrafts équipés eux aussi par L-3. Tout le monde s’y met, à ce système, en récupérant des domes de vidéos L-3 de Cessna, par exemple, pour les mettre sur des DC-3 remotorisés, telle la Mauritanie, par exemple… ce sont les mêmes caméras qui équipent les Super-Tucanos.

PC-12_texas_police-6d084D’étranges engins à l’allure bien civile circulent en Afrique cela aussi je vous l’ai expliqué. En Amérique du Sud aussi, le dernier en date ayant été
aperçu en Libye : un Dornier 328, dont on a testé le fuselage entièrement en résine. En Libye, les soldats qui en étaient descendus étaient tous.. en civil (mais armés). Des mercenaires, eux aussi. Un marché militaire qui déborde désormais largement vers le civil, spécialement pour les Etats possédant une frontière avec un autre pays : des avions achetés par des polices locales, aux Etats-Unis, et qui sont aussi équipés de matériels de surveillance signés L-3. pour traquer les immigrés clandestins, par exemple ! Ainsi ce Pilatus PC-12 (N243TX) acheté par le Texas Department of Public Safety (DPS), décoré au nom d’un policier abattu en 1978 (le Texas Ranger Bobby Paul Doherty) avec caméra-boule Wescam signée L-3, ainsi qu’un système de transmission haute-définition de la même firme et un matériel de mapping signé Aero Computers. Un avion acheté 7,4 millions de dollars, avec un pilote lui aussi muni de lunettes de vision nocturne. Le même modèle que ceux de Sierra Nevada qui a reçu 218 millions de dollars par le Pentagone pour transporter les forces spéciales afghanes dans 18 de des engins (chaque avion revenant à 4 millions de dollars de plus que le modèle texan, preuve que les contrats du Pentagone sont bien polus juteux)… les postes ne manquent pas, comme pilotes de ces nouveaux engins de surveillance !!!

bloquéEt comme ça n’a jamais de fin, ces manipulations, il y en a tous les jours une de plus, qui nous fait tomber de notre chaise. Cette fois c’est en Afrique, encore, en février dernier et c’est l’ineffable Daniel Hopsicker qui raconte. Un gros, très gros avion se pose à Harare, au Zimbabwe, alors qu’il est en route de Munich à Durban. C’est un énorme cargo, qui a besoin de kérosène pour finir son trajet. Les employés de l’aéroport découvrent que « le long d’une des portes, du sang a coulé en grande quantité « sans doute une rencontre avec un oiseau » disent les pilotes. Intriguée, la police débarquée sur place découvre derrière la porte de soute un corps pendant alors dehors  dont un des bras coupé a pissé le sang. L’homme est mort asphyxié (par manque d’oxygène). Les autorités bloquent l’avion et commencent l’enquête. L’affaire du corps découvert est vite réglée; c’est un passager clandestin, tout simplement.

23846421346_a6a4122e84Elles découvrent en revanche que l’avion contient des sommes d’argent considérables (le mot est faible). Les observateurs et les journalistes sur place, raconte Hospicker, notent que les voitures de l’ambassade des États-Unis vont dans et hors de l’aéroport toute la journée. A Durban on s’impatiente aussi pendant les 6 jours où l’avion reste bloqué : la Reserve Bank sud africaine en particulier qui attendait son chargement. « L’avion MD-11 était en route de Munich à Durban, Afrique du Sud en emportant une «expédition diplomatique» pour la South African Reserve Bank », a déclaré la banque dans son communiqué de presse initial. En fait de diplomatie ce sont des tonnes de billets, des rands. On parle d’abord de milliers de rands, puis de millions… de dollars, voire de milliards ! L’avion est… en fait bourré de billets : la Banque Centrale sud-africaine finit par dire ce qu’il transportait exactement : « l’avion actuellement détenu à l’aéroport de Harare porte un lot de billets de banque sud-africain qui a été produit à l’étranger dans le cadre du plan annuel de production de la SARB, dit leur communiqué de presse le lendemain.La majeure partie de la production annuelle de billets de banque est fait localement en Afrique du Sud et un petit pourcentage se fait à l’extérieur dans le cadre des plans d’urgence de la SARB. » L’appareil emporte en fait 57 tonnes de monnaie papier en palettes : un vrai record !

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La presse elle, ne comprend pas trop le trajet de l’avion car son arrêt qui ne s’imposait pas. L’avion ne s’était jamais posé là auparavant. Selon la police locale, « l’avion a essayé d’atterrir au Mozambique, en raison de problèmes techniques », mais on lui a refusé l’autorisation d’atterrir » : or rien ne prouve cette assertion. « « Le pilote américain était« vague »au sujet de pourquoi il avait besoin de la permission d’atterrir à Harare. Les transcriptions montrent trois demandes et aucune n’est claire » ajoute Hopsicker.Bref, l’arrivée de l’avion à cet endroit pose en elle-même question… avant même la découverte inopinée du corps. Selon la police locale et sa Senior Assistant Commissioner Charity Charamba, «  l’avion avait décollé de Liége en Belgique le 11 Février et il a fait ensuite une escale à Abidjan, Côte-d’Ivoire, le même jour, avant de passer à Abuja, au Nigeria, le jour suivant. Le 13 Février, il aurait volé à Entebbe, en Ouganda, avant de retourner à Liège le même jour et plus tard à Munich, en Allemagne, où il a ramassé son lot de 67 tonnes de billets de rands sud-africains destinés à la Banque de réserve d’Afrique du Sud. L’avion, toujours selon la responsable, n’avait pas réussi à atterrir à l’aéroport  du Roi Tshaka à Durban et l’équipage alors n’était pas parvenu à communiquer avec sa « compagnie ». Il serait descendu vers Durban et aurait remonté vers Harare ??? Décidément, le trajet même de l’appareil pose question ! Qu’est ce qui se tramait et qu’aurait fait échouer l’infortuné passager clandestin ?

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727On apprend seulement après qui transportait cet argent. Et là, Hopsicker de se régaler : c’est Western Global Airlines, une compagnie qui avait auparavant pour nom Southern Air, qui a fait faillite en 2002 après avoir beaucoup servi la CIA. La firme est restée célèbre surtout pour avoir réussi à prouver qu’on pouvait parachuter des gens ou du matériel à partir de la rampe d’escalier arrière d’un Boeing 727 rappelle ici FoxTrotAlpha, le judicieux… Le jour même où avait été déclaré sa banqueroute était révélé que ses avions transportaient de la cocaïne !

A la tête de Western Global Airlines, il y a aujourd’hui un couple, James K Neff et Sunny Neff ici au milieu), à la tête de 14 gros porteurs (voir ici la liste). Et Hopsicker de rappeler que « dès 2003, Southern Air Inc., le successeur soutenu par la CIA de Southern Air Transport, a émergé du chapitre 11 en tant que transporteur de fret à échelle réduite. Son fondateur et PDG James Neff a déposé une réclamation de 2,5 millions de dollars pour la seule dette garantie majeure ».logo C’était déjà bien le même dirigeant ! « La compagnie transporte du fret pour les transporteurs étrangers comme Korean Air et Lufthansa, et a également fait un travail pour le gouvernement des Etats-Unis, en particulier le ministère de la Défense. Les Américains âgés peuvent-être un peu plus difficiles à tromper. Ils se souviennent du général Richard Secord, qui possédait Southern Air pendant le scandale Iran Contra, lorsque ses avions cargo militaires C-123 et C-130 faisaient voler des armes vers l’Amérique centrale de Mena Arkansas, et en retour rapportaient la cocaïne. » Et Hopsicker de sourire encore en rappelant que Western Global Airlines, avait pris pour sa défense l’agence qui avait tenté de redorer le blason du dentiste venu tuer le lion Cecil au Zimbabwe !

PS : Voici comment en 1992 déjà Southern Air avait redoré son blason après l’affaire des Contras et de l’Iran (en se prétendant « humanitaire », désormais :  « selon le porte-parole de Southern Air, Judi Schneeman, les avions Southern Air Transport ont terminé 3000 vols vers la Somalie à partir de bases au Kenya, le transport aérien de plus de 45 millions de livres de fournitures pour le compte du Comité international de la Croix-Rouge, l’UNICEF, Care, la Fédération luthérienne mondiale et le gouvernement des États-Unis. Les pilotes tels que Tom et les es fonctionnaires compagnie tels que Mme Schneeman sont fiers du dossier SAT en Somalie. Mais peu importe, ils nient tout lien à présent avec la CIA, Southern Air ne peut pas revivre son passé. Une semaine avant que les premières troupes américaines aient débarqué sur la plage près de Mogadiscio pour commencer l’opération «Restore Hope», des Américains, qui ne sont pas des travailleurs humanitaires ont commencé à apparaître en Somalie, transportés dans sur les avions de la SAT. Cela a incité un travailleur humanitaire à commenter, en plaisantant: «Je vois que la CIA est arrivée. La plupart des entreprises qui travaillent pour la CIA sont des sociétés «de papier», des coquilles  vides mises en place pour un commerce des armes rapide ou un transfert d’argent introuvable. Mais certains sont des préoccupations légitimes pour lesquelles les liens de la CIA sont juste une partie accessoire de l’entreprise. Southern Air est une de ces compagnies. » On avait repris les mêmes, et les affaires avaient recommencé ! Aujourd’hui, cela résonne un peu quand on lit sur le CV de Sunny Neff ceci : « En 2014 et 2015 WGA a soutenu la lutte contre l’épidémie d’Ebola en Afrique occidentale en volant des dizaines de missions de secours directement dans les zones touchées. Nous sommes très fiers de cet effort et nous continuerons à soutenir les efforts de secours humanitaires partout où ils sont nécessaires« . Les mêmes, et on recommence ?

http://www.sourcewatch.org/images/6/6d/ISI_Consulting%3B_Desert_Rock,_Nevada.pdf

 

sur Rhyne :

http://www.air-america.org/images/docs/Jim_Rhyne_Story.pdf

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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