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Les POPPERS sont d?sormais une drogue ill?gale au Canada: analyse de notre expert anonyme

Sniffing poppers

PAUL LAURENDEAU?? Les poppers (nitrites d?amyle, nitrites de butyle) sont une drogue stimulante r?cr?ative largement consomm?e et dont les m?dias conventionnels et le discours institutionnel ne parlent ? toutes fins pratiques jamais. Longtemps pr?sent?s, sous des marques de commerce drolatiquement explicites, comme substituts d?encens ou nettoyants ? cuir, ils ?taient plus ou moins en vente libre au Canada, sous ces incognitos ne leurrant personne et ce, depuis les ann?es 1970. C?est fini. Une fois de plus le Canada harp?rien a frapp? frontal, dur et sot et Sant? Canada, dans un de ces communiqu?s vagues, creux et brumeux imparables lorsqu?il s?agit de drogues r?cr?atives, vient d?abruptement sonner la fin de la r?cr? des poppers, notamment en pointant ouvertement du doigts les commerces qui en vendaient et qui, je vous en passe un papier, n?en vendent subitement plus. Notre expert appliqu? en drogues r?cr?atives, monsieur Ulysse Darby (nom fictif), bien connu des lecteurs et lectrices du Carnet d?Ysengrimus, a accept? de commenter cette nouvelle ineptie gouvernementale pour nous. Alors, je crois comprendre, cher Ulysse, que vous ?tiez un consommateur r?gulier de poppers. Depuis quand?

Ulysse Darby: Depuis le mois de janvier de l?an 2000, tout rond. J??tais alors un damoiseau de vingt-huit printemps et je m??tais fait coller ?a sous le nez par une grosse tantouze qui avait d?cid? de m?exalter un petit peu, pour am?liorer la performance de nos gais ?bats. Le r?sultat avait ?t? passablement fulgurant. Comme dans le cas de toutes les drogues r?cr?atives, c?est la premi?re fois qui reste la meilleure. Mais en treize ans, j?ai consomm? une grande quantit? de poppers de diff?rentes marques, dans toutes sortes de situations sociales. C??tait en vente libre. Et il faut d?j? dire: c??tait le bon temps.

Paul Laurendeau: Que font exactement les poppers et comment les absorbe-t-on?

Ulysse Darby: C?est un stimulant ponctuel. Cela d?clenche une vasodilatation ultrarapide des vaisseaux sanguins qui vous laisse avec une vive sensation de rush ou d?euphorie, potentiellement aphrodisiaque. Comme sur l?illustration que tu fournis ici, on d?bouche la petite fiole, on se la colle, bien verticale, devant une narine et on aspire, pas trop vite mais profond?ment, en bouchant l?autre narine. On fait ?a, en alternance, dans les deux narines. Ensuite on rebouche vite la fiole, parce que c?est ?vanescent, ?a se perd dans l?air. On retient sa respiration une dizaine de secondes pour bien laisser l??manation s?installer. Puis on expire tout doucement. On inspire, pas trop vigoureusement. L?effet est alors claquant, foudroyant et imm?diat.

Paul Laurendeau: Et les d?fauts?

Ulysse Darby: Oh, le principal d?faut c?est la bri?vet? de l?effet. D?faut majeur? L?euphorie ne dure que deux ? trois minutes. Il faut alors interrompre ce qu?on est en train de faire et en reprendre, puis en reprendre encore, ad nauseam. L?autre d?faut, corr?l? au premier, c?est que l?accoutumance est vraiment bien rapide. Il faut donc en reprendre de plus en plus, renifler de plus en plus souvent pour sentir un effet qui, avec les mois et les ann?es, en vient ? pas mal se dissiper, se perdre. On finit qu?on passe une bonne partie de ses soir?es coquines la petite bouteille sous le nez. ? ce train l?, une fiole (qui co?te une vingtaine de dollars) vous fait une soir?e, deux au maximum. Puis, vite, le liquide qui reste dans la fiole s?inertise? tout en restant dangereux ? manipuler. Car il y a aussi carr?ment des dangers.

Paul Laurendeau: Quels dangers?

Ulysse Darby: C?est un corrosif, genre acide ou je sais pas trop. En tout cas, si tu t??chappes ?a sur la peau, c?est un irritant violent. Dans les yeux, c?est encore plus grave. C?est inflammable comme de la vapeur d?essence, une clope devant ?a et tu as un petit pouf et tout le monde sursaute et s?en prend sur les mains ou dans les yeux? Finalement, si tu en bois, t?es mort. C?est un poison violent.

Paul Laurendeau: Ben dites donc. De la poudre ? canon.

Ulysse Darby: Absolument. Mais le rush est absolument remarquable. Combin? ? d?autres drogues, comme les amph?tamines ou la coca?ne, c?est magique. Cela te fait jaillir une explosion ponctuelle, temporaire mais exaltante et tonitruante, par-dessus la stimulation d?j? bien install?e de l?autre drogue. Imagine un long solo de guitare langoureux que ponctue subitement des explosions violentes et irr?sistiblement puissantes de la batterie. ? vous couper le souffle.

Paul Laurendeau: Belle analogie. Je crois comprendre que c?est utilis? surtout dans la communaut? homosexuelle.

Ulysse Darby: Ouais, mais m?fie toi de cette id?e, quand m?me un peu st?r?otyp?e. Une autre l?gende affirme que les poppers te d?tendent les muscles de l?anus, ce qui rendrait les enculades plus ais?es. J?infirme cette croyance.

Paul Laurendeau: Vous infirmez?

Ulysse Darby: J?infirme. Oh, que j?infirme? Poppers ou pas, si vous avez un cul apte ? l?enculade vous restez apte ? l?enculade. S?il est inapte ? l?enculade, il reste inapte ? l?enculade. Les poppers n?y changent pas plus que, bon, l?alcool ou le cannabis. Ceci dit, c?est vrai que c?est une drogue associ?e ? la culture homo m?le? mais des femmes en prennent aussi. ? ce sujet, j?ai fait une observation au fil du temps, mais c?est ? mon tour de me m?fier des st?r?otypes.

Paul Laurendeau: Dites toujours. J?ai la certitude que nos lecteurs et lectrices sauront faire la part des choses.

Ulysse Darby: En treize ans de consommation intensive de cette drogue r?cr?ative, j?ai vu plusieurs fois des femmes en prendre. Ce que je vais vous dire ici est une observation ponctuelle, empirique et localis?e. Il ne faut surtout pas g?n?raliser.

Paul Laurendeau: Je vous ?coute.

Ulysse Darby: Les femmes que j?ai personnellement vu essayer les poppers au cours de ma vie voyaient vite leur amusement tourner court parce que ?a leur collait un mal de t?te horrible. J?ai d?j? eu mal ? la t?te apr?s des doses intensives de poppers. C?est un des sympt?mes annonc?s et je le confirme? pas comme effet g?n?ral, mais comme effet possible. Les filles y semblaient cependant beaucoup plus sensibles. C?est peut-?tre une affaire de masse corporelle ou d?hormones. Je ne suis certain de rien et je ne veux pas g?n?raliser mais j?ai pu observer que les poppers d?courageaient un peu les filles, ? cause de ?a. Ceci dit, les mecs aussi avaient leur petit facteur d?couragement bien ? eux? C?est qu?il y a un autre sympt?me fort amusant qui est, lui, indolore mais qui place les hommes essayant les poppers dans un certain ?tat de panique ou d?anxi?t?.

Paul Laurendeau: Quel sympt?me?

Ulysse Darby: ?a fait nettement d?bander et/ou ?a emp?che l??rection. D?ailleurs c?est justement par le canal ?rectile, si vous me passez le mot, que j?ai eu la premi?re fois le sentiment que l??tat canadien r?pressif, ?troit, bigot et anti-r?cr?atif finirait par abattre son couperet sur les poppers. Tu veux savoir comment?

Paul Laurendeau: Eh comment!

Ulysse Darby: Eh bien, c?est arriv? en lisant la posologie d?une marque de pilule ?rectile dont je tairai le nom. Tu as dit plus haut que les m?dias straight et le discours institutionnel parlent jamais des poppers et tu as eu absolument raison. Or, ce matin l?, en lisant scrupuleusement ma posologie de pilule ?rectile, je tombe sur: Cette pilule ne peut pas ?tre consomm?e avec des poppers car il y a risque d?arr?t cardiaque. ?a faisait vraiment tout dr?le et bizarre de voir les poppers mentionn?s dans ce texte aseptis? et pharmaceutique. Un sentiment d?urgence devait vraiment exister, pour qu?ils en parlent!

Paul Laurendeau: Oh l?, l?.

Ulysse Darby: Oui, ?a a certainement ? voir avec la vasodilatation. Excuse moi d??tre si vaseux sur les aspects physiologiques et chimiques de la chose? Holy Schmock, tu me d?cris comme un expert. Je suis un bien dr?le d?expert.

Paul Laurendeau: Vous ?tes un expert empirique, un usager. On en apprend bien plus de vous qu?ailleurs dans la documentation vide et creuse circulant sur ces questions. Poursuivez votre raisonnement sans vous inqui?ter.

Ulysse Darby: Bien le tableau? empirique, comme tu dis, est le suivant. Tu te rush avec des poppers, tu d?bandes, tu veux te faire remonter le petit oiseau avec une pilule ?rectile, tu risque de te tuer net, d?un arr?t cardiaque.?Ou encore, t?as le cas diam?tralement converse. Tu t?amuses et batifoles avec des copains qui, sans que tu le saches, sont gav?s de pilule ?rectile. Tu leurs proposes tes poppers qui, sans qu?ils le sachent, sont un poison violent pour eux? Pas ?vident du tout. La prudence et la solidarit? pr?ventive sont rigoureusement de mise. Et je t?assure que ?a fait longtemps que c?est comme ?a. Ma grosse tantouze de l?an 2000 qui, par parenth?se attendrie, avait la bite comme un canon, est le premier ? m?avoir pr?venu de cette incompatibilit? entre pilule ?rectile et poppers. C?est pas comme si ?a datait d?hier?

Paul Laurendeau:?Il a d? y avoir des ?v?nements malheureux de ci de l?. On commence ? comprendre pourquoi Sant? Canada en est venu ? sortir de sa tani?re.

Ulysse Darby: Ouais? On peut un peu reconstituer leur raisonnement. Les pilules ?rectiles sont d?sormais massivement utilis?es et personne n?en parle jamais, m?me dans l?intimit?. On aime tant faire croire qu?on bande naturel. Et quand les gens se passent les poppers entre eux dans les soir?es, ils lisent pas les posologies de rien. Ils trippent et s?amusent, un point c?est tout. Et parfois ils se r?veillent trop tard. Des douleurs thoraciques inattendues apparaissent?

Paul Laurendeau: Il y a donc danger.

Ulysse Darby: Ben oui? ben oui? Mais avec les drogues r?cr?atives, il y a toujours un danger. Comme le dit si bien madame LeVayer ? propos de la coca?ne, il faut proc?der avec m?thode et en bonne discipline, inform?e, responsable et circonspecte. Comme pour le ski, comme pour la natation, comme pour la moto? etc?

Paul Laurendeau: Que pensez vous finalement de cette inscription des poppers sur la liste des drogues ill?gales?

Ulysse Darby: Bah? une connerie de plus des pouvoirs, rien d?autre. Les petits minables de la p?gre vont maintenant s?emparer du commerce de ?a et ils vont aller te couper ?a d?eau de Javel ou de pissat de b?tes. C?est tr?s facile ? faire. Il ne sera donc plus possible de trouver des poppers de qualit?, sous peu. Et, ici, je vais te servir un raisonnement vieux comme les drogues ill?gales mais toujours aussi imparable.

Paul Laurendeau: Je vous ?coute.

Ulysse Darby: Les poppers ?taient bourr?s de d?fauts. Je viens de te les ?num?rer sans ?luder et, crois moi, je sais de quoi je parle: trop fugitifs, difficiles ? manier, constamment en perte d?effet, susceptibles de causer des douleurs ou des blessures. Mais ces d?fauts chimiques ?taient compens?s par une qualit? sociologique majeure: on les achetait au petit magasin du coin, sans se faire emmerder. Maintenant, ill?gal pour ill?gal, coup? de merde par la petite p?gre pour coup? de merde par la petite p?gre, j?aime autant y aller avec de la coke ou de la meth?

Paul Laurendeau: En rendant une drogue moins grave ill?gale, on pousse le consommateur vers les drogues ill?gales plus graves. L?argument est classique, en effet.

Ulysse Darby: Et comme les vrais classiques, il est inusable, ind?modable et toujours valable. Si j?ai quarante dollars qui m?aiment, d?sormais, je vais y aller pour une bonne ligne de meth qui me fera flotter douze heures plut?t que pour deux bouteilles de poppers, chiantes en soi et, en plus, coup?es de pissat par le dealer. Tant qu?? se taper la d?plaisante interaction avec les bandits, autant que ?a en vaille vraiment la peine.

Paul Laurendeau: Logique imparable.

Ulysse Darby:?Voil?. Moi, les poppers, en treize ans de consommation assidue et continue, j?en suis pas mort. Alors faut pas trop charrier sur leurs ??terribles dangers??, OK. J?en t?moigne. Mais, bon, j?en ai pas mal fait le tour aussi. Les deux premi?res ann?es, ces petits pops! me hantaient litt?ralement et je n??tais pas loin, au d?but, de ce que le discours rabat-joie appelle une ?d?pendance psychologique? (officiellement, il y a pas de d?pendance physique aux poppers). Puis, comme d?habe (et comme on le dit jamais), ?a s?est tass?. Je me suis tout doucement lass?, la perte d?effet y ?tant pour beaucoup dans cette lassitude. Bon, je vais me souvenir de ma p?riode 2000-2013 avec une tendre nostalgie. Les ann?es poppers? Ceci dit, qu?ils aillent pas s?imaginer que leurs pratiques r?pressives de gendarmes ?troits vont me d?sintoxiquer. C?est tout juste le contraire.

Paul Laurendeau: Je comprends parfaitement. Merci de ce t?moignage.

Ulysse Darby: Merci ? toi, Paul, de remplacer la simpliste propagande par le tout simplement vrai.

[?change ayant eu lieu initialement en anglais et traduit pas Paul Laurendeau]

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