Accueil / A C T U A L I T É / Les pays baltes sous la menace de projets nucléaires russes

Les pays baltes sous la menace de projets nucléaires russes

La société russe Rosatom construit des dizaines de centrales nucléaires à travers le monde. En mer Baltique, les projets de la Russie inquiètent particulièrement les pays baltes, qui dénoncent le non-respect de la règlementation européenne. Trente ans après Tchernobyl et cinq ans après Fukushima, une nouvelle catastrophe nucléaire guette-t-elle la Lituanie et les pays voisins dans les années à venir ?

Depuis 2008, la Russie développe un projet de centrale à Ostrovets, en Biélorussie, dont la construction est déjà bien avancée. 5 000 ouvriers s’affairent au quotidien pour permettre la mise en service d’un premier réacteur d’1,2 GW en 2018, avant le second prévu deux ans plus tard. Problème : malgré la proximité avec la Lituanie, à seulement 20 km de là, et de sa capitale Vilnius, à 50 km, Rosatom n’a que faire de la règlementation européenne, qui s’applique aux infrastructures transfrontalières.

Un projet de centrale à Ostrovets qui menace l’Europe

Le groupe russe, qui pilote actuellement 29 projets de centrales nucléaires dans le monde (Turquie, Arménie, Finlande, Vietnam, Bangladesh, Inde, Chine, etc.), n’a ainsi pas prévu d’inclure de sarcophages autour des réacteurs pour contenir les radiations en cas de fuite. Si un accident venait à se produire, l’évacuation complète de la capitale lituanienne serait inexorable, tout comme celle de Daugavpils, deuxième plus grande ville de Lettonie. Un tel événement contaminerait également l’air et l’eau de tous les pays proches : Estonie, Danemark, Pologne, Ukraine, Suède et même Allemagne.

Lancée sans appel d’offres ni étude sur l’impact environnemental, la construction de la future centrale nucléaire d’Ostrovets ne se conforme pas aux exigences de sûreté de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ni ne respecte les tests de résistance prévus par la déclaration signée en 2011 avec la Commission européenne. Sa mise en service constitue une sérieuse menace de pollution radioactive pour tout le nord de l’Europe, la rivière Néris, qui se jette dans la Mer Baltique, servant au refroidissement de ses futures turbines. Les réacteurs de type AES-2006 qui équiperont la centrale n’auraient d’ailleurs jamais été testés par des experts internationaux indépendants, d’après Linas Vainius, activiste écologiste lituanien.

En Biélorussie et en Lituanie, habitants comme institutions sont clairement opposés au projet. Dalia Grybauskaité, présidente de Lituanie, a ainsi exprimé son inquiétude lors du Forum économique mondial de Davos en janvier 2016. En 2011, Rokas Masiulis, actuel ministre lituanien de l’Énergie, avait déjà déposé plainte contre Rosatom auprès de l’Unece, l’organe de l’ONU dédié à l’environnement. Cinq ans plus tard, l’agence onusienne vient seulement de décider la création d’une commission d’experts pour résoudre le problème. Quant à l’Union européenne, qui a le pouvoir d’imposer le respect des normes transfrontalières, elle demeure silencieuse sur la question. Seule la menace des pays baltes de ne pas acheter l’électricité russe semble pouvoir jouer un rôle de rempart, même si sa mise en application semble difficile en raison des faibles ressources énergétiques de la région.

Un autre projet hors règlementation relancé à Kaliningrad ?

L’enjeu est de taille pour la Russie, qui a prêté 10 milliards d’euros à la Biélorussie pour la construction de la centrale d’Ostrovets. En plus d’être un moyen efficace pour écouler ses réserves de gaz, ce projet permet d’augmenter l’influence géopolitique russe grâce à un outil qui peut se transformer en dangereux instrument de chantage. Rosatom a d’ailleurs un autre projet sous le coude de l’autre côté de la Lituanie, dans l’enclave russe de Kaliningrad, qui borde la mer Baltique et la Pologne. La construction d’une autre centrale nucléaire y est de nouveau évoquée, malgré deux essais avortés en 2010 puis en 2014.

Là aussi, l’inquiétude de la population locale et des pays voisins est à son comble puisque l’eau de la rivière Neman, qui longe le site repéré pour le projet, se jette aussi dans la mer Baltique. En 2008, Serguei Kirienko, patron du groupe public russe en charge de l’industrie nucléaire, prétendait que c’était « l’unique moyen de garantir la sécurité énergétique de la région ». Mais l’étude d’impact environnemental réalisée en 2009 par Rosatom et les autorités locales n’a convaincu personne à l’extérieur de l’enclave, les questions des déchets nucléaires, du démantèlement et de l’impact d’un accident nucléaire majeur n’ayant pas été suffisamment (ou du tout) traitées.

Les discussions entre la Russie et la Commission européenne sur les conditions règlementaires de construction n’ont débouché sur aucun accord entre 2011 et 2013, les autorités russes ayant mis fin au dialogue en prétendant vouloir poursuivre avec leur propre approche en matière de sûreté, selon le Parlement européen. En juillet 2016, plusieurs articles ont relaté la relance du projet dans la presse russe. Les raisons d’être inquiet ne manquent pas dans les pays baltes…

Commentaires

commentaires

A propos de PierreFresnel

avatar

Check Also

FRANCE: anxiété chez les étudiants liée à la réforme du BAC

Ci-dessous un article d’Annabelle Allouch, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Picardie, publié ...