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Les oeuvres charitables de l’IEDM : recruter du personnel infirmier pour le priv? ?

La derni?re trouvaille de l’Institut ?conomique de Montr?al (IEDM), un « organisme charitable » reconnu par Revenu Canada, est un questionnaire en ligne destin? ? conna?tre l’int?r?t des infirmi?res du Qu?bec envers la pratique dans les ?ventuelles cliniques priv?es. Un appel ? remplir le questionnaire a ?t? encart? dans le dernier num?ro de la revue Perspective infirmi?re de l’Ordre des infirmi?res et infirmiers du Qu?bec (OIIQ). L’IEDM n’a jamais cach? qu’il favorise la privatisation du syst?me de sant? qu?b?cois.

Le questionnaire est accessible sur le site santemixte.qc.ca. N’arr?tant devant rien, j’ai cliqu? sur le lien et pass? consciencieusement ? travers tout le questionnaire (celui des deux s’adressant aux infirmi?res qui ne travaillent pas dans un bloc op?ratoire). Cela m’a pris quelque 25 minutes. Le questionnaire comporte six sections : les caract?ristiques de pratique, le secteur priv? en sus des heures normales dans le secteur public, l’attitude envers les listes d’attente de chirurgie, la satisfaction professionnelle, le profil sociod?mographique et enfin, le contexte du syst?me de sant?.

Dans la premi?re section, on pose carr?ment la question de la pratique dans le priv? : Si on vous proposait de travailler dans le secteur priv?, quelles seraient vos exigences ? Il y a 24 r?ponses possibles, ? noter chacune de 1 (compl?tement en accord) ? 5 (compl?tement en d?saccord). Cela va du cas de conscience (Avoir l’assurance que les cas trait?s dans le secteur priv? ne le seront pas au d?triment des cas graves) jusqu’? la proximit? du lieu de travail, en passant par le fait d’avoir une meilleure r?mun?ration que dans le secteur public, la conciliation travail-famille, le temps pass? aupr?s des patients, les conditions de travail et la qualit? du milieu de travail et m?me le fait de ne pas ?tre syndiqu?.

?a commence ? devenir vraiment int?ressant dans la deuxi?me section. Le d?cor ?tant plant?, les sondeurs posent carr?ment LA question : on veut conna?tre les moments du jour et le nombre d’heures de disponibilit? des infirmi?res « si le syst?me de sant? permettait aux m?decins de passer plus de temps ? effectuer des chirurgies dans le secteur priv?, en plus de leur travail actuel dans le secteur public », et ce, autant pendant qu’apr?s les heures « normales » d’op?ration, la semaine, la fin de semaine et les jours f?ri?s.

Il faut savoir que le gros probl?me des cliniques priv?es n’est pas la disponibilit? de sp?cialistes, mais plut?t celle d’infirmi?res. Les cliniques priv?es vont devoir recruter des infirmi?res et celles-ci vont forc?ment provenir du secteur public. Pas d’infirmi?res disponibles lorsque les sp?cialistes le seront, pas de cliniques priv?es.

Question peut-?tre de vaincre une r?sistance provenant de leur conscience du besoin d’infirmi?res dans le public, la section suivante vient rappeler toute la question des listes d’attente : que pensez-vous des listes d’attente de chirurgie, en g?n?ral ? Inacceptablement longues, trop longues, longues, acceptables. Quelques questions suivent qui permettent de d?cliner par type d’attente l’attitude des infirmi?res. Cela va du patient dont la vie n’est pas en danger ? celle dont elle est en danger, avec des cas o? les cons?quences sont nulles, faibles ou fortes sur leur vie de tous les jours. Le sondeur veut savoir dans chaque cas si l’infirmi?re est ? l’aise, inqui?te ou contrainte de trouver une solution de rechange pour le patient.

Comme dans un continuum, on passe ? la satisfaction par rapport ? la vie professionnelle : le r?le, la relation avec les patients, la relation avec les administrateurs, l’horaire de travail, l’?quilibre entre le travail et la vie personnelle, la reconnaissance et la satisfaction li?e au travail.

Suit une section permettant de conna?tre le profil sociod?mographique de l’infirmi?re (plus de 16 questions permettant de bien le cerner, dont une v?rifiant l’int?r?t pour une approche dite « progressive » (diminution du nombre d’heures de travail, choix des plages horaires, travail en semaine seulement…) et une pour un meilleur salaire.

Enfin, le sondage se conclut par une section portant sur le contexte du syst?me de sant? qu?b?cois. Plus de 19 affirmations sont pr?sent?es afin de v?rifier jusqu’? quel point elles sont partag?es par les infirmi?res qui r?pondent au sondage. Ces affirmations sont li?es aux questions du financement, du libre choix entre le public et le priv?, du r?le du politique dans le fonctionnement du syst?me de sant?, des PPP, du sentiment de coh?rence et de coh?sion des divers acteurs du syt?me public, de l’attitude par rapport aux patients et du sentiment par rapport aux primes et ? la conciliation travail-famille.

Visiblement, ce sondage tente d’orienter les r?ponses vers une attitude favorable aux cliniques priv?es. Nulle part on y trouve des questions qui permettraient de savoir si les infirmi?res souhaiteraient qu’on am?liore le syst?me public plut?t que d’ouvrir des cliniques priv?es. La compilation des r?ponses va de plus permettre une certaine planification de la main-d’oeuvre des futures cliniques. On demande m?me aux infirmi?res si elles accepteraient de retarder leur retraite dans le contexte d’une approche « progressive ».

Mais j’y pense soudain, si plusieurs comme moi ont r?pondu au sondage, quelle en sera la valeur ?

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  1. avatar

    Un exercice assez ridicule, si en plus, tous peuvent se faire passer pour une infirmière…

    C’était un peu le cas pour une initiative de la Ville de St-Eustache l’an dernier.

  2. avatar

    Je soupçonne que derrière cette opération sondage s’en cache une autre : amener le plus d’infirmières possibles à remplir le questionnaire en espérant leur donner le goût d’aller vers le privé. L’IEDM poursuit un agenda très clairement favorable à la privatisation des services publics.