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Les myst?res de Wikileaks et de la ? R?volution tunisienne ? ?claircis ?

Par paul villach le 30 janvier 2011

La r?v?lation effarante de 250.000 notes diplomatiques ?tats-uniennes par Wikileaks ?tait un myst?re. La soudaine ? R?volution tunisienne ? en ?tait un autre. La r?union des deux tend ? les ?claircir l?un l?autre, du moins selon un sc?nario vraisemblable dont on peut ?mettre l?hypoth?se.

L?av?nement pr?tendu de l??re de la transparence

La divulgation sans pr?c?dent d?un abondant courrier diplomatique ?tatsunien par le site Wikileaks a ?t? salu?e par les uns comme la d?monstration qu?Internet faisait entrer le monde dans l??re de la transparence. Le secret ne r?sistait plus aux petits g?nies de l?informatique capables de p?n?trer facilement dans les messageries secr?tes d?un ?tat et de pratiquer l?information extorqu?e, c?est-?-dire obtenue ? l?insu et/ou contre le gr? de l??metteur. D?autres d?non?aient, au contraire, la mise en danger d?autrui par ces violations intempestives du secret, condition de la survie de chacun et a fortiori d?un ?tat.

? d?faut, cependant, de percer de v?ritables secrets, on acc?dait par ces r?v?lations aux analyses que les diplomates ?tats-uniens transmettaient ? leur gouvernement sur les dirigeants des pays o? ils exer?aient leurs fonctions : outre les portraits acerbes des pr?sidents Sarkozy ou Berlusconi, on apprenait entre autres surprises que l?Arabie Saoudite ?tait favorable ? une frappe contre l?Iran et surtout que le r?gime tunisien ?tait tenu par une mafia familiale dictatoriale et corrompue.

La soudaine ? R?volution tunisienne ?

Si on tient compte du temps n?cessaire ? la diffusion de l?information, la ? R?volution tunisienne ? a suivi curieusement de peu ces r?v?lations sur la condamnation ?tats-unienne du dictateur Ben Ali et de sa clique. Il ne s?est ?coul? que trois semaines entre le 28 novembre 2010, date de la publication des notes diplomatiques et le 17 d?cembre, date du suicide tragique d?un jeune homme dipl?m?, soudainement priv? par la police de son ?tal qui lui permettait de survivre en faisant du commerce. Ce drame a alors d?clench? des manifestations r?p?titives progressivement dans tout le pays bient?t r?prim?es ? balles r?elles par une police aux ordres du dictateur. On a relev? plusieurs dizaines de morts, sans que cessent pour autant les protestations. Elles en ont m?me pris que plus d?ampleur.

Et on a appris que le dictateur aurait fait appel ? l?arm?e pour mater ce qui devenait une insurrection populaire, mais que le g?n?ral en chef Ben Ammar aurait refus? d?obtemp?rer et de faire tirer sur les manifestants, ce qui lui aurait valu son limogeage. Peu apr?s, le 14 janvier 2011, ? la surprise g?n?rale des non-initi?s, Ben Ali et sa famille prenaient la fuite. Des bruits opportun?ment distill?s ont couru sur un entretien t?l?phonique entre la secr?taire d??tat Hillary Clinton et le g?n?ral Ben Ammar, un ?ventuel ?tat d?alerte de la flotte ?tats-unienne en M?diterran?e, puis sur la venue d?un ?missaire ?tats-unien en Tunisie, premier repr?sentant occidental ? entrer dans le pays depuis la chute du dictateur.

Une op?ration de ravalement des fa?ades dictatoriales

De l? ? ?tablir une relation de cause ? effet entre les r?v?lations de Wikileaks sur l?image de la dictature tunisienne donn?e par les diplomate ?tats-uniens et le d?clenchement de l?insurrection populaire, il n?y a qu?un pas qu?on est tent? de franchir, en restant dans les limites prudentes de l?hypoth?se.

Les r?v?lations de Wikileaks apparaissent moins d?sormais comme une information extorqu?e par des g?nies de l?informatique que comme un leurre d?information donn?e d?guis?e en information extorqu?e dont les services de renseignement sont familiers, pour pr?parer une op?ration politique de grande envergure ? travers le monde.

En 1943, les services britanniques avaient utilis?, dans le cadre de ? l?Op?ration Mincemeat ?, le faux cadavre d?un militaire ?chou? sur une plage du sud de l?Espagne avec une serviette de documents confidentiels farfelus pour d?tourner les Nazis des plages de Sicile choisies comme site de d?barquement par les Alli?s.

Aujourd?hui, les services ?tats-uniens ne se seraient-ils pas servis de Wikileaks pour lui faire jouer, ? la fa?on du cadavre de ? l?op?ration Mincemeat ?, le m?me r?le de vecteur d?informations donn?es d?guis?es en informations extorqu?es, afin de conf?rer de la cr?dibilit? ? l?appr?ciation n?gative du gouvernement des Etats-Unis sur des dictatures jusqu?ici amies, et livrer ainsi un signal public de d?saffection d?finitive envers ces cliques devenues des obstacles dans une recomposition des forces face aux nouveaux enjeux internationaux.

Ce l?chage ?tats-unien qui fragilisait le dictateur Ben Ali, aurait donn? du courage ? ses opposants, tant dans les cercles militaires et ?conomiques du pouvoir que dans la population. La preuve ? Ben Ali n?a pas r?sist? longtemps au refus du g?n?ral Ben Ammar, fort du soutien ?tats-unien, de tirer sur les manifestants. Le bruit s?en ?tant opportun?ment r?pandu, les manifestants ont redoubl? d?ardeur, assur?s de ne plus ?tre tir?s ? vue. La ? R?volution tunisienne ? aurait donc ?t? programm?e par une nouvelle strat?gie ?tats-unienne, comme en 1973, le renversement de Salvador Allende avait ?t? organis? par un putsch militaire auquel les USA avait pr?t? main forte pour mettre un terme dans le sous continent sud am?ricain ? la progression des r?gimes favorables ? l?Union sovi?tique.

La c?cit? et l?incomp?tence de la ploutocratie fran?aise

On reste pantois devant la c?cit? et l?incomp?tence de la diplomatie fran?aise, cens?e entretenir avec la Tunisie des relations ?troites : n?est-ce pas plut?t celle d?une ploutocratie attach?e ? faire des affaires avec la tunisienne et qui ne s?int?resse qu?au profit ? court terme, pendant que les ?tats Unis se pr?occupent du long terme en ravalant les fa?ades de dictatures vieillissantes devenues des boulets dans la redistribution des forces r?gionales pour faire face ? la confrontation du 21?me si?cle avec la Chine. On voit, en effet, que d?autres pays stigmatis?s par les analyses diplomatiques ?tats-uniennes que Wikileaks a rendues publiques apr?s en avoir ?t? myst?rieusement destinataire, entrent en effervescence, comme l??gypte, le Y?men et la Jordanie : viendra peut-?tre bient?t le tour du Maroc, de la Libye ou de la Syrie.

Ce sc?nario n?est qu?une hypoth?se, faute d??l?ments plus probants. Mais il offre une explication vraisemblable ? deux ?v?nements qui apparaissaient comme myst?rieux : les r?v?lations impromptues d?une masse de notes diplomatiques ?tats-uniennes par Wikileaks et la survenue tout aussi inattendue d?une ? R?volution tunisienne ? contre laquelle, 4 jours avant la fuite du dictateur Ben Ali, la ministre fran?aise des affaires ?trang?res, qui d?cid?ment n??tait pas dans le secret des dieux, en ?tait encore ? lui proposer le savoir-faire de la police fran?aise. Cette repr?sentation d?une redistribution des cartes partielle organis?e sous l??gide des ?tats-Unis ?tent un peu de romantisme ? la ? R?volution tunisienne ?, sans pour autant nier le courage des manifestants qui peuvent tenter d??largir la br?che entrouverte par les USA. Les semaines et mois qui viennent, permettront de voir s?ils y parviendront ou non.

Paul Villach

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