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Les mots ont un sens

Nos élus l’ont souvent été pour savoir « manier » les mots, avec cette régulière volonté de séduire, dans la droite ligne de la célèbre fable du corbeau et du renard, chère à Jean de La Fontaine… d’autres élus vont aujourd’hui plus loin, en nous faisant douter du sens des mots que nous entendons.

Exemples…

Pour le député Cédric Villani, député LREM de l’Essonne, et accessoirement mathématicien, un rapport attendu, et non fourni n’a pas été « décalé », mais plutôt il « s’intègre dans un nouveau calendrier  »…

Voilà qui a le mérite de la clarté.

Le nouveau ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, pour ne pas le nommer, s’exprimait un certain 11 février 2018 : il ne voulait pas utiliser le mot « expulser », (oh le vilain mot !) bien trop direct, et lui a préféré « des gens qui sont déboutés du droit d’asile, et qui ont dû être éloignés  »…donc on a bien compris, ils ne sont plus « expulsés », ils sont seulement « éloignés »…

Pas sûr que ça soit moins douloureux pour les « éloignés ».

Quittons ce tatillon ministre, pour un autre, Bruno Le Maire en l’occurrence, le nouveau ministre de l’économie et des finances.

Il n’aime pas que l’on évoque de « nouveaux impôts », et lui préfère, le 22 janvier 2018, le mot « prélèvement  »… par sûr que le résultat soit différent…

Il est vrai qu’une ministre (Jacqueline Gourault) avait fait « la boulette » en évoquant le remplacement de la taxe d’habitation par « un futur impôt plus juste. lien

Faisons un tour du coté de Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes, laquelle se refuse d’évoquer pour les migrants l’existence de « centres fermés », mais plus simplement de centres dont ils ne pourront pas sortirlien

Etrange conception de la liberté pour une femme portant un nom d’oiseau…

Quant à Hulot, le « performant » ministre de l’écologie, le mot « raté » ne lui convient pas dans l’expression « un rendez-vous raté », et il lui préfère de loin l’expression « un rendez-vous incomplet »… mais on n’est pas certain que ça change grand chose…

C’était le 6 juin 2018, sur France Inter

La veille, Françoise Nyssen, la ministre de la culture, se refuse à parler de « suppression »au sujet d’une chaîne de télévision et lui préfère de loin l’expression « bascule numérique »…lien

Il fallait que ce soit dit !

Nous ne sommes pas à l’abri d’autres cocasses surprises, ainsi, alors qu’en Pologne les députés ont voté pour une diminution de 20% de leur salaire, (lien) et qu’en France, c’est le contraire qui s’est passé, gageons que les intéressés préfèreront de loin que l’on évoque un changement de leur barème salarial, plutôt qu’une augmentation de salaire.

Et puis, finalement, leurs salaires ne s’élèvent qu’à 9186 €, ce qui n’est pas si important, même si René Dosière, spécialiste du contrôle de l’argent public s’est dit « choqué ». lien

Pourtant, on avait cru entendre lors d’un long discours récent présidentiel adressé aux préfets du pays, qu’il fallait « économiser sur les dépenses courantes pour pouvoir investir et transformer notre société  ».

C’est dans ce même discours que l’on découvre que le champion du monde toute catégorie n’est autre que le chef de l’état.

Dans ce discours, il ne parlera jamais de « libéraliser le marché du travail », et préfère évoquer le fait de « libérer le marché du travail »…

Tout comme il préfère « libérer le secteur du logement »…et voue aux gémonies « la libéralisation » de ce même secteur. lien

Liberté, quel joli mot.

Récemment Macron avait affirmé sa royale volonté de ne plus parler de la « sécurité » sociale, et lui préférer le mot « protection » sociale.

La nuance est importante car elle comporte en germe le fait qu’il ne serait plus question de cotiser selon ses moyens et de recevoir selon ses besoins… sous entendant la mise en place d’un système de santé à 2 vitesses.

L’idée semble abandonnée… jusqu’à quand ?

Finalement, c’est le double discours qui semble être le phare de ce nouveau gouvernement, dans la droite ligne du « en même temps ».

Ainsi, il proclame son « attachement au droit d’asile », tout en faisant preuve d’une grande brutalité dans le traitement réservé aux migrants.

Alors qu’il jugeait qu’Angela Merkel avait sauvé « la dignité collective » de l’Europe en ouvrant massivement, à l’été 2015, les frontières de l’Allemagne aux migrants… il ajoutait peu après « qu’il faut reconnaitre les limites de notre capacité à intégrer et en tirer les conséquences »… d’ailleurs on retrouve cette forme de pensée contradictoire chère au nouveau président dans un texte connu : « la France doit être à la hauteur de sa tradition historique d’accueil, tout en se montrant, dans des conditions toujours dignes, inflexible avec les personnes qui ne remplissent pas les conditions de séjour sur notre territoire  ». lien

N’est-il pas dramatique que Cédric Hérrou, cet homme qui, sans la moindre contrepartie, a apporté son aide à plusieurs migrants, et ait, pour ces actions, été condamné à la prison avec sursis, avec une amende en prime.

Il avait déclaré alors : « c’est une politique d’extrême droite, j’interpelle M. Macron, il faut qu’il se positionne là-dessus »…sans réponse à ce jour de l’intérpellé… lien

Heureusement il reste dans ce pays quelques structures démocratiques, respectueuses des valeurs de la République, tel le Conseil Constitutionnel, lequel vient de censurer le « délit de solidarité » que tentait d’imposer ce gouvernement… obligeant le législateur à revoir sa copie, et donc l’article L 622-4Lien

Le C.C. participe donc, à sa manière, à donner lui aussi son vrai sens aux mots, demandant ainsi de ne plus assimiler « passeur » et « aide humanitaire ».

Alors aidons à notre tour ce gouvernement à parfaire son langage…

Ainsi, il ne faudra plus dire « j’ai menti », mais plutôt ma « déclaration n’est pas conforme à la vérité  »… voire « ma déclaration comporte quelques inexactitudes »…

C’est d’ailleurs ce qu’a fait le gendarme responsable de la mort d’un jeune nantais, scandaleuse bavure qui a provoqué depuis de nombreuses émeutes dans les quartiers de la ville. lien

Toujours est-il que la cote présidentielle s’effondre, y compris celle de son premier ministre… rappelant curieusement l’épisode qu’avait connu son prédécesseur.

 

En tout cas, un an s’est à peine écoulé, et le moins que l’on puisse dire, c’est que la « barque présidentielle » est chargée, et bien chargée.

Hors de toute attente, ce sont les plus riches du pays qui ont profité de ses largesses… les plus pauvres attendront, et attendent encore, puisque Macron a décidé d’attendre la fin du mondial de foot pour prendre ses « décisions »…

La barque chargée ?

De la piscine à Brégançon, en passant par l’avion utilisé pour parcourir 110 km, les lobbys pharmaceutiques reçus en grande pompe, la baisse des APL, la baisse du budget de la sécurité sociale, des collectivités locales, la hausse de la CSG pour les fonctionnaires et les retraités, la baisse des APL, la suppression de 260 000 emplois aidés, le gel des pensions de retraite, le jour de carence pour les fonctionnaires, l’augmentation du forfait hospitalier, et on pourrait continuer à l’envie.

Un économiste a fait un bilan assez lucide : en 9 petits mois, alors que pour 10% de la population le pouvoir d’achat a augmenté de 6,9 milliards, il a baissé de 8,8 milliards pour 90% de la population, diminuant d’autant leur pouvoir d’achat, freinant donc la consommation, et ne permettant pas de faire redémarrer le pays, et baisser le chômage.

 

Le moment de rappeler au président qu’il a récemment déclaré : «  les aides sociales coûtent un pognon de dingue  »… et là, il n’a pas pensé à choisir des mots moins disrupteurs, du genre de ce qu’il utilise habituellement. lien

Nuls doutes que les années qui viennent nous feront découvrir d’autres facéties langagières de ce gouvernement, lequel semble particulièrement doué, et pourtant il reste un peu d’espoir.

En effet, il faut rappeler que depuis 2014 le Sénat a voté un projet de loi prévoyant une procédure de destitution par le Parlement en cas de « manquement du chef de l’Etat à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat ».

Etrangement, rien n’était prévu auparavant en cas de « manquements gravissimes » permettant un « empêchement » du Président, et donc de déclarer la vacance du poste.

Manquements ? De quelle sorte ?…

D’un comportement personnel incompatible avec la dignité de la fonction, à la réalisation d’un crime, en passant par un complet déraillement lors d’une expression publique, la liste est assez longue, et lorsqu’on se souvient des cris qu’il poussait avant d’être élu, (lien) on peut facilement imaginer qu’il puisse bientôt être un jour concerné. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous la forme d’un clou ».

L’image illustrant l’article vient de voxfnredekker.com

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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