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Les milices au Michigan, une vieille histoire… d’extrême droite (2)

L’historique de la création des milices dans le Michigan nous replonge vite dans une atmosphère raciste, dans les années 50 et 60, un phénomène qui perdurera jusque dans les années 80-90, avec un cas fort particulier:  celui d’un membre du Ku-Klu-Klan soutenu par une milice carrément nazie.  Son dirigeant lui-même camouflant son côté religieux derrière des actes de bandit de grand chemin, dont des attaques de fourgons blindés. 

 

Au Montana, les « Freeman » faisant eux dans la fausse monnaie et… le kidnapping, au nom de l’opposition à l’Etat Central qui selon eux les privait de liberté… un prêtre raciste de Mariposa (Californie) épousera également les thèses nazies pour fonder Aryan Nations, Identity Church et Posse Comitatus, les trois noms à retenir de cette période chaotique. 

 

Le suprémaciste du KKK et sa libération

Il faut le rappeler, l’Etat du Michigan a aussi abrité le “Pastor” Robert E. Miles, de Howell, un ministre autoproclamé du mouvement de la Christian Identity, qui faisait également partie du mouvement des Aryan Nations, cherchant à créer une patrie blanche dans le nord-ouest du Pacifique, mais aussi un ancien chef du Ku Klux Klan (en l’occurrence il était Grand Dragon du Michigan. Il a été condamné pour avoir incendié des autobus scolaires et voulu les faire exploser, lors d’une manifestation de dé-ségrégation à Flint (il est ici à gauche portant des menottes le jour de son arrestation). Il avait aussi menacé de tuer un juge. Condamné à 5 ans de prison en 1973, plus 3 autres condamnations de 4 ans pour des actions de « gourons et plumes » (un châtiment classique chez le KKK) ; l’accusation comprenait également la sédition et l’organisation d’un complot pour renverser le gouvernement fédéral grâce à la milice appelée The Order, de Robert Jay Mathews, alias Brüder Schweigen (pour Brothers Keep Silent), appelée plus communément Silent Brother. Pour la financer, l’antisémite Mathews pratiquait le vol à main armée et la contrefaçon d’argent et menaçait d’empoisonner des rivières ou de détruire des bâtiments administratifs, ainsi que de commettre des assassinats. Miles sera finalement acquitté de façon scandaleuse en 1988 par un jury local composé exclusivement de blancs…. A sa sortie, en indécrottable raciste, il déclarera aussitôt « qu’une nation aryenne était toujours possible « …

La filiation nazie de la toute première milice

The Order était une très effrayante milice nazie, décrite dans le documentaire cité comme la première organisation terroriste sur le sol US !!! Et c’était aussi une milice ayant pour but de renverser le gouvernement, comme le stipulait son livre de « déclaration de guerre » !!! Sur la naissance de The Order/ Brüder Schweigen, on peut lire ceci : « Encore une fois sans argent, Mathews a planifié le prochain braquage de The Order. Grâce à un employé désenchanté de la Brinks Company -ici à gauche- , il a appris l’existence d’un camion régulièrement chargé – souvent chargé de millions de dollars – qui empruntait une route particulièrement vulnérable au nord d’Ukiah, en Californie. Mathews a mis sur pied une équipe et grâce à une planification minutieuse de Richard Scutari nouvellement recruté, a réussi le braquage sans accroc. Cette fois (en juillet 1984), ils ont rapporté 3 800 000 dollars. Le seul problème était que Mathews a laissé derrière lui un pistolet enregistré auprès de son disciple Andrew Barnhill. Les enquêteurs fédéraux avaient lié le vol au meurtre de Berg » (Alan Berg, ici à gauche, un homme de radio anti-fasciste, assassiné à l’Ingram MAC-10, l’arme préférée de l’extrême droite, le 18 juin 1984). « Leurs principaux suspects appartenaient à l’Ordre.  Pendant ce temps, Mathews a rapidement versé une grande partie de la dîme à ses associations caritatives préférées: Aryan Nations de Richard Butler, Alliance nationale de William Pierce, Carolina Knights du KKK de Frazier Glenn Miller, Louis Beam, la White Aryan Resistance de Tom Metzger, Bob Miles ‘Mountain Kirk et l’Eglise d’Israël  de Dan Gayman.  Avec le FBI qui se rapprochait (de lui), il a défini ses sites sur la prochaine cible : Morris Dees. Son plan préliminaire prévoyait d’enlever et d’interroger Dees, puis de l’écorcher vivant. Il a également essayé de contacter le gouvernement syrien pour financer sa guerre contre les Juifs. Enfin, il a donné à son groupe un nom provisoire, tiré d’un livre sur les Waffen d’Hitler. SS: Bruders Schweigen, qui fait référence à «la fraternité silencieuse». Mathews sera retrouvé mort, réfugié à Coupeville, dans l’État de Washington sur l’île de Whidbey, le

 

 

L’idéologie, on le voit au sein des Michigan Militia, est un vrai patchwork, la seule idée fondamentale qui émerge étant un rejet massif du gouvernement (et de tout ce qui va avec, comme les impôts !). Des gens qui peuvent être assimilés donc à des anarchistes qui, contrairement à ce qui a pu être défendu par les adeptes de Trump, peuvent très bien être aussi de droite extrême. J’en veut pour preuve l’ouvrage de 1971 de Robert Nozick, « Anarchie, État et utopie« , censé pour beaucoup représenter la date de naissance de la notion aux USA.

Déjà une histoire de kidnapping en 1994

Il n’y avait pas que Olson de convoqué par le Congrès pour parler terrorisme. Notre fameux Trochman des Freemen du Montana n’était guère mieux qu’Olson, loin s’en faut : lui qui était venu faire quasiment la leçon aux congressistes a en effet été mêlé à une sombre histoire… de kidnapping, tiens, revoilà la même méthode de terrorisme employée (ils sont décidément sans aucune imagination !). Ça commence chez lui par une éleveur, William Stanton, qui se retrouve à la rue en 1993 : sa propriété a été saisie et il rejoint le mouvement des Freemen après que leur leader, LeRoy Schweitzer (un ancien Marines devenu « crop duster »), lui ait offert un prêt de 3,8 millions de dollars pour couvrir la dette de forclusion. Un prêt sans aucune valeur en réalité, les chèques fournis étant tous des faux, mais qui a redonné vigueur au fermier qui a alors menacé de s’en prendre à la fois à l’Etat et au shérif de Garfield, qu’il a menacé de pendre à un pont.  Arrêté, il a écopé direct de 10 ans de prison. Le juge qui l’a condamné, Roy C. Rodeghiero, reçoit alors des menaces de mort ou de kidnapping, émanant toutes des Freemen, comme le procureur de Murnion, John Bohlman.

La suite, c’est Mark Pitcavage, historien spécialiste de l’extrême droite US, dont il faut lire les analyses très bien menées  (il a créé le site Militia Watchdog) qui nous la raconte : « Le 3 mars, un homme du shérif du comté de Musselshell arrête deux Freemen, Dale Jacobi et Frank Ellena, pour avoir conduit une camionnette sans permis. Le député constate que les deux portent des armes dissimulées, elles aussi sans permis. Une recherche ultérieure trouve une carte dessinée à la main de la ville de Jordan, avec le bureau et la maison de John Bohlman surlignés : c’est le nom du procureur du comté de Garfield. Le camion contient une pléthore d’armes et de munitions (y compris des cartouches perforantes), 30 ensembles de menottes en bandes nylon, 60 000 dollars en or et en argent, 26 000 dollars en espèces, du ruban adhésif, une caméra vidéo, une caméra fixe et du matériel de radiocommunication. Les policiers sont sûrs d’avoir capturé deux des ravisseurs prévus pour enlever le procureur. Ce soir-là, trois Freemen entrent dans la prison du comté de Musselshell et exigent que les députés de service leur donnent les articles saisis dans le camion. Deux autres Freemen attendent à l’extérieur de la prison. Un député remarque l’un des Freemen cachant une arme de poing, et les deux députés parviennent à l’arrêter sans incident. L’un des Freemen arrêtés est John Trochmann, le fondateur de la milice du Montana »… « Le policier Orville Jones dira plus tard à propos de la présence de Trochmann: «Si ce n’est pas la preuve qu’un certain type d’intention maléfique était en cours, alors je ne suis pas un très bon policier (1) ». Et ce n’est pas tout comme  pression : « le bureau du shérif est bombardé de centaines d’appels téléphoniques, la plupart menaçant la violence. Bohlman reçoit au moins 40 de ce qu’il appellera des «menaces de mort directes» contre lui-même et son secrétaire. La secrétaire de Bohlman doit déménager temporairement sa fille dans le Minnesota après qu’un appelant a menacé l’enfant. La plupart des appels longue distance exigent la libération immédiate de Trochmann et proviennent clairement de membres de la milice du Montana, bien que le cofondateur de la milice du Montana, Randy Trochmann, nie tout lien entre son groupe et les Freemen. » On le constate : le kidnapping comme moyen d’action est bien une sorte de tradition de ces milices fascisantes ! Et ceux venus déposer tranquillement le 15 juin 1996 devant les élus du peuple, avaient tous eu affaire déjà à la justice !!! Il y a 26 ans, ils avaient déjà agi de la même façon quasiment au même endroit ! Ce n’est donc pas une surprise aujourd’hui !

Le « Posse Comitatus », à l’origine de tous les opposants au gouvernement

Historiquement, tout est parti d’une opposition aux fédéraux dans les années 60, qui a perduré jusque dans les années 80 et même au delà. « La philosophie Freemen fait écho à celle du Posse Comitatus des années 1980, mais avec sa propre tournure ».  Posse Comitatus, c’est le nom d’une loi du Congrès des États-Unis, signée le 18 juin1878 par le président Rutherford B. Hayes, selon laquelle l’armée n’a pas le droit d’intervenir dans les affaires du gouvernement civil, dans celles de la justice ou dans une procédure judiciaire. (C’est aussi le droit donné à un shérif ou à un autre officier de police d’enrôler des hommes pour l’assister dans le maintien de la paix ou dans la poursuite et l’arrestation de hors-la-loi !!!).

Mais c’est encore aussi le nom d’un mouvement d’extrême droite survivaliste, pionnier du genre dans les années 60 de l’opposition gouvernementale avec leur grève administrative forcée (le « terrorisme de papier »).  C‘étaient aussi tous des suprémacistes blancs, racistes, persuadés eux aussi de l’existence du ZOG, cher à Weaver (voir la note 8); une thèse développée au sein de la Christian Identity. « Développant des liens étroits avec le mouvement de l’identité chrétienne suprémaciste blanche, ils se croient être les vrais israélites, choisis par Dieu, et ils affirment que les Juifs cherchent à aider Satan à détruire la civilisation et à saper les droits des citoyens blancs au moyen de la Réserve fédérale et l’Internal Revenue Service. Des chartes du mouvement ont été émises en 1969 à Portland, dans l’Oregon, par Henry Lamont Beach (de l’Oregon), un blanchisseur à la retraite et un ancien membre des Chemises d’argent, une organisation d’inspiration nazie qui a été établie en Amérique après la prise de pouvoir d’Hitler en Allemagne ».

William Potter Gale (WPG, ici à droite) a été décrit par un expert comme le fondateur du mouvement ». Gale, un prêtre, devenu militaire, qui s’était attiré le KKK ou les suprémacistes ! Les propos enflammés de Gale seront repris aussi plus tard par le fermier Cliven Bundy, lors des heurts avec la police et deux milices armées venues le soutenir. Drôle de curé en effet que ce WPG nous explique Stuart A. Wright dans le livre « Patriots, Politics, and the Oklahoma City Bombing » : « seulement cinq jours après que Richard Wayne Snell ait abattu et tué un soldat noir de l’État de l’Arkansas et quinze jours avant que Robert Mathews de The Order aient volé un camion blindé Brinks à l’extérieur d’Ukiah, en Californie, William Potter Gale a organisé la fondation du Committee of The States (COS), le Comité des États, le week-end du 4 juillet 1984. Le COS a été proposé par Gale initialement en 1982 comme «un remède à la crise agricole qui se déroulait alors dans le Midwest» (Levitas, 2002: 287). Gale a accueilli la réunion de 1984 dans son Manasseh Ranch en Californie à laquelle ont participé quarante-quatre patriotes, dont Richard Butler (un nazi) et les futurs membres des Patriots de l’Arizona, qui ont tous signé une déclaration accusant les représentants du gouvernement d’actes de sédition et ordonnant la dissolution du Congrès. Le Comité des États a été conçu comme un organe ou une structure nationale pour organiser des organisations Posse à travers le pays. La déclaration du COS a proclamé que ses membres faisaient partie de la nouvelle «République autonome» qui reprenait le gouvernement américain pour le peuple, et elle a annoncé qu’elle assumerait toutes les fonctions des ministères de la Justice et de la Défense, entre autres. Gale a spécifiquement abordé le sort des agriculteurs dans la déclaration COS et a appelé à l’abrogation de la loi fédérale sur l’assurance-dépôts et à la liquidation de toutes les dettes nationales et étrangères. Les représentants du gouvernement agissant sur «des pouvoirs illégalement délégués» ont été avertis que l’ingérence ou le non-respect de la nouvelle République entraînerait la mort.
Gale a créé comme bras de force de la nouvelle République la première «milice non organisée». Gale a organisé des opérations de formation paramilitaire au ranch Manasseh pour la milice, comprenant des leçons sur les explosifs, de techniques d’embuscade, de combat au couteau et de raids nocturnes (Levitas, 2002: 287-8). Une enquête fédérale du Comité des États a abouti à l’arrestation de Gale et de sept autres membres en 1986 sur un acte d’accusation de dix chefs d’accusation de conspiration, d’interférer avec les lois fédérales et des menaces de mort envoyées aux responsables
des impôts ». A gauche, un des ouvrages fondamentaux pour comprendre la question : « Bring the War Home, The White Power Movement and Paramilitary America » de Kathleen Belew.

L’héritage de la Guerre de Sécession et d’une reconstruction ratée

Un très intéressant papier à lire ici nous explique que la loi Posse Comitatus a aussi ses racines dans saison apocalyptique laissée dans le Sud après la guerre de Sécession, et l’existence de hordes d’opposants à la victoire du Nord pourchassés par une armée qui commettaient exaction sur exactions (on coupaient les doigts ou les nez des prisonniers capturés, en scalpera aussi !):  des opposants boostés par un général Lee, réfugié derrière un patriotisme chrétien affiché jusqu’à sa mort en 1870. L’origine historique est là, hélas !

La reconstruction de l’Etat s’avérait alors fort difficile et elle fut menée hélas par des nordistes bien trop corrompus, aidés par des militaires trop revanchards, provoquant une forte montée du sentiment anti-Etat. Le Nord, en voulant briser de cette façon la structure politique du Sud, allait commettre une erreur de taille, provoquant un rejet de la population au contraire de l’adhésion espérée. Certains compareront la situation à celle de la dictature de Cromwell en Angleterre, ou même plus récemment l’occupation de l’Irak ici dans l’article ! L’usage malheureux d’une milice noire venait renforcer un racisme toujours présent. Au final, en 1878, on dût se résoudre à empêcher la présence de l’armée : « Pendant plus d’un an, le Congrès s’est débattu avec des propositions visant à promulguer une loi interdisant explicitement l’utilisation de l’armée en tant qu’organisme national d’application de la loi – une politique dont dépendait toute l’entreprise corrompue de reconstruction. Enfin, le 18 juin 1878, un projet de loi de crédits a été amendé avec un article austère d’un paragraphe interdisant l’utilisation de l’armée comme « un  posse comitatus » ou autrement, dans le but d’exécuter les lois sans autorisation spécifique du Congrès. Le soi-disant Posse Comitatus Act est bref, et trop facile à contourner. Mais c’est une expression précieuse d’un principe constitutionnel indispensable: la séparation des militaires et des forces de l’ordre. Et c’est aussi un révélateur utile des horreurs qui ont été vécues par les Américains lorsque cette séparation s’effondre » (2).

Des hommes dangereux, dès le début, en tout cas : on les retrouve dans les années 80, faisant la une des journaux nationaux « lorsque, le 13 février 1983, l’ancien membre du Posse Gordon Kahl tue deux marshals fédéraux qui étaient venus l’arrêter dans le Dakota du Nord  alors qu’il était devenu un fugitif (à droite son avis de recherche). Une autre fusillade s’ensuit le 3 juin 1983, au cours de laquelle Kahl et Gene Matthews le shérif de Lawrence County, Arkansas sont tués. D’autres membres du groupe ont également été reconnus coupables de délits allant de l’évasion fiscale et la contrefaçon à des menaces de mort contre des agents et des juges de l’IRS. » Ils sont réapparus eux aussi encore une fois 30 ans plus tard, en Louisiane cette fois :  « Le 15 août 2012, cinq suspects sont arrêtés dans le cadre de la fusillade mortelle de deux adjoints du shérif et de deux autres blessés dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, en Louisiane. Terry Smith, 44 ans  (ici à gauche) ; Brian Smith, 24 ans ; Derrick Smith, 22 ans ; Teniecha Bright, 21 ans ; et Kyle David Joekel, 28 ans (à droite), ont été identifiés, Brian Smith et Joekel étant les tireurs de l’incident. Selon les rumeurs, les hommes seraient affiliés à un groupe Posse Comitatus »…

Les Freemen, sur cet exemple,« ont créé leur propre canton, leur propre cour suprême et, en fait, leur propre monnaie sous la forme de faux mandats tirés sur un compte vide et fermé à la Norwest Bank à Butte. En tant qu’actifs pour soutenir les chèques, les Freemen disent qu’ils déposent des privilèges qu’ils ont émis sur la propriété de leurs ennemis. « Nous accordons un crédit à Norwest à recouvrer. Ils sont le débiteur en possession », a déclaré Schweitzer à un détective du shérif de l’Arizona, selon une transcription téléphonique (…) Officiellement, la cabane en rondins de Skurdal et les 20 acres environnants appartiennent à l’Internal Revenue Service (IRS, les impôts), qui l’a saisi en 1993 pour payer 29 312 dollars que Skurdal devait en arriérés d’impôts. L’IRS a mis la propriété en vente deux fois. Il n’y a pas eu de preneurs (…)  Schweitzer a eu ses propres problèmes fiscaux. Depuis 1992, l’IRS a saisi des privilèges sur son avion de crop-duster, et sa maison à Belgrade, dans le Montana, pour satisfaire des arriérés d’impôts de 389 000 dollars à cette date en 1973, a déclaré Theo Ellery, un porte-parole de l’IRS à Helena. Depuis plus d’un an, Skurdal et Schweitzer mènent une guerre de terrorisme papier généré par ordinateur contre les autorités locales. Il comprend un flux de documents juridiques rédigés en latin; des faux mandats-poste d’un montant maximal de 20 millions de dollars; des privilèges de propriété et les réclamations en dommages contre toute personne qu’ils n’aiment pas; des primes sur policiers et les juges; et des ordres de leur propre «cour suprême» exigeant la comparution à la cabane en rondins des fonctionnaires et des juges qui les ont offensés » .  Une activité si intense qu’elle avait fini par nuire à l’exercice de la démocratie : « Le flot de documents difficiles à déchiffrer est devenu si gênant que l’ancien responsable du comté d’Atty, Vicki Knudsen, a déclaré qu’ils avaient joué un rôle dans sa décision de ne pas briguer sa réélection. Et dans le comté de Garfield, la greffière du tribunal JoAnn Stanton a déclaré qu’elle avait perdu 40 livres à cause des singeries des Freemen, qui comprenaient des menaces de privilèges sur sa propriété et une brève prise de contrôle de la salle d’audience par Skurdal et un groupe de Freemen. Maintenant, Schweitzer et Skurdal forment les autres à la légalité floue de ce qu’ils font. Son utilisation peut cependant être dangereuse pour la liberté personnelle ». Schweitzer avait chez lui pas moins de trois avions : un Cessna, un Beechcraft Bonanza et son avion d’épandage, un Air Tractor. Les trois seront revendus par les impôts (l’IRS), son Air Tractor se revendant plutôt bien, à 239 000 dollars, proposé au départ à 150 000 ! Schweitzer n’était au final qu’un entrepreneur véreux et ruiné qui avait déguisé sa faillite en mouvement politique anti-étatique !!!

Trochmann s’en sort, les autres pas

« Le lendemain de la condamnation de Stanton, sept hommes lourdement armés ont été arrêtés à Roundup dans deux incidents dans ou à proximité du palais de justice de la ville et du bureau du shérif. Tous avaient visité ou suivi une «formation» de Schweitzer et Skurdal. Les adjoints du shérif, qui craignaient que les hommes soient venus kidnapper un juge, ont confisqué cinq fusils d’assaut, plusieurs milliers de cartouches, six armes de poing, des radios bidirectionnelles, du ruban adhésif, des attaches de poignet en plastique, des lunettes de vision nocturne et 80 000 dollars en or, argent et en espèces. Les accusations portées contre le groupe, qui comprenait John Trochmann, 52 ans, co-fondateur de la milice du Montana, ont été abandonnées pour tous, sauf deux – Frank Ellena, 45 ans, et Dale Jacobi, 53 ans, qui ont renoncé à la caution ». Comment et pourquoi Trochmann avait-il réussi à passer au travers des condamnations demeure un mystère. Ou plutôt ravivait chez lui le soupçon d’avoir longtemps été un informateur du FBI, comme a été soupçonné Olson. Leur parcours de provocateurs à l’épreuve des barreaux demeure en effet très étonnant.

(1) La totale duplicité d’un Trochman a très bien été décelée par Daniel Voll d’Esquire, en 1995; juste près l’attentat d’Oklahoma, dans un super reportage qui débute ainsi  : « NORMALEMENT, LA PREMIÈRE CHOSE que vous voyez en entrant dans le centre de commande de MOM est une affiche couleur d’une mitrailleuse M-60 montée sur un tracteur qui indique, VOUS ALLEZ REPOSER À QUELLE FERME? Cette semaine, alors que la presse nationale envahit, les Trochmann décident de nettoyer leur image. L’affiche a été retirée. L’endroit vide est rempli d’une carte. Les croyances fondamentales du gang Trochmann sont également en cours de désinfection pour la presse. Quand j’étais ici pour la dernière fois, en janvier, après le dépôt de mon histoire («Le droit à la douleur», mars), John s’est assis au Landmark Cafe et a expliqué sa théologie de l’identité chrétienne, qu’il espérait attacher au mouvement de la milice. «Je suis la loi de Dieu», dit-il. «Les Noirs, les Juifs sont les bienvenus. Mais lorsque l’Amérique sera le nouvel Israël, ils devront retourner d’où ils viennent. » Sa voix devint plus calme. « C’est juste la loi de la nature – le genre doit aller au genre. » On n’en parle plus maintenant. Pas de nettoyage racial, pas de solutions finales. Et on ne parle pas des caches d’armes – assez pour retenir un bataillon, me disait-il – qui sont déjà cachées dans les montagnes. Cette semaine, c’est seulement cette terre qui est ma terre, cette terre est votre terre. Strictement deuxième amendement, indignation des États-droits, avec une généreuse aide de conspiration. « Une interview est un match d’échecs », me dit John, « joué à fond. » Lorsque Marc Cooper de The Nation, assis à côté de moi dans le Landmark Cafe, pose des questions sur la banque internationale, Randy est capable de rire. « Vous allez me poser des questions sur les Juifs ensuite, n’est-ce pas? »…

Un peu plus loin pourtant, voici ce qui est montré : « VOUS VOULEZ VOIR ces wagons couverts enterrés ? Demande Mike Richter, en me conduisant sur un chemin défoncé dans sa vieille Toyota. Richter était autrefois un confédéré de l’identité chrétienne de John Trochmann, mais les deux ont eu une brouille théologique. « Jean ne croit plus en Jésus, et je ne peux tout simplement pas accepter cela. » À quatre cents mètres des boisés du quartier général de la milice, nous atteignons une petite colline. Dans la prairie devant se trouve un vieux wagon couvert, l’air désespéré. Deux transporteurs de fret sont à proximité. Empilés à proximité se trouvent ce qui semble être de petits missiles. «Ce seraient des fusées de bazooka», confirme Richter. Inertes, non fonctionnelles – pour s’entraîner au tirs,  comme il dit. «C’est une opération légale», dit-il. «Mon fils et moi travaillons pour le propriétaire, et Carolyn Trochmann s’occupe de sa comptabilité. Il vend des munitions excédentaires, des armes à feu, des bombes à fragmentation. Il se trouve juste à côté de Trochmann. Il leur a acheté sa propriété. Cette transaction impliquait un échange d’armes. »

«Il vend des bombes à fragmentation?»

« Sûr. Elles sont inertes. « 

«Les bombes à fragmentation inertes peuvent être rendues non inertes, non?»

« Oh, bien sûr. Un concessionnaire peut les vendre si elles sont inertes. Ce que quelqu’un fait ensuite, c’est son affaire. »

Richter continue l’inventaire du concessionnaire: fusils antichars, lance-grenades, canons montés sur véhicule, roquettes LAW inertes, que vous lancez de votre épaule. Les munitions comprennent les cartouches incendiaires, les balles perforantes et les traceurs.

À cinquante mètres, un énorme morceau de plomb de la taille d’une sculpture de Rodin est ancré dans le sol. Il est perforé de trous de munitions de calibre .308 et .50. »…  Rien n’avait changé chez la milice, à part les apparences !!!

(2) il  y en a d’autres disséminées dans tout le pays : « des groupes tels que Posse Comitatus, the Tax Protest Movement, The Patriot Movement, The Christian Patriot Movement, The Order (connu aussi comme The Silent Brotherhood), The Covenant, Sword, et Arm of the Lord, Elohim City, une organisation visitée par Timothy McVeigh, The Aryan Republican Army, Bruders Schweigen II, Louis Beam’s Texas Emergency Reserve, et The Army of God correspondent plus étroitement au véritable profil de ce qu’est réellement le mouvement de la milice citoyenne. The Army of God n’est cependant pas une milice en uniforme ou même non organisée. Elle est mentionnée dans le contexte des milices en raison de ses résultats souvent violents et meurtriers. La milice du Montana et la milice du Michigan sont des «unités de pont», en ce qu’elles sont les intermédiaires entre les partisans susmentionnés de la résistance violente et / ou du renversement du gouvernement des États-Unis et des milices telles que la 42e, la 58e et la 59e , 51e et 52e milice du Missouri ».

« Parmi les cousins ​​germains des milices, mais des organisations qui ne sont pas de véritables groupes paramilitaires eux-mêmes, appartiennent Christian Identity, Aryan Nations, The Sons of Yahweh, White Aryan Resistance, Stormfront, The National Alliance, et David Duke (www.duke.org, ex KKK), The National Vanguard, Vanguard News Network, White Alert, White Revolution, the Christian Defense League, the Liberty Lobby, The Spotlight, et Christian Constitutionalists. Beaucoup de ces groupes s’opposent au contrôle des armes à feu, au métissage, à l’immigration sans entraves, à l’intégration et à l’avortement et sont considérés comme des groupes d’action politique hors sol. Ce sont les militants politiques qui diffusent des informations de la droite vers le reste de l’Amérique et le monde, soit via Internet, à travers la presse écrite ou par radio et sur ondes courtes ». En radio l’un des principaux activites s’appelle Mark Koernke, plusieurs fois condamné et ayant effectué des séjours en prison. On l’avait retrouvé en 2010 en train d’alimenter en arguments le groupe d’Hutaree du Southeast Michigan Volunteer Militia. Il est ici à gauche dans les années 90 et à droite ici en compagnie… d’Alex Jones, incontournable partisan -et ami- de Donald Trump qui lui a consacré une longue interview pré-élection. Ici une vidéo de lui en tenue de milice en train de faire un discours enflammé en Floride sur le « New World Order, une théorie complotiste : affolant ! Ce gars est un danger public véritable qui sévit depuis plus de 30 ans !

Un autre homme de radio est tout aussi à fuir : Jeff Rense, antisémite et négationniste notoire, pro-nazi, qui sévit depuis des années sur le net. On le droit à tous les bobards avec lui : en ce moment il nous ressort les soucoupes nazies en boucle, le genre de truc ridicule et grotesque dont se nourrit en France Radio-Nova. Et Roch Sauquere et Jean Marc Roeder …

 

Article précédent:

Les milices au Michigan, une vieille histoire… d’extrême droite (1)

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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