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Les milices au Michigan, une vieille histoire… d’extrême droite (1)

A peine l’annonce du kidnapping raté de la Gouverneure du Michigan Gretchen Withmer faiteon a eu droit à des dénégations : ce ne seraient pas des gens d’extrême droite, mais des « anarchistes » (1), ils ne feraient pas partie du mouvement Boogaloo, déjà décrit ici (2), ou ce ne seraient pas, bien sûr, des supporters de Trump. Des critiques venues à la vitesse de l’éclair des partisans de Donald, ou même ici en France, de ceux d’Eric Zemmour (3), qui ne dissimulent plus leur dévotion pour le maître déjanté de la Maison Blanche. Et pourtant, ils sont bien tout ça à la fois et sont même les dignes héritiers d’une milice spécifique au Michigan qui a connu parmi ses rangs deux personnes ayant laissé leur nom dans l’histoire de sinistre façon : Timothy McVeil (exécuté en 2001) et Terry Nichols (condamné à la prison à vie), les auteurs du terrible attentat d’Oklahoma City du 19 avril 1995 qui avait fait 168 morts, dont 19 enfants. Voici en effet ce que vient de lâcher dans la nature un président devenu complètement fou, qui appelait en avril et il y a peu encore à « Libérer le Michigan » (4), un appel que les apprentis kidnappeurs ont pris au sérieux, hélas…

Des milices armées au Michigan ? C’est une vieille histoire en effet, comme le note ici Local4 Detroit, qui titre le 9 octobre : « Milices au Michigan: une présence inquiétante qui remonte à des décennies. Le Michigan a accueilli des milices avant de devenir un État » pour nous rappeler l’ampleur des dégâts sur place. Dans ce pays d’histoire récente, c’est un fait notable à remarquer en effet. « Les milices sont au Michigan depuis près de 200 ans et ont même pris part au conflit sur la guerre de la bande de Toledo avant que le Michigan ne devienne un État. La milice la plus connue, le groupe paramilitaire Michigan Militia, a pris racine dans l’État en 1994, motivée par le bras de fer avec les agents fédéraux à Ruby Ridge en 1992 (5) et à Waco en 1993 (6). À son apogée, le groupe prétendait avoir des milliers de membres, mais on ne sait pas combien ont encore des liens avec le groupe. La milice du Michigan a d’abord été mise en lumière après l’attentat à la bombe d’Oklahoma City en 1995. L’attaque a tué 168 personnes. Les victimes étaient âgées de trois mois à 73 ans et comprenaient trois femmes enceintes. À ce jour, il reste l’acte de terrorisme intérieur le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis ». En somme, un sérieux rappel, qui nous laisse envisager ce que l’insanité trumpienne, à avoir souhaiter « libérer » l’Etat, contient de dangereux dans un endroit où a été fomenté le pire attentat avant le 11 Septembre 2001 (ici à droite) : c’est là où Donald Trump fait figure de dément irresponsable.

Dans le Michigan, ce n’est donc qu’une demi surprise que de voir ces fêlés armés vouloir s’en prendre au symbole même de l’Etat; en l’occurrence, il y a peu, sa gouverneure. « Le Dr JoEllen Vinyard, professeur d’histoire à la retraite de l’UEM, a étudié la milice du Michigan à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Elle a déclaré que le groupe croyait que le deuxième amendement était potentiellement menacé après les sièges de Ruby Ridge et de Waco. «Ils s’inquiétaient des armes à feu retirées», a déclaré Vinyard. «C’était l’une de leurs principales préoccupations, dans tous les différents groupes.» C’est en effet le point essentiel de toutes les milices !!!  La peur de voir leurs armes confisquées !

« McVeigh et Nichols ont participé aux premières réunions de la milice du Michigan. En raison des luttes intestines entre les dirigeants et du déclin du nombre de membres, ce qu’on appelait la milice du Michigan a depuis été divisée en plusieurs petits groupes avec des points de vue et des idées différents. «Le Michigan a toujours eu un certain nombre de groupes extrémistes», a déclaré Andy Arena, l’ancien directeur du FBI Detroit. « De toute évidence, ces groupes qui sont anti-gouvernementaux, voient des complots partout pour une raison quelconque. » C’est là encore où l’on ne peut que constater que les paroles de Trump ont fait l’effet d’un souffle sur des braises rougeoyantes, prêtes à s’enflammer, même si ce dernier, en a sérieusement manqué récemment, de souffle. Des gens dangereux, en effet. L’un des comploteurs (nous reviendrons plus loin sur l’ensemble de l’équipe), par exemple, Ty Garbin (ici à gauche) et pas le plus virulent du lot, a visité et inspecté les piles d’un pont routier sur l’autoroute  M-31 dans le but de le miner et le faire sauter, pour protéger leur fuite une fois leur kidnapping effectué, selon le plan élaboré par les comploteurs. Il avait même évalué le coût des explosifs nécessaires : 4 000 dollars. Le problème étant que celui à qui il avait transmis ses reportages photographiques de repérages était un informateur de la police qui surveillait le groupe depuis des mois ! Preuve s’il en est que la potentialité de leur dangerosité était bien connue des autorités !

Combien représentent-il d’individus ?

Les groupes de milices étant très fluctuants, les rivalités fréquentes et les égos surdimensionnés, il est difficile de se faire une idée du nombre qu’ils représentent. Historiquement, leur nombre change selon le représentant à la tête du pays. S’il est de droite, ou d’extrême droite aujourd’hui avec Trump, leur nombre diminue, quoique ce dernier provoque aussi une répulsion chez certains, ce qui est aussi nouveau. Aujourd’hui, on est globalement revenu au niveau existant chez Clinton en 1993…  et donc à la date de la création de celle du Michigan :

« Des chiffres exacts sont essentiellement impossibles à trouver, en raison du secret de ces organisations. Cependant, nous pouvons peut-être extrapoler à partir de quelques exemples connus: la seule revendication spécifique que j’ai trouvée est lorsque le chapitre du Minnesota de la milice United Patriots III% a revendiqué 400 membres en 2017 (le pic avait été atteint en nombre en 1997 avec 857 milices recensées dans tout le pays).  Le SPLC a déclaré qu’il y avait 216 groupes de miliciens dans le États-Unis en 2018, contre 273 en 2017. (L’Anti Defamation League a déclaré en 2017 qu’il y avait plus de 500 milices, « PBS YouTube, 19/04/2017, » dans Pourquoi les milices armées se multiplient à travers le pays « ; évidemment SPLC et la Ligue anti-diffamation doivent avoir des critères différents pour ce qui constitue une «milice») (…) il existe une ou plusieurs milices à l’échelle de l’État dans chaque État du continent américain. En supposant qu’il y ait au minimum une moyenne absolue de 100 par groupe, ce serait 21 600 citoyens, lourdement armés et prêts; le nombre pourrait être plus de 1 000 en moyenne par groupe, ou 216 000 citoyens, 216 000 miliciens. Compte tenu de la quantité de dégâts qu’un seul tireur «loup solitaire» peut faire en quelques minutes avec les armes dont il dispose, combien de dégâts pourraient faire des milliers de personnes? Divisez même ces 21 600 miliciens de manière égale entre 49 États, et vous en avez plus de 440 par État. C’est suffisamment armé, principalement d’anciens policiers et militaires, pour causer beaucoup de problèmes, de sorte que les autorités locales qui n’étaient pas également impliquées dans le complot commenceraient à réfléchir à deux fois, risquant leur vie pour s’opposer à leurs propres électeurs; l’autorité fédérale ne serait pas en mesure de faire face à un mouvement généralisé ». Et c’est bien ça le danger ! Celui d’un mouvement de masse qui se déclencherait !

Une organisation tombée du ciel ?

Si les milices y ont toujours existé, tout a vraiment commencé, ou s’est nettement renforcé au Michigan, dans les années 90 avec un homme fort particulier, un jeune retraité de l’armée, Norman «Norm» Olson, un ancien Navy Seal du Naval Special Warfare, section UD (Underwater Demolition), un parachutiste créateur des Leap Frogs, l’UDT Para Team du groupe, devenu ensuite les Chuting Stars (ici à droite, il vient d’effectuer un saut similaire pour fêter ses 80 ans). Après avoir terminé responsable du Joint  Spécial Operation Command nouvellement créé en 1983 et pris sa retraite, il a fondé dans la foulée avec son vieil ami Ray Southwell les Michigan Militia.
Au même moment les Militia of Montana ou MOM, apparaissaient, ou encore les Montana Freemen, un « Christian Patriot movement«  dirigée par LeRoy M. Schweitzer, un entrepreneur véreux qui va se spécialiser lui très vite dans les faux chèques pour s’acheter 1,4 million de dollars d’armes et d’équipements militaires. Ceux-là se feront connaître en 1996 avec une longue confrontation armée avec le FBI (voir ici plus loin dans le texte). Schweitzer écopera au final de 22 ans de prison, ses sbires de peines annexes. L’histoire de ces milices est jonchée de condamnations en effet.

En réalité, Olson est alors devenu responsable d’une armurerie (et il s’est aussi improvisé depuis prêcheur, ici à droite!) et il vend des fusils et des pistolets (ci-dessous à gauche, c’est dans le garage et la cave de sa maison) à tout un tas d’extrémistes qu’il rencontre tous les jours dans sa boutique. C’est son groupuscule fascisant qui a commencé à prendre de l’ampleur avec sa prise en mains musclée d’ex-militaire rôdé au commandement. Son groupe comptera jusqu’à 6 000 militants à son apogée. C’était une véritable petite armée et donc un danger potentiel évident !

Et c’est dans une ferme de Decker, dans le Michigan,(cf ici à droite) appartenant au frère de Nichols, James, qu’un de ses clients, Timothy McVeigh, commencera a tester des bombes à base de nitrométhane en 1994. Et en octobre 1995 qu’il se rendra à Elohim City, en Oklahoma, pour rejoindre un groupe suprémaciste blanc et rencontrer un responsable de l’Aryan Republican Army. Bref tout baignait chez Olson dans l’extrémisme de droite et la suprématie blanche, qu’il ne pouvait que difficilement ignorer.  Comme il ne pouvait ignorer McVeil et ses activités, ce qu’il niera pourtant après ostensiblement, une fois l’attentat meurtrier perpétré.

Il viendra néanmoins témoigner au Congrès comme témoin (fort attendu), le 15 juin 1995, en affichant un aplomb pas possible, convoqué pour un débat sur le terrorisme intérieur et le rôle des milices, après l’attentat d’Oklahoma. Il déclarera n’avoir rien vu ni entendu sur de ces activités dans l’une des pires apparitions mensongères jamais faites à cet endroit (ici à droite), restant bien raide dans son uniforme, devant les questions d’Arlen Specter ou de Dianne Feinstein, et de Carl Levin, ce dernier ayant bien perçu le danger de cette « private army » de milices du Michigan qui, selon lui, « posait problème » pour rester poli. Il faut aujourd’hui regarder sa déposition malsaine, pour bien comprendre le problème actuel, plus de 24 ans après. Olson intervient surtout vers 1h49 après le début des débats, en lisant un texte d’un ton martial, plein de défiance et en jouant sur les mots de la constitution US ou du sacro-saint second amendement. En uniforme militaire (?), contrairement à tous les autres miliciens venus en costume (autre provocation, il est alors déjà retraité), il avouera un peu plus loin avoir « entendu » certes ses clients « s’en prendre au gouvernement ». Il y défendra aussi l’idée simplette d’une « revanche contre le gouvernement » possible… excusant presque l’acte, en excluant bien sûr toute responsabilité personnelle. En exposant ses idées mais en attribuant la responsabilité non pas aux groupuscules armés, dont le sien, mis en cause par l’attentat monstrueux, mais à l’Etat lui-même, établissant d’emblée une explication complotiste qui va perdurer (aidée par le rôle du FBI, qui surveillait déjà Nichols, par exemple). Il ira même jusqu’à dire en effet (à 1H58) que c’est la presse qui avait nommé « un seul responsable » (McVeigh) alors que selon lui c’était « un complot impliquant au plus haut l’Etat ». En prenant comme référence et comparaison (plutôt facile) « l’assassinat de Kennedy et l’histoire de la balle unique  » !! L’homme, on le voit, avait parfaitement assimilé les contradictions de la société américaine et en avait joué, manifestement devant les élus, fort satisfait de lui-même. Olson ira même jusqu’à dire à Specter que « ce dernier ne comprenait pas ce qui se passait » sur place, évoquant même une « tyrannie de l’Etat », y mêlant alors des allusions… aux juifs !!!

Un antisémitisme qui pointait et qui sera repris intelligemment à la volée par Specter, qui exhibera devant lui une photocopie d’une affiche répandue par Oslon montrant un Hitler bras levé pour dire qu’il était d’accord pour le contrôle des armes, la chose honnie par les milices… la plupart d’entre elles étant antisémites !! (ici à droite) Sidérant de mépris et de duplicité !!

Robert Fletcher, des Militia of Montana (ici à gauche) -et ancien tueur pour Noriega- passera aussi sur le grill ce jour-là, en fuyant lui aussi toute responsabilité, même cuisiné intelligemment et repris par le sénateur Fred Thompson. Trochmann, du Montana, le troisième larron responsable de milice invité, explosera lui littéralement quand Feinstein lui demandera « de quelle justification dispose-t-on pour faire sauter un immeuble » ... l’individu, dont la milice stockait des armes à profusion, comme celle mise en cause aujourd’hui (6), sera en effet présenté dans la presse comme « the guru of the American militia movement » selon le The Washington Post; et « le plus dangereux patriote du pays »..

On était alors en 1995 , je le rappelle !!! Il y a 25 ans on avait donc déjà mis sur le grill ces dirigeants dangereux… mais sans arriver pour autant à les obliger à défaire leurs groupes, tous retranchés dans le droit inaliénable aux USA de posséder des armes. En quantité ou pas !

Le jour où la démocratie a perdu la face

Ce jour-là, le 15 juin 1995 donc, la démocratie américaine avait raté son rendez-vous et beaucoup perdu, en laissant un gars comme Olson brandir un opuscule de 600 pages (ici à droite), accusant et condamnant carrément l’Etat fédéral… devant ses propres représentants !!! Un vrai défi lancé à la face de la démocratie ! A la question de Feinstein sur « combien d’armes selon vous un citoyen doit-il posséder » (sous-entendu pour suivre le raisonnement des milices d’être d’auto-défense), il avait répondu de façon sardonique « cela dépend de la menace qui est en face », ce qui autorisait tous les stockages et empilement possibles pour nourrir une armée, au besoin !! Ce que son groupe, comme celui de Trochman, s’était depuis le début empressé de faire ! Lamentable !!! Ici, en vidéo, la rencontre bien plus tard (récemment, en octobre dernier) entre Michael Moore et Olson, qui fait alors la cuisine – un gâteau- chez lui… en uniforme, en grand-père gâteau, une scène surréaliste (comme la photo ci-dessous de leurs lots de peluches gagnées à la foire du coin) :

Le reportage de Moore, fort moqueur, laissant cependant une drôle d’impression à la fois de critique (Olson y est franchement présenté comme un complotiste invétéré) et à la fois de réussir à en minimiser la dangerosité (7) . Pas sûr que ce soit ce que Moore souhaitait montrer, à part le ridicule complet de tout l’équipe chantant « If I had a hammer » sur un manège de foire ! La boutique d’Olson, installée chez lui, avait déjà été l’objet d’une autre visite, ici en 2001, fîlmée par ITN. A l’époque, le reportage montrait de francs conspirationnistes plutôt excités déjà (au contraire de Moore), affirmant une opposition nette au gouvernement  » nous ne croyons pas en notre gouvernement » assurait le dénommé Jeff Smith, un autre, Lee Miracle (alias « Weapon M », auteur d’un livre laudatif sur la Milice) lui indiquant que « oui, ils pourraient prendre les armes contre le gouvernement, un jour ou l’autre ». Au bout de l’extrait disponible (chez Getty hélas, le visionnage complet est coupé), on pouvait admirer un badge : celui des Wolverines, dont on vient à nouveau de parler dans la tentative d’enlèvement. Comme quoi rien n’est nouveau là-bas ! Lee Miracle, on le retrouve 8 ans plus tard, toujours accoutré d’oripeaux militaires… (ci-dessus à gauche, bien ridicule) ou posant devant un drapeau très spécial… entr’aperçu également pendant les émeutes chez les gens du Boogaloo. celui du serpent à sonnette avec dessous le slogan Dont Tread On Me, celui du Gadsden Flag, l’étendard de ralliement des libertariens, autre type d’anarchiste de droite (utilisé aussi par le TeaParty et QAnon mais aussi par les soutiens à la NRA, ou encore mélangé à celui des confédérés). Lee Miracle, dans son clip, vient y défendre lui aussi la théorie complotiste de l’attentat de McVeigh perpétré par « l’Etat profond«  .

 

(1) Comme s’il ne pouvait y avoir qu’un anarchisme de gauche seulement. Une incompréhension qui perdure, hélas. Extrait du site indiqué en lien : « comme l’écrit Gomez Davila, « L’histoire nous indique qu’il existe 2 types d’anarchie: celle qui émane d’une multiplicité de forces et celle qui dérive d’une multiplicité de faiblesses. » L’anar de gauche rêve dans aves  ’autogestion, même s’il la craint beaucoup. L’anar de droite soupire après une race de seigneurs, même si elle lui paraît sinon utopique, du moins derrière lui. Le premier généralise, le second restreint. »

(2) lire ici:

Trump : manipuler les émeutes mène à la guerre civile

(3) Anne Van Gelder, pour ne pas la nommer, ou celle-ci, aussi, pas mal dans le même genre. On peut y ajouter celle-ci aussi.

(4) ainsi que le Minnesota et la Virginie, trois états dirigés par des démocrates ayant imposé des mesures strictes contre le Covid19. Les USA culminent, je le rappelle, à 213 000 morts à début octobre (218 000 depuis) et la barre des 400 000 décès est désormais envisagée avant la fin de l’hiver  si on ne confine, ne met pas en place les gestes-barrière ni le port du masque.

(5) « Ruby Ridge est un emplacement sur lequel une violente confrontation eut lieu en 1992 entre, d’une part, Randy Weaver, sa femme Vicky, leurs enfants et un ami, Kevin Harris, tous proches de l’organisation raciste Aryan Nations et des mouvements survivalistes, et, d’autre part, des agents de l’United States Marshals Service et du FBI dans le comté de Boundary, dans une région montagneuse et reculée du nord de l’Idaho. Le nom de Ruby Ridge désigne également par métonymie l’événement en lui-même. » Les policiers, avant de tenter d’arrêter « Randy » (Randall) Weaver, un survivaliste avant l’heure qui craignait l’arrivée de l’Apocalypse, avaient tenté d’en faire un informateur car il était dans le trafic d’armes à feu modifiées par lui (à gauche le stock découvert après l’assaut, devant la maison). Promis à un procès, après son refus de coopérer.  Il s’est retranché chez lui à Naples, dans l’Idaho, au lieu de fuir avec sa femme, son fils et leurs trois filles.

Un des Marshals (William Degan) sera tué lors de la confrontation comme Sammy Weaver, le fils du forcené, ainsi que sa mère, Vicky, abattue par un sniper du FBI, Lon Horiuchi, alors qu’elle tenait un de ses enfants par la main. Randy Weaver était en fait un « white separatist« , variante textuelle seulement du suprémacisme. Le groupe dont il se réclamait (sans y être inscrit !) entretenait en effet le mythe de la nation aryenne. Comme symbole, ils portait des T-shirts marqués “Just Say No to ZOG,” pour « Zionist Organized Government » (visible ici à droite sur une photo de famille), à savoir un mouvement… antisémite (ZOG permettant lexicalement de ne pas dire « juif »). Les Boogaloo Men n’ont rien inventé en fait, question langage ou communication plus ou moins cryptée... le t-shirt se vend toujours aux USA, pays de la liberté de faire et dire n’importe quoi. «Plus effrayant encore que l’idée qu’il existe désormais aux États-Unis des armées privées qui ne répondent qu’elles-mêmes, c’est le fait que ces armées privées lourdement armées souscrivent presque toutes à une ou plusieurs (souvent beaucoup plus) théories du complot, comme ZOG. » The Militia Threat: Terrorists Among Us, Captain Robert L. Snow, publié en 1999, page 16. ZOG = gouvernement d’occupation sioniste, «une théorie du complot soutenue par de nombreux habitants du nord-ouest du Pacifique qui prétend que le gouvernement légitime des États-Unis a été secrètement repris et remplacé par une cabale juive. The Militia Threat: Terrorists Among Us, Captain Robert L. Snow, publié en 1999, page 9″. C’est l’un des fondements de la théorie fumeuse de QAnon, resurgie telle quelle donc plus de 20 ans après !!!

Un bloggeur a fait remarquer que Lou Dobbs, vieille baderne de FoxNews, a laissé passé l’expression sans broncher dans le discours tenu le 28 octobre par Chris Farell (ici à gauche) de Judicial Watch, organisation qui a une longue histoire de désinformation d’extrême droite derrière elle. Judicial a payé par exemple en 2013 Victory Film Project et Breitbart les groupes de Steve Bannon, 382 143 dollars pour son film « District of Corruption ». Le président de JW est Tom Fitton, étudié ici..  un autre fêlé.

À la fin de la confrontation, un marshal des États-Unis avait été tué, tandis que Vicky Weaver et son fils Sammy étaient morts, Randy Weaver et Kevin Harris blessés. La gestion des agents fédéraux dans cette confrontation, et les onze jours de siège qui suivirent, sont très décriés, tout comme le siège de Waco qui a lieu l’année suivante ; des enquêtes de la part du département de la Justice et de la sous-commission sénatoriale chargée de l’anti-terrorisme produisent des rapports très critiques sur l’action des forces de l’ordre.

(6) lié à une secte, celle des Davidiens, une variante de l’Église adventiste du septième jour. Un assaut après un siège de 51 jours,  qui a tourné au désastre, avec 4 morts côté police et 82 morts, dont 25 enfants dans la secte  dont le leader polygame et abuseur sexuel David Koresh, la plupart brûlés dans l’incendie du bâtiment investi, ou asphyxiés par les gaz lacrymogènes lancés par les policiers. Le bâtiment était rempli d’armes, fusils automatiques, grenades, etc, entassés sur place par le leader Koresh… Bill Clinton regrettera le soir-même avoir décidé de lancer l’assaut, sur pression de la police, selon lui.

(7) un des commentaires sur YouTube me paraît fort à propos (John Lowell) : « Ces miliciens ne ressemblaient en rien à ceux d’aujourd’hui ….. comme le jour et la nuit. Si Michael essayait d’amadouer les extrémistes violents d’aujourd’hui comme dans la vidéo, il disparaîtrait probablement, pour ne plus jamais être entendu. Les cas des crétins arrêtés aujourd’hui sont la pointe de l’iceberg. Ils sont partout, mes gens, et ils complotent probablement des actes similaires ».

 

Nota : Les mauvaises lectures de McVeigh sont aussi à l’origine de l’explosion : « C’est un classique terroriste inventé aux Etats-Unis en 1970. Une voiture piégée avec un mélange de nitrate d’amonium, un engrais agricole facile à se procurer, et du fioul : pour un « Lone wolf », c’est une méthode simple et idéale. Ainsi c’est quasiment le mode opératoire de l’attentat d’Oklahoma City en 1995. Cet attentat est inspiré des Turner diaries, (les Carnets de Turner, ouvrage interdit en France) la bible du terrorisme néo-nazi publiée par William Pierce, cofondateur avec Tommasi du National Socialist White People’s Party en 1969. A Oklahoma City, un véhicule piégé nitrate-carburant a fait un bilan de 108 morts, des blessés sur 800 mètres, plus de 300 bâtiments endommagés. On obtient donc des résultats quasi-militaires sans même disposer d’appareil logistique extérieur ou de réseaux clandestins de fourniture d’explosif ». Le livre a aussi inspiré Anders Breivik.

 

sources

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Michigan_Militia

https://medium.com/@unifiedvision999/gun-to-the-head-c4e53a08cdb8

‘Evil this way comes’ — Militia founders warn of need to grow local militia effort

http://csuchico-dspace.calstate.edu/bitstream/handle/10211.3/10211.4_75/9%2030%202009%20Ted%20Allen.pdf?sequence=1

http://www.historycommons.org/entity.jsp?entity=norm_olson_1

https://www.thejournal.ie/trump-militia-us-3439568-Jun2017/

https://www.msnbc.com/katy-tur/watch/michigan-ag-on-foiled-militia-plot-this-may-very-well-be-the-tip-of-the-iceberg-93450821572

https://www.adl.org/sites/default/files/documents/assets/pdf/combating-hate/Aryan-Nations-CJCC-Extremism-in-America.pdf

https://www.maryellenmark.com/text/magazines/london%20sunday%20times/904G-000-008.html

https://www.e-flux.com/journal/35/68410/politics-of-hate-in-the-usa-part-iii-posse-comitatus-grassroots-rebellion-and-secret-societies/

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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