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Les mensonges de Poutine (3) ses mercenaires et leurs cargos à légumes

Les militaires russes ou les mercenaires, il a bien fallu les alimenter.  Les nourrir, via des envois de vivres par cargos frigorifiques mais aussi en armes, qui, particularité surprenante, ont parfois voyagé dans les mêmes containers.  C’est la surprenante découverte faite par un magazine indépendant russe qui début 2017 a révélé les résultats de sa longue enquête sur le sujet.  Les russes ont acheminé des monceaux de matériels vers la Syrie, et continuent à le faire, en utilisant des moyens de transport variés nautiques comme aériens, le plus souvent des engins civils passés sous la coupe des militaires.  L’enquête démontre surtout leur triste sort, qui consiste à palier aux graves insuffisances de l’armée de Bachar el Assad, décimée par les combats et usée par les années de guerre.  Seul son fanatisme, entretenu notamment sur le net, lui permet de tenir… aidée par les mercenaires russes, désormais autorisés.  Le plus surprenant étant le grand argentier de cette équipée sauvage :  un restaurateur devenu un proche de Poutine et un familier du Kremlin !

La bombe médiatique est venue d’un journal indépendant russe, appelé Fontaka (Ajur-Media), et son journaliste enquêteur Denis Korotkov, qui, en mars dernier, a révélé le résultat d’une longue enquête sur les dessous de l’implication russe en Syrie, et ce qu’on a pu lire bousculait bien des certitudes chez les fans de Poutine .  Ce dernier, on le sait, à déclaré persona non grata les mercenaires sur son territoire.  Or l’enquête de Fontaka révélait une chose :  ces mercenaires russes sont bel et bien présents en masse en Syrie… comme en Ukraine, et si Poutine y a recours, dans ces deux pays, c’est pour une idée toute simple en fait, nous dit le journal  :  « les sociétés militaires privées, inexistantes selon le droit, subissent des pertes en Ukraine et en Syrie, mais elles ne gâtent pas les statistiques officielles.  Sur les croix funéraires on mentionne des dates de la naissance et de la mort, mais pas le lieu de la dernière bataille, dont on parle d’une voix basse seulement entre amis.  « Fontanka » l’a appris, et vous pouvez voir désormais une liste des véritables pertes russes – pas celles publiées dans les décrets signés par le président russe Vladimir Putine ».  Pas de hausse de statistiques de décès de militaires russes en cas de pépin !  Vladimir joue sur du velours !  C’est adroitement joué de sa part, il faut le reconnaître !

Les décès constaté d’hommes en armes en Syrie sont en effet une bonne piste.  On s’en doutait un peu, de cette présence, depuis la découverte d’inquiétants décès en Syrie :  « c’est une information passée quasiment inaperçue mais qui en dit beaucoup sur la réalité géopolitique en Syrie.  Le 18 décembre dernier, le Wall Street Journal a rapporté la mort de neuf combattants russes en octobre, tués par des tirs de mortiers dans une base au nord-ouest du pays.  Rapportant «trois sources», la nouvelle confirme ce que les observateurs suspectaient déjà mais que Moscou continue de nier:  des hommes armés, organisés et entraînés agissent actuellement sur le territoire syrien, pour le compte de la Russie, qui assure pourtant ne pas mener d’autres opérations que des frappes aériennes depuis sa base de Lattaquié » nous avait révélé le Figaro le 25 février dernier.  A Lattaquié, et ses Su-24 mais aussi ses fameux hélicoptères de transport… de combat, que les mercenaires étaient censés seulement « protéger » au départ:

Je vous en avais déjà fait part dès 2014 en fait (photo ci-dessus).  Une vidéo en date de janvier 2016 avait montré quelques uns de ces sbires, devenus combattants au sol, et non plus gardiens d’avions, parlant slave entre deux rafales de BTR 82A (un engin vanté par… Sputnik pour son « nouveau canon » de 57 mm !).  Un deuxième reportage le confirmait: c’étaient bien des russes qui engageaient le combat au sol ! Selon le monde, ils sont bien plus nombreux qu’on ne pense en effet :  « la confirmation est venue avec la mort d’Alexandre Prokhorenko (ci-dessous à gauche) membre des forces spéciales, tué, le 17 mars, lors de l’assaut russo-syrien mené à Palmyre, ville alors occupée par l’organisation Etat islamique (EI).  « Je ne vais pas cacher que, sur le territoire de la Syrie, nos forces spéciales agissent », avait admis du bout des lèvres le général Alexandre Dvornikov.  Puis il y a eu l’artilleur Mikhaïl Chirokopoïas, décédé deux mois plus tard, après l’attaque de son convoi, et tous ceux que l’on ne connaît pas. Officiellement, dix-neuf soldats russes ont perdu la vie en Syrie.  Ils seraient bien plus en réalité. » Ah, les chemins de l’exploitation de l’homme par l’homme passent aussi par celle des mercenaires, alors… le (très) jeune soldat Prokhorenko, mort en héros, lui aussi, bien sûr… son histoire d’avoir fait bombarder l’endroit où il était assiégé pour vaincre les islamistes ayant eu un fort retentissement.  Et une intense campagne de propagande… chez RT.  En France il suffisait de lire qui en avait parlé… sans trop insister sur son appartenance aux Spetsnaz.

Une révélation, et un aveu de taille, en effet,  pour des gens qui ne sont même pas censés exister selon la constitution russe : « le bataillon d’armes d’infanterie et de véhicules blindés lourds, appelés Wagner CGP n’existe pas formellement.  Une telle unité ne se trouve pas dans les organismes de police ou dans le registre des personnes morales.  Les soldats sont absents dans les listes officielles de personnel.  Il ne peut pas exister:  en Russie il n’y a pas de loi sur les sociétés militaires privées, et les organisations civiques, ayant dans l’arsenal de véhicules blindés de combat, systèmes antiaériens portatifs et les mortiers, ne peuvent pas exister.  Mais elles existent, pourtant. »  On rappelle qu’en vertu de l’article 359 du Code pénal russe, les activités  de mercenaires sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à huit ans de prison…  En Russie toujours, où Vadim Gussev et Evgueni Sidorov, deux dirigeants de l’ancienne société Slavonic Corps avaient pourtant été condamnés à trois ans de prison pour avoir fait combattre à Deir ez-Zor 267 citoyens russes en Syrie, recrutés au départ pour « protéger des installations pétrolières » !!!  Les infortunés soldats de fortune (?) pensaient en effet travailler pour « Slavyanskii Korpus« , une société enregistrée à Hong-Kong ayant ses bureaux à Moscou et Saint-Pétersbourg ! (à une adresse bien réelle : au 190121, Aleksandra Bloka Street, 5) !!!  Difficile de croire que Poutine n’ait pas déjà été mis au courant, à l’époque, comme l’a affirmé ici   « Mark Galeotti, professeur à la New York University, et spécialiste des questions de sécurité en Russie, (qui) balaie  l’idée d’une coïncidence dans un entretien qu’il a accordé au magazine américain The Interpreter : il est pour lui impossible qu’un groupe qui a compté plus de 250 hommes pour une action sur un territoire étranger n’ait pas été, au mieux surveillé, et plus probablement contrôlé en sous-main par les autorités russes : « les ‘mercenaires sont une couverture pour l’armée russe, exactement comme les « ingénieurs russes »qui travaillent pour l’armée de l’air syrienne ».  Voilà, dit comme ça, ça me semble plus clair en effet.

Une société inexistante officiellement qui traîne derrière elle toute une histoire, pourtant : « Wagner », ou formellement, « OSM » est une société privée russe militaire qui trouve ses racines dans l’ancien « Slavonic Corps » qui ont été démantelés après leur mésaventure en Syrie.  Le nom « Wagner » est le callsign du commandant de la formation, le lieutenant-colonel à la retraite qui a commandé un groupe GRU Spetsnaz de la 2e Brigade séparée en poste à Pskov (il s’agit de Dmitry Utkin).  Wagner travaillait auparavant sous la direction du Moran Security Group  » (nota : enregistrée à Belize), des opérations de sécurité maritime.  Wagner a d’abord visité la Syrie en septembre 2013 aux côtés du « Slavonic Corps », à un moment où il n’était pas commandant et où l’OSM n’existait pas.  OSM a fonctionné en Ukraine pendant la guerre civile pour conduire principalement des opérations contre des groupes corrompus dans le LNR et DNR, qui auraient été responsables de l’assassinat des de Batman (Bednov) et de Mozgovoy (tués dans une embuscade dans le Donbass le 23 mai 2015, Mozgovoy, chef de la Brigade Prizrak, était aussi le leader rebelle de l’auto-déterminée Luhansk People’s Republic d’Ukraine).  En photo, le groupe de Mikhail Nefyodov, venu de Miass, dans l’oblast de Chelyabinsk, tué lui aussi en Syrie le 10 avril 2016).  « Leurs premières actions étaient présentées comme du « maintien de l’ordre » des gens en Crimée, le blocage des positions de l’Ukraine et le désarmement des bases ukrainiennes.  Un officiel de la défense russe a affirmé que l’OSM comptait environ 1000 membres, mais un peu comme tout sur cette entreprise, c’est très difficile à vérifier.  Les chiffres les plus bas parlent d’un bataillon de 400 hommes. »  Le dénommé Utkin étant un beau cas d’espèce nous dit Le Point :  « à l’origine de cette milice, le très discret Nikolai (Dimitry) Utkin.  Selon Fontanka, cet ancien membre des Spetsnaz (forces spéciales russes) et admirateur du IIIe Reich se ferait surnommer Wagner en hommage au compositeur préféré d’Adolf Hitler.  Il a notamment fait partie de la campagne désastreuse des Slavonic Corps en Syrie fin 2013.  Maintenant âgé de 46 ans, le sulfureux Utkin entraîne ses hommes à Molkino, dans le sud de la Russie, directement sur les terrains militaires des forces spéciales nationales ».  Un Utkin que l’on retrouvera discrètement assis à un dîner au Kremlin, offert à plus de 300 militaires et civils « qui ont fait preuve d’un courage et d’héroïsme » selon le journal.  Parmi les participants de l’événement, les héros de l’Union soviétique, les héros de la Russie, les détenteurs plein de l’Ordre de la Gloire et des Cavaliers ordre de Saint-Georges » ajoute-t-il.  Officiellement sans existence, mais invité à dîner au Kremlin au milieu des militaires décorés …

« Selon les révélations de Fontanka en effet les membres du groupe OSM évoluent dans des conditions qui semblent incompatibles avec la clandestinité vis-à-vis de l’Etat russe.  S’entraînant à Molkino (ici à gauche), un site non loin de Krasnodar (au sud de la Russie, cf photo à droite), ils utilisent notamment des missiles antichar russe Kornet, rapportent les journalistes.  Un matériel pour le moins cher et «voyant», et naturellement très difficile à dissimuler à une autorité souveraine et organisée comme la Russie.  Matériel qui nécessite de plus un niveau d’expertise militaire laissant entendre à un «encadrement» minimum.  Les mercenaires du groupe OSM sont en outre payés 240 000 roubles par mois (2 750 euros soit environ, 7 fois le salaire moyen en Russie), avec une garantie de paiement, distinguant ce groupe de ses prédécesseurs aux garanties financières plus aléatoires ». 

La loi russe devenant justement embarrassante, ce bon Vladimir a songé à la modifier discrètement à la fin de l’année 2016 : « deux jours avant la nouvelle année, Vladimir Poutine a signé un amendement à la loi.  Les médias alignés à l’état ont rapporté très peu de choses sur le développement et la presse étrangère ne l’a pas couvert du tout.  Mais cela pourrait avoir des conséquences importantes.  La modification a été apportée à la loi n ° 53, liée à la conscription militaire en Russie. Suite au changement, la loi stipule maintenant que tous ceux qui ont accompli leur service militaire de base ou qui ont été réservistes doivent être considérés désormais comme un membre de l’armée russe, si cette personne « empêche les activités terroristes internationales en dehors du territoire de la Fédération de Russie. »  On reconnaîtra une certaine subtilité au texte, qui autorise ailleurs ce qu’il ne permet pas dans son propre pays.  Et comme en Russie le service militaire se fait à la fin des études, tout jeune russe peut désormais espérer pouvoir devenir un jour … mercenaire.  Depuis le 9 janvier 2017, date de la mise en vigueur de la loi, selon Die Zeit, la donne à beaucoup changé, sous la poussée d’un Poutine qui a besoin de sang frais en Syrie, comme en Ukraine (en photo un groupe de russes et de soldats d’Assam à Lattakié) !

Et du sang frais a donc été amené à… Palmyre.  Du sang c’est le mot, car le récit de leurs combats sur place est en effet plutôt saisissant selon Sky News :  les mercenaires ont servi avant tout, en fait, pour limiter les pertes des troupes d’Assad, totalement elles-mêmes exsangues  !!!  « Dmitry a dit qu’il a été rejoint par 900 autres – mais a eu des doutes à l’arrivée.  Il travaillait auparavant comme secrétaire de bureau et avait peu d’expérience militaire. « Nous sommes arrivés la nuit à l’aéroport », a-t-il dit. « Comment s’appelait- il ?  Hmay? Hymeem? Hhmemeen? (Khmeimim).  Ensuite, nous avons été mis dans des camions.  Pour être honnête, j’avais peur. Je n’ai pas une constitution robuste et je n’étais pas très bon lors des exercices. » Les combattants Wagner ont accusé leurs commandants de les envoyer sur des « missions suicides » conçues pour « amollir» l’opposition avant que les troupes de l’armée syrienne ne soient envoyées.  Alexander a raconté la bataille pour la ville de Palmyre, menée plus tôt cette année.  Il a dit: …. « Au cours de la prise d’assaut de Palmyre, nous avons été utilisés comme chair à canon.  On peut dire ça en effet.  La première reconnaissance est allée assez loin qu’ils puissent observer et rendre compte.  J’en connaissais trois dans ce groupe – deux sont morts avant d’arriver à la ville.  De ma compagnie d’assaut, 18 sont morts.  Après nous, ces froussards de l’armée d’Assad ont suivi et ont terminé le travail, mais nous avons fait la plupart du boulot ».  Des morts pas comptabilisés sur les registres de l’armée russe, bien entendu.  Le monde entier s’est extasié sur la reprise de Palmyre.  Aujourd’hui on sait à quel coût… chez les mercenaires russes !  Selon « Alexandre », les russes ont perdu une vingtaine de soldats en Syrie.  Selon lui, il y aurait eu des centaines de pertes chez ses collègues, les mercenaires russes.  En photo, la tombe de Maxim Kolganov, mort à 38 ans devant Alep, transpercé par une balle.  Sur Sputnik, on tentera une allusion au groupe, mais en qualifiant le reportage de « Sky News » de « bidonné » (2).  Et en ne prenant pas position autrement qu’en rappelant que ce sont les USA qui ont privatisé en premier la guerre avec… Blackwater.  Mais tous ses morts, ignorés ou non comptabilisés, ont fini par peser, obligeant le pouvoir à les reconnaître :  « officiellement, dix-neuf soldats russes ont perdu la vie en Syrie.  Ils seraient bien plus en réalité » nous dit Reddit.  A se demander comment Poutine pouvait les ignorer…

Le cas le plus pendable selon RBC étant celui d’Ivan Slyshkin, âgé de 23 ans seulement (ici à droite) :  « Il y a six semaines, Ivan Slyshkin était à l’aérodrome militaire Shayrat à environ 20 miles au sud-est de la ville de Homs, où il formait un groupe de militaires syriens actif dans la libération du champ pétrolifère de Khayyan, mais une semaine plus tard, il a été tué au cours d’une reconnaissance lors d’une opération près du champ pétrolifère de Shaer, a indiqué à RBC une source anonyme, qui aurait participé aux opérations militaires en Syrie.  Les nouvelles de la mort de Slyshkin ont dirigé une nouvelle fois l’attention des médias sur le mystérieux groupe Wagner, une société militaire privée russe semi-juridique qui forme et déploie des combattants dans divers conflits armés.  Selon RBC (…)  la connexion de Slyshkin au groupe Wagner peut être tracée à travers sa formation de combat dans le territoire de Krasnodar. Slyshkin a été formé à la base Molkino, où les mercenaires du groupe Wagner sont considérés comme une formation, a déclaré RBC.  « Alors, jugez par vous-mêmes, où il a servi et qui l’a payé », cite à RBC sa source anonyme.  Comme preuve supplémentaire de la connexion Slyshkin aux mercenaires, les journalistes citent la petite amie de la personne décédée Kristina Gaynutdinova, qui prétend que son petit ami s’était bel et bien rendu à Krasnodar sans lui dire tous les détails.  « Quant à la société militaire privée Wagner, il ne m’a rien dit, et personne ne vous dira rien.  Vanya ne dit rien à ce sujet parce que quand il est allé là-bas, ils avaient signé un accord de non-divulgation, tout était secret » a dit Gaynutdinova à RBC (…) Slyshkin a été tué par un tireur d’élite, RBC a rapporté. « Nous avons appris [de sa mort] à la fin de février.  Nous avons reçu un appel.  Ils ne se sont pas présentés.  Ils nous ont dit qu’il avait été abattu par un tir à la tête.  Ses parents se sont envolés pour Rostov lundi pour obtenir son corps.  Entre le 12 février et le 25, il n’y a eu absolument aucune information sur lui, selon l’ancien collègue de Slyshkin.  « Aux termes du contrat, les corps ne sont pas ramenés à la maison.  Ça a été organisé par des amis et des connexions – le corps a été amené à Krasnodar en premier, puis à Rostov.  Je ne sais pas exactement quand il a été amené en Russie, mais ses parents ont pris l’avion de Tcheliabinsk le 26  février pour réclamer le corps.  Ils l’ont identifié sur place.  On n’a pas repéré de représentants du ministère de la Défense ou de l’administration locale lors des funérailles » indique encore le journal.

Question équipement, on a parfois des surprises chez les mercenaires pro-Assad, dont certains à l’évidence ont été aussi fournis par le Hezbollah.  Ainsi cet incroyable cliché de l’un d’entre eux arborant deux badges bien reconnaissables mais aussi un drôle d’engin comme fusil-mitrailleur :  un « VHS » au calibre 5,56 x 45 mm (la norme Otan !) d’origine… Croate, et oui, qui ressemble étrangement au Famas français.  L’engin modèle K1 est relativement récent, il est sorti en 2007 seulement (et le VHS K2 en 2013).  L’arme étonnante  à 1000 euros pièce a été peu vendue à l’export et seulement … en Irak, et récemment.  Quelle est la source exacte de cet approvisionnement en Syrie, étonnant mystère !

Des hommes, mais aussi des armes, et en masse, en effet :  on s’est un peu demandé comment Vladimir s’était débrouillé pour amener autant de munitions, de matériel et hommes en Syrie, sans que cela ne s’aperçoive trop.  En réalité, c’est une gigantesque organisation d’intendance guerrière qui s’est mise en place, dont l’arrivée en fanfare des Sukhoi 34, arrivés en septembre 2015, n’aura été que le petit bout d’un gigantesque Iceberg.  C’est un autre dossier passionnant qui nous donne un autre chiffre :  il y aurait aujourd’hui pas moins de 2500 combattants venus de Russie en Syrie, soutenus par toute une infrastructure bâtie par le FSB de main de maître, selon RBC, auteur de ce second rapport, paru le 26 août 2016 et tout aussi explosif, énonce The Interpréter.  « Récemment, le journal Fontanka de St. Petersburg a trouvé des liens entre Wagner et Yevgeny Prigozhin, le « chef du Kremlin » (ici à droite) et propriétaire de International Research, mieux connu sous le nom « Troll Farm (lire ici (1), » lié à un site Web qui a exposé les données personnelles de l’opposition et des journalistes, après quoi ils avaient été battus près de leurs maisons ou leurs voitures avaient été incendiées.  RBC étend cette recherche, en tirant sur des entretiens avec les amis de Chupov (nota : un membre du groupe Wagner, ancien des troupes du ministère de l’Intérieur,  pendant la guerre en Tchéchénie, tué lui aussi en Syrie) ;  des sources au sein du Service fédéral de sécurité (FSB); des agents du ministère de la Défense et d’autres familiers avec les opérations de la Russie en Syrie, ainsi que des bases militaires à la maison. Ces sources disent que Wagner compte près de 2 500 employés déployés près de Lattaquié et Alep, et qu’ils sont commandés par des officiers non seulement du GRU, mais aussi du FSB.  Pourtant, RBC n’a pas été en mesure de prouver le lien entre Prigozhin et le financement de Wagner qui a été indiqué par Fontanka et d’autres médias.  Certes, les entreprises ont monopolisé des contrats lucratifs à l’armée, ont fourni des livraisons de vivres et de nettoyage, et l’association entre Prigozhin et l’armée est bien documentée.  Mais Wagner a pris soin de ne laisser aucune trace pour le combattre ».

Au départ, rien n’avait été prévu et il a fallu improviser les transports des hommes, le plus souvent arrivés par avions Ill-76 (4) et les armes, via des cargos « civils »  fort discrets (et des navires de guerre russes de débarquement bien connus également le long du Bosphore). C’est là où l’organisateur qu’est Prigozhin semble avoir joué un rôle important en assurant l’intendance armée… « Les combattants de Wagner ont dû se frayer un chemin vers la Syrie sur leur propre initiative; il n’y a pas eu d’envoi centralisé.  Mais leurs fournitures l’ont été sur des navires connus depuis 2012 comme le « Syrian Express » qui fournissent le régime du président Bachar al-Assad, ainsi que les bases militaires russes.  Selon RBC, ces navires sont divisés en trois catégories:  les navires de la marine russe (ici à droite le chargement du Nikolai Filchenkov) ; les navires qui sont utilisés pour exécuter des routes civiles mais ont été engagés dans le service de l’armée; et les navires de fret appartenant à diverses sociétés dans le monde entier.  Le coût du transport pour le ministère de la Défense pour les navires privés seulement est estimé à 18,3 millions de dollars depuis que la Russie a commencé à bombarder la Syrie le 30 septembre 2015 jusqu’au 31 juillet, a déclaré RBC ».  Pas donné en effet, que d’entretenir logistiquement une guerre, d’autant plus que les troupes de Bachar commencent à manquer de tout.  Le site Infornapalm nous donne une bonne vision de ces transferts.


Et c’est dans la logistique, justement, que l’on retrouve l’empreinte directe du Kremlin dans l’organisation des envois vers la Syrie.  Pour limiter les frais, de vieux rafiots ont été recrutés pour la besogne.  « RBC a trouvé un autre lien probable avec Prigozhin via les navires fournissant des troupes russes en Syrie.  Est inclus dans la flotte du « Syrian Express » depuis 2015  un cargo appelé Kazan-60, a rapporté Reuters.  Il a changé de mains plusieurs fois.  Reuters a suivi sa propriété, à partir de la fin de 2014, lorsque le Georgy Agafonov, un vieux navire frigorifique soviétique qui rouillait dans le port ukrainien de Izmail a été vendu par Ukrainian Dunai Shipping à l’entreprise turque 2E Denizcilik SNA VE TIC.A.S ».

« Les Ukrainiens l’ont vendu pour 300 000 dollars et on a regardé les Turcs remorquer au loin, sans doute pour la ferraille.  RBC a poussé l’enquête de Reuters plus loin et a constaté que, en fait, la société turque avait vendu le navire à la société britannique Cubber Business, L.P., qui l’a revendu ensuite  à une autre société appelée « ASP »  et « située en Russie », selon une lettre de 2E Denizcilik au Ministère de l’Infrastructure de l’Ukraine, dont une copie a été obtenue par RBC.  Parmi les entreprises connectées à Prigozhin existe une société aussi appelé ASP qui a remporté plusieurs appels d’offres pour servir la base de Molkino.  En octobre 2015, le navire a été incorporé dans la Flotte de la mer Noire sous le nom de Kazan-60.  La marine russe n’a pas répondu à des enquêtes de RBC sur la façon dont la flotte a obtenu le navire ».  Les containers emportés par le Kazan-60, ont remarqué certains, étaient souvent répertoriés comme containers à fruits ou légumes, réfrigérés.  De manière à laisser croire à un tout autre chargement.  Les armes des mercenaires auraient ainsi parfois circulé dans des containers frigos !!!  Tel ici en photo le container « Carlisle », qui est bien un modèle réfrigéré (son moteur étant visible, comme celui de son voisin):

 

D’autres transferts ont été plus voyants.  Ci-dessous le transporteur  militaire PM-138 (« RBIZ – РБИЗ »), surchargé, traversant le Bosphore direction Tartous, avec sur son pont un hélicoptère bâché mais pourtant reconnaissable :

Un article de SouthFront du 28 décembre 2015 précise encore plus ses transferts, en nommant les navires qui y ont participé.  A savoir les transports bien connus de l’armée russe (tels le Saratov ou « l’Alligator » Nikolay Filchenkov); mais aussi toute une flotte de cargos civils rebaptisés : ainsi l’Alican Deval, cargo turc devenu Dvinitsa-50 et incorporé dans la marine russe, ou plus étonnant encore le « grand transport naval de marchandises sèches « Yauza » (projet 550 M) qui est un navire unique.  Le navire à cargaison sèche a été modifié à partir d’une modification du navire de l’ère soviétique – le projet porte-missile balistique déguisé 909 « Scorpion ».  Conformément aux termes de référence, les missiles balistiques R-29 devaient être montés sur le navire – comme cela est le cas dans nos sous-marins nucléaires stratégiques.  Au total, le navire était censé contenir huit « Scorpions ».  Chaque missile pesait 40 tonnes ».  Le Yauza étant au départ un brise-glaces, rappelons-le aussi !  Des cargos ayant l’allure de civils, mais disposant parfois d’un bien étrange équipage… ou arborant de bien étranges fanions…  Les navires étaient baptisés T-AKs.  Depuis, le projet s’est transformé en containers dissimulant les missiles Kalibr-R.  Une variante, en quelque sorte.

Chez Warfare Worldwide, on a dressé une liste plus courte des transporteurs, mais tout aussi significative, puisqu’on y cite en même temps les transporteurs militaires en même temps que les « civils » : parmi ceux ci, on notera les Transmar, enregistré à Chypre, le Taha Y, battant pavillon du Sea Leone, le Malk M, qui vient de Moldavie (?) mais aussi l’Atlantic Prodigy, cargo de 8350 tonnes enregistré aux Barbades, dont le port d’attache est St John’s.  Comme on le voit, le choix a porté sur des pavillons de complaisance ou sur un pays où le commerce des armes est plus que florissant et où la « parcelle » de la Transnitrie attire toujours autant Poutine.  On notera aussi que le KIL-158 a aussi été recruté :  or c’est un bateau-grue.  Vu lui aussi emportant sous un filet de camouflage… ce qui a d’abord été pris pour des tanks et qui aurait très bien pu se révéler être plutôt une vedette rapide d’assaut.

Ces cargos civils chapeautés par des navires de guerre ne sont pas sans rappeler quelque chose :  rappelez-vous, les aventures en 2009 de l’Artic Sea... direction l’Algérie au départ, qui dissimulait bien quelque chose sous sa cargaison de bois !!! C’est fou ce qu’on peut mettre au fond d’une cale recouverte de planches formant des blocs en forme de containers… alors qu’habituellement le bois (en rondins) était plutôt transporté en vrac au dessus des cales… (ici le Pioner Moldavii en train de perdre son chargement en 2006) pour beaucoup d’observateurs, l’Artic Sea avait bien transporté des armes… mais peut-être bien pas en direction de l’Algérie.  Des armes qui auraient attiré des convoitises… et les craintes (justifiées) d’Israël.  Benyamin Nétanyahou (mais aussi Shimon Peres) avait même dû à l’occasion emprunter l’avion de son ami en affaires Yossi Meiman (le Bombardier Challenger 605 M-HNOY) du groupe Merhav pour se rendre à Moscou discuter de l’affaire, ses services secrets ayant « visité » le navire durant son étrange trajet (3).


Clou du spectacle, les mercenaires russes ont aussi des supporters; magnifiés régulièrement chez Sputnik, notamment . Ils appartiennent souvent à des milieux extrémistes de droite, fan d’Hitler n’hésitant pas à sortir pour un rien un drapeau muni d’une croix gammée (ici l’un d’entre eux Alexey Milchakov, durant sa jeunesse).  On les a beaucoup vus en Ukraine, en effet avant de les retrouver en Syrie (ou inversement !!!).  Parmi ces fans, il y en a un qui défraie la chronique régulièrement ; ancien membre des Spetsnaz, devenu acteur de cinéma et grande gueule du Net, l’homme s’appelle Sergey Badyuk et c’est une caricature vivante, sorte de Rambo post-soviétique qui n’hésite pas non plus à poser avec Vyacheslav Korneev, autre membre connu (et poseur) de Wagner (ici à gauche).  Ou à exposer son dos tatoué dédié à la sagesse et la méditation (???)... L’agence pro-poutine Anna, déjà décrite à l’épisode précédent, l’avait suivi lors d’une visite en Syrie, à Alep, ou tout va bien selon lui, en dehors de « quelques dégâts » dûs aux islamistes, bien sûr (il y a 5 épisodes de sa visite de propagande honteuse !!!).  Or, énième surprise, l’impayable personnage vient de faire une apparition… fort médiatique sur l’aéroport d’Al-Shayrat, celui bombardé par les américains, posant devant un vieux Mig-23 incendié à l’intérieur d’un bunker.  Une image proposée bien sûr par un site… Pro-Poutine !!!  Comme explication un peu légère sur le fait que les missiles anti-aériens russes n’aient pas été lancés contre les Tomahawks US, on y écrit qu’ils ont été « conçus pour défendre les forces russes, mais pas les forces syriennes« .  Celle-là, seul un clown bodybuildé comme Badyuk aurait osé la faire, normalement…

 

 

(1) extrait de BuzzFeed :  » Deux rapports des médias russes en partie sur d’autres sélections des documents attestent que la campagne est orchestrée directement par le Kremlin.  Le journal d’affaires Vedomosti, citant des sources proches de l’administration présidentielle de Vladimir Poutine, a déclaré la semaine dernière que la campagne a été directement orchestrée par le gouvernement et incluait des blogueurs russes expatriés en Allemagne, en Inde et en Thaïlande. Novaïa Gazeta affirmé cette semaine que la campagne est dirigée par Evgeny Prigozhin, un restaurateur, traiteur lors de la ré-inauguration de Poutine en 2012 (ici à droite de la photo).  Prigozhin aurait orchestré plusieurs autres campagnes élaborées financées par le Kremlin contre les membres de l’opposition et les médias indépendants.  Les e-mails piratés remontent jusqu’à un expert-comptable pour l’Agence de recherche Internet approuvant de nombreux paiements avec un expert-comptable de la société de restauration de Prigozhin, Concord.  Plusieurs personnes qui suivent l’Internet russe étroitement ont affirmé à BuzzFeed que l’Energy Research Internet est seulement l’une des nombreuses entreprises censées employer des trolls pour les commentaires pro-Kremlin.  Cela a longtemps été soupçonné sur la base des commentaires relatifs aux articles sur la Russie sur de nombreux autres sites, tels que la chaîne YouTube, relayant d’une manière extravagante le réseau de propagande de Kremlin RT.  L’éditeur de la page d’opinion Guardian a récemment affirmé que le site a été victime d’une « campagne orchestrée ». »

(2) « Le groupe Wagner. Il ne s’agit pas d’un orchestre symphonique, mais d’une société militaire privée russe qui se trouve au centre de l’attention médiatique pour son rôle en Syrie. Tellement au centre d’ailleurs que la chaîne de TV anglaise Skynews a tout simplement engagé un comédien pour jouer le barbouze de Wagner devant ses caméras.  C’est tellement plus simple, une interview dont on écrit les questions et les réponses! » ?  Et comme le sujet est très embarrassant pour Poutine, Sputnik, en aide zélée est allé pondre un deuxième article à propos du même reportage, évoquant cette fois encore un « acteur » engagé par Sky News : « Duper l’Occident — peut-être, mais duper un Russe… Le soldat, de retour en Russie, a joué cartes sur table.  Il a dénoncé un reportage orchestré et a avoué avoir reçu quelque 100 000 roubles pour son rôle, un peu moins que le salaire d’un mercenaire mais tout de même… L’interview a été également rédigée d’avance et mémorisée ainsi qu’enregistrée par ce Robin de Bois russe.  Lui, il s’appelle Alexandre Agapov, il vit à Moscou et gagne sa vie en travaillant dans un des théâtres de la capitale.  La préparation pour le reportage, il la décrit en détail.  L’acteur a eu quelques jours pour se mettre dans le rôle, tout comme dans un film sérieux. « Il est clair que ces journalistes voulaient compromettre la Russie.  Mais ici John (Sparks) a commis une erreur », a raconté l’acteur par la suite admirant la naïveté du reporter britannique.  Compter sur la fidélité d’un Russe dans une affaire portant sur sa patrie… bon, M. Sparks semble s’en être encore bien sorti! ».  Une simple recherche sur le nom Agapov donnant d’autres résultats que celle du média pro-Poutine montre que Sputnik n’est pas allé très loin pour tenter de discréditer l’article, évoquant même plus loin des médailles qui auraient été « achetées par hasard sur un marché aux puces« … sachant leur rareté, c’est hautement improbable.  Sputnik ayant au final un argument qui « tue » :  « ce que l’on sait au juste c’est que l’équipe n’est pas parvenue à retrouver la troupe et cela n’est pas étonnamment car elle n’existe pas ».  2500 hommes inexistants, en quelque sorte… Deux articles (plus une couche supplémentaire chez RT, dans lequel on affirme que « 75% de la voix est la même que celle de l’acteur », ce qui semble tout autant ridicule comme argument) visant un sujet aussi peu « intéressant » pour les russes, avouez que Sputnik montre-là sa propre obsession !

(3) Lire ici un bon résumé de l’affaire :

http://www.marine-oceans.com/les-carnets-secrets-de-marine-oceans/35-les-dessous-de-laffaire-de-larctic-sea

on peut aussi relire ceci

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/cargo-de-nuit-vague-17-l-artic-sea-106864

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/cargo-de-nuit-vague-18-l-artic-sea-106871

(4) certains avions russes tel celui-ci ont servi aussi à transporter les hommes des groupes de mercernaires Gozarto Protection Force (GPF) et Sootoro, devenus ensemble Syriac, groupe d’Assyriens et d’Arméniens pro-Assad évoluant à  Qamishli, dans le gouvernera d’Al-Hasakah. On les voit ici descendre de l’Ill-76. Autre cas encore de soutiens à Assad. Celui des araméens !

PS : d’autres groupes que Wagner existent. Ils sont répertoriés ici dans ce tableau :

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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