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Les mensonges de Poutine (1) masquer les circonstances de la mort d’un colonel pour ne pas perdre des ventes

Je ne parlerai pas aujourd’hui de l’attaque de Khan Cheikhoun, qui a tant fait parler, pour des tas de raisons (1), en particulier parce que le bruit autour ne permet absolument pas de se faire une opinion sereine (cf ce qu’a pu en dire Belling Cat, dont je recommande à nouveau la lecture (2), mais plutôt d’une précédente, qui n’a pas eu autant d’écho, hélas, car elle était pleine d’enseignements.  Mon constat est simple, il est parti de l’examen de phrases trouvées sur des sites pro-Trump ou franchement fascisants, tel celui de l’antisémite Jeff Rense, aussi contesté qu’Alex Jones, (« le conspirationniste qui murmure à l’oreille de Trump », selon le Point) dont il répercute les délires, et dans lequel j’ai pu lire par exemple que le régime d’Assad « n’avait pas balancé de bombes-barils« (3) .  Leur argument étant que c’est donc pour ça qu’il n’aurait pas pu effectuer le bombardement sauvage qui a révulsé le monde entier, Ivanka Trump comprise !  Drôle de rhétorique vous allez me dire, et en effet.  Car à l’examen des faits, Assad a bien bombardé des civils de cette manière de façon répétée et régulière, et pire encore, ce sont des pilotes russes qui l’ont aidé à le faire, notamment aux alentours du 1er août 2016 au dessus d’Alep.  Et il y a pire encore comme vous allez le voir.  Ce que je vais vous décrire aujourd’hui n’est guère reluisant, en effet, que ce soit à propos de Bachar el Assad, comme pour Vladimir Poutine, celui qui tire les ficelles.  J’arrête ici tous ceux qui pourraient imaginer que je suis en accord total avec la décision de bombarder façon Trump, en représailles.  Là encore, pour de nombreuses raisons, dont celles des maigres résultats de ces bombardements, qui me semblent bien trop « téléphonés » pour être honnêtes, pour simplifier (4). 

CNN le présentait dès le 3 aout 2016 : des attaques au gaz de chlore, venu de bombe-barils larguées d’hélicoptère, avaient bien eu lieu les deux jours précédents, dans les provinces de Saraqeb et d’Idlib, proches d’Alep (c’est à 50 km de là en fait).  » Dans l’attaque de Saraqeb, le gaz, dont une déclaration affirmait que cela sentait le chlore, a causé 30 cas de difficultés respiratoires, a déclaré la Défense civile d’Idlib, également connue sous le nom de Casques Blancs (nota : ceux qu’attaque régulièrement le site pro-Poutine Sputnik News, avec un incroyable acharnement tournant à l’obsessionnel).  CNN a parlé avec un médecin de Saraqeb qui a dit qu’il a traité certains des personnes touchées par la prétendue attaque.  Il a déclaré que leurs symptômes étaient compatibles avec ceux de « quelqu’un qui a souffert d’un empoisonnement au chlore ».  Un photographe qui a pris des photos des blessés pour les Casques blancs a déclaré que les victimes souffraient de symptômes tels que des yeux qui pleurent, des spasmes, de la transpiration, de la toux et des difficultés à respirer ».  En photo à gauche les vestiges d’une bombe-baril contenir des cylindres de chlore tombée à Alep:  on remarquera les marques de couleur jaune sur l’un d’entre eux et la tôle éventrée du cylindre dont l’extrémité circulaire gît au sol).  Cela, pour les premières « livraisons » si je puis me permettre.  Car en octobre et en novembre, puis en décembre également une deuxième et une troisième série d’attaques successives du même genre allait se produire; et là, on dispose de plus d’éléments visuels pour confirmer que les hélicoptères avaient bien jeté par dessus bord des bouteilles complètes de gaz au chlore (en photo ici à en haut à gauche les vestiges d’une bouteille de chlore explosée le 18 novembre 2016, à  21:08 local time (UTC+2) dans le quartier de Masaken Hanano, à Alep.  Dans les « barrels-bombs » que Jeff Rense se refuse à reconnaître, il y avait eu, je le rappelle (voir ici) de la poudre noire, ou des mélanges de fertilisants et de composés explosifs, mêlés à des morceaux de ferrailles destinés à déchiqueter, on le sait.  J’ai décrit ici-même ce genre d’engin d’horreur.

Mais à Alep, ces bombes-barils, jetés du haut d’hélicoptères Mil MI-8 (de simples engins de transport à l’origine, dont les portes arrières en coquille ont été enlevées) avaient été remplis de bouteilles de chlore, comme celles dont disposent les piscines, ce qui en font des armes à bas coûts extrêmement nocives, elles aussi.  Les photos des barils éventrés comme celles des nuages de chlore au dessus des explosions ne pouvaient en aucun cas tromper leur monde.  Surtout que ce n’était pas la première fois, selon la RTBF, en effet, que l’on y avait eu recours : « interrogé par nos confrères de la BBC, le Dr Abdel Aziz Bareeh a confirmé les faits:  « Nous savons qu’il s’agit de chlore parce que nous avons été frappés par ce gaz dans le passé et nous sommes familiers avec son odeur et les symptômes.  Nous avons 28 cas confirmés en majorité des femmes et des enfants.  Selon d’autres sources, les personnes touchées seraient plus d’une trentaine.  Le chlore est un produit chimique industriel commun, mais son utilisation des armes est interdite par la Convention sur les armes chimiques.  Les symptômes typiques d’une intoxication au chlore comprennent l’irritation des yeux et de la peau, des difficultés respiratoires et le moussage sanglant de la bouche.  En 2013, la BBC a trouvé des preuves solides suggérant que les résidents de Saraqeb étaient soumis à une attaque chimique par des hélicoptères gouvernementaux ».  Ce jour-là, à Saqareb, on avait pu voir une photo d’un tube plié maintenu en main par une personne portant un masque.  Qu’était-ce dont que ce tube éventré et que contenait-il exactement (cf Belling Cat) ???  En novembre, le 22, une attaque filmée sur le quartier d’Dahrat Al-Awad d’Alep ne laissait aucun doute, d’après la couleur verdâtre qui avait suivi l’explosion : c’était bien un nuage de chlore qui s’échappait, après le passage d’un hélicoptère et le largage d’une énième « bombe-baril ».

Le 15 février 2016, un film, mis en ligne par le Daily Mail, montrait des bombes de ce type larguées d’un hélicoptère Mi-24 du régime syrien.  Habituellement, c’étaient plutôt les Mi-8 syriens qui se chargeaient de la chose.  Les hélicoptères d’attaque du régime étaient devenus des bombardiers !

Ce sont donc bien des attaques au gaz, qui ont été commises par des hélicoptères de l’armée syrienne…  Voire des hélicoptères syriens pilotés par des russes.  Ou voire d’autres encore :  ceux arrivés lors du déploiement des russes dans le pays, venus en renfort comme on le sait en octobre 2015.  A ce propos, notons l’événement particulier survenu le 10 juillet 2016, près de Palmyre, cité par les russes eux-mêmes, bien obligés de le reconnaître.  En l’occurrence avec Ryafagat Khabibullin et Evgueni Dolguine, qualifiés de « pilotes-instructeurs sur Mi-25« , et non bien sûr de pilotes militaires russes détachés, selon le communiqué officiel.  Le crash de leur appareil, un hélicoptère de combat, le rotor de queue hors d’usage, avait été filmé par des rebelles, qui en avait bien sûr profité pour en faire grande publicité.  Leurs équipiers sur l’hélicoptère proche pendant la mission commune avaient assisté impuissants à leur chute.  L’engin avait certainement été victime d’un tir de DCA classique et non de Strela, engin (russe) anti-hélicoptère, trouvé en masse en Libye, pensait-on au départ.  Or sur place, il n’y en avait pas, de DCA, à vrai dire !  La chute de leur appareil plutôt moderne, pourtant doté de contre-mesures et de « shafts » (des leurres en cas de missile approchant), et leur décès consécutif avait donc logiquement interloqué  Laurent Lagneau de Zone Militaire :  « à première vue, il peut être surprenant qu’un équipage russe soit aux commandes d’un appareil syrien.  Et ça le devient davantage quand il est demandé à ce dernier de participer à une mission de guerre ».  Etrange en effet, mais pas vraiment quand on lit la suite : « en réalité, d’après l’analyse du blog « Conflict Intelligence Team », qui se base sur des informations disponibles en source ouvertes, l’hélicoptère abattu n’est pas un Mi-25 mais un Mi-35M Hind E (nota : c’est la version export du Mi-24, dont la Syrie ne dispose pas en propre, on le reconnaît à son train non rétractable, à ses moignons d’ailes plus courts et à son rotor de queue en X).  « Du moins, c’est ce que suggère la vidéo montrant la chute de l’appareil et mise en ligne sur Youtube Or, ce type d’hélicoptère, aperçu pour la première fois en Syrie en décembre 2015, ne fait pas partie de l’inventaire des forces syriennes.  La conclusion est donc claire pour « Conflict Intelligence Team » : l’appareil abattu « était russe et avait un équipage russe. »  Premier point, donc, l’appareil décrit par les russes eux-mêmes n’était pas le bon.  D’où, d’emblée, les soupçons de manipulation de l’information concernant cette chute d’hélicoptère.  Sans s’en apercevoir, on venait de soulever un beau lièvre, comme on va le voir.  RT russia, média de propagande de la Russie, avait participé sans le savoir à révéler ce même lièvre :  sur l’une des images illustrant le crash, était montré un appareil au train fixe et au rotor en X bien reconnaissable :  les signes distinctifs du Mi 35E (visible ci-dessous) !!!  La bourde complète !

 

Et notre spécialiste en effet de ZM de proposer une solution à la brusque chute de l’hélicoptère ultra-moderne : « en outre, sur la vidéo, l’on voit que l’hélicoptère est touché au niveau de son rotor de queue alors qu’il est en train de tirer des roquettes… Mais on ne distingue pas la trainée qu’aurait pu faire un missile de type Manpad.  En revanche, alors que le Mi-35 est en autorotation, un second surgit et manque de le percuter.  Pour « Conflict Intelligence Team », il est probable qu’il ait été touché par une roquette tirée par ce deuxième hélicoptère. « Tout ce qui précède, à tout le moins, appelle à envisager sérieusement la théorie selon laquelle un Mi-35M « Hind E » a été abattu par accident par une roquette non guidée tirée par l’hélicoptère qui le suivait », conclut le blog ».  Les fameux « instructeurs » russes auraient fait une méprise en tirant sur leurs propres collègues.  Mais ces collègues, eux-mêmes tous russes, donc, avaient bel et bien tenté d’attaquer des gens de l’EI au sol, l’endroit étant celui des avancées de l’EI sur Palmyre.  Personnellement, j’ai du mal à imaginer le tir malencontreux du second hélico et pense plutôt à un malfonctionnement interne du missile tiré par le duo, qui aurait endommagé l’appareil l’ayant libéré.  Toujours est-il que l’on était en face d’une énigme :  tir « ami » ou défectuosité de l’appareil ?  Qu’est-ce qui était responsable du crash ? Dans la première solution aussi, remarquez, on avait assisté à un malfonctionnement du détecteur d’alerte et des éjecteurs de leurres :  pour un engin présenté comme le nec plus ultra de l’industrie russe (qui semble avoir beaucoup de mal à se renouveler) voilà qui la fichait mal, à vrai dire.  On ne pouvait aussi que constater que l’on n’était déjà plus en juillet 2016 au rôle de « conseillers » mais bien de… militaires russes, engagés directement dans le conflit.  Des militaires très jeunes, pour certains : la Russie avait publié le nom et la photo du tireur du Mi -35 crashé : Evgeni Dolguine (Evgeny Dolgin), un jeune lieutenant de 24 ans seulement, tout jeune marié, venu de la région d’Ostrov.  Mais c’est son collègue de cockpit (et formateur) qui était plus surprenant… et beaucoup plus embarrassant pour la Russie.  Evgeny était le tireur (à l’avant) le pilote chevronné, Ryafagat Khabibulin, à l’arrière, étant en fait l’un des plus cotés sur ce type de machine.  On dresse aujourd’hui son panégyrique : pendant la guerre de Tchétchènie par exemple; on raconte que de retour de mission, pris sous le feu des rebelles, son hélico (alors un Mi-24) était rentré à la base avec 97 impacts de balles :  l’une d’entre elles avait touché son pied, et des éclats l’autre et le visage.  Il avait réussi à se poser avant de s’évanouir.  Huit mois après il était reparti au combat.  En Ukraine, notamment présenté comme un héros, à sa mort, l’homme avait eu des funérailles d’état en présence de hauts gradés… un enterrement de grande classe, sous le sceau du mensonge ! L’homme avait beaucoup fait pour développer sa base syrienne.  La base aérienne d’hélicoptère 393 créée par Khabibulin est en effet aujourd’hui équipée d’une piste de 2600 mètres  de long et armée de 16 Ka-52s et 12 Mi-28N plus modernes.  Après la mise en service de la nouvelle infrastructure, le nombre total d’hélicoptères pourra dépasser les 50 unités (jusque 70!), selon les experts russes.

Mais relisons l’inénarrable Sputnik, pour savoir comment a été présentée aux russes et aux partisans de Poutine la chute de l’hélicoptère du colonel Ryafagat Khabibulin (ici à gauche) :  « l’équipage a reçu une demande du commandement de l’unité syrienne pour frapper les combattants qui avançaient.  Le capitaine Ryafagat Khabibulin a pris la décision d’attaquer les terroristes.  Les actions habiles de l’équipage russe ont déjoué l’avancée des terroristes.  Quand  l’hélicoptère s’est retrouvé à court de munitions et il qu’il a changé son parcours dans la direction opposée, il a été abattu par des terroristes au sol et s’est écrasé dans une zone contrôlée par l’armée du gouvernement syrien.  L’équipage de l’hélicoptère a été tué, a annoncé l’armée russe dans un communiqué.  Le sort des pilotes, et la bravoure dont ils ont fait preuve dans leurs derniers moments, a fait naître une source de sympathie et de reconnaissance à travers la Russie.  Mais qui étaient Yevgeny Dolgin et Ryafagat Khabibulin et pourquoi donc leur mort est une grande perte pour l’armée russe? ».  D’autres sites (dont celui-ci), avaient clamé que les terroristes d’ISIS (l’EI) avaient utilisé un missile TOW pour abattre l’hélicoptère.  Là encore, une « information » provenant directement du ministère russe : « l’Agence de nouvelles russe Interfax, citant une source dans l’armée russe, affirme que l’hélicoptère a été abattu à l’aide d’un TOW, un système de missiles américain anti-char.  « Selon les rapports, les terroristes ont utilisé le système TOW américain en dessous de l’hélicoptère, qui, après avoir épuisé ses munitions, était sur le parcours de retour à la base à une altitude extrêmement basse, » selon RT, citant la source militaire russe ».  Sur RT, on trouve même que l’hélicoptère « volait alors au ras des arbres« .  Ce que démentent à l’évidence les images de sa chute !!!  Pourquoi donc avoir autant erré sur la mort des deux pilotes russes (ici la mise en scène de la disparition des deux pilotes sur RT, un grand moment de TV propagandiste !)  ?  Un missile TOW ne peut se transformer en missile sol-air à cette altitude (1), et l’hélicoptère ne volait pas aussi bas pour qu’un TOW puisse le confondre avec un char, même volant (?) : pourquoi donc le pouvoir russe avait-il autant tenu à présenter cette disparition d’hélicoptère en haut fait d’armes et en sacrifice de héros ?  Et comment donc un TOW capable de toucher une cible se déplaçant à 60 km/heure avait-il réussi la prouesse d’en atteindre une se déplaçant à 150 km/h ?  Et pourquoi donc un officier en train de former un jeune pilote aurait-il pris subitement l’initiative de montrer in situ les capacités du récent appareil, en bravant le danger et en prenant un tel risque inconsidéré avec un appareil d’une telle valeur ?

 

L’envoi d’engins récents, via un flot ininterrompu de cargos naviguant ou volants (nous verront bientôt comment) indique aussi surtout que le pouvoir syrien n’a absolument plus assez de matériel volant pour assumer le conflit.  Il a perdu un bon nombre de ses Mi-8 de transport, lors des bombardements par fûts de poudre, et son contingent d’hélicoptères d’attaques s’avère désormais fort limité.  Une étude de Belling Cat remontant à janvier 2015 l’indiquait déjà.  Le site en dénombrait plus qu’une vingtaine, de Mi-25, opérant au 767 Squadron et à une escadrille supplémentaire installée à Squadron Bley (cf la base de Marj Ruhayyil).  Dans les cieux syriens la menace des Manpads récupérés en Libye par les rebelles ayant provoqué des survols à plus haute altitude, limitant leur usage à l’emploi de roquettes et non à l’attaque au sol à la mitrailleuse de bord.  Ici en photo, le Mi-25 numéroté 2802 de l’armée syrienne après la prise de la base de Taftanaz par les islamistes.

En fait, l’armée syrienne souffre de plusieurs maux endémiques qui la rongent, indique ici clairement « War is Boring ».  Et sa gestion des hélicoptères est… calamiteuse.  Les hélicoptères d’attaque censés voler au ras du sol sont devenus des bombardiers s’aventurant rarement à basse altitude, faute d’entraînement de ses pilotes et de la crainte des tirs de Manpad.  « Dans de telles circonstances, la tactique des équipages syriens Mi-25 est sans surprise conservatrice.  Au lieu de fonctionner à basse altitude et en combinant les effets de leurs mitrailleuses et des roquettes non guidées pour saturer les défenses aériennes dans la zone ciblée avant de déployer des bombes, les équipages de la SyAAF lancent leurs bombes à des altitudes de plus de 1500 mètres.  Parce que la force aérienne est à court de stocks de bombes conventionnelles, de nos jours, ses Mi-25s sont souvent porteurs de soi-disant « bombes -barils. » Ce sont des engins explosifs improvisés remplis de clous et de divers déchets de métal – et de TNT.  Peu d’équipages ont une grande expérience de vol.  Certains ont réussi à apprendre à utiliser leurs hélicoptères sans bénéficier de manuels tactiques standard. Certains utilisent Google Earth pour la navigation.  Le choix des cibles est ad hoc. Après cinq ans de guerre, les équipages ont abandonné toute prétention d’appliquer selon « eux le mot « précision » – et pour plusieurs des pilotes SyAAF, il n’y a pas d’autre priorité que de  littéralement – « causer la destruction massive » et « brûler les Sunnites. » .  Si bien qu’à ce rythme-là, en effet, si l’on surprend un hélicoptère de ce type s’aventurer au ras du sol, c’est que son équipage est… russe, et qu’il a été formé pour ça !  En photo, un Mi-25 syrien bombardant en altitude Darayya le 19 juin 2016.  Ici un Mi-25 lançant une bombe-baril au même endroit l’année précédente.

Les funérailles grandioses du colonel ont servi pour masquer un terrible état de fait.  Ou plutôt plusieurs évidences.  La perte d’un Mi-35ME à plus de 30 millions de dollars pièce s’était avéré de fait une catastrophe question marketing.  L’économie de la Russie n’est guère florissante depuis la chute des prix du pétrole, et les ventes d’armes représentent un pactole non négligeable dans la balance des rentrées d’argent du pays.  L’ancêtre Mi-24 date des années 70 et ses ventes s’essoufflent. Pourtant, l’engin qui demeure efficace (mais d’un pilotage difficile pour les débutants) continue à se vendre car est proposé à un prix imbattable ; en comparaison avec les sommes pour acheter un seul Tigre HAD (37 millions d’euros), les petits états, comme les états africains, peuvent obtenir à la place 3 Mil-Mi-24 !!!  Encore faut-il après former les équipages, et ne pas s’aventure à voler trop bas quand il y a des arbres… comme au Nigeria, en 2014.  Au Nigeria, cela devient une habitude de ne pas savoir piloter les hélicoptères, un pli touchant même l’appareil présidentiel… un Agusta AW 101 à 21 millions de dollars, qui s’est en effet écrasé en novembre 2016 après deux mois de pratique seulement, de la faute seule des pilotes inexpérimentés.  En Ouganda aussi, en 2012, des pilotes inexepérimentés avaient eux aussi envoyé à terre trois Mi-24 neufs, perdus dans le mauvais temps au dessus du MtKenya...
Bref, Poutine, quand il effectue une visite sur un terrain de l’armée russe ne passe pas devant un lot de fringuants Mi-35 M pour rien (ici à droite).   Il effectue ce jour là également un travail de lobbyiste de l’armement russe. Car si le Mi-24 est toujours aussi peu cher à l’export, le Mi-35 monte à 35 millions de dollars pièce tout équipé, lui aussi, et il devient plus difficile à fourguer.  Alors avouer au monde entier que l’un des fleurons de ses armes a été victime d’une malfaçon ou d’un dysfonctionnement, de lui-même ou d’un tiers lui est tout simplement…impossible, commercialement parlant.

Car il est vrai que l’annonce de la chute d’un Mi-35 du dernier modèle ruinait aussi toute une stratégie commerciale basée sur un équipement précis : « L’hélicoptère d’attaque Mi-35M  a été repéré en Syrie avec de nouveaux équipements Vitebsk EW.  Le Vitebsk est conçu pour la protection individuelle de l’hélicoptère contre les missiles antiaériens et les radars.  Le système de guerre électronique Vitebsk permet à un avion ou un hélicoptère de « voir » dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres.  Il peut déterminer qui vise l’hélicoptère, et après qu’un missile ne soit tiré, peut conduire le missile ailleurs pour qu’il rate sa cible.  Cela vaut pour tous les missiles, qu’ils soient équipés d’un radar, de l’infrarouge ou de systèmes de guidage combinés.  Fait intéressant, lorsque ce système est à bord, il peut protéger non seulement l’hélicoptère ou un avion, mais tout autour dans un certain rayon, formant un « auvent électronique » autour de l’objet protégé.  Les systèmes de guerre électronique Vitebsk ont passé tous les tests et ont déjà été installés à bord des avions tels que l’alligator Ka-52, des hélicoptères d’attaque Su-25, et l’hélicoptère de transport lourd Mi-26. »  En somme, c’était la remise en cause du fleuron de l’équipement électronique russe, puisqu’il équipe aussi bien avions qu’hélicoptères d’attaque ou de transport !

Voici donc en tout cas nos deux malheureux pilotes présentés au peuple russe comme étant des héros… obligatoirement;  puisque leur appareil n’y aurait été pour rien dans leur infortune, selon les autorités.  Pour ne pas perdre des marchés, il a en effet fallu broder une invraisemblable histoire d’attaque de rebelles. De la propagande, pure et simple, relayée par les sites habituels des relais de la voix de Poutine, Russia Today, Sputnik, Voice of Russia, etc, tous repris bien sûr par les partisans européens et français tels le fameux Saker Francophone, au sein de ce qui est communément appelé les rouges-bruns.  A peine si certains avaient remarqué, sur les photos annonçant la disparition Ryafagat Khabibulin, l’une d’entre elles le présentant avec un autre modèle d’hélicoptère en mains.  Et celui-là aussi est un de ceux auquel tient beaucoup Vladimir Poutine.  Mais ça nous allons le voir plus tard, si vous le voulez bien.

En attendant, on peut toujours admirer une autre photo saisissante : celle de la mise en scène d’un Poutine en costume sombre, sur le chemin du monastère de Valam, annonçant « prier pour les pilotes disparus » à bord d’un yacht indéterminé.  Pas sur son propre yacht Graceful, de 82 mètres, il semble bien, un autre de 57 mètres, lui appartenant également, (l’Olympia...).  Une autre invraisemblable photo avait montré Vladimir Poutine admirant du même yacht le croiseur lanceur de missiles Moskva !  Il n’est pas le seul à parader en yacht.  Dmitri Medvedev a aussi le sien; il faut donc le constater :  certains font remarquer que vendre des armes rapporte visiblement (chez tous les deux, notez que Medvedev possède aussi un modèle Princesse 32M à 11 millions de dollars importé à l’été 2015 et appelé … le « Photinia », en fait il en possède deux pareils à ce nom, des détournements de Svetlana, le prénom de son épouse ! ).  D’aucuns avaient trouvé cette image fort déplacée…

Et comme ça ne suffisait pas encore, le pouvoir avait dépêché sur l‘endroit même du crash (près de la base de Palmyre en fait) un autre personnage :  Marat Musin, le directeur de l’agence abkhaze pro-Poutine ANNA-NEWS (en France c’est FdeSouche, Pro-Marine, qui relaie ses textes !- qui allait jusqu’à montrer à ses lecteurs les vestiges fondus de l’appareil, tenus en main (à croire que l’hélicoptère était en plomb, en fait il s’agit d’aluminium). L’idée étant bien entendu de renforcer la thèse officielle d’une attaque jihadistes repoussée par les pilotes héroïques :  le staff de communication remet une couche sur un premier mensonge.  Son « reportage » est visible ici.  On remarquera la région désertique autour (aucun arbre à l’horizon !) et les vestiges de l’appareil (ici à droite), réduits en miettes par une explosion survenue juste avant l’arrivée de l’équipe TV, et qui n’a rien à voir avec sa chute, effectuée à plat.  On a visiblement cherché à incendier les vestiges pour qu’aucune trace ne soit décelable : et le pire c’est que c’est visible, puisque l’épave est montrée encore fumante, après une explosion survenue juste avant la visite rapprochée, alors que le reportage ne date certainement pas du jour même de la chute (ou alors les rebelles ont vite fuit !) !!!  L’hélicoptère qui explose « au bon moment », pour ne rien avoir à montrer d’embarrassant ?  Comment peut-on être assez tortueux pour fabriquer cette fake-news au carré (une première, puis une seconde ajoutée) ?  Trump est largement battu, sur ce terrain… très mouvant !  Chez RT on filmera le propre fils du colonel, lui aussi pilote, tenant des propos attristés mais fiers pour la perte de son père, devenu ce héros de la nation.  Au cimetière de son village d’Elm Guy près d’Ulyanovsk, son corps avait été inhumé à même le sol en présence d’une foule considérable.  Une pratique pas inédite dans la région : sa tombe étant alors surmontée d’un… croissant islamique.  Dans Oblast d’Ulyanovsk, en effet, 6% de la population est musulmane, et le village du colonel devenu héros de la patrie en fait en effet partie.  Poutine avait étrangement appelé « toutes les religions » à prier pour les deux infortunés.  On comprend mieux aujourd’hui pourquoi…

 

(1) ce que l’on sait avec certitude  c’est que c’est bien du sarin et non du chlore, cette fois.

(2) article signé Christiaan Triebert, jeune pousse néerlandaise du journalisme.  C’est lui qui a remis l’info de Kareem Shaheen, de la BBC, qui est allé voir sur place le silo à grains bombardé bien avant la date de l’assaut (six mois avant !), et accusé par la Russie d’avoir dissimulé du gaz sarin.

(3) dans le genre, ça donne ça comme argumentation (suivez bien la rhétorique qui est fort spécieuse puisqu’elle démarre d’un a-priori qui est faux).  C’est purement du négationnisme à ce stade. Venant d’un antisémite forcené comme Rense, qui croit à l’influence des « Illuminati » et a le mot franc-maçon ou juifs aux lèvres dans chacune de ses interventions, ce n’est pas vraiment une surprise :

« Les faits : aucune preuve ne suggère que les forces syriennes ont utilisé des armes chimiques ou d’autres armes interdites à tout moment pendant plus de six ans de guerre » (celle-là il fallait oser l’écrire, je pense !!!). « Assad sur les bombardements par bombes-barils : en octobre dernier, il a déclaré que les réclamations selon lesquelles les forces gouvernementales utilisaient des armes chimiques étaient «prouvées comme étant fausses» (L’extrême droitiste reprend mot pour mot les paroles extraites de l’interview de Bachar el Assad, celle négociée comme un « scoop » par David Pujadas !).  Il n’y a pas « une foule de preuves » sur l’armée syrienne utilisant ces armes. « Nous n’en avons aucune « . « En ce qui concerne les bombes-baril … quelle est la définition d’une bombe ?  Si vous vous rendez dans notre armée, vous n’avez pas dans nos dossiers quelque chose appelé «bombe- baril», alors, comment comprenez-vous … que c’est une bombe ?  Nous avons en effet des bombes.  « Assad a également écarté les fausses accusations au sujet de bombardements aveugles, y compris contre les hôpitaux et d’autres cibles non militaires.  La Syrie lutte contre les terroristes soutenus par des étrangers.  Elle protège ses populations et ne leur nuit pas ».  On a pourtant vu (ici à gauche par exemple), et je vous l’ai assez expliqué il me semble que les fameuses bombes-barils existent bien, que ce n’est pas jouer sur les mots comme le fait Assad, que de les décrire (comme ici à droite), et qu’elles font partie des « bricolages » de l’armée syrienne, au même titre que l’usage des roquettes « Volcano », utilisées et perfectionnées par le Hezbollah, grand allié d’Assad, à partir d’une invention américaine reprise par les… israéliens », comme j’ai pu vous l’expliquer ici en détail.  C’est dans le même interview qu’Assad avait dit ne pas utiliser non plus de chlore dans ses bombardements…!!!

(4) le lendemain même, les avions Sukhoi-22, impliqués selon les USA dans l’attaque, y redécollaient facilement, selon « Sputnik » les pistes ayant été laissées intactes.  Pour un bombardement de base aérienne, avouez que c’est plutôt surprenant.  Sputnik news, qui s’est empressé de le raconter, en montant des appareils décollant à nouveau de la base… mais sans préciser les dates exactes des prises de vues (et avec une piste balayée de tous ses petits débris en un temps record, ce qui semble improbable !) !  Et en rajoutant aussi une couche sur « une école qui aurait subi l’attaque des missiles Tomahawks », dont un exemplaire « pas explosé mais en morceaux » serait même visible sur place… mais sans en montrer les photos.  Tout est bon pour manipuler, chez les médias pro-Poutine !

 

 

Eléments à regarder :

Exklusiv Interwiew : Präsident Assad nach Befreiung von Aleppo (Video)

Poutine dans ses œuvres de désinformation :

 

 

Bachar el-Assad, ou mille façons d’exterminer (III)

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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2 Commentaire

  1. avatar

    « …mais plutôt d’une précédente, qui n’a pas eu autant d’écho, hélas, car elle était pleine d’enseignements. »

    C’est tout de même assez étonnant qu’elle n’ait pas eu d’écho en Occident où il est prouvé qu’on n’hésite pas à se servir de « preuves » fictives pour justifier nos décisions et nos actes. De tels « enseignements » auraient été très « bienvenus ». 🙂

  2. avatar

    si c’est de l’ironie, elle est ratée…

    car vous ne savez pas ce qui se cache derrière ces événements : descendez un peu de vos étoiles et revenez su Terre ; Assad massacre son propre peuple et là dessus vient se greffer tout un tas de choses ou des gens comme Poutine..

    Et je pense que vous ne savez pas le 100eme de ce qu’il peut y faire : ça ce n’est qu’un avant goût, une entrée : le plat de résistance vous aurez du mal à le digérer, et au dessert vous vomirez. Enfin, si vous êtes normalement constitué et êtes réceptif aux horreurs de ce monde… ou pas. Attendez donc la suite… elle est horrible. Mais ne comptez pas pour que je vous montre des images de la sorte : des corps d’enfants déchiquetés par les bombes de Poutine, il y en a plein. Je vous éviteça et vais plutôt vous expliquer ce que vous avez raté pour une meilleure compréhension de ce que peut faire Poutine à-bas. Préparez-vous un sachet à vomir, au cas où…