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Les malheurs de Flamanville

Décidément, un vent mauvais souffle sur le nucléaire, car après les bétons pourris, après les carences constatées pour le fond de cuve et le couvercle de cette centrale nucléaire, après les années de retard qui s’accumulent, et l’explosion du prix du chantier, lequel a été multiplié par 3, voici venir le temps des soupapes défaillantes.

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Ce béton pourri avait été dénoncé par le Canard Enchaîné, lequel évoquait des trous de près de 50 cm sur 3 zones de l’enceinte du bâtiment du réacteur, terminologie refusée par le responsable du chantier, celui-ci préférant utiliser le mot «  fissure »…appuyé par Guillaume Bouyt, de l’ASN, (autorité de sûreté nucléaire) qui assure que c’étaient seulement des « zones de béton plus pauvres en gravier que ce qui était souhaité »…utilisant ainsi une fois de plus un laborieuse langue de bois, cette malfaçon constatée n’est que la suite d’une longue série :2007, 2008, 2011 (à 2 reprises), et 2012, sans oublier le dôme du réacteur endommagé (lien) par la chute d’un engrenage. lien

Cette fois-ci, c’est l’IRSN qui a sonné l’alarme, et les accros à la théorie du complot qui étaient convaincus que des « forces occultes » au sein de l’ASN, « faisaient tout pour couler l’entreprise nucléaire  », en seront pour leur compte.

En effet, au sein d’une association de vieux ingénieurs du nucléaire, l’un d’eux s’était fendu d’une lettre dénonçant, lors du problème de la cuve de l’EPR, un « évident complot  », imaginant que « certaines mouvances » œuvrant au sein de l’ASN pratiquaient des « coups tordus » destinés à « bloquer tout le nucléaire français », pointant particulièrement du doigt le président de l’institution de sureté nucléaire, Pierre-Franck Chevet, assurant qu’il est un anti-nucléaire viscéral et qu’il s’agirait donc d’un « sabotage ».

Il assure même dans un courrier envoyé à quelques députés, que « le président de l’ASN a utilisé sa position à la tête d’une institution, dont la réputation scientifique et technique se doit d’être irréprochable, pour manipuler un dossier en fonction de son obédience politique anti-nucléaire  ». (Voir le commentaire du 21 mai- 15h58 et de 16h35).

Décidément, la théorie du complot se niche toujours là où on ne l’attend pas…

Mais revenons à nos soupapes.

Tout comme la cuve, c’est un organe essentiel de la centrale nucléaire, car elle permet de réguler la pression de l’eau, en cas d’emballement du réacteur…

En haut lieu, on assure que ce n’est pas grave, voire normal, et que ce serait essentiellement du au fait que l’EPR de Flamanville soit un prototype, négligeant l’existence d’autres EPR : à Hinkley, enFinlande, ou en Chine, tous ces EPR étant du fait d’AREVA.

Tout à commencé par un article de Médiapart, qui évoquant un rapport confidentiel, faisant évidemment réagir l’IRSN, lequel, tout en refusant le terme «  confidentiel », confirme ce problème de soupapes.

Pour bien comprendre le risque encouru, il faut se souvenir de l’accident nucléaire de Three Miles Island, en mars 1979, puisque c’est un dysfonctionnement de ces soupapes qui est à l’origine de l’accident, lequel a conduit à l’arrêt du programme nucléaire américain.

Lors de la surchauffe du réacteur, une des soupapes était restée ouverte, provoquant la vidange de tout le circuit de refroidissement, et déclenchant la fonte du cœur du réacteur.

Or à Flamanville non seulement les pilotes censés déclencher les soupapes ne fonctionnent pas, mais ils fuient fréquemment, rendant aléatoires, et incontrôlables les soupapes elles-mêmes. lien

En effet, depuis 2014, à Flamanville, des essais ont été réalisés démontrant des « difficultés sur les questions d’ouverture et de fermeture des soupapes », et l’IRSN annonce que les essais seront poursuivis en 2015, tout en se refusant à dramatiser la situation, assurant : « pour l’instant on ne peut pas encore conclure que c’est grave, car on n’a pas encore jugé complètement la qualité » (de ces soupapes), et l’avis technique sur ce problème sera rendu « sans doute dans le courant de l’été  ». lien

En tout cas, l’IRSN a fait la liste des dysfonctionnements établis : « risque de fuites de fluide primaire, échec à l’ouverture observé, échec à la fermeture observé », ajoutant qu’aucune fuite n’est acceptable, et que cette multitude de défaillances peut avoir des « conséquences graves » faisant aussi le constat que les soupapes choisies par AREVA sont moins fiables que celles qui équipent le parc nucléaire français actuel.

Tout cela n’est guère rassurant quand l’on sait que l’EPR peut être considéré de par sa conception comme le réacteur le plus dangereux au monde, d’autant qu’il utilisera du mox, combustible à base de plutonium, dont la période ou demi-vie est de 24 000 ans. lien

Ajoutons pour faire bonne mesure que Bouygues est menacé par la justice pour du travail au noir sur le chantier de l’EPR, concernant des centaines d’ouvriers, (plus de 500) la décision finale venant d’être repoussée au 7 juillet prochain. lien

Pas surprenant des lors que Didier Anger, l’euro député, ne décrète que l’EPR est « le moins sûr du monde  ». lien

Tout n’est donc pas rose dans la ville des Flamands.

Attendons donc, mais restons dans le domaine nucléaire, particulièrement dans celui des normes.

La connaissance sur les effets de la radioactivité a beaucoup évolué au cours des années, et on est loin de l’époque ou Pierre et Marie Curie, manipulaient sans crainte de dangereux produits radioactifs.

À l’époque, peu de scientifiques se doutaient qu’on ne pouvait impunément manier des éléments radioactifs, et Marie Curie brassait des centaines de kilos de minerais, alors qu’il y a un gramme de radium par tonne de minerais, et ce n’est qu’en juillet 1898 que le couple réalisera que la radioactivité n’est pas le résultat d’une réaction chimique, mais un phénomène physique naturel, les radio-isotopes se transformant en dégageant de l’énergie sous forme de rayonnements divers, rayonnements qui seront appelés rayons gamma ou béta. lien

Pierre Curie va même aller jusqu’à tester les effets du radium sur sa propre peau, constatant une brûlure, puis une plaie sur la peau, ce qui donnera plus tard naissance à la curiethérapie qui utilise le radium pour soigner les tumeurs malignes. lien

Aujourd’hui on connait un peu mieux les effets néfastes de la radioactivité, et des normes ont été établies pour tenter de protéger la santé des êtres vivants, tout en sachant que la norme n’empêche pas le danger.

Ajoutons qu’il est admis que certains peuvent recevoir des doses dépassant les normes admises sans pour autant hériter d’une leucémie, d’un cancer, alors que d’autres ne résisterons pas à des doses moindre.

Les différentes catastrophes nucléaires qui se sont succédées font pourtant bouger les lignes, et au Japon, depuis Fukushima, les autorités ont pris la décision d’acter un seuil admissible moins contraignant, ce qui permet de réduire la zone d’exclusion… et de limiter le montant des indemnisations.

La volonté initiale des autorités japonaises était de ramener l’exposition à 1 mSv/an, mais réalisant l’impossibilité d’atteindre ce seuil, de nombreuses municipalités souhaitent que ce seuil soit porté à 20 mSv/an, afin de permettre le retour des populations, sauf que pour nombre de japonais, surtout les jeunes, un trait définitif a été tiré, et ils ne reviendront plus jamais vivre dans la zone contaminée. lien

Après l’accident, les niveaux de radioactivité mesurés dans les sols de la ville de Fukushimadépassaient plus de 4 fois la limite légale, atteignant 46 540 becquerels par kilogramme, alors que le taux japonais admissible est de 10 000. lien

Ça ne devrait être une surprise pour personne quand l’on se souvient que 1800 mSv/h avaient été mesurés sur le site dévasté. lien

Mais les japonais ne sont pas les seuls concernés par le drame de Fukushima : en effet, l’Union Européenne s’est mise à passer au compteur Geiger les 8000 tonnes de denrées qu’elle fait venir chaque année du Japon, et, des poissons à sushi, aux brocolis, en passant par les algues, les champignons, le thé vert, les abricots, etc…et elle constate une augmentation de la radioactivité.

La commission européenne envisage donc une modification : au lieu de fixer des seuils pour les radioéléments à courte et à longue vie, elle va l’élargir au plutonium et au strontium, promettant qu’avec ces nouvelles normes, un européen ne dépassera pas 1 millisievert par an, ce qui n’induit qu’un seul cancer pour 100 000 habitants, soit pour la France 3800 décès annuels.

Sauf que la CRIIRAD a refait les calculs de Bruxelles et constate que dans de nombreux cas on dépasse de 10, voire de 100, la limite de 1mSv/an, pour la bonne raison que dans le cas des aliments « de moindre importance  » (épices, aromates…) la limite tolérée est jusqu’à 10 foissupérieure aux autres denrées, sachant que ces épices sont de véritables « buvards à césium ».

Une pétition a donc été lancée par la CRIIRAD afin d’empêcher que ces nouvelles normes ne soient discrètement entérinées cet été. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « le grain de maïs a toujours tort devant la poule ».

L’image illustrant l’article vient de lesaliboffis.blogs

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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    Trois ans après la catastrophe de Fukushima, des quotidiens faisaient état de la radioactivité détectée dans les eaux du littoral de la côte ouest du Canada. Les chercheurs prévoyaient qu’une grande quantité de déchets provenant de Fukushima (lesquels forment une plaque de détritus de la taille du Texas) allait atteindre la côte est nord-américaine en 2014. Certains évaluent ces déchets à 20,000 tonnes. Les infos sur le sujet se font très rares.

    http://www.sudouest.fr/2014/03/11/fukushima-l-eau-radioactive-est-arrivee-au-large-du-canada-les-dechets-devraient-suivre-1486500-5010.php

    Fukushima a montré à quel point la majorité des pays (dotés de centrales nucléaires) préféraient éviter le plus possible le sujet du nucléaire.

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