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Les implications de la victoire de Trump

Quand la gauche cabillaud* minimise les implications de la victoire du raciste Trump

 

On pourrait qualifier de révisionnisme (au sens large) l’ensemble des réactions et des jugements indulgents que l’élection de Donald Trump a suscité parmi les politiciens italiens n’étant pas de droite et même parmi les intellectuels de gauche: ces derniers ont recouru à des comparaisons historiques et politiques quelque peu téméraire et avec l’espoir paradoxal que la défaite du néolibéralisme et de l’interventionnisme belliciste sera le fait de l’affairiste agressif et sans scrupules, grand fraudeur fiscal, ami de Poutine et d’autres despotes similaires.

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9 novembre: La Nuit du Jugement

Il est vraiment difficile de nier que le profil politique de Trump soit celui d’un réactionnaire dans la pleine acception du terme: un mélange d’ignorance et de malhonnêteté, de racisme et de  sexisme, d’obtusité et de vulgarité, assaisonné d’une tendance au conspirationnisme, au chauvinisme WASP , au suprématisme blanc. Ce n’est pas un hasard que le Ku Klux Klan a annoncé sa propre parade de la victoire, qui aura lieu le 3 décembre en Caroline du Nord. Ce n’est pas un hasard que, parmi les premiers nommés à la Maison Blanche se trouve, dans le rôle clé de conseiller stratégique, l’homme d’affaires Steve Barton: raciste, sexiste, homophobe, antisémite, suprématiste ouvertement antimusulman et affilié à l’Alt-Right (Droite alternative). Bref, c’est comme en Italie cette tâche avait été confiée à un membre de Forza Nuova ou Casa Pound.

Rappelons que, après les attentats de Paris et de San Bernardino, le milliardaire new-yorkais devenu politicien avait appelé à la « fermeture totale et complète » des frontières des USA aux personnes de foi musulmane. Plus tard, il a qualifié les Mexicains de dealers, criminels et violeurs. Depuis le mois de septembre jusqu’à son élection, il ne cesse d’insister sur le projet de verrouiller encore plus la frontière avec le Mexique et d’expulser trois millions de «clandestins». Quant à son mépris pour les femmes, les gays, les personnes handicapées, le catalogue de ses déclarations publiques scandaleuses pourrait remplir tout un volume. Il suffit d’ajouter, enfin, qu’il y a quelques années il en est venu à soutenir que la théorie scientifique du réchauffement climatique a été inventée « par les Chinois pour les Chinois, afin de contrer la compétitivité de l’industrie manufacturière US » (voir ici).

Il n’est donc pas surprenant que Beppe Grillo ait été enivré par la victoire de « Barbe de Maïs »  : « Trump a fait un VDay insensé […]. Il y a des quasi- similitudes (sic) entre cette histoire américaine et le MouVement (5 étoiles) ».

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10 novembre: Renzi, le Trumpettiste

Et, si ridicule qu’elle soit, la déclaration de Renzi n’est pas trop surprenante : «Attendons pour juger. Nous ne donnons pas un jugement d’Italietta [=Clochemerle, NdT] : ce mur [entre le Mexique et les USA] existe depuis quelque chose comme vingt ans, ça peut ne pas plaire, mais c’est comme ça ».

Le  fait que certains intellectuels de gauche sous-estiment le sinistre scénario qui se dessine après la victoire de cet ultraréactionnaire est en revanche déroutant. Dans la foulée de Slavoj Žižek – désormais chantre du « style de vie de l’Europe occidentale » et qui fustige les «belles âmes» de gauche, qui pratiquent la tolérance et la solidarité et osent réclamer l’ouverture des frontières – certains intellectuels italiens produisent aussi des analyses saugrenues, prétendument astucieuses et matérialistes, mais que l’on peut en fait réduire au sophisme suivant : Trump a été en mesure de représenter le malaise social croissant (ce qui est impossible à démontrer, entre autres parce que des million de citoyens des USA sont exclus du droit de vote); nos gauches ne sont plus en mesure de le faire; ergo, nous devons apprendre de lui, sans le diaboliser.

Dans certains cas, le sophisme contient des incises, qui minimisent le racisme et prennent parti pour  l’immigration «contrôlée». Prétendre que cela n’a rien n’a à voir avec le racisme, mais seulement avec le malaise social,  que des gens «ordinaires» allument des incendies ou élèvent des barricades contre des groupes de réfugié-es en les abreuvant d’insultes racistes classiques, c’est oublier que les pogroms nazis aussi ont été favorisés par des conditions de malaise social.

On ne peut donc qu’être consterné par la sous-estimation du scénario qui se profile après la victoire de Trump : nettoyage ethnique de masse, normalisation du discours politique incitant à la haine des « différents », simplification des pratiques meurtrières des forces de l’ordre au détriment des Afro-Américains, pour ne pas parler des mesures annoncées contre la liberté des femmes, à commencer par l’annulation ou la révision des règles relatives à l’IVG.

Quant au domaine international, il suffit de mentionner le transfert imminent de l’ambassade US à Jérusalem,  » capitale d’Israël, une et indivisible », selon Trump, et ses assurances à Netanyahou au cours de la campagne électorale, que les USA ne remettront pas en question la légitimité des colonies.

Soit dit en passant : après la victoire de Trump, dans chaque partie du pays, les croix gammées et les  Sieg Heil fleurissent  sur les murs et les vitrines. Dans le même temps la chasse aux non-blancs s’intensifie et, en particulier, les agressions contre des jeunes musulmanes, qui se voient arracher leur hijab (un simple foulard, rappelons-le). Donc, il est tout à fait inapproprié aujourd’hui de se livrer à la vieille condamnation sommaire des « voiles » portés par des femmes musulmanes, dont on nie les significations multiples et variables, parfois réactives et/ou identitaires.

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11 novembre: La résistible ascension de Donald

 

Pour reprendre le fil du discours, ce n’est pas seulement aux USA que les dommages de la présidence Trump deviennent déjà visibles. L’extrême-droite en Europe, déjà en notable expansion, se trouve encore plus revigorée. Du Front National de Marine Le Pen à l’Ukip de Nigel Farage, de la Ligue du Nord Salvini à Aube Dorée, le parti néo-nazi grec, on jubile. Et cette jubilation est tout sauf infondée, car la victoire de Trump ne peut qu’encourager l’avancée déjà galopante de l’internationale revanchiste et raciste.

Face à des perspectives si sombres, plutôt que de s’aventurer dans des analogies historiques et politiques inconsidérées, on ferait bien de réfléchir sur l’histoire de l’avènement du fascisme en Europe et de prendre au moins une initiative politique méritoire: exprimer notre solidarité active avec le mouvement de protestation US contre l’élection de Trump, qui va en grandissant, plus ou moins durement réprimé.

NdT

*Gauche cabillaud (ou morue) : en italien sinistra baccalà, sous-genre italien de la gauche caviar européenne. On peut la rencontrer sur la Via Veneto ou à Trastevere, à Rome, à l’île d’Elbe ou en Sardaigne en été, à Cortina d’Ampezzo en hiver, et en boucle dans les médias à la botte.

Dessins d’ Edoardo Baraldi

 

Annamaria Rivera
Traduit par Fausto Giudice Фаусто



Tlaxcala:  Date de parution de l’article original: 16/11/2016
Source: http://temi.repubblica.it/micromega-online/se-la-sinistra-minimizza-la-vittoria-del-razzista-trump/

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