28 juin 2009 |
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Photo : Flickr Pierre Éthier
La mort de Michael Jackson est l’occasion pour un certain nombre d’idiots de parler de son « génie », ce qui ne manque pas de m’interpeller…
Outre que le terme de « génie » ne peut désigner qu’une qualité rarissime, il faut affirmer avec force qu’elle est non-reproductible. Si Mozart peut être qualifié de « génie » c’est parce que l’on est incapable de composer à sa manière, ne comprenant toujours pas comment sa musique est fabriquée.
À cette première considération il faut en ajouter une autre, qui devrait pourtant être évidente : le génie d’un individu a pour corollaire, en principe, qu’il soit (au moins au début), totalement incompris, ce qui est incompatible avec le succès planétaire des tubes de Michael Jackson…
Mais bon, le plus grave dans cette affaire, c’est que ses admirateurs inconditionnels tombent dans le travers classique d’une forme de relativisme culturel qui limite la qualité artistique d’une œuvre au fameux « j’aime » ou « j’aime pas », ce qui les conduit effectivement à la lier à son succès commercial ou à l’intensité de l’émotion personnelle qu’elle procure, laquelle dépend au moins autant de l’éducation ou de l’état d’esprit que de la qualité de l’œuvre.
Il faut affirmer avec force qu’en matière d’art, il en est exactement comme ailleurs : seuls des sociologues peuvent valider la qualité du travail d’un sociologue, seuls des scientifiques peuvent juger celui d’autres scientifiques. En musique c’est exactement pareil : certaines œuvres peuvent plaire ( ou déplaire) à un plus ou moins grand nombre d’individus, cela n’a absolument rien à voir avec leur qualité intrinsèque, laquelle ne peut vraiment être validée que par d’autres musiciens. En d’autres termes, il y a une objectivité de la qualité de l’œuvre d’art, n’en déplaise aux obsédés du marché…
Et on ne trouvera pas un musicien pour qualifier l’œuvre musicale de Michael Jackson de « géniale ». D’abord, celle qui est digne d’intérêt est très restreinte, seuls quatre ou cinq titres surnagent, et si l’on y trouve une utilisation intelligente des machines, synthétiseurs, boîtes à rythmes et autres sequencers, l’essentiel est dû aux arrangements et à la production de Quincy Jones, avec quelques « gimmicks » qui sont probablement de lui.
Si l’on essaie de juger sur des critères « vérifiables », voici ce que l’on peut en dire : d’un point de vue mélodique c’est très élémentaire, peu élaboré, peu créatif. Harmoniquement c’est du niveau « guitariste débutant », trois ou quatre accords par titre, guère plus. Sur le plan rythmique, c’est simple, mais efficace. Au niveau de l’interprétation vocale, en revanche, c’est enlevé, « pêchu », juste : très pro. Les arrangements sont généralement impeccables et avec quelques vraies trouvailles.
Mais tout cela reste un peu court pour crier au « génie » sur le plan musical. Reste qu’en tant que danseur, là il est vraiment formidable.
Mais s’il est à ce point adulé par toute une génération, c’est parce qu’il a été la concrétisation la plus exemplaire des pires dérives idéologiques et culturelles de ces années-là : la « starisation », la « variétisation » de la pop-music avec sa simplification pour les besoins du marché le plus large, le déplacement de l’écoute musicale vers la perception visuelle (avec comme corollaire son appauvrissement) par ses clips où la musique devient secondaire par rapport à l’image.
C’est un enfant du déchaînement de l’idéologie ultralibérale qui a réussi à affirmer avec force que les produits culturels sont des marchandises comme les autres et que leur seul valorimètre est le chiffre de leurs ventes et l’argent qu’ils rapportent.
Non, il ne suffit pas d’être très dérangé pour être un génie…
Bonjour Leon
Je ne commente presque plus parce que je me suis mis en tête de publier un article par jour sur mon blogue. Ouf !
http://nouvellesociete.wordpress.com
Ça ne veut pas dire que je vous apprécie moins
)_
Pierre JC Allard
11:18, le Samedi 4 juillet 2009Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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