Accueil / T H E M E S / CULTURE / Histoire / Les h?ros africains de Chasselay

Les h?ros africains de Chasselay

Au moment o? la population musulmane se sent, ? tort ou ? raison, stigmatis?e, il est bon de rappeler que la contribution, parfois contrainte, des fils d?Allah ? la sauvegarde de la Nation fran?aise a ?t? en certaines occasions v?ritablement h?ro?que. Parmi ces h?ros m?connus, les tirailleurs africains victimes des combats puis de la barbarie nazie en juin 1940. 188 d?entre eux* sont inhum?s au Tata de Chasselay? ??

???C?est le c?ur serr? que je vous dis qu?il faut aujourd?hui cesser le combat?? lance P?tain sur les ondes le 16 juin 1940. Les combats n?en continuent pas moins dans la r?gion lyonnaise pour enrayer la progression allemande. Le 19 juin, les troupes du Reich p?n?trent dans la capitale des Gaules, d?clar?e ville ouverte ? l?image de Paris une semaine plus t?t. Le m?me jour, de terribles combats sont engag?s au nord-ouest de la ville dans les secteurs de L?Arbresle sur la N7 et de Lissieu sur la N6. Des combats inutiles car la ville de Lyon a cess? d??tre un objectif militaire. Mais le g?n?ral Olry, commandant une Arm?e des Alpes menac?e au nord par les troupes allemandes et au sud par celles de Mussolini, entend tenir les positions. Sur son ordre, le g?n?ral de Mesmay transmet aux unit?s disparates qui ont ?t? dispos?es pour contenir la progression allemande des instructions sans ambigu?t??:???Tenir tous les points d?appui, sans esprit de recul.?? C?est donc un combat pour l?honneur qui va se livrer.

Un combat qui co?te cher aux unit?s allemandes engag?es?: la Division d?infanterie motoris?e SS Totenkopf (T?te de mort) dans le secteur de L?Arbresle, et le R?giment d?infanterie Grossdeutschland (une unit? d??lite de la Wehrmacht) dans celui de Lissieu. Face ? eux, des fantassins fran?ais, des l?gionnaires et les deux bataillons du 25e R?giment de Tirailleurs s?n?galais.

Attaqu?es en fin d?apr?s-midi du 19 juin, les troupes fran?aises positionn?es ? L?Arbresle sont d?faites le 20 apr?s une lutte s?v?re et un nettoyage poche par poche. Vainqueurs, les Allemands proc?dent alors ? un tri des survivants?: les prisonniers blancs sont ?vacu?s vers Tarare, les officiers dans des v?hicules militaires, les sous-officiers et les soldats ? pied?; les tirailleurs noirs, sans la moindre exception, sont ex?cut?s sur le champ, au m?pris des r?gles de la guerre et de la plus ?l?mentaire humanit?.

Le m?me jour, de tr?s violents combats sont engag?s, dans le secteur de la N6, ? Lissieu et au couvent de Montluzin. Le soir venu, ces ??points d?appui?? ont saut?, sous les assauts des troupes du R?giment Grossdeutschland. Comme ? L?Arbresle, tous les Africains sont ex?cut?s, de m?me que quelques l?gionnaires blancs qui ont combattu ? c?t? des ??n?gres??. Il reste cependant des hommes du 25e RTS ? Chasselay. Pour ?pargner la population du village, leur chef, le capitaine Gouzy, regroupe ses troupes autour du ch?teau Plantin, au sud du village. Dans la tradition coloniale et en conformit? avec les ordres re?us la veille, ils livreront combat jusqu?au bout. Pour l?honneur?!

Le massacre des ??n?gres??

De lourdes pertes sont inflig?es aux Allemands. Mais les tirailleurs, tr?s largement inf?rieurs en nombre et soutenus par quatre canons de 75, sont lamin?s sur le terrain par les forces puissamment arm?es de la Wehrmacht. Lorsque les derniers survivants se rendent, vers 16 heures, il ne reste plus que 59 hommes, dont le capitaine Gouzy, quatre grad?s et 51 tirailleurs africains. Le regroupement des vaincus donne lieu ? d?inacceptables violences. Le capitaine Gouzy tente en vain de s?y opposer?: il re?oit une balle dans le genou et doit ?tre ?vacu?. Une colonne des prisonniers est alors form?e pour se rendre ? pied au village des Ch?res, ? trois kilom?tres au nord-ouest de Chasselay.?

? mi-chemin se trouve, au lieudit Le Vide-Sac, un espace d?gag? en bord de route. Le convoi s?arr?te. Les Africains sont dispers?s sur ce terrain puis hach?s par les balles des mitrailleuses, pr?alablement positionn?es, et les obus d?un char. Les morts et les agonisants sont ensuite ?cras?s par les chenilles du blind?. Ainsi se termine cette journ?e, dans la plus abjecte abomination. Deux jours plus tard, le 22 juin, l?Armistice est sign?.

On apprendra par la suite que d?autres tirailleurs africains ont ?t? ex?cut?s?: 27, extraits d?une colonne de prisonniers, ? Vaise?; 12 ? Champagne-au-Mont d?Or?; 18 ? Lentilly?; 13 ? ?veux.

Selon le r?sistant et journaliste Henri Amoretti**, ces combats et les ex?cutions sommaires des 19 et 20 juin autour de la N7 et de la N6 ont fait, sur un effectif d?environ 1800 hommes, 1333 morts ou disparus et seulement? 51 bless?s, ce dernier chiffre, ?loquent, montrant s?il en ?tait besoin, ? quel point la barbarie a d?ferl? durant ces deux jours sur la campagne lyonnaise.

1942?: Jean Marchiani, secr?taire d?partemental des anciens combattants, mutil?s et victimes de guerre du Rh?ne ach?te sur ses fonds propres le terrain du Vide-Sac. Il y fait ?difier, sur les lieux m?mes du massacre, un cimeti?re traditionnel africain, un Tata, autrement dit une enceinte fortifi?e sacr?e o? sont inhum?s les guerriers morts. Inaugur? le 8 novembre, ce Tata sert depuis de s?pulture ? 188 tirailleurs s?n?galais et soudanais dont on a pu regrouper les corps.

Aujourd?hui class? ??n?cropole militaire nationale??, le Tata de Chasselay est chaque ann?e le lieu d?une c?r?monie de comm?moration en pr?sence de membres des ? Amis de « Pr?sence africaine » ?, association fond?e par L?opold S?dar Senghor, l?ancien pr?sident de la R?publique du S?n?gal. Une c?r?monie tr?s peu m?diatis?e autour d?un fait de guerre trop peu connu qui risque de sombrer dans l?oubli.

???L?Histoire de ces braves m?rite de passer ? la post?rit?. Elle est la sublime ?pop?e des Preux Chevaliers Noirs de l?Afrique Fran?aise.?? a pourtant ?crit Jean Marchiani. Sans doute. Et sans doute serait-il bon ?galement, dans le cadre du d?bat sur l?Identit? nationale, de mettre en perspective la mani?re dont l??tat fran?ais a envoy? au casse-pipe ces tirailleurs africains et la mani?re dont ce m?me ?tat traite aujourd?hui leurs h?ritiers sur notre sol?

Reste, ? l??vocation de ces ?v?nements, un sentiment m?l?, fait de fiert? pour ces hommes courageux, de honte pour les g?n?raux, et d?une indicible horreur face ? la barbarie dont ces tirailleurs ont ?t? victimes. En d?finitive, le mot de la fin revient une fois de plus ? Jacques Pr?vert?: ??Quelle connerie, la guerre?!?? ???????

*?Une petite minorit? de ces tirailleurs n’?tait pas de confession musulmane mais animiste.

**?Ancien r?sistant et chef de la r?daction du Progr?s de Lyon, Henri Amoretti est l?auteur de Lyon Capitale 1940-1944, Paris, France-Empire, 1974.

?

Pour en savoir plus sur le d?tail des op?rations des 19 et 20 juin, lire la monographie du g?n?ral Fran?ois Lescel sur le site de la FARAC (F?d?ration des Amicales R?gimentaires et d?Anciens Combattants de Lyon et sa r?gion).

Un film a ?galement ?t? r?alis? en 1992 par Patrice Robin et ?velyne Berruezo. Intitul? ??Le Tata de Chasselay??, ce film a ?t? censur? par la t?l?vision.

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Disparition d’Emiliano Sala : un rapport nébuleux, mais des découvertes explosives (3)

Au fil des recherches, certains incidents survenus dans les environs de la zone footballistique et ...