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Les godillots de Macron

Pour la plupart, ils sont armés de bonnes intentions, les 308 députés labellisés « La République En Marche ». C’est notamment le cas de tous les novices venus de la société civile avec l’ambition de servir au mieux les intérêts de la Nation. Mais leur désir de se montrer dignes de leur fonction risque de se heurter à la volonté dominatrice de l’exécutif. Et pour cela ni Macron ni Philippe n’auront à leur imposer quoi que ce soit : la docilité de ces élus s’imposera d’elle-même…

Le nombre est impressionnant : 169 des 308 députés qui forment le groupe parlementaire La République En Marche n’ont jamais exercé le moindre mandat électif avant les législatives de 2017 ! La plupart d’entre eux n’avaient même jamais eu le moindre engagement politique avant de rejoindre les rangs d’En Marche ! puis de postuler avec succès à l’investiture LREM. Et c’est avec un bel enthousiasme que ces nouveaux élus ont fait leurs premiers pas à l’Assemblée Nationale. Leur objectif : servir « le projet de Macron pour la France », certes, mais en affichant « en même temps » leur détermination à rester eux-mêmes, à ne pas trahir les promesses faites à leurs électeurs de redorer le blason de la représentation nationale. À entendre ces élus, pas question de brader leur liberté de conscience, et a fortiori d’avaler des couleuvres pour lesquelles ils n’auraient pas d’appétit.

Comment ne pas adhérer à cette belle vision du travail parlementaire, centrée sur l’intime conviction qu’il appartient à chaque député, tant au sein des commissions que dans l’hémicycle, de défendre les intérêts du peuple de France ? Et cela en s’opposant, le cas échéant, aux manœuvres partisanes qui ont tant contribué à décrédibiliser l’action publique ces dernières décennies.

Voilà qui est fort sympathique, convenons-en. Mais allez savoir pourquoi, l’on ne peut s’empêcher d’observer tout cela avec un regard quelque peu ironique. Car ces femmes et ces hommes inconnus investis de la belle mission de représenter ceux qui les ont élus font à l’évidence preuve, pour la plupart d’entre eux, d’une déconcertante naïveté. Ils se rêvent en Condorcet, en Jaurès, en Lamartine, en Mirabeau ou en Tocqueville ; ils ne seront, comme leurs collègues venus des vieux partis par opportunisme électoral plus que par conviction, que des godillots anonymes du macronisme.

Et cela pour une raison simple : comme l’a annoncé Macron devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles le 3 juillet, le nombre des députés sera réduit d’« environ un tiers » en vue du prochain rendez-vous législatif. Une réforme de la loi électorale qui se traduira de facto par la suppression de près de 200 sièges et une profonde restructuration de la carte électorale ; avec à la clé des circonscriptions d’autant plus élargies que le président entend également introduire « une dose de proportionnelle ».

Il résultera de ces importants changements une grande insécurité pour les députés LREM qui, ayant pris goût à l’exercice parlementaire ou aux avantages qui lui sont liés, ambitionneront de se représenter en 2022. Or, qui peut sérieusement croire que la gouvernance Macron aura tourné le dos aux vieilles pratiques et révolutionné les processus d’investiture en vue de cette prochaine échéance législative ? À l’évidence, personne !

Et c’est ainsi que seuls les plus dociles des députés LREM toucheront le Graal sous la forme d’une nouvelle investiture dans 5 ans. Autrement dit, ceux qui auront voté sans sourciller les projets de loi présentés par l’exécutif, ceux qui se seront abstenus de tenir des propos critiques devant les micros des journalistes dans la salle des Quatre colonnes, et cerise sur le gâteau, ceux qui auront soutenu dans les médias la « remarquable action » du président de la République et de son Premier ministre. Tous les autres passeront à la trappe, et cela, Mesdames et Messieurs les député(e)s LREM le savent d’ores et déjà.

Plus que jamais Macron est « en marche », bien déterminé à aller le plus loin possible sur la route des réformes libérales. Et pour cela, rien de tel qu’être doté de solides godillots !

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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3 Commentaire

  1. avatar

    Bonsoir Fergus,

    Je me retiens de faire des commentaires sur Emmanuel Macron et son gouvernement, car chaque fois je me retrouve avec un texte plus long qu’un article, tant il y a à dire. Je résume en les qualifiant tous deux de contraires aux attentes de la majorité des français, incluant ceux parmi eux qui l’ignorent encore.

    Vous résumez ici parfaitement l’un des aspects de ce gouvernement. On peut comparer les processus en cours à une forme de hijack et seules quelques personnes (on ignore exactement lesquelles) connaissent les desseins qu’elles ont pour la France.

    Tout ceci est extrêmement choquant et déroutant. Les effets combinés d’annonces chocs, de réformes choc, de propos chocs, de prise de contrôle soft ou moins soft, sont autant d’éléments qui permettent à ce gouvernement de faire avancer (sic) le pays vers une forme de dictature. Maintenant que plusieurs français peuvent à juste titre se demander si leur gouvernement les considère comme faisant partie des gens qui ne sont RIEN, à quoi peuvent-ils s’attendre… Il y a eu tant de déclarations désobligeantes, qu’en faire la liste et chercher à les adoucir est une perte de temps. Rien ne peut couvrir de telles déclarations d’ailleurs. Elles ont toutes pour base le mépris.

    Une chose devrait inquiéter: imposer, de façon directe ou détournée, signifie que l’on oblige autrui à renoncer à ses droits et libertés. Rien de moins. A partir de combien de renoncements peut-on se considérer dominé?

    L’équipe en place a assurément la conviction d’être au service des intérêts des français alors qu’elle répond aux attentes du pouvoir. Cet alignement pieux derrière un chef laisse songeur. On perçoit plusieurs similitudes avec l’équipe de Donald Trump, ce qui n’a rien d’un compliment.

    Les français n’ont pas à deviner la portée de ce qui est fait et de ce qui a été prévu de faire sans leur consentement éclairé. Les obliger à supputer entretient un climat de précarité fait de craintes, d’inquiétudes. Comment l’ignorer?

    Allez… pour les français en ce jour !

    Bonne soirée!

    • avatar

      Bonjour, Elyan

      J’ai une vision assez proche de la vôtre sur ce qui se passe en France.

      Néanmoins, je garde l’espoir que l’autoritarisme des débuts de ce quinquennat n’est qu’une manière pour Macon de crédibiliser tant en France que sur la scène internationale sa stature d’homme d’Etat et sa capacité à « faire bouger les lignes » d’une société assez largement bloquée par l’incurie des mandats précédents.

      Je pense que Macron est apte à faire des compromis, et c’est sans doute ce qu’il fera dans le cadre des négociations sur la loi Travail afin d’obtenir l’accord – ou à défaut la neutralité – de syndicats comme la CFDT et FO.

      Un conflit majeur plomberait d’ailleurs sa future réforme des retraites, et il le sait. D’où cette recherche d’équilibre. Mais il ne faut pas se leurrer : tous les textes en cours d’élaboration ou à venir sont de facto porteurs de régressions sociales. Comment s’en étonner, Macron étant un pur produit de ce que j’ai coutume de nommer le « libéralisme décomplexé »?

      Peut-on pour autant parler d’un risque de « dictature » ? Sincèrement, je ne le crois pas. Mais la dérive autoritaire dans un pays où le président concentre autant de pouvoirs n’en est pas moins préoccupante et impose aux Français d’être vigilants, ce qu’ils ne sont manifestement pas assez.

      Merci de l’intérêt que vous portez à ces questions.

  2. avatar

    La dernière de la liste:

    https://youtu.be/9S2duS49FpY?t=49

    L’armée, tout comme la police, est celle qui n’a pas droit de renoncer aux sacrifices, budget ou pas. Bref…

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