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Les fondements ?conomiques de la timidit? contemporaine des juntes

Junta-le-jeu

YSENGRIMUS?? Il y a quarante ans et des poussi?res, mourrait Salvador Allende (1908-1973), pr?sident du Chili (on parla de meurtre par les militaires ? l??poque, aujourd?hui on parle de suicide. Mort violente, en tout cas). Il fut au pouvoir seulement trois ans (1970-1973) avec sa formation politique, la Coalition pour l?Unit? Populaire dont le c?ur palpitant ?tait son parti d?origine, le Parti Socialiste Chilien. Allende fut renvers? par une junte qui, elle, resta aux commandes de ce pays andin pendant dix-sept ans (1973-1990), sous la dictature du g?n?ral Augusto Pinochet (1915-2006 ? lui, par contre, il est mort de vieillesse). L??v?nement de ce putsch chilien eut un grand retentissement d??poque et pourtant il n?avait absolument rien d?un fait isol?. De fait, pour reprendre un mot qui a circul? sur des questions plus badines r?cemment, on peut dire que la mort violente d?Allende est survenue en plein pendant l??poque de l??ge d?Or des Juntes. On peut situer ce dit ?ge d?or grosso modo entre 1960 et 1985, avec un pic significatif lors de l?administration Nixon (aux ?tats-Unis ? 1969-1974). Furent totalement ou partiellement gouvern?s par des juntes militaires pendant ce petit quart de si?cle, les pays suivants: Argentine, Bolivie, Br?sil, Chili, ?thiopie, Gr?ce, Lib?ria, Nigeria, P?rou, Pologne, Portugal, Salvador, Tha?lande et Turquie. ? cette liste, on peut joindre, en appendice, les pays ayant fait l?objet d?un coup d??tat par une pr?sidence ?civile? pendant la m?me p?riode sans que la soldatesque ne sorte trop ostensiblement (tout ?tant relatif) des casernes: Guin?e ?quatoriale, Oman et Ouganda. Apr?s cet ?ge d?Or des Juntes de 1960-1985, les d?penses militaires continuent d?augmenter exponentiellement partout dans le monde et pourtant, les dictateurs militaires deviennent subitement timides, timor?s, pusillanimes, ?pisodiques, tataouineux: Ha?ti (trois ans, 1991-1994), Mauritanie (deux ans 2008-2009) ou encore, ce qui est une autre facette du m?me ph?nom?ne, les militaires factieux s?installent ? demeure dans des confettis d?empires: Burma (depuis 1988 ? la junte est en fait tomb?e en 2011), Fiji (depuis 2006), Madagascar (depuis 2009) et R?publique Centrafricaine (depuis 2013). Les coups d??tats constitutionnels sans sortie ostensible de la soldatesque des casernes et sans grad? (explicite) de l?arm?e se hissant ? la t?te de l??tat augmentent sensiblement en nombre, par contre, apr?s l??ge d?Or des Juntes (la date entre parenth?ses est la date du coup d??tat): Burkina Faso (1987), Gambie (1994), Ouganda derechef (1986), R?publique du Congo (1997), Soudan (1989), Tchad (1990). On peut ajouter ? cela le coup d??tat constitutionnel de 2009 au Honduras, trouillard comme tout et vite avalis? par les instances l?gales, celui de 2012 en Guin?e Bissau et, bien s?r, les tripotages compradore contemporains au Mali. De fait, tout se passe comme si les coups d??tat anti-?lectoraux s?effor?aient d?sormais de prudemment ?viter d?impliquer trop visiblement la troupe et les grad?s. Le prestige de l?arm?e est un prestige ? la papa, d?pass?, toc, vieillot, inqui?tant, dont touristes cyber-inform?s et boursicoteux mondiaux contemporains ne veulent plus gu?re, dans les principaut?s mondialis?es. En 1973, une portion immense de l?Afrique et de l?Am?rique Latine r?sonnait sous la botte de l?engeance brune. Aujourd?hui, tout se passe comme si cette derni?re ne faisait plus vraiment de politique? Victoire de la d?mocratie? Tournant mirifique de la fin de la Guerre Froide? Tr?ve de simplisme.

Donc, au moment o? on commence tout doucement ? traiter JUNTA (notre photo) comme une pantalonnade pour jeu de soci?t? r?miniscent du si?cle dernier ? genre guerres napol?oniennes avec des soldats de plombs, films de p?gre, ou jeux vid?os de la prise du Pont de la Rivi?re Kwa? (et autres) ? le ci-devant Conseil Supr?me des Forces Arm?es d??gypte s?est abruptement install? au pouvoir dans cette r?publique pr?sidentielle la?que (ayant ?lu r?cemment des islamo-conservateurs pour se d?barrasser d?un pr?sident croupissant). Le putsch s?est fait, sans fiert? et sans bravade, presque comme un acte bureaucratique et, surtout, en buvant jusqu?? la lie ce contexte g?n?ral de timidit? contemporaine des juntes. Il n?a pas fait que des heureux, m?me chez ses ma?tres compradore, ce coup factieux l?, pour le coup. Il ne la ram?ne pas. Il s?engage ? retourner promptement devant le peuple. Il tue des manifestants mais sans jubilation fasciste r?elle, plus par bavure que pour faire des exemples, et en d?nombrant tristement les abattis. C?est une dictature militaire mijaur?e, populiste, emberlificot?e, emmerd?e. Timidit? contemporaine des juntes, le pays des Pyramides t?exemplifie maximalement. Mais arr?tons-nous aux fondements ?conomiques de cette timidit?, l?un dans l?autre historiquement nouvelle. O? donc est pass? le matamore galonn?, bravache et personnalis?, du temps de Pinochet et d?Idi Amin?

Comme le secteur hospitalier et le secteur de l??ducation, le secteur militaire est improductif. Fabriquer une machine agricole ou une cha?ne de montage est un investissement ? profit (au moins) supput?. Fonder une biblioth?que, fabriquer un scanner cervical ou un char d?assaut, ce sont des d?penses engageant une perte assur?e dans la livraison d?un service ou d?un instrument qui sera consomm? exclusivement dans sa valeur d?usage (la seule valide, au demeurant). Il n?y a pas de jugement moral dans cela. C?est un fait ?conomique, sous le capitalisme. Le financement militaire, comme celui des hostos et des facs, est donc, cons?quemment, principalement ?tatique. Notez bien que, dans le cas du financement des trois armes, je dis ?tatique, pas national, on verra pourquoi dans une seconde. La mythologie de la privatisation des services militaires (armement hyper-sophistiqu? avec service apr?s vente, milices sous contrats, compagnies de s?curit? priv?es en zone de combat, etc?) ne doit pas faire croire que subitement le secteur militaro-industriel engendre de la valeur. Tout ce que le secteur militaro-industriel engendre fondamentalement c?est une perte financi?re pour la soci?t? civile. Et les emplois, priv?s ou public, qu?il cr?e, tr?s ?ventuellement, sont une goutte d?eau dans l?oc?an scintillant de cette perte colossale. Le fait qu?un secteur soit profitable ? certains ne veut en rien dire qu?il soit productif. ?tre profitable sans se soucier d??tre productif, tel est d?ailleurs le credo de maint financiers et chefs d?entreprises contemporains, notamment du secteur militaro-industriel, qui changent les avoirs financiers de place (de vos coffres aux leurs, en gros) sans produire de valeur nouvelle. Le fait qu?il y ait de plus en plus d?entreprises priv?es associ?es au secteur de la d?fense, en notre ?re de boursicote et de finances douteuses, ne repr?sente pas une apparition de productivit? mais bien, au contraire, un d?placement de la productivit? traditionnelle des soldoques vers le plus intensif des secteurs improductifs et destructeurs de valeur (celle-ci incluant la destruction mat?rielle de personnes, d?objets et de moyens de production). Ce qu?on observe, c?est que l?arm?e est pass?e d?instrument de l?activit? productive ? instrument de l?improductivit? parasitaire du capitalisme usuraire contemporain.

L?arm?e comme instrument de l?activit? productive? ?a a exist?, ?a? Oui, ?a a exist?? et notamment justement pendant l??ge d?Or des Juntes. Traditionnellement, l?arm?e est associ?e au sol, ? l?avoir foncier. Elle prot?ge le sol national, les provinces, les fronti?res au b?n?fice (initialement) de la bourgeoisie nationale et c?est de l? que provient la d?signation abusive et fallacieuse de ce secteur socio-?conomique: la D?fense. Aussi, l?arm?e s?empare du sol des autres et le tient, y encadre les avoirs physiques et les populations. Elle allait, traditionnellement toujours, jusqu?? tenir toute la soci?t? civile pour en tenir le sol. Si on revoit la listes des pays dirig?s par des juntes pendant l??ge d?Or des Juntes on n?y voit que des espaces post-coloniaux cacahou?tiers, fruitiers, mara?chers, chocolatiers, bananiers ou encore (variation du sol: le sous-sol) miniers et p?troliers. Il fut un temps o? une R?publique de Bananes n??tait pas un d?taillant vestimentaire ? la mode mais un r?gime compradore brutal et limpide o? une junte locale tenait les cultivateurs en suj?tion pour les garder dans la ligne du service direct de multinationales fruiti?res exploitant un territoire ?national? pour sa fertilit? et son climat. Financ? par l??tat compradore (c?est-?-dire l??tat grand compagnon international, l?ami puissant extraterritorial, post-colonial ou n?o-imp?rial), l?arm?e de nos petits ?tats ? juntes fait une chose absolument capitale durant l??ge d?Or des Juntes. Elle prend durablement le ci-devant tournant extraterritorial. Elle ne sert plus vraiment ? d?fendre le territoire national des envahisseurs mais ? d?fendre l?envahisseur compradore de la subversion et/ou r?sistance nationale (qui, elle, fut souvent gauchisante dans ces dures ann?es). Dans cette phase historique, l?arm?e, d?sormais ? polarit? invers?e, t?l?ologiquement retourn?e, ?tait financ?e par l??tat le plus puissant, et servait cet ?tat le plus puissant contre la soci?t? civile de son entit? nationale propre. J?ai pas besoin de vous faire un dessin. Le Pr?sident Allende voulait nationaliser le secteur minier chilien. Le G?n?ral Pinochet l?en emp?cha, le laissant entre les mains des multinationales am?ricaines. Cherchez ensuite celui qui est mort et cherchez celui qui a v?cu.

Dans cette analyse structurelle, si vous me passez le mot, la cause du d?clin de l??ge d?Or des Juntes n?est pas un de ces ?v?nements diurnes et solaires, genre chute du mur de Berlin ou ?lection d?un pr?sident civil en Argentine et au Br?sil. Ces ?v?nements sont cons?cutifs de faits plus profonds, plus d?terminants, moins ponctuels aussi. Ce qui a entra?n? le d?clin du putschisme et des juntes, c?est la diversification des secteurs socio-?conomiques des pays concern?s. Le d?veloppement de l?industrie lourde (secteur secondaire), des services et du tourisme (secteur tertiaire) a radicalement restreint la part en pourcentage du sol comme source de richesses extorquables, et, corr?lativement, nos physiocrates de soldoques sont graduellement rentr?s dans leurs casernes. Quand il fallait ?viter de se faire voler, par des populations affam?es, des wagons de marchandises brutes ou semi-finies le long des voies ferr?es sud-nord, la hi?rarchie militaire des petits ?tats comptait. Maintenant, qu?il s?agit d?encadrer des cars de touristes et de stimuler des places financi?res, c?est plus d?licat. On est pass? de l?activit? militaro-politique supportant directement la production fonci?re (sans subtilit? politique et sans comp?tence administrative effective) ? un conglom?rat compliqu? et n?buleux de probl?mes d?image internationale. Vendre de la mer, de la couleur locale, du paradis fiscal et du soleil ? des client?les variables et ?vanescentes requiert une image de marque nationale plus polie, subtile et visuellement gentillette que vendre des bananes, du th?, des gueuses de fer, des wagons-citernes et du cacao ? la client?le fatalement captive des acheteurs internationaux de produis bruts.

Mais revenons ? l??gypte et ? son putsch paradoxal, dommageable, retardataire, ennuyeux, emmerdant pour tout le monde. Vous imaginez l?or ? pleins jets que perdent les structures commerciales qui encadrent le site historique du Caire, une des plus grandes destinations touristiques du monde? Que se passe-t-il encore pour que ces maudits bruits de botte reviennent? L??gypte n?est pas subitement devenue une r?publique banani?re, depuis 2012! Non, certes non, justement. Au contraire. L?arm?e, ce durable ennemi de la soci?t? civile, est, dans un contexte comme la situation ?gyptienne, totalement coup?e de toute dimension d?encadrement des activit?s productives. Le putsch ?gyptien de 2012 est totalement improductif, au strict sens ?conomique du terme. C?est que, dans son passage d?instrument d?encadrement r?pressif de la production agraire et mini?re ? celui de secteur sciemment improductif vendant des gu?-guerres de th??tre en misant sur les peurs post-coloniales des penses-petit du premier monde comme une compagnie pharmaceutique mise sur toutes nos hypocondries, l?arm?e a gard? une constante, acquise au temps classique et dor? des juntes, c?est celle d??tre rest?e compradore. L??gypte est le seul pays arabe ayant un trait? de paix explicite avec une nation dont je ne parle jamais parce qu?on en parle toujours trop, et, ben? le centre imp?rial injecte deux milliards et demi de dollars US par an dans cet immense secteur improductif de th??tre, faisant entendre les bruits de bottes ?pacifiants? sur les bords de la Mer Rouge. L?arm?e nationale locale (ses services secrets aussi, du reste) ne contribue plus ? extraire des fruits ou du p?trole mais elle sert encore d?instrument post-colonial (anti-islamiste inclusivement, sans que cela s?y r?duise) dans la g?opolitique des puissants. Dans son passage de secteur semi-productif ? secteur improductif, le secteur militaire du monde contemporain a gard? cette constante: il continue d?sormais de servir ses ma?tres extraterritoriaux. Ces derniers ont engag? un argent pharaonique (il fallait que je la fasse?) qu?ils n?ont pas investi mais qu?ils ont, plus prosa?quement, d?bours?. Ils n?ont pas boursicot?, mis? ou sp?cul?, ils ont casqu? sec. Ils n?attendent pas un profit. Ils attendent un service. L?arm?e ?gyptienne, coup?e de la production (et du peuple producteur) du seul fait d??tre arm?e d?un pays non principalement agraire ou minier, ne peut servir que ses seuls ma?tres, ceux qui la financent. Comme la majorit? des arm?es r?saut?es du monde d?aujourd?hui, elle n?est plus une arm?e nationale. Les arm?es nationales qui restent, du reste, aussit?t qu?elles s?autonomisent un peu trop, on les aplatit sectoriellement, comme en Irak, comme en Libye, comme (peut-?tre) en Syrie.

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