Accueil / T Y P E S / Articles / Les fonctionnaires ne travaillent pas assez…

Les fonctionnaires ne travaillent pas assez…

Les fonctionnaires ne travaillent pas assez, et pourquoi ne pas le dire franchement, sont des fainéants privilégiés, salariés à vie de l’Etat bienfaiteur. Voilà une petite phrase assassine et sournoise que même la droite n’oserait pas prononcer sous peine d’une exécution en règle. Car dans notre douce France il est interdit de toucher un cheveu des bienheureux de la fonction publique pour ne pas irriter les syndicats très soucieux du bien-être de leurs adhérents préférés. C’est que pour un rien et dans une parfaite union intersyndicale, les khmers rouges de colère pourraient vous mettre au moins 1 millions de personnes dans la rue.

Mais que d’idées reçus sur les fonctionnaires dans ces quelques lignes, évitons de faire des généralités avec des travailleurs qui sont majoritairement indispensables au bon fonctionnement du pays. Voilà d’ailleurs un argumentaire digne du Parti « Les Républicains » lorsqu’ils seront revenus au pouvoir, lorsqu’il faudra excuser la suppression programmée de centaines de milliers de postes de fonctionnaires. Quant à Bruno Lemaire qui envisage la disparition d’un million d’entre eux sur 10 ans, il aurait intérêt à embaucher plusieurs gardes du corps supplémentaires pour assurer sa sécurité. D’autres avant lui se sont fait encadrer par des costauds de la CGT, d’anciens cheminots ou sidérurgistes musclés, pour moins que ça.

ledevdurable-bore-out1

Mais horreur, voilà qu’à l’approche des élections le gouvernement envisage sérieusement d’augmenter le salaires des fonctionnaires de manière substantielle. Autrement dit de payer les salariés du public pour voter socialiste. C’est du second degré bien sûr, enfin à peine. C’est vrai que le gel du point d’indice est en vigueur depuis 2010. Il faut rendre à César…

Mais laissons de côté toutes ces petites considérations salariales mesquines pour parler de la santé psychologique des travailleurs de l’hexagone. Vous connaissez tous le burn-out, qui touche 4 à10% de la population, mais connaissez-vous le bore-out, qui atteint 30% des salariés ? Le bore-out consiste à être payé à ne rien faire, le rêve ! Sauf qu’à la longue l’inactivité devient absolument insupportable pour le bore-outé qui peut s’identifier rapidement à un looser, et qui doit supporter le regard réprobateur de ses collègues de travail. Notons cependant l’exception de 10% des salariés « qui ne considèrent pas le travail comme un élément indispensable à la vie, une façon de se réaliser, qui aide à la construction de soi et qui porte en lui une forme d’idéal ».

C’est en tout cas l’avis de Christian Bourion, Docteur d’Etat ès Sciences économiques, Maître de conférences des Universités. A l’ICN Business School, (ex-Institut commercial de Nancy), et auteur de « Le bore-out syndrome. Quand l’ennui au travail rend fou ».

Ne trouvez-vous pas étrange et incompréhensible qu’un horrible patron du privé, qui comme chacun le sait adore martyriser et précariser au maximum ses employés, n’ose pas licencier un bon à rien et prèfère le mettre au placard en le payant à ne rien faire de ses dix doigts toute la journée. Il y a bien sûr plusieurs explications à ce phénomène. Comme vous le savez il y a aussi chez les salariés des gens qui parlent trop et en mal du chef d’entreprise. À la machine à café, sur Facebook ou pendant les nombreuses pauses cigarettes. Allez, hop, au placard ! Ou encore une exception au principe de Peter, « la sublimation percutante », un employé incompétent promu dans une fonction ou il ne pourra rien faire, juste pour se débarrasser de lui. Une autre cause serait le licenciement trop compliqué et coûteux pour l’entreprise.

En réalité le bore-outé n’est pas toujours responsable de sa situation et la conjoncture est tellement mauvaise qu’il hésite souvent à quitter sont emploi pour tenter d’en trouver un autre plus intéressant.

Selon Christian Bourion – Si l’inactivité au sein des entreprises a été sondée dès 2008 au niveau européen, en France, ce sont essentiellement les collectivités territoriales qui ont « banalisé » l’ennui au travail. Cela s’explique concrètement par une politique d’embauche inadaptée dans le secteur public, avec des structures qui créaient des emplois « pour rendre service » plutôt que pour répondre à de réels besoins. Mais les raisons de la « généralisation » de l’ennui au travail sont multiples : mise à l’écart volontaire ou « placardisation » dans le public pour les fonctionnaires qu’on ne peut pas licencier, postes non-supprimés mais vidés de leurs sens, parcellisation des tâches à l’extrême dans le privé…

Certes la situation calamiteuse des chômeurs est encore moins enviable, mais le bore-out peut rendre malade et dans ce cas l’expression « mourir d’ennui » n’est pas exagérée. Car s’ennuyer au travail et un enfer qui tue et « ne rien faire, ne pas être stimulé professionnellement, c’est risquer de perdre l’estime de soi, de se sentir incapable et inutile. L’ennui peut être une porte ouverte à la morosité, la remise en question, la déstructuration de sa personnalité, la dépression… ».

Commentaires

commentaires

A propos de gruni 57

avatar
J'ai une fâcheuse tendance à l'ambiguïté. Ce n'est pas ma faute je suis tombé dans le deuxième degré quand j'étais petit. Depuis, pour me soigner, j'ai tenté une cure prolongée sur Agoravox. Le résultat a été désastreux, c'est encore pire qu'avant. Alors ne me prenez surtout pas au sérieux, mon cas déjà désespéré pourrait s'aggraver avec une grosse tête.

Check Also

Les ailes de la liberté

Dans l’air du temps. Il fut un temps jadis où le maintien de l’ordre était ...